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{"id":177487,"date":"2006-05-01T19:00:00","date_gmt":"2006-05-02T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/hors-dossier\/scenographie-de-lartiste-en-squatteur\/"},"modified":"2026-02-09T14:38:09","modified_gmt":"2026-02-09T19:38:09","slug":"scenographie-de-lartiste-en-squatteur","status":"publish","type":"hors-dossier","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/off-features\/scenographie-de-lartiste-en-squatteur\/","title":{"rendered":"Sc\u00e9nographie de l\u2019artiste en \u00ab squatteur \u00bb"},"content":{"rendered":"\n<pre class=\"wp-block-verse\">[In French]<\/pre>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Ce qui frappe d\u2019abord, avant de s\u2019enfoncer dans le riche r\u00e9seau de renvois signifiants que tisse le parcours de la r\u00e9cente exposition d\u2019Emanuel Licha au Centre culturel canadien \u00e0 Paris, c\u2019est bien la force plastique et la beaut\u00e9 <em>povera<\/em> de l\u2019objet \u00e9chafaud\u00e9. Soulignons, aux risques d\u2019une tr\u00e8s \u00e9vidente abstraction, la qualit\u00e9 strictement objectuelle de l\u2019artefact qui occupe le centre de l\u2019espace principal d\u2019exposition. Ces sculptures \u00e9ph\u00e9m\u00e8res (Licha les d\u00e9monte \u00e0 la fin de chacune de ses expositions) m\u00e9riteraient un sort moins tragique.<\/pre>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit dans ce cas d\u2019une baraque, une sorte de&nbsp;<em>favela<\/em>&nbsp;construite avec du bois et de la taule luisante \u00e0 laquelle on acc\u00e8de par une rampe recouverte d\u2019une b\u00e2che de plastique translucide, mais non transparent. Cette baraque n\u2019a pas de toit : \u00e0 sa place, une s\u00e9rie de projecteurs sur-illumine son int\u00e9rieur et laisse dans une semi-p\u00e9nombre la salle d\u2019exposition : la sc\u00e8ne se passerait donc \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. En y acc\u00e9dant, on d\u00e9couvre un am\u00e9nagement contradictoire. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, des semblants de moulures, un semblant de parquet, des \u00e9l\u00e9ments qui essayent d\u2019imiter l\u2019int\u00e9rieur bourgeois o\u00f9 se trouve la baraque (un h\u00f4tel particulier aux Invalides, aujourd\u2019hui quartier du pouvoir ex\u00e9cutif, de l\u2019Assembl\u00e9e Nationale et des Minist\u00e8res), et&nbsp;<em>en m\u00eame temps<\/em>&nbsp;un papier peint, un semblant de Toile de Jouy, qui surprend par ses motifs\u202f: au lieu des classiques sc\u00e8nes bucoliques de bonheur campagnard, des images d\u2019insurrection et de massacres que nous ne tardons pas \u00e0 identifier. Il s\u2019agit en effet de sc\u00e8nes de la Commune de Paris et de sa tr\u00e8s violente r\u00e9pression. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, un couloir en cul-de-sac, qui au lieu de nous faire acc\u00e9der \u00e0 la salle d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9, nous pi\u00e8ge et nous fait reculer.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais \u00e0 quoi bon toutes ces r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la lutte de classes du 19e\u202fsi\u00e8cle fran\u00e7ais\u2009? Que viennent faire ici la Commune et cet anti-couloir\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>Le visiteur attentif aura pu suivre d\u00e8s son arriv\u00e9e une visite guid\u00e9e qui l\u2019aura mis au fait de l\u2019histoire de cette demeure, de cet h\u00f4tel particulier parisien, con\u00e7u par et abritant la famille du Vicomte d\u2019Harcourt, secr\u00e9taire personnel et cousin de Mac-Mahon, qui devint pr\u00e9sident de la R\u00e9publique gr\u00e2ce \u00e0 la gloire obtenue par sa r\u00e9pression sanglante&#8230; de la Commune.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce dispositif complexe tissant la facture de l\u2019\u0153uvre elle-m\u00eame et l\u2019histoire de l\u2019espace d\u2019exposition fut compl\u00e9t\u00e9 par une action le jour m\u00eame du vernissage, consistant \u00e0 brouiller les codes du vernissage. Licha organise une f\u00eate priv\u00e9e pour ses amis et les gens du milieu dans le salon o\u00f9 le couloir de sa baraque n\u2019acc\u00e8de pas et laisse le public anonyme errer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9\u2009; il le laisse acc\u00e9der \u00e0 l\u2019\u00e9vidence de son expulsion, de son non-acc\u00e8s, de son exclusion de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a se passe. Licha boucle la boucle de ces enchev\u00eatrements d\u2019histoires, de couloirs qui ne m\u00e8nent nulle part et de portes qui ne s\u2019ouvrent ou ne se ferment qu\u2019\u00e0 savoir prononcer le bon code. Il est donc des deux c\u00f4t\u00e9s et met en sc\u00e8ne cette doublure, ce&nbsp;<em>in and out<\/em>&nbsp;qu\u2019op\u00e8rent d\u2019ailleurs presque toutes ses \u0153uvres ces derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Et voil\u00e0 le public d\u00e9boussol\u00e9, demandant fr\u00e9n\u00e9tiquement aux gardiens de la porte comment faire pour y acc\u00e9der, pour \u00eatre l\u00e0 o\u00f9 \u00e7a se joue. Mais ce qu\u2019il est important ici de souligner est le mouvement de Licha lui-m\u00eame le soir du vernissage : il ne cesse de faire la navette, de passer d\u2019un c\u00f4t\u00e9 \u00e0 l\u2019autre, de pratiquer fr\u00e9n\u00e9tiquement ce va-et-vient, ce&nbsp;<em>in and out<\/em>, et voici que par l\u00e0 nous touchons au c\u0153ur du sujet de son exposition : l\u2019artiste est bien ce personnage qui est des deux c\u00f4t\u00e9s \u00e0 la fois.<\/p>\n\n\n\n<p>Si Licha d\u00e9cide de nous rappeler que le CCC de Paris s\u2019est install\u00e9 dans la demeure de quelqu\u2019un qui fit de l\u2019\u00e9crasement de la Commune son fond de commerce et sa gloire politique, s\u2019il d\u00e9cide de r\u00e9veiller ces vieux fant\u00f4mes, ce n\u2019est pas pour succomber \u00e0 l\u2019anecdote. Cet enchev\u00eatrement de l\u2019institution-art et des classes dominantes fait sens, fait signe. Mais vers quoi fait-il signe\u2009? Cela fait signe vers la&nbsp;<em>situation artistique<\/em>. Et pourtant, ce jeu de renvois entre la sc\u00e8ne contemporaine et la sc\u00e8ne que Licha d\u00e9couvre sous les tapis du CCC parisien n\u2019est pas facile \u00e0 ma\u00eetriser. Comment signifier que ces renvois n\u2019ont rien de personnel, qu\u2019il ne s\u2019agit en aucun cas de profiter de fa\u00e7on maline de l\u2019invitation pour soulever les mis\u00e8res du Centre, pour parsemer son intervention de suspicions inf\u00e2mes pendant qu\u2019on re\u00e7oit les bourses et que l\u2019on boit nonchalamment aux frais de l\u2019institution-art de l\u2019\u00c9tat canadien\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019appareillage de Licha met en sc\u00e8ne cette situation de fa\u00e7on belle, complexe et sarcastique. L\u2019artiste est bien des deux c\u00f4t\u00e9s. Exclu et au milieu de la f\u00eate. Au sein de l\u2019institution \u00e9tatique et du march\u00e9, en sachant que ce n\u2019est que son milieu de circonstance parce que tout milieu est pour lui de circonstance. En m\u00eame temps exclu, ne cessant de d\u00e9sirer \u00eatre parmi eux, courant de bourse en bourse et de foire en foire, essayant de faire sa place et son nom \u2013 ce qui l\u2019installerait d\u00e9finitivement et confortablement au sein du \u00ab Salon de l\u2019Art\u202f\u00bb\u202f\u2013, pouvant quitter ainsi pour toujours sa \u00ab baraque \u00bb. Le sc\u00e9nario a l\u2019air dat\u00e9, il est pourtant bien contemporain. L\u2019artiste est pris dans ce milieu comme ce \u00e0 quoi il ne peut \u00e9chapper sauf \u00e0 se condamner d\u00e9finitivement \u00e0 devoir habiter les bidonvilles de l\u2019art, une p\u00e9riph\u00e9rie o\u00f9 l\u2019on ne trouve que les restes de la morale aristocratique et les vaincus. Il couvre les murs de sa conscience de vieux posters r\u00e9volutionnaires pendant qu\u2019il essaye de prendre place dans les rayons du supermarch\u00e9 de l\u2019art contemporain.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette triste condition est celle de tous : artistes, philosophes et travailleurs pr\u00e9caires en g\u00e9n\u00e9ral\u2009; elle n\u2019est que la forme de vie qu\u2019impose notre syst\u00e8me de vie \u2013 celle du capitalisme mondialis\u00e9 \u2013, et sa mise en sc\u00e8ne ne peut pas s\u2019en tenir \u00e0 cela si nous ne voulons pas succomber au cynisme que nous sugg\u00e8re l\u2019\u00e9nonc\u00e9 id\u00e9ologique qui en d\u00e9coule : \u00ab il ne peut y avoir que \u00e7a et il s\u2019agit de r\u00e9ussir \u00e0 tout prix \u00bb. Est-ce que Licha fait ce pas\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>De toute \u00e9vidence, la Commune se trouve, comme \u00e9v\u00e9nement politique, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de notre monde : elle y appartient \u00e0 peine. Notre monde se veut exempt de ce type d\u2019\u00e9v\u00e9nements, il se pense comme l\u2019essai de leur ach\u00e8vement : la Commune est une insurrection violente, arm\u00e9e, au c\u0153ur de la IIIe R\u00e9publique. Elle est aussi porteuse d\u2019une pens\u00e9e politique qui conteste notre syst\u00e8me de repr\u00e9sentation, de d\u00e9mocratie parlementaire, et de la distribution de la richesse. Peut-on la p\u00e9n\u00e9trer, peut-on y acc\u00e9der au-del\u00e0 des semblants\u2009? Disons-le \u00e0 l\u2019envers : comment peut-elle nous p\u00e9n\u00e9trer, par o\u00f9 notre r\u00e9alit\u00e9 c\u00e8de \u00e0 ce qui vient de la Commune, \u00e0 la tradition de l\u2019insurrection r\u00e9publicaine violente, non \u00ab d\u00e9mocratique \u00bb\u2009? Ne sommes-nous pas blind\u00e9s face \u00e0 la Commune\u2009? Peut-elle \u00eatre pour nous autre chose qu\u2019un d\u00e9cor, qu\u2019une s\u00e9rie de vieilles et charmantes estampes o\u00f9 bercer nos nostalgies r\u00e9volutionnaires avant de conc\u00e9der une fois encore notre voix au social-lib\u00e9ralisme et laisser de charmantes mexicaines fabriquer nos chaussures ou des marocaines d\u00e9cortiquer nos crevettes\u2009? Le th\u00e8me est sans doute lourd, voire \u00e9crasant, et le m\u00e9rite de Licha est \u00e9videmment de ne pas le fuir.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois explicit\u00e9 le r\u00e9seau de renvois que tisse l\u2019exposition, revenons au lien propos\u00e9 entre la situation de l\u2019artiste et celle des travailleurs pr\u00e9caires. L\u2019occupation \u00e9ph\u00e9m\u00e8re de l\u2019espace d\u2019exposition o\u00f9 Licha loge sa baraque renvoie \u00e0 l\u2019occupation \u00e9ph\u00e9m\u00e8re des travailleurs pr\u00e9caires non propri\u00e9taires, renvoi que le catalogue illustre par une s\u00e9rie de photographies d\u2019un baraquement au Bourget.<\/p>\n\n\n\n<p>Une phrase de Jean Borreil nous permet de cerner le sujet avec pr\u00e9cision :<br><em>Le devenir-\u00e9tranger de l\u2019artiste est cet exemple que la d\u00e9liaison peut \u00eatre tragique, mais qu\u2019elle peut \u00eatre aussi \u00ab heureuse \u00bb, et qu\u2019il y a du sens \u00e0 d\u00e9faire le consensus et les communaut\u00e9s. Parce que c\u2019est dans la d\u00e9fection des communaut\u00e9s que l\u2019on peut faire surgir l\u2019incompl\u00e9tude de toute communaut\u00e9, de nature ou de nation, de culture ou de classe, et rendre sa dignit\u00e9 de t\u00e9moin \u00e0 cet exemple qui est l\u2019envers de l\u2019artiste, ou plut\u00f4t son versant malheureux : le prol\u00e9taire ou, aujourd\u2019hui, en Occident, le \u00ab travailleur immigr\u00e9 \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire la figure \u00ab moderne \u00bb de l\u2019exclusion <\/em><span style=\"white-space: nowrap;\"><em>sociale<\/em><a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Jean Borreil,&nbsp;<em>La raison nomade<\/em>, Paris, Payot, 1993, p. 96.<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>La diff\u00e9rence essentielle entre l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019art et l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du travail est que le premier est somme toute affirm\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 le second est bl\u00e2m\u00e9. La pratique artistique garde un certain rapport avec la philosophie l\u00e0 o\u00f9 elle ne peut \u00eatre qu\u2019un jeu d\u2019attachement-d\u00e9tachement avec ce qui est. Le potentiel insurrectionnel de l\u2019action artistique est sans doute li\u00e9 \u00e0 cette culture affirmative de l\u2019\u00e9cart. La pratique artistique moderne est une pratique \u00e9cartante, d\u00e9-concertante, aux risques du ridicule et de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme, c\u2019est-\u00e0-dire de la mise-\u00e0-l\u2019\u00e9cart. L\u2019artiste, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, regarde donc la sc\u00e8ne des mondanit\u00e9s de l\u2019institution-et-du-march\u00e9, qu\u2019il ne peut manquer en m\u00eame temps de d\u00e9sirer, d\u2019un certain regard distant, heureux de sa quasi-alt\u00e9rit\u00e9, de son ex-ception, de son \u00e9cart int\u00e9rieur. L\u2019acte ou l\u2019\u0153uvre artistique n\u2019est donc jamais \u00e0 la maison, chez soi, lorsqu\u2019il s\u00e9journe \u00e0 l\u2019institution publique ou au march\u00e9. Cet \u00e9cart, que l\u2019action-installation de Licha met en sc\u00e8ne, fait signe vers un espace para- ou trans-institutionnel, aussi que para- ou trans-marchand. L\u2019espace de l\u2019action-l\u2019\u0153uvre artistique est difficilement rep\u00e9rable comme maison, c\u2019est un espace pr\u00e9cis\u00e9ment de circulation qui traverse la diff\u00e9rence public\/priv\u00e9 et qui ne prend place que circonstanciellement. L\u2019artiste \u00ab <span style=\"white-space: nowrap;\">squatte<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Emanuel Licha,&nbsp;<em>Une autre f\u00eate au m\u00eame instant brille dans Paris<\/em>, Centre culturel canadien, Paris, du 30 sept. au 3 d\u00e9c. 2005. Commissaire Cath\u00e9rine B\u00e9dard, catalogue, texte d\u2019Anne Cauquelin, 78 p.<\/span> \u00bb le march\u00e9 avec ses \u0153uvres-baraque, de la m\u00eame fa\u00e7on qu\u2019il \u00ab squatte \u00bb les institutions publiques ou la place publique <span style=\"white-space: nowrap;\">elle-m\u00eame<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - <em>I Did Not Know<\/em>, 2002, avec Maja Bajevic, installation-performance, Steirischer Herbst, Hauptplatz, Graz, Autriche.<\/span> parce que son lieu est le \u00ab n\u2019importe o\u00f9 n\u2019importe quand \u00bb de la circulation libre des exp\u00e9riences, des id\u00e9es, des blagues et des discours en g\u00e9n\u00e9ral. Le lieu id\u00e9al de l\u2019art est \u00ab n\u2019importe o\u00f9 pour n\u2019importe qui \u00bb, il est donc aussi le march\u00e9, entre telle et telle autre marchandise (comme si une \u0153uvre n\u2019\u00e9tait que cela), il est donc aussi l\u2019institution publique, entre telle et telle autre fonction. Mais ce qui est ici important de souligner, c\u2019est le \u00ab aussi \u00bb, car il est porteur de cette doublure, de ce chevauchement des exclusions que met en sc\u00e8ne Licha : il ne s\u2019agit ni de quitter les lieux de l\u2019art \u00e0 l\u2019\u00e8re capitaliste, ni de faire semblant que c\u2019est \u00ab chez soi \u00bb, mais de remarquer, par la fa\u00e7on d\u2019y \u00eatre, cet \u00e9cart qui fait signe vers le lieu inassignable (\u00e0 r\u00e9sidence) de l\u2019art moderne.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce que Licha sugg\u00e8re de ce fait que l\u2019artiste occupe encore une position potentiellement insurrectionnelle\u2009? Qu\u2019en est-il du vieux rapport entre art et r\u00e9volution\u2009? Comment se pose aujourd\u2019hui la possibilit\u00e9 de ce rapport\u2009? Qui sont les communards aujourd\u2019hui et que vient faire encore l\u2019artiste dans toute cette histoire\u2009? Ces quelques questions sont au moins sugg\u00e9r\u00e9es par l\u2019installation de Licha, et on attend la suite avec impatience, \u00e0 la recherche de plus d\u2019indices.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout tient, pour l\u2019instant, \u00e0 savoir tenir dans cette pr\u00e9sence circonstancielle, dans ce double mouvement contradictoire o\u00f9 l\u2019on \u00ab squatte \u00bb joyeusement le c\u0153ur de l\u2019institution-et-du-march\u00e9 sans y adh\u00e9rer tout \u00e0 fait, sans y avoir tout \u00e0 fait consenti. Cette position est sans doute souvent grise et pleine d\u2019ambigu\u00eft\u00e9s, mais elle est la seule qui \u00e9vite l\u2019h\u00e9ro\u00efsme romantique st\u00e9rile ainsi que le cynisme rampant. Le jeu de cette inclusion excluante, de cette exclusion incluse, le calcul sans recette de cet \u00e9quilibre instable et sans solution est la vie des artistes \u00e0 l\u2019\u00e2ge capitaliste, leur existence, leur quotidien. De cette situation, la r\u00e9cente occupation de Licha du si\u00e8ge du CCC parisien en aura \u00e9t\u00e9 une puissante mise en sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n<div style='display: none;'>Felip Mart\u00ed-Jufresa, Licha Emanuel<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":272464,"template":"","categories":[281,893],"numeros":[4257],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[4316],"artistes":[4317],"thematiques":[],"type_hors-dossier":[],"class_list":["post-177487","hors-dossier","type-hors-dossier","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","category-archive","category-off-feature","numeros-57-signatures-en","statuts-archive","auteurs-felip-marti-jufresa-en","artistes-licha-emanuel-en"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/hors-dossier\/177487","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/hors-dossier"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/hors-dossier"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/272464"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=177487"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=177487"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=177487"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=177487"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=177487"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=177487"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=177487"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=177487"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=177487"},{"taxonomy":"type_hors-dossier","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_hors-dossier?post=177487"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}