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{"id":177959,"date":"2007-05-01T18:30:00","date_gmt":"2007-05-01T23:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/hors-dossier\/trou-une-esthetique-du-corps\/"},"modified":"2026-02-06T11:59:41","modified_gmt":"2026-02-06T16:59:41","slug":"trou-une-esthetique-du-corps","status":"publish","type":"hors-dossier","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/off-features\/trou-une-esthetique-du-corps\/","title":{"rendered":"Trou\u202f : une esth\u00e9tique du corps\u2009?"},"content":{"rendered":"\n<pre class=\"wp-block-verse\">[In French]<br><br>Une bonne partie de notre vie se passe \u00e0 boucher les trous, \u00e0 remplir les vides, \u00e0 r\u00e9aliser et \u00e0 fonder symboliquement le <span style=\"white-space: nowrap;\">plein<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Jean-Paul Sartre, <em>L\u2019\u00eatre et le n\u00e9ant<\/em>, Paris, Gallimard, 1943, p. 705.<\/span>. <\/pre>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Artiste pluridisciplinaire, s\u2019int\u00e9ressant autant \u00e0 la performance, \u00e0 la vid\u00e9o, \u00e0 l\u2019installation, \u00e0 l\u2019\u00e9criture qu\u2019\u00e0 l\u2019enregistrement d\u2019\u0153uvres sonores, Christof Migone rejoint, par sa production, plusieurs publics fr\u00e9quentant diverses sc\u00e8nes artistiques. Mais le fait de rassembler dans un m\u00eame lieu plus d\u2019une vingtaine de ces \u0153uvres, dont les plus anciennes remontent \u00e0 1995, est aussi une excellente occasion d\u2019appr\u00e9cier la coh\u00e9sion qui se d\u00e9gage de l\u2019ensemble de son travail. Intitul\u00e9e&nbsp;<em>Trou<\/em>, cette exposition, propos\u00e9e par la commissaire Nicole Gingras, voulait en effet montrer l\u2019importance de certaines pr\u00e9occupations de l\u2019artiste qui se situent, principalement, au niveau du corps. Mais quel corps\u2009?<\/pre>\n\n\n\n<p>Parmi les \u0153uvres, deux installations sonores furent le r\u00e9sultat de performances r\u00e9alis\u00e9es dans la galerie en vue de cette exposition.&nbsp;<em>Microfall<\/em>&nbsp;est compos\u00e9e d\u2019une plaque de carton-mousse de polyur\u00e9thane sur laquelle sont d\u00e9pos\u00e9s les restes d\u2019un micro, cons\u00e9quence de sa chute r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, caus\u00e9e par l\u2019artiste juch\u00e9 sur une \u00e9chelle de quatre m\u00e8tres. Un haut-parleur suspendu au-dessus des fragments du micro transmet l\u2019enregistrement sonore lors de cette action. Une autre installation intitul\u00e9e cette fois&nbsp;<em>Microhole<\/em>&nbsp;laisse voir un trou dans un mur. Ce trou est le r\u00e9sultat de plusieurs coups donn\u00e9s par l\u2019artiste avec un micro sur une des cimaises de la galerie. D\u00e9sormais inutile, le micro est \u00e9tal\u00e9 sur le sol devant le trou bien visible. Un enregistrement sonore de l\u2019impact du micro sur le mur est diffus\u00e9 par un haut-parleur install\u00e9 derri\u00e8re le mur. Dans la monographie qui accompagne cette exposition, des photographies t\u00e9moignent, pour chacune de ces actions, des gestes r\u00e9p\u00e9t\u00e9s de Migone en vue de parvenir \u00e0 ces exp\u00e9riences sonores issues de la destruction de ces deux <span style=\"white-space: nowrap;\">micros<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - <em>Trou<\/em>, catalogue d\u2019exposition, \u00c9d. Galerie de l\u2019Uqam, 2006.<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, toute \u0153uvre requiert de la part de l\u2019artiste une action quelconque, mais chez Migone, gr\u00e2ce aux enregistrements sonores, cette pr\u00e9sence au niveau du geste n\u2019est jamais totalement en retrait de l\u2019\u0153uvre. En effet, bien que parfois absent au niveau de la pr\u00e9sentation, son corps avec toutes ses ressources est souvent \u00e0 la base du travail. Par contre, il arrive aussi qu\u2019il s\u2019agisse de celui de certains collaborateurs. En somme, souvent mis en sc\u00e8ne, le corps humain est toujours consid\u00e9r\u00e9 comme quelque chose d\u2019impersonnel. Il est avant tout une mati\u00e8re vivante \u00e0 explorer en vue de mettre \u00e0 profit ses capacit\u00e9s sonores. C\u2019est pourquoi il y a, chez Migone, une fascination pour les instruments d\u2019amplification, notamment le microphone et le haut-parleur, qui sont techniquement des extensions du corps comme source sonore. Or, s\u2019il \u00e9met des sons, ce n\u2019est pas uniquement parce qu\u2019il est, comme tout objet, une surface \u00e0 partir de laquelle on produit des sons, mais plut\u00f4t, comme le titre de l\u2019exposition l\u2019indique, parce qu\u2019il est un organisme vivant travers\u00e9 par les multiples orifices que sont la bouche, les narines, les yeux, les oreilles, l\u2019ur\u00e8tre, le vagin et l\u2019anus.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces orifices sont des lieux de passage, des lieux d\u2019absorption et d\u2019excr\u00e9tion, n\u00e9cessaires \u00e0 la survie ou au plaisir, et c\u2019est justement parce qu\u2019ils fonctionnent comme des lieux d\u2019\u00e9change entre le corps et le monde ambiant que ces trous sont aussi les points les plus sensibles de notre \u00eatre corporel. Par contre, soyons clairs, le travail de Migone ne fantasme pas sur le corps libidinal. Dans l\u2019exposition&nbsp;<em>Trou<\/em>, ces ouvertures sont pr\u00e9sent\u00e9es comme des cavit\u00e9s, certes intimes, mais qui d\u2019un point de vue artistique sont consid\u00e9r\u00e9es uniquement comme des espaces de cr\u00e9ation. Autrement dit, comme orifices corporels, les trous anticipent surtout le potentiel cr\u00e9ateur du corps. Par exemple, une autre installation sonore intitul\u00e9e&nbsp;<em>South Winds<\/em>&nbsp;pr\u00e9sente un haut-parleur d\u00e9pos\u00e9 sur le sol et que l\u2019on a saupoudr\u00e9 de talc. La vibration obtenue par les sons qui y sont diffus\u00e9s produisait parfois un l\u00e9ger souffle capable de propulser le talc autour du haut-parleur. Or, les sons entendus sont extraits d\u2019un disque produit en 2003 intitul\u00e9 \u00e9galement&nbsp;<em>South Winds<\/em>. Il s\u2019agit en fait d\u2019un hommage au c\u00e9l\u00e8bre p\u00e9tomane Joseph Pujol (1857-1945) qui s\u2019est rendu c\u00e9l\u00e8bre avec ses num\u00e9ros sonores provenant de ses flatulences. Ainsi, cet enregistrement fait du corps humain un instrument qui \u00e9met des sons. Mais on peut dire \u00e9galement que ces gaz expuls\u00e9s hors du tube digestif par l\u2019anus sont en \u00e9troite parent\u00e9 avec la bouche, cette machine \u00e0 broyer les aliments. D\u2019ailleurs, parmi tous les trous, la bouche est une ouverture privil\u00e9gi\u00e9e. Elle est l\u2019orifice par excellence.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image alignfull size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"687\" height=\"481\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/60_AC01_Christof-Migone_Poker-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-177777\" srcset=\"https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/60_AC01_Christof-Migone_Poker-1.jpg 687w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/60_AC01_Christof-Migone_Poker-1-300x210.jpg 300w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/60_AC01_Christof-Migone_Poker-1-600x420.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 687px) 100vw, 687px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Christof Migone<\/strong><br><em>Poker<\/em>, 2001. <br>Photo : courtoisie de l\u2019artiste<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>Dans L\u2019\u00eatre et le n\u00e9ant, Jean-Paul Sartre analyse d\u2019un point de vue ph\u00e9nom\u00e9nologique notre rapport au trou. Pour lui, tous les trous sont des bouches que l\u2019on peut obstruer, colmater, bloquer. Les trous sont en quelque sorte des n\u00e9ants \u00e0 combler. Fondamentalement, comme \u00eatre-au-monde, l\u2019existence humaine a \u00ab<em>\u202ftendance \u00e0 <\/em><span style=\"white-space: nowrap;\"><em>remplir\u202f<\/em><a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - Jean-Paul Sartre, op. cit., p. 705.<\/span>\u00bb. On a eu beau dans la tradition m\u00e9taphysique occidentale privil\u00e9gier la bouche comme organe de l\u2019expression orale et de la pens\u00e9e, il n\u2019en demeure pas moins, selon Sartre, que c\u2019est avant tout un trou qui, en d\u00e9sirant se remplir de l\u2019autre, nous unit au reste du monde. L\u2019enfant, par exemple, porte tout \u00e0 sa bouche d\u00e8s les premiers moments de sa vie. Alors qu\u2019il est, comme \u00eatre trou\u00e9, existentiellement ouvert au monde, il tente de devenir un bloc herm\u00e9tique. Or, m\u00eame si les trous sont aussi parfois chez Migone des espaces \u00e0 combler, ce n\u2019est pas pour nier notre ouverture au monde, bien au contraire\u2009; c\u2019est surtout pour explorer dans un contexte souvent ludique les diverses ressources du corps.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns alignfull is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"665\" height=\"432\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/60_AC01_Christof-Migone_Snow-Storm-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-177763\" srcset=\"https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/60_AC01_Christof-Migone_Snow-Storm-1.jpg 665w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/60_AC01_Christof-Migone_Snow-Storm-1-300x195.jpg 300w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/60_AC01_Christof-Migone_Snow-Storm-1-600x390.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 665px) 100vw, 665px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Christof Migone<\/strong><br><em>Snow Storm<\/em>, 2002. <br>Photo : courtoisie de l\u2019artiste<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"657\" height=\"440\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/60_AC01_Christof-Migone_Snow-Storm-2-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-177765\" srcset=\"https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/60_AC01_Christof-Migone_Snow-Storm-2-1.jpg 657w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/60_AC01_Christof-Migone_Snow-Storm-2-1-300x201.jpg 300w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/60_AC01_Christof-Migone_Snow-Storm-2-1-600x402.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 657px) 100vw, 657px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>Dans la courte vid\u00e9o&nbsp;<em>Blockers<\/em>&nbsp;(2004-2006) on voit justement deux visages \u2013 celui d\u2019un homme et celui d\u2019une femme \u2013 dont les narines sont obstru\u00e9es par les orteils de l\u2019autre. Autre vid\u00e9o, mais cette fois-ci accompagn\u00e9e d\u2019un enregistrement sonore,&nbsp;<em>Poker<\/em>&nbsp;(2001) pr\u00e9sente un diptyque o\u00f9 apparaissent divers visages de collaborateurs qui se sont pr\u00eat\u00e9s au jeu des effets sonores de diff\u00e9rents micros sur leur \u00e9piderme, mais aussi sur les yeux, les narines, les sourcils et les l\u00e8vres. Toujours sous forme de diptyque, la vid\u00e9o&nbsp;<em>Snow Storm<\/em>&nbsp;(2002) montre sur une premi\u00e8re image les mains de Migone frottant vigoureusement sa chevelure, ce qui a pour effet de produire des pellicules que l\u2019on voit dans une deuxi\u00e8me image en train de tomber sur son pantalon, mais aussi sur le sol. Mais bien avant ces vid\u00e9os, la bouche comme orifice a eu aussi droit \u00e0 quelques performances. Dans&nbsp;<em>The Tenor &amp; the Vehicle<\/em>, une vid\u00e9o de 1995, l\u2019artiste se filme en gros plan avec un micro dans la bouche qu\u2019il va m\u00e2cher, sucer et mastiquer durant pr\u00e8s de cinq minutes. Ce sera encore plus spectaculaire dans&nbsp;<em>The Release into Motion<\/em>&nbsp;(2000) o\u00f9 Migone garde en bouche une tomate prise dans un bloc de glace durant plus de 39 minutes. Au fur et \u00e0 mesure que le temps passe, la glace se liqu\u00e9fie lib\u00e9rant ainsi la tomate qui se m\u00e9lange et se transforme peu \u00e0 peu, gr\u00e2ce \u00e0 la chaleur \u00e9mise par la bouche, en une masse molle et informe.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces performances sont des sortes de rituels bizarres qui \u00e0 chaque fois impliquent des consid\u00e9rations sur le plan de la dur\u00e9e, mais aussi de l\u2019endurance. Par exemple, la vid\u00e9o&nbsp;<em>Evasion or how to perform a tongue escape in public<\/em>&nbsp;(2001) montre un gros plan d\u2019une langue sortie de sa cavit\u00e9 buccale. Mais en la maintenant \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la bouche pendant plus de neuf minutes, la langue oscille, vibre et laisse couler de la salive. Lorsqu\u2019elle est dans la bouche et qu\u2019elle mastique les aliments, la langue est un organe essentiel au go\u00fbt. Dans cette vid\u00e9o, elle devient objet d\u2019un pur exercice qui \u00e0 force d\u2019\u00eatre regard\u00e9 peut aussi d\u00e9ranger. C\u2019est que l\u2019aspect grotesque de cette action est loin de ce que l\u2019on entend depuis Kant par go\u00fbt esth\u00e9tique. L\u2019esth\u00e9tique classique n\u2019a pas de go\u00fbt pour ce genre de langue ni pour toutes mati\u00e8res liquides ou visqueuses provenant du corps. Autre exemple\u202f: P (2006), une vid\u00e9o o\u00f9 un fond noir est ponctu\u00e9 de la lettre P qui appara\u00eet de diverses mani\u00e8res. Ces apparitions orchestr\u00e9es co\u00efncident au son P que l\u2019artiste a prononc\u00e9 \u00e0 chaque fois qu\u2019il urinait, et ce pendant 149 jours, ce qui totalise pour la vid\u00e9o 1 000 P. Enfin,&nbsp;<em>Spit<\/em>&nbsp;(1997-2003) est la collection de multiples crachats que Migone a d\u00e9pos\u00e9s dans une bouteille de verre transparent, laquelle tr\u00f4nait joliment sur le sol au centre de la galerie.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery alignfull has-nested-images columns-5 is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"259\" height=\"208\" data-id=\"177767\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/60_AC01_Christof-Migone_Release-into-Motion-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-177767\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Christof Migone<\/strong><br><em>The Release into Motion<\/em>, 2000. Photos : courtoisie de l\u2019artiste<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"277\" height=\"208\" data-id=\"177775\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/60_AC01_Christof-Migone_Release-into-Motion-2-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-177775\"\/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"277\" height=\"208\" data-id=\"177773\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/60_AC01_Christof-Migone_Release-into-Motion-3-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-177773\"\/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"277\" height=\"208\" data-id=\"177771\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/60_AC01_Christof-Migone_Release-into-Motion-4-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-177771\"\/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"277\" height=\"208\" data-id=\"177769\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/60_AC01_Christof-Migone_Release-into-Motion-5-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-177769\"\/><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<p>Comme on le voit avec&nbsp;<em>Spit<\/em>, certaines \u0153uvres sont aussi de l\u2019ordre des objets abjects r\u00e9sultant d\u2019interventions faites au quotidien par l\u2019artiste. Mais, il y a mieux. Par exemple,&nbsp;<em>In Sink<\/em>&nbsp;(2003) pr\u00e9sente une s\u00e9rie de bo\u00eetiers de disques compacts vides laiss\u00e9s dans un lavabo pour des p\u00e9riodes de temps variables, ce qui leur donne divers degr\u00e9s d\u2019opacit\u00e9. Il y a aussi&nbsp;<em>Mille-feuilles<\/em>&nbsp;(2006), qui correspond \u00e0 un empilement de 1 000 pages de diff\u00e9rents formats extraites de livres appartenant \u00e0 l\u2019artiste. Sur chacune de ces pages, Migone a inscrit le titre de l\u2019ouvrage et le nom de l\u2019auteur du livre mutil\u00e9. Ces mises en sc\u00e8ne d\u2019objets s\u2019inspirent du monde de l\u2019artiste, elles symbolisent l\u2019importance des mots quand ils se font litt\u00e9rature et des sons lorsqu\u2019ils deviennent musique. Mais les objets qui occupent une place anodine dans nos vies sont incommensurables. C\u2019est ce monde qui nous entoure que la vid\u00e9o&nbsp;<em>Surrounds<\/em>&nbsp;(360 objects) (2006) nous fait voir en partie. Elle consiste en la pr\u00e9sentation de 360 objets pr\u00e9sent\u00e9s sur un \u00e9cran divis\u00e9 en 36 sections. Pendant qu\u2019il les tient dans l\u2019une de ses mains, l\u2019artiste filme ces divers objets en ex\u00e9cutant 360 r\u00e9volutions sur lui-m\u00eame. Ces objets ne sont pas d\u00e9tach\u00e9s de l\u2019univers corporel de l\u2019artiste, ils sont en quelque sorte son monde, celui \u00e0 partir duquel l\u2019art devient une forme de vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant longtemps, dans le geste de la cr\u00e9ation, le corps r\u00e9el fut mis entre parenth\u00e8ses. Constamment repr\u00e9sent\u00e9 en peinture ou en sculpture, le corps vivant devait se soumettre \u00e0 des crit\u00e8res esth\u00e9tiques. Nietzsche est sans doute le premier \u00e0 avoir d\u00e9cri\u00e9 les contempteurs du <span style=\"white-space: nowrap;\">corps<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Friedrich Nietzsche,&nbsp;<em>Ainsi parlait Zarathoustra<\/em>, Paris, Gallimard, 1947, p. 51.<\/span>, ceux qui traditionnellement ont ni\u00e9 son potentiel cr\u00e9ateur. Or, ce potentiel s\u2019inscrit dans la chair, dans le corps incarn\u00e9 \u00e0 partir duquel il est permis de repenser une esth\u00e9tique du corps. Bien s\u00fbr, cette esth\u00e9tique est \u00e0 mille lieux de celle que promeut aujourd\u2019hui l\u2019industrie cosm\u00e9tique. L\u2019esth\u00e9tique dont il est question rejoue les cat\u00e9gories qui structurent la forme. En ce sens, elle r\u00e9f\u00e8re \u00e0 ce que Nicole Gingras dans son essai appelle, \u00e0 la suite de Georges Bataille, <span style=\"white-space: nowrap;\">l\u2019informe<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - <em>Trou<\/em>, op. cit., p. 47.<\/span>. Qu\u2019il s\u2019agisse, en effet, de la salive, des pellicules, des pets, de l\u2019urine ou des diverses cavit\u00e9s du corps capables de produire des sons, tout cela appartient \u00e0 une mise en \u0153uvre du corps r\u00e9el, qui d\u00e9grade, d\u00e9forme et transgresse la forme.<\/p>\n\n\n\n<p>Il reste que la forme par excellence est la figure humaine. Celle qui tente de nous distinguer du monde animal. C\u2019est de cette figure humaine dont il s\u2019agit dans la vid\u00e9o&nbsp;<em>Agir<\/em>&nbsp;(25-250) (2006). Mais justement celle-ci ne nous sera montr\u00e9e que d\u00e9figur\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 un proc\u00e9d\u00e9 technique. \u00c0 partir d\u2019un enregistrement vid\u00e9o d\u2019une dur\u00e9e de 25 minutes, Migone a isol\u00e9 un extrait de 25 secondes qu\u2019il a par la suite ralenti sur une dur\u00e9e de 250 secondes. Dans le cadre de&nbsp;<em>Trou<\/em>, c\u2019est cette vid\u00e9o d\u2019un peu plus de quatre minutes qui sera pr\u00e9sent\u00e9e. L\u2019effet produit un portrait flou d\u2019une jeune fille de vingt-cinq ans. Un portrait qui bouge constamment, dans lequel ce qui se forme est toujours sous le signe de l\u2019informe, de ce qui exc\u00e8de la forme. L\u2019esth\u00e9tique du corps chez Migone passe par cette mise en mouvement des formes, et qui dit mouvement des formes dit aussi passage. Dans la vid\u00e9o&nbsp;<em>Agir<\/em>, celui-ci est visible gr\u00e2ce \u00e0 des prouesses techniques\u2009; mais, par ailleurs, les passages de la forme au difforme, de la forme \u00e0 l\u2019informe n\u00e9cessitent souvent la pr\u00e9sence d\u2019ouvertures, d\u2019orifices, bref de trous.<\/p>\n\n\n<div style='display: none;'>Andr\u00e9-Louis Par\u00e9, Christof Migone<\/div>\n<div style='display: none;'>Andr\u00e9-Louis Par\u00e9, Christof Migone<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":177779,"template":"","categories":[281,893],"numeros":[4328],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[3482],"artistes":[4364],"thematiques":[],"type_hors-dossier":[],"class_list":["post-177959","hors-dossier","type-hors-dossier","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","category-archive","category-off-feature","numeros-60-canular-en","statuts-archive","auteurs-andre-louis-pare-en","artistes-christof-migone-en"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/hors-dossier\/177959","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/hors-dossier"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/hors-dossier"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/177779"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=177959"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=177959"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=177959"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=177959"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=177959"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=177959"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=177959"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=177959"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=177959"},{"taxonomy":"type_hors-dossier","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_hors-dossier?post=177959"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}