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{"id":178757,"date":"2006-01-01T19:15:00","date_gmt":"2006-01-02T00:15:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/hors-dossier\/inventer-a-partir-des-savoir-faire-des-attitudes-et-des-intentions-quelques-reflexions-autour-de-nos-frontieres\/"},"modified":"2026-02-09T14:49:38","modified_gmt":"2026-02-09T19:49:38","slug":"inventer-a-partir-des-savoir-faire-des-attitudes-et-des-intentions-quelques-reflexions-autour-de-nos-frontieres","status":"publish","type":"hors-dossier","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/off-features\/inventer-a-partir-des-savoir-faire-des-attitudes-et-des-intentions-quelques-reflexions-autour-de-nos-frontieres\/","title":{"rendered":"Inventer \u00e0 partir des savoir-faire, des attitudes et des intentions : quelques r\u00e9flexions autour de\u00a0<em>Nos Fronti\u00e8res<\/em>"},"content":{"rendered":"\n<pre class=\"wp-block-verse\">[In French]<\/pre>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><em>Nos fronti\u00e8res<\/em>, le projet de Rose-Marie E. Goulet pr\u00e9sent\u00e9 dans le cadre de la programmation d\u2019\u00e9t\u00e9 2005 de Dare-Dare, fournit mati\u00e8re \u00e0 r\u00e9flexion sur plusieurs aspects observ\u00e9s de mani\u00e8re r\u00e9currente dans les pratiques actuelles qui se construisent et se d\u00e9ploient dans la ville.&nbsp;<em>Nos fronti\u00e8res<\/em>&nbsp;permet d\u2019interroger, toutes \u00e0 la fois, les questions relatives \u00e0 la nature du lieu investi qui sous-tend l\u2019\u00e9laboration et la mise en \u0153uvre de la strat\u00e9gie artistique ; aux formes de production de l\u2019espace urbain r\u00e9sultant de la mobilisation de l\u2019environnement, mobilisation perceptive et expressive autant que sensible et relationnelle ; \u00e0 la nature de \u00ab ce qui fait \u0153uvre \u00bb dans une proposition artistique tablant tant\u00f4t sur le mode de l\u2019introspection, tant\u00f4t sur celui de l\u2019interaction, du jeu, de la n\u00e9gociation et de la co-production. En corollaire, l\u2019analyse des mises en situation propos\u00e9es par Goulet apporte un \u00e9clairage particulier sur l\u2019espace urbain ; un cadre offrant une relative stabilit\u00e9, riche en conjonctures et en hasards, qui ne cesse d\u2019inventer des formes de m\u00e9diation. Comme nous le verrons, l\u2019artiste met en place \u00ab l\u2019infrastructure \u00bb n\u00e9cessaire pour initier une exp\u00e9rience qui se joue en commun et qui part \u00e0 la d\u00e9couverte de ses propres r\u00e8gles. C\u2019est une base pour l\u2019invention \u00e0 partir des savoir-faire, des attitudes et des intentions.<\/pre>\n\n\n\n<p>Pour explorer la mani\u00e8re dont se tracent, se d\u00e9jouent ou s\u2019affirment les fronti\u00e8res personnelles autant que celles, g\u00e9opolitiques, du territoire montr\u00e9alais,&nbsp;<em>Nos fronti\u00e8res<\/em>&nbsp;propose la travers\u00e9e des signes, des sons, des langages et des silences de la ville, \u00e0 la lumi\u00e8re du jour ou dans l\u2019obscurit\u00e9 de la nuit, au centre ou en p\u00e9riph\u00e9rie d\u2019espaces dens\u00e9ment urbanis\u00e9s ou encore, dans les derniers retranchements d\u2019un monde rural.&nbsp;<em>Nos fronti\u00e8res<\/em>&nbsp;est une trilogie se d\u00e9ployant en autant de lieux que de moments propices \u00e0 l\u2019exploration des qualit\u00e9s sensibles de la ville et \u00e0 celle, critique, de la micro-politique de la Cit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le square Viger, point d\u2019entr\u00e9e du projet<\/h2>\n\n\n\n<p>Un trac\u00e9 familier sur le grand mur d\u2019eau du square, semblable \u00e0 premi\u00e8re vue \u00e0 un gigantesque graffiti, attire l\u2019attention : une carte de l\u2019\u00cele indique les fronti\u00e8res des municipalit\u00e9s qui se \u00ab d\u00e9fusionneront \u00bb de Montr\u00e9al en 2006. L\u2019attention se dirige ensuite vers des photographies de fronti\u00e8res fix\u00e9es aux structures de b\u00e9ton. Les ic\u00f4nes que sont, entre autres, le mur de Berlin, la muraille de Chine, le mur des Lamentations rappellent les enjeux id\u00e9ologiques et politiques, religieux, linguistiques, \u00e9conomiques, sociaux ou culturels des fronti\u00e8res sur l\u2019\u00e9chiquier mondial. Ces enjeux sont encore rappel\u00e9s dans le contexte local, largement m\u00e9diatis\u00e9s dans les d\u00e9bats sur les \u00ab d\u00e9fusions \u00bb, par une photographie de la cl\u00f4ture&nbsp;<em>Frost<\/em>&nbsp;isolant Ville Mont-Royal de Parc-Extension. Les enjeux se d\u00e9clinent encore une fois, plus pr\u00e8s de nous, puisque, attir\u00e9s par ces rep\u00e8res visuels, nous voici pleinement engag\u00e9s dans le square Viger, un \u00eelot urbain isol\u00e9, priv\u00e9 de liens avec la ville. Aux usages publics de l\u2019<em>Agora<\/em>&nbsp;con\u00e7ue par Charles Daudelin se superposent les modes d\u2019appropriation marginalis\u00e9s des sans-abri. Pour plusieurs, la d\u00e9couverte des indices dispos\u00e9s par Goulet est le pr\u00e9texte pour franchir le seuil du square pour la premi\u00e8re fois, traverser ses zones agr\u00e9ables et hospitali\u00e8res ainsi que ses zones de friction au caract\u00e8re \u00ab incertain \u00bb, prendre conscience des m\u00e9canismes de r\u00e9glages des fronti\u00e8res, de la distance et de la proximit\u00e9, de la pr\u00e9sence et de l\u2019absence \u00e0 autrui.<\/p>\n\n\n\n<p>De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du mur d\u2019eau, un enregistrement sonore vient brouiller d\u2019autres types de rep\u00e8res territoriaux. Aux bruits ambiants de la rue Berri se superposent des voix d\u2019enfants de 5 ou 6 ans en promenade dans la ville. Ils lisent laborieusement le contenu d\u2019affiches publicitaires, les noms des rues et des espaces publics, les horaires d\u2019autobus, les menus de restaurant. Cette narration d\u2019un paysage urbain envahi par la publicit\u00e9 et par les consignes qui dictent souvent les comportements, les d\u00e9placements et les habitudes prend toutefois, \u00e0 l\u2019\u00e9coute de ces petites voix, une dimension particuli\u00e8re. Cette lecture de mots happ\u00e9s au hasard du regard devient l\u2019\u00e9trange r\u00e9cit d\u2019un parcours improbable, inqui\u00e9tant de banalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le \u00ab marquage de mots \u00bb aux fronti\u00e8res de la ville, second volet de la trilogie<\/h2>\n\n\n\n<p>Chaque apr\u00e8s-midi de juillet, du mercredi au samedi, se forme, au square Viger, un collectif nomade de touristes, d\u2019\u00e9trangers venus apprendre le fran\u00e7ais, de Montr\u00e9alais curieux ou, encore, d\u2019initi\u00e9s \u00e0 l\u2019art actuel. Rose-Marie E. Goulet les emm\u00e8ne, dans sa voiture, aux fronti\u00e8res de la future ville de Montr\u00e9al et des municipalit\u00e9s qui seront reconstitu\u00e9es, sur des sites pr\u00e9alablement rep\u00e9r\u00e9s. La mission ? Pour chaque emplacement visit\u00e9, choisir des mots (sculpt\u00e9s dans une pastille de coroplast) parmi un r\u00e9pertoire de verbes d\u2019action ayant pour th\u00e8me la fronti\u00e8re ; puis d\u00e9finir, sur les lieux, un mode d\u2019installation appropri\u00e9. Une premi\u00e8re reconnaissance du terrain permet d\u2019\u00e9changer sur les aspects politiques autant que sur les caract\u00e9ristiques physiques des lieux. S\u2019engage ensuite, selon la dynamique du groupe, une action collective concert\u00e9e ou une s\u00e9rie d\u2019initiatives personnelles spontan\u00e9es qui donne \u00e0 celui-ci une allure de commando urbain : accrocher, suspendre, embrocher, enfiler, grimper dans un poteau ou dans un arbre, sauter ou ramper sous une cl\u00f4ture. Pour \u00eatre, en tous cas, anim\u00e9s d\u2019une sorte de crainte, \u00e9prouver le sentiment d\u2019\u00eatre \u00e9pi\u00e9s et de franchir l\u2019interdit et s\u2019interroger sur les fronti\u00e8res de la propri\u00e9t\u00e9 publique et priv\u00e9e, questionner la l\u00e9gitimit\u00e9 du geste et prendre la mesure de sa port\u00e9e, opter pour la discr\u00e9tion ou la visibilit\u00e9, provoquer la surprise, privil\u00e9gier l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 ou, au contraire, inscrire le geste dans la dur\u00e9e. Embrocher un mot dans la branche d\u2019un arbre qui, en grandissant, va \u00e9ventuellement l\u2019englober ; cacher le mot dans une haie pour qu\u2019il n\u2019apparaisse que l\u2019automne venu ; d\u00e9poser des mots dans l\u2019eau au moment o\u00f9 l\u2019\u00e9cluse va se refermer ; les confier \u00e0 l\u2019\u00e9quipage d\u2019un bateau et les faire voyager ; amarrer les mots au quai du traversier ; faire traverser la rue aux mots graffit\u00e9s ; lancer les mots du haut du mont Royal ; s\u2019amuser avec les mots, les suspendre aux balan\u00e7oires, les lancer comme si c\u2019\u00e9taient des frisbees ; faire des jeux de mots en les combinant aux signalisations existantes, r\u00e9concilier des rues en culs-de-sac. Voil\u00e0 autant d\u2019actions \u00e0 envisager comme des micro-r\u00e9sistances pour manipuler l\u2019usage et l\u2019ordre \u00e9tabli des am\u00e9nagements, des objets et des circulations. \u00ab Partager\/<em>share<\/em>&nbsp;\u00bb, \u00ab p\u00e9n\u00e9trer \u00bb, \u00ab jumeler\/<em>match<\/em>&nbsp;\u00bb, \u00ab dispara\u00eetre\/<em>disappear<\/em>&nbsp;\u00bb, \u00ab r\u00e9pondre \u00bb, \u00ab r\u00e9concilier \u00bb, \u00ab changer \u00bb, \u00ab infiltrer \u00bb les fronti\u00e8res pour rendre accessible, d\u00e9noncer, affirmer, r\u00e9pliquer, r\u00e9clamer, dire subtilement, adoucir ou rendre agr\u00e9ables les fronti\u00e8res comme lieux communs dans la ville.<\/p>\n\n\n\n<p>Par le rep\u00e9rage, la documentation, l\u2019analyse et l\u2019\u00e9valuation du potentiel des lieux \u00e0 susciter des questions, \u00e0 inspirer des r\u00e9actions et \u00e0 soutenir une action, Goulet propose une riche typologie de contextes r\u00e9pondant au crit\u00e8re de fronti\u00e8re g\u00e9opolitique. Les valeurs conflictuelles qui animent souvent les fronti\u00e8res s\u2019inscrivent dans le paysage urbain : le contraste des tours d\u2019habitation dans une mer d\u2019asphalte avec des r\u00e9sidences cossues dispos\u00e9es dans un oasis de verdure ; l\u2019interdiction d\u2019acc\u00e8s aux espaces naturels laiss\u00e9s en friche sur les berges du fleuve occup\u00e9es par les installations p\u00e9trochimiques ; la s\u00e9paration brutale des quartiers par les grandes art\u00e8res de circulation, ces lieux vastes et anonymes qui n\u2019offrent comme rep\u00e8res que les panneaux de signalisation ; l\u2019activit\u00e9 intense d\u2019une multinationale du b\u00e9ton qui voisine un quartier paisible de banlieue ; la privatisation de l\u2019espace public par l\u2019omnipr\u00e9sence de l\u2019affichage publicitaire, la densification \u00e0 outrance des rives de l\u2019\u00eele, la pr\u00e9sence inattendue d\u2019une cl\u00f4ture ou le d\u00e9tournement de la circulation. La visite des fronti\u00e8res permet aussi de d\u00e9couvrir des endroits inusit\u00e9s, parfois d\u2019une rare beaut\u00e9. On inscrit son passage dans les lieux de m\u00e9moire que sont les cimeti\u00e8res, on rep\u00e8re des \u00e9glises, on escalade des buttes pour circuler sur la cr\u00eate d\u2019un parc d\u00e9licieusement am\u00e9nag\u00e9, on visite un jardin, une zone agricole, on red\u00e9couvre l\u2019insularit\u00e9 de Montr\u00e9al, on cadre des panoramas. L\u2019espace urbain se contracte ou prend de l\u2019expansion, se recompose \u00e0 partir de fragments d\u2019images. L\u2019exp\u00e9rience aiguise les sens et stimule l\u2019imagination. Sur le chemin du retour, les immenses r\u00e9servoirs de mazout rouill\u00e9s prennent l\u2019allure des grands&nbsp;<em>Torques<\/em>&nbsp;de Richard Serra.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est aussi int\u00e9ressant d\u2019observer la dynamique du collectif improvis\u00e9 qui, dans une certaine mesure, mod\u00e9lise le principe de communaut\u00e9 avec ses subjectivit\u00e9s politiques : \u00ab id\u00e9e r\u00e9gulatrice \u00bb plut\u00f4t qu\u2019\u00ab allant de <span style=\"white-space: nowrap;\">soi<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Richard Sennett dans Isaac Joseph, \u00ab Le droit \u00e0 la ville, la ville \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Deux paradigmes de recherche \u00bb,&nbsp;<em>Les annales de la recherche urbaine<\/em>, no 64, p. 33.<\/span> \u00bb, alt\u00e9rit\u00e9s v\u00e9cues dans le \u00ab \u00eatre en commun \u00bb et le \u00ab \u00eatre <span style=\"white-space: nowrap;\">ensemble<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Jean-Luc Nancy dans \u00ab Entretien-Jean-Luc Nancy et Chantal Pontbriand \u00bb,&nbsp;<em>Parachute<\/em>&nbsp;no 100,&nbsp;<em>L\u2019id\u00e9e de communaut\u00e9<\/em>, p. 15.<\/span> \u00bb. Chaque membre de l\u2019exp\u00e9dition relaie des images, des aspirations et des int\u00e9r\u00eats convergents ou divergents en provenance d\u2019un peu partout dans le tissu social. Que les actions entreprises soient collectives ou individuelles, toutes sont co-responsables des attitudes et des marques laiss\u00e9es sur le territoire. Si certains groupes prennent plaisir \u00e0 discuter ensemble des enjeux que sugg\u00e8re le contexte visit\u00e9, d\u2019autres adoptent un fonctionnement plus d\u00e9brid\u00e9. Le marquage de mots \u00e9tonne par la diversit\u00e9 et la cr\u00e9ativit\u00e9 des formes d\u2019expression spontan\u00e9ment lib\u00e9r\u00e9es et il n\u2019est pas sans rappeler nos modes usuels d\u2019interpr\u00e9tation des signes du paysage urbain pour d\u00e9celer et analyser des enjeux, formuler des jugements souvent h\u00e2tifs, sur la foi de l\u2019instinct, d\u2019une connaissance partielle de l\u2019\u00e9volution du territoire, des valeurs identitaires et communautaires et des histoires locales. L\u2019encha\u00eenement de diverses expressions de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 d\u00e9cline autant de cartographies possibles du territoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui s\u2019inscrit in situ est une forme d\u2019appropriation symbolique des lieux, une adresse aux habitants des fronti\u00e8res et aux usagers de l\u2019espace urbain. Ce constat n\u2019est pas sans soulever, chez certains participants, des questions d\u2019\u00e9thique sur le sens et la port\u00e9e du geste pos\u00e9. Aussi, on se pr\u00e9occupe de soigner l\u2019aspect de l\u2019intervention : on installe le mot, on recule pour l\u2019appr\u00e9cier dans le paysage un peu comme on admire un tableau ; on se soucie de laisser sur place des cl\u00e9s de compr\u00e9hension ou d\u2019ouvrir un canal de communication (inscrire sur les pastilles l\u2019adresse courriel de Dare-Dare) ou, au contraire, on pr\u00e9serve le caract\u00e8re anonyme du geste, le mot devenant une sorte de&nbsp;<em>ko\u00e2n<\/em>&nbsp;urbain. L\u2019exp\u00e9dition aux fronti\u00e8res de la ville permet des jeux de r\u00f4les bousculant les positions traditionnellement assign\u00e9es du public et de l\u2019artiste. La mise en situation propos\u00e9e par Goulet informe les questions sous-jacentes aux modes d\u2019intervention des artistes dans le tissu social et urbain. Le marquage de mots exerce la cr\u00e9ativit\u00e9 des comp\u00e9tences \u00ab ordinaires \u00bb pour rendre compte de l\u2019impact de nos jugements, de nos gestes et de nos attitudes dans la production de l\u2019espace public.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les visites nocturnes au parc Jarry, conclusion de la trilogie<\/h2>\n\n\n\n<p>Cette fois-ci, l\u2019exp\u00e9rience propos\u00e9e au collectif improvis\u00e9 est d\u2019une simplicit\u00e9 d\u00e9routante : rester allonger sur une toile \u00e9tendue au centre du parc, de 23 h \u00e0 24 h, par temps clair, sans bouger, silencieux, dans l\u2019obscurit\u00e9. Les lumi\u00e8res des terrains de tennis du parc Jarry s\u2019\u00e9teignent : l\u2019expansion de la vue aux confins de l\u2019horizon, le discernement graduel des formes dans l\u2019obscurit\u00e9 et le d\u00e9voilement d\u2019un ciel \u00e9toil\u00e9, la fra\u00eecheur de la terre, la moiteur de l\u2019air, l\u2019intensification du silence et des bruits resserrent les fronti\u00e8res de l\u2019intimit\u00e9 ou les ouvrent, pour sentir la pr\u00e9sence des autres \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Pendant une heure, Sylvain B., engag\u00e9 par l\u2019artiste, veille sur le groupe. Aux confins de la vision p\u00e9riph\u00e9rique, se d\u00e9place ce personnage imposant, pour ne pas dire intimidant. Le bruit de ses pas, celui de ses cha\u00eenes, le hal\u00e8tement ou les aboiements de ses chiens instaurent un fond d\u2019inqui\u00e9tude. Une tension s\u2019installe entre les deux p\u00f4les d\u2019une m\u00eame exp\u00e9rience : l\u2019isolement dans la contemplation ou le sentiment de vivre, en commun, un moment particulier ; et l\u2019impression d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et de vuln\u00e9rabilit\u00e9 attribuable aux pr\u00e9jug\u00e9s entretenus \u00e0 l\u2019\u00e9gard des autres lorsque notre alt\u00e9rit\u00e9 se trouve confront\u00e9e. Cette tension anime les fronti\u00e8res de la r\u00e9sistance physique et psychologique : m\u00e9diter, s\u2019endormir, rester coi ou se lever, \u00e9prouver un urgent besoin de communiquer ou \u00eatre pris d\u2019un intense fou rire, toute attitude affectant l\u2019\u00e9quilibre des positions qui d\u00e9termine le caract\u00e8re et l\u2019intensit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le passage d\u2019une id\u00e9e formelle de l\u2019espace urbain \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te de l\u2019espace qui se r\u00e9v\u00e8le dans l\u2019exercice des comp\u00e9tences ordinaires<\/h2>\n\n\n\n<p><em>Nos fronti\u00e8res<\/em>&nbsp;attire l\u2019attention sur au moins deux directions qui s\u2019observent, de mani\u00e8re r\u00e9currente, dans les pratiques actuelles. D\u2019une part, un vif regain d\u2019int\u00e9r\u00eat pour la psychog\u00e9ographie dont les principes, \u00e9nonc\u00e9s par les avant-gardes culturelles du 20e si\u00e8cle sont aujourd\u2019hui largement <span style=\"white-space: nowrap;\">r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9s<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - Joseph Hart : \u00ab Psychog\u00e9ographie : un terme l\u00e9g\u00e8rement ampoul\u00e9 qu\u2019on a attribu\u00e9 \u00e0 une bo\u00eete de jouets remplie de strat\u00e9gies amusantes et inventives pour explorer les villes. La psychog\u00e9ographie comprend a peu pr\u00e8s tout ce qui m\u00e8ne les pi\u00e9tons hors des sentiers battus et les fait r\u00e9agir face \u00e0 une nouvelle perception du paysage urbain. \u00bb En un mot, qu\u2019est-ce que la psychog\u00e9o-graphie ? Christina Ray : \u00ab Divisez-la en deux parties, c\u2019est le psychologique et le g\u00e9ographique. Il s\u2019agit de comment nous sommes touch\u00e9s par certains endroits \u2013 architecture, temp\u00e9rature, qui nous accompagne \u2013, c\u2019est un sentiment g\u00e9n\u00e9ral d\u2019excitation \u00e0 propos de l\u2019endroit. \u00bb \u2013 \u00ab A new way of walking. Artist-explorers called psychogeographers are changing the way we experience the city \u00bb,&nbsp;<em>Utne magazine<\/em>, juillet-ao\u00fbt 2004.<\/span>. D\u2019autre part, le d\u00e9veloppement d\u2019outils conceptuels ou de pratiques existentielles qui nous rendent proches des ph\u00e9nom\u00e8nes difficiles \u00e0 saisir dans l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019urbain, et qui se d\u00e9marquent des outils d\u2019analyse et de planification <span style=\"white-space: nowrap;\">traditionnels<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - La myriade de strat\u00e9gies d\u00e9velopp\u00e9es \u00e0 la suite des exp\u00e9riences men\u00e9es par le groupe Stalker au milieu des ann\u00e9es 1990 dont la mieux connue est une circumnavigation de 5 jours en p\u00e9riph\u00e9rie de Rome, dans les vides et les interstices de la ville. La travers\u00e9e et le s\u00e9jour dans ces espaces a suppos\u00e9 un d\u00e9tournement du sens et des usages dans une s\u00e9rie d\u2019actions comprenant le journal de voyage, la photographie, le franchissement d\u2019obstacles, la rencontre de nomades, des pique-niques, la r\u00e9utilisation des bouches de ventilation du m\u00e9tro pour produire des sons, etc. \u00ab Nous avons voyag\u00e9 \u00e0 travers le pass\u00e9 et le futur de la ville, \u00e0 travers ses souvenirs perdus et son devenir inconscient, dans un territoire cr\u00e9\u00e9 par l\u2019homme, au-del\u00e0 de sa volont\u00e9. Dans cet espace vide, nous avons dessin\u00e9 une g\u00e9ographie subjective \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, des moments instantan\u00e9s d\u2019un monde en constante \u00e9volution. En fait, nous avons cr\u00e9\u00e9 un espace sans l\u2019avoir planifi\u00e9 ni b\u00e2ti, tout simplement en le traversant. Cela fait de notre exp\u00e9rience une \u00ab pratique architecturale \u00bb. Lorenzo Romito, \u00ab Stalker \u00bb dans&nbsp;<em>Suburban Discipline<\/em>, Peter Lang et Tam Miller (\u00e9d.), New York, Princeton Architectural Press, 1997, p. 131.<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs formes de pratiques actuelles s\u2019appuient sur l\u2019id\u00e9e que notre \u00e9mancipation, souvent difficile \u00e0 envisager dans les structures politiques, \u00e9conomiques et sociales de la ville, pourrait plus facilement \u00e9merger dans les interstices des m\u00e9canismes de r\u00e9glage de la vie quotidienne autant que dans ceux qui r\u00e9v\u00e8lent l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 du territoire. Plusieurs postulent aussi que les qualit\u00e9s tangibles et intangibles des lieux influencent les perceptions qui, en retour, modifient l\u2019aspect, sinon le sens de l\u2019environnement. Ainsi, l\u2019exercice du potentiel humain dans de nouvelles situations inventives permettrait d\u2019op\u00e9rer le passage d\u2019une id\u00e9e formelle de l\u2019espace urbain, am\u00e9nag\u00e9 et construit, \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te de l\u2019espace qui se r\u00e9v\u00e8le dans l\u2019exercice des comp\u00e9tences ordinaires, lorsque celles-ci sont mises \u00e0 l\u2019\u00e9preuve dans des situations o\u00f9 la logique des cheminements est d\u00e9rout\u00e9e, o\u00f9 les sens sont en alerte pour susciter une compr\u00e9hension ph\u00e9nom\u00e9nologique, aiguiser le regard autant que le jugement critique et \u00e9noncer de nouvelles formes de l\u2019espace pratiqu\u00e9. Le vaste \u00e9ventail des pratiques puisant aux principes de psychog\u00e9ographie (privil\u00e9giant la marche, la d\u00e9rive, la travers\u00e9es de lieux avec divers moyens de locomotion, le tourisme ou le r\u00e9cit, pour ne mentionner que celles-ci), ne requiert plus, contrairement aux pratiques lettristes et situationnistes, la compl\u00e8te d\u00e9sorientation et la perte des rep\u00e8res pour comprendre ce qui se joue dans l\u2019espace urbain. Il n\u2019est plus n\u00e9cessaire de d\u00e9signer des \u00ab unit\u00e9s d\u2019ambiance \u00bb ni de transformer la ville et les modes de vie citadins.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, la mobilit\u00e9 physique autant que virtuelle permet \u00e0 chacun de d\u00e9velopper \u00ab l\u2019agilit\u00e9 culturelle \u00bb n\u00e9cessaire \u00e0 construire sa propre urbanit\u00e9 et \u00e0 la&nbsp;<em>performer<\/em>&nbsp;comme une forme d\u2019\u00e9nonciation <span style=\"white-space: nowrap;\">autobiographique<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - Maarten Hajer et Arnold Reijndorp,&nbsp;<em>In search of a new public domain. Analysis and strategy<\/em>, NAI Publishers, Rotterdam, 2001, p. 61.<\/span>. Les lieux habituellement fr\u00e9quent\u00e9s sont, la plupart du temps, homog\u00e8nes et sp\u00e9cialis\u00e9s, choisis en fonction d\u2019imp\u00e9ratifs fonctionnels ou esth\u00e9tiques. Dans cette perspective, la ville s\u2019envisagerait comme une sorte d\u2019\u00ab archipel <span style=\"white-space: nowrap;\">d\u2019enclaves<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-6\" href=\"#footnote-6\"><sup>6<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-6\"><a href=\"#fn-ref-6\"> 6 <\/a> - &nbsp;Maarten Hajer et Arnold Reijndorp, op. cit., p. 61.<\/span> \u00bb parcouru et int\u00e9gr\u00e9 dans la conduite de nos activit\u00e9s habituelles, dans une mer d\u2019espaces laiss\u00e9s pour compte. Actuellement, la pertinence et l\u2019efficacit\u00e9 de plusieurs strat\u00e9gies reposent sur le d\u00e9sir de rejoindre, au plus proche, pour les d\u00e9router, nos mani\u00e8res de percevoir, de circuler et de se comporter dans la ville. Il s\u2019agit de d\u00e9jouer la s\u00e9quence et la logique des parcours, d\u2019\u00e9largir le r\u00e9pertoire des lieux \u00e0 investir, permanents, transitoires ou \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. La donne est renvers\u00e9e : la pratique de l\u2019espace donne \u00e0 voir la mani\u00e8re dont la mobilisation perceptive et expressive se met \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la recherche de nouveaux rep\u00e8res sensibles dans l\u2019environnement urbain, alors que l\u2019instinct guide l\u2019action et que la conscience fait appel au jugement critique autant qu\u2019aux id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues, lorsque les sch\u00e8mes de socialisation commandent la concentration, l\u2019auto-analyse ou le repliement sur soi-m\u00eame autant que l\u2019impulsion, le d\u00e9sir ou la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019interagir. Il s\u2019agit de permettre l\u2019exp\u00e9rience de nouvelles formes de d\u00e9codage du terrain et d\u2019encodage de fragments d\u2019images et d\u2019exp\u00e9riences qui participent \u00e0 la repr\u00e9sentation et \u00e0 la construction de l\u2019espace urbain. L\u2019exp\u00e9rience permet d\u2019entrevoir, de capter, de comprendre et de r\u00e9interpr\u00e9ter les motifs que nos cheminements usuels et nos routines g\u00e9n\u00e8rent en nous isolant d\u2019autres formes urbaines ou d\u2019autres formes d\u2019exp\u00e9riences. Elle laisse aussi entrevoir la possibilit\u00e9, pour chacun, d\u2019exercer ses comp\u00e9tences ordinaires pour questionner, d\u00e9tourner, permuter ou recomposer les motifs mis en \u0153uvre dans l\u2019urbain.<\/p>\n\n\n\n<p>Aussi, il est int\u00e9ressant de noter que les lieux d\u2019exploration du territoire ne cessent de se diversifier. M\u00eame si l\u2019int\u00e9r\u00eat porte encore beaucoup sur les terrains vagues, les friches urbaines ou sur tout autre site abandonn\u00e9 ou en attente d\u2019une requalification \u2013 espaces intrins\u00e8quement forts pour leurs qualit\u00e9s esth\u00e9tiques, libres de formes pr\u00e9con\u00e7ues et de formes d\u2019appropriation \u2013 un mouvement sans cesse croissant de pratiques urbaines investit aussi de mani\u00e8re critique le fonctionnement \u00ab r\u00e9el \u00bb du \u00ab fond urbain \u00bb am\u00e9nag\u00e9 en fonction de la planification rationnelle de la ville. Aussi, il est int\u00e9ressant de ne plus envisager les lieux et les non-lieux dans un rapport dichotomique : les lieux ouverts \u00e0 l\u2019art et les non-lieux qui ne lui sont pas, \u00e0 priori, accessibles ; les lieux o\u00f9 l\u2019on s\u2019attend \u00e0 trouver l\u2019art et les non-lieux o\u00f9 l\u2019on ne s\u2019attend pas \u00e0 le trouver ; les lieux qui s\u2019opposent aux non-lieux o\u00f9, au sens anthropologique, ni l\u2019identit\u00e9, la relation \u00e0 l\u2019autre ou l\u2019histoire ne sont <span style=\"white-space: nowrap;\">symbolis\u00e9es<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-7\" href=\"#footnote-7\"><sup>7<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-7\"><a href=\"#fn-ref-7\"> 7 <\/a> - Marc Aug\u00e9,&nbsp;<em>Pour une anthropologie des mondes contemporains<\/em>, Flammarion (Champs), Paris, 1994, p. 157.<\/span>. Lieux et non-lieux, selon la mani\u00e8re dont ils sont activ\u00e9s, se substituent l\u2019un \u00e0 l\u2019autre : ce sont deux \u00e9tats possibles d\u2019un m\u00eame terrain. Il en est de m\u00eame avec l\u2019apparente dichotomie espace public\/espace priv\u00e9 dont les fronti\u00e8res sont \u00ab labiles et <span style=\"white-space: nowrap;\">circonstancielles<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-8\" href=\"#footnote-8\"><sup>8<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-8\"><a href=\"#fn-ref-8\"> 8 <\/a> - Paul Ardenne, \u00ab Entretien avec Paul Ardenne \u00bb dans&nbsp;<em>Prefigurations<\/em>, no 17. www.prefigurations.com\/17artsurbains\/htm\/arturbain_1ardenne.htm.<\/span> \u00bb. Le vaste corpus de strat\u00e9gies artistiques d\u00e9ploy\u00e9es dans la ville, qui ne cesse de se diversifier, a depuis un bon bout de temps d\u00e9j\u00e0 clairement r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que partout sur le territoire peuvent s\u2019ouvrir des br\u00e8ches dans l\u2019exp\u00e9rience habituellement convenue, fiable et pr\u00e9visible de la ville. La diversit\u00e9 des contextes explor\u00e9s dans&nbsp;<em>Nos fronti\u00e8res<\/em>&nbsp;et les modes d\u2019appropriation qu\u2019ils ont suscit\u00e9s le d\u00e9montrent avec \u00e9loquence.<\/p>\n\n\n\n<p>En regard de la nature de ce qui fait \u0153uvre,&nbsp;<em>Nos fronti\u00e8res<\/em>&nbsp;g\u00e9n\u00e8re des formes d\u2019expression aussi diversifi\u00e9es que le monument comm\u00e9moratif, l\u2019installation, le land art, la performance, et toute autre forme d\u2019expression hybride bricol\u00e9e \u00e0 partir du coffre \u00e0 outils de Rose-Marie E. Goulet, du coffre \u00e0 outils de l\u2019histoire de l\u2019art et de celui des nombreux champs disciplinaires s\u2019int\u00e9ressant \u00e0 l\u2019urbain. L\u2019entreprise de transformation de l\u2019espace urbain est subtile. Elle r\u00e9v\u00e8le des processus, collectifs ou propres \u00e0 chacun, qui s\u2019activent et se donnent \u00e0 voir et \u00e0 sentir dans des \u00ab moments \u00bb qui ne sont pas sans rappeler ceux qu\u2019Henri Lefebvre associe aux instants de r\u00e9alisation et de lib\u00e9ration des routines de la vie quotidienne. Aussi, les pratiques actuelles offrent-elles cette possibilit\u00e9 d\u2019observer, en autant de lieux que de circonstances, l\u2019\u00e9mergence de ces moments de cr\u00e9ativit\u00e9, pour \u00ab prendre acte \u00bb et \u00eatre attentif au retour du sensible. Comme l\u2019affirme Catherine Grout, l\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique advient dans le mode de l\u2019\u00e9v\u00e9nement qui nous transforme et qui laisse appara\u00eetre des mani\u00e8res d\u2019\u00eatre ensemble dans le monde : \u00ab Dans le contexte de la dissolution des structures sociales, la r\u00e9invention de notre relation aux autres et au monde est affaire de personnes et non de structures et de <span style=\"white-space: nowrap;\">syst\u00e8me<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-9\" href=\"#footnote-9\"><sup>9<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-9\"><a href=\"#fn-ref-9\"> 9 <\/a> - Catherine Grout,&nbsp;<em>Nouveaux lieux, nouveaux liens<\/em>, www.artfactories.net.<\/span> \u00bb. Il en est de m\u00eame \u00e0 Montr\u00e9al en regard de nos fronti\u00e8res. La relation au territoire et aux autres se r\u00e9v\u00e8le et se r\u00e9invente \u00e0 travers les savoir-faire, les attitudes et les intentions.<\/p>\n\n\n<div style='display: none;'>Julie Boivin<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"template":"","categories":[281,893],"numeros":[4486],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[4500],"artistes":[5131],"thematiques":[],"type_hors-dossier":[],"class_list":["post-178757","hors-dossier","type-hors-dossier","status-publish","hentry","category-archive","category-off-feature","numeros-56-irreverence-en","statuts-archive","auteurs-julie-boivin-en","artistes-rose-marie-goulet-en"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/hors-dossier\/178757","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/hors-dossier"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/hors-dossier"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=178757"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=178757"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=178757"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=178757"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=178757"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=178757"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=178757"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=178757"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=178757"},{"taxonomy":"type_hors-dossier","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_hors-dossier?post=178757"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}