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{"id":179195,"date":"2005-01-01T18:30:00","date_gmt":"2005-01-01T23:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/hors-dossier\/flottement-volontaire\/"},"modified":"2026-02-09T15:34:31","modified_gmt":"2026-02-09T20:34:31","slug":"flottement-volontaire","status":"publish","type":"hors-dossier","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/off-features\/flottement-volontaire\/","title":{"rendered":"<strong>Flottement volontaire<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<pre class=\"wp-block-verse\">[In French]<\/pre>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">En juin dernier, l\u2019organisme Mise au <span style=\"white-space: nowrap;\">Jeu<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Fond\u00e9 il y a plus de 12 ans, Mise au Jeu est un organisme regroupant plusieurs cr\u00e9ateurs polyvalents provenant d\u2019horizons culturels vari\u00e9s et orient\u00e9s vers une mission commune : favoriser la prise en charge du changement par l\u2019entremise du jeu et de l\u2019intervention th\u00e9\u00e2trale participative comme outils de communication, de formation et d\u2019\u00e9change<\/span> pr\u00e9sentait :&nbsp;<em>Je ne sais pas si vous \u00eates comme <\/em><span style=\"white-space: nowrap;\"><em>moi<\/em><a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - <em>Je ne sais pas si vous \u00eates comme moi.<\/em>&nbsp;Conception et textes Marie-Claude Gamache, Martine Lalibert\u00e9, Marianne Matte et Nancy Roberge. Conception sonore : \u00c9ric Forget-Lapointe. Sc\u00e9nographie et costumes : Catherine Gauthier. Interpr\u00e8tes : Sonia Auger-Guimont, Fr\u00e9d\u00e9ric Gagnon, Claudine Paquette.<\/span>, le premier objet th\u00e9\u00e2tral de la nouvelle cellule artistique ind\u00e9pendante appel\u00e9e La celIule rouge. L\u2019exp\u00e9rience, qui demandait aux spectateurs de d\u00e9ambuler dans les rues du quartier Centre-Sud, g\u00e9n\u00e9rait une percutante r\u00e9flexion sur l\u2019effritement du tissu social et sur la notion m\u00eame de th\u00e9\u00e2tralit\u00e9.<\/pre>\n\n\n\n<p>Choisissant le milieu de la prostitution de Montr\u00e9al comme point d\u2019ancrage, La cellule rouge renouvelait la transposition artistique de la m\u00eame probl\u00e9matique effectu\u00e9e dans le cadre du Festival du 8e art : le travail du <span style=\"white-space: nowrap;\">sexe<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - Voir l\u2019article de Marie-Claude Charlebois, esse n\u00b0 38.<\/span>. La cellule rouge nous conviait plut\u00f4t \u00e0 une incursion au sein m\u00eame du milieu, odyss\u00e9e visant \u00e0 d\u00e9mystifier cet univers parfois clandestin, parfois exhib\u00e9 de fa\u00e7on spectaculaire mais visiblement m\u00e9connu malgr\u00e9 son imbrication dans notre quotidien.<\/p>\n\n\n\n<p>Muni d\u2019un baladeur, le <span style=\"white-space: nowrap;\">spectateur<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Je choisis de nommer \u00ab spectateur \u00bb le promeneur muni du baladeur fourni par La cellule rouge, la pr\u00e9sence d\u2019\u00e9l\u00e9ments spectaculaires\u2013 d\u2019actions signifiantes \u2013 m\u2019emp\u00eachant de le nommer simple excursionniste.<\/span> d\u00e9ambulait, seul ou accompagn\u00e9, suivant les indications de la bande-son et acceptant ou non les permissions de s\u2019infiltrer dans le microcosme illicite et (ou) d\u2019interagir avec les badauds crois\u00e9s sur le parcours. Si un apprivoisement du milieu des travailleuses du sexe s\u2019\u00e9difiait au fil de la performance itin\u00e9rante, l\u2019effet portait bien au-del\u00e0 de la simple conciliation sociale. Pour ce faire, La cellule rouge avait mis\u00e9 sur la force \u00e9vocatrice de l\u2019inter lieu, pla\u00e7ant le spectateur en flottement constant entre deux espaces, fictif ou r\u00e9el, intime ou public, ant\u00e9rieur ou inscrit dans le pr\u00e9sent in et ex <span style=\"white-space: nowrap;\">situ<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - Il m\u2019est difficile de savoir si mon regard lib\u00e9r\u00e9 de la salle de spectacle et de son cadre de sc\u00e8ne demeurait la cause de la dichotomie ou si l\u2019organisation m\u00eame de l\u2019objet favorisait la tergiversation.<\/span>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la lign\u00e9e des compagnies interdisciplinaires telles Momentum, Farine Orpheline cherche ailleurs meilleur ou encore des compagnies de th\u00e9\u00e2tre de rue telles qu\u2019on les conna\u00eet mieux en <span style=\"white-space: nowrap;\">Europe<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-6\" href=\"#footnote-6\"><sup>6<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-6\"><a href=\"#fn-ref-6\"> 6 <\/a> - La compagnie G\u00e9n\u00e9rique Vapeur m\u2019apparait un bon exemple de th\u00e9\u00e2tre de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 ancr\u00e9 dans une urbanit\u00e9. Nous voyons toutefois avec le Festival de Th\u00e9\u00e2tre de Rue de Shawinigan un d\u00e9sir d\u2019implanter ici ces nouvelles pratiques.<\/span>, La cellule rouge a choisi de sortir le th\u00e9\u00e2tre de son lieu habituel de repr\u00e9sentation, cet int\u00e9rieur d\u00e9limitant les fronti\u00e8res rassurantes d\u2019une th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 comprim\u00e9e. En d\u00e9bridant celle-ci, La cellule rouge investissait la ville tout enti\u00e8re \u2013certains endroits du parcours offrant une vue panoramique \u2013 pour sc\u00e9nographie, juxtaposant toutefois le dehors au dedans puisqu\u2019en cours de parcours nous \u00e9tions convi\u00e9s \u00e0 entrer dans un squat, un h\u00f4tel, une boutique. La dramaturgie contenue sur la bande-son m\u00e9tissait les t\u00e9moignages aux extraits de radio-th\u00e9atre ou de po\u00e9sie, le spectateur pouvant de surcro\u00eet interrompre le cours de la diffusion sonore (et sa route) afin d\u2019entrer en contact avec autrui &#8211; une alt\u00e9rit\u00e9 pourtant toujours floue et provoquant des actions parfois fortuites ou orchestr\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tait difficile de ne pas voir dans l\u2019objet th\u00e9\u00e2tral propos\u00e9 un exemple concret de la r\u00e9flexion de Paul Ardenne sur le concept d\u2019art <span style=\"white-space: nowrap;\">inorganique<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-7\" href=\"#footnote-7\"><sup>7<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-7\"><a href=\"#fn-ref-7\"> 7 <\/a> - V\u00e9ritable occasion de d\u00e9roger aux habitudes, l\u2019inorganique est l\u2019entrave permettant de diriger le regard du citoyen dans une direction inaccoutum\u00e9e. Ardenne d\u00e9finit l\u2019art inorganique comme une organisation d\u2019\u00e9l\u00e9ments se liant au d\u00e9cor habituel d\u2019une ville afin d\u2019en d\u00e9traquer l\u2019\u00e9quilibre visuel ou organisationnel. Lire \u00e0 ce sujet l\u2019ouvrage de Paul Ardenne,&nbsp;<em>L\u2019art dans son moment politique<\/em>, \u00c9ditions La Lettre Vol\u00e9e, Bruxelles, 2000, ou encore l\u2019article \u00ab l\u2019art inorganique et la ville contemporaine \u00bb dans esse, no 43, 2001.<\/span>. Le trajet impos\u00e9 par La cellule rouge rejoignait parfaitement l\u2019id\u00e9e de perturbation, Circuler sur la rue Ontario en ob\u00e9issant \u00e0 des indications obligeait le spectateur non seulement \u00e0 sortir d\u2019une salle mais aussi \u00e0 arpenter une rue de fa\u00e7on non conventionnelle, dans un tout autre but que de se rendre \u00e0 un point d\u00e9fini. Ici, la destination se r\u00e9v\u00e9lait le parcours.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De l\u2019ext\u00e9rieur comme signifiant<\/h2>\n\n\n\n<p>De tous les flottements g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par l\u2019\u0153uvre, la confusion entre in et ex situ demeurait sans doute la piste de r\u00e9flexion la plus fertile. Le parcours d\u00e9butait par la visite d\u2019un camion gar\u00e9 sur un terrain vague du quartier, \u00e9cho du d\u00e9placement de la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 qui devait s\u2019op\u00e9rer, \u00e9cho \u00e9galement du mouvement transitoire de la salle de spectacle comme r\u00e9ceptacle de l\u2019art \u00e0 un ext\u00e9rieur sans finitude \u00e0 parcourir. Ce camion, am\u00e9nag\u00e9 en petit salon pour les besoins de la trame narrative, offrait paradoxalement un nouvel int\u00e9rieur (un int\u00e9rieur&nbsp;<em>extra-muros<\/em>) portant une valeur sc\u00e9nographique, v\u00e9ritable sas entre les deux espaces de repr\u00e9sentations. Alors que le spectateur entendait sur la bande-son la conversation entre deux jeunes filles facilement imaginables dans un salon semblable, il lui \u00e9tait possible de feuilleter un album photo d\u00e9pos\u00e9 sur une table o\u00f9 la vie de deux femmes s\u2019\u00e9talait dans une imagerie chronologique parfaitement cr\u00e9dible. Mais La cellule rouge ne s\u2019est pas content\u00e9e de simplement d\u00e9placer un espace clos de repr\u00e9sentation. La porte ouverte du camion donnait \u00e0 voir le terrain vague avec ses passants torves et ses blocs de ciment graffit\u00e9s. D\u00e8s la sortie du v\u00e9hicule, la ville en elle-m\u00eame prenait lieu et place d\u2019environnement englobant et par le fait m\u00eame de nouveau d\u00e9cor. Nous \u00e9tions, entre autres, emmen\u00e9s \u00e0 explorer un stationnement alors que le baladeur faisait entendre la simulation d\u2019une prostitu\u00e9e en pleine action. Les condoms souill\u00e9s par terre tout comme la cannette de boisson gazeuse oubli\u00e9s l\u00e0 confirmaient que l\u2019action fictive relat\u00e9e s\u2019inscrivait dans le lieu que nous foulions du pied.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette coexistence de deux espaces demeurait tangible \u00e0 plusieurs autres \u00e9tapes du parcours, telle l\u2019incursion dans un petit h\u00f4tel de passe o\u00f9 des travailleuses du sexe discutaient prix avec les clients, Le soir de mon p\u00e9riple, une tr\u00e8s jeune fille cachait tant bien que mal son d\u00e9sarroi devant des spectateurs pantois. Nous \u00e9tions t\u00e9moins d\u2019une parfaite osmose de l\u2019in et de l\u2019ex situ. M\u00eame chose en fin de parcours alors qu\u2019une installation volontairement d\u00e9tonante de par son organisation esth\u00e9tique (traces peintes en circonvolution sur le sol, po\u00e9sie sur les murs) envahissait un squat, lieu o\u00f9 s\u2019inscrivait simultan\u00e9ment l\u2019action reproduite sur la bande-son. Cette fragile fronti\u00e8re entre les deux espaces de repr\u00e9sentation emmenait le spectateur \u00e0 tenter de fabriquer du sens avec tout ce qu\u2019il pouvait observer.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De la v\u00e9rit\u00e9 truqu\u00e9e<\/h2>\n\n\n\n<p>Ce dualisme s\u2019appliquait \u00e9galement \u00e0 la trame fictionnelle de l\u2019\u0153uvre. La structure actantielle, presque enti\u00e8rement livr\u00e9e au spectateur par bande-son, soulignait avec efficacit\u00e9 la mixit\u00e9 du fictionnel et du r\u00e9el. Des t\u00e9moignages de commer\u00e7ants du quartier entrecoupaient fr\u00e9quemment les fragments de radio-th\u00e9\u00e2tre. Le concepteur sonore \u00c9ric Forget-Lapointe a aussi habilement remani\u00e9 les propos recueillis lors des entrevues, accentuant certaines phrases, jouant avec les boucles et les r\u00e9p\u00e9titions, allant m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 ajouter de faux t\u00e9moignages enrob\u00e9s d\u2019un environnement sonore recr\u00e9\u00e9 de toutes pi\u00e8ces (bruit de vaisselle laissant croire \u00e0 une captation lors d\u2019un repas entre amis). Le d\u00e9calage s\u2019illustrait alors par un d\u00e9rapage th\u00e9\u00e2tral volontaire dans la voix, souvent impr\u00e9visible et surprenant.<\/p>\n\n\n\n<p>La possibilit\u00e9 de stopper la bande-son afin d\u2019entrer en interaction avec les gens crois\u00e9s durant le parcours affinait encore davantage cet enchev\u00eatrement du fictif et du r\u00e9el. Si certains acteurs \u00e9taient post\u00e9s \u00e0 des endroits strat\u00e9giques (une r\u00e9sidante du quartier, un travelo qui fait le trottoir, une junkie dans le squat), le spectateur, lui, n\u2019avait jamais de certitudes envers celui ou celle qui l\u2019accostait. Un punk qui passait par l\u00e0 vous demandait de la monnaie et vous lui pr\u00eatiez soudainement une attention d\u00e9mesur\u00e9e. Idem pour les filles ou clients de l\u2019h\u00f4tel. L\u2019exp\u00e9rience se r\u00e9v\u00e9lait fort troublante alors que gens du quartier, acteurs et travailleuses du sexe se confondaient sous notre nez. La confusion s\u2019\u00e9tendait jusqu\u2019aux badauds qui entraient parfois en contact avec les acteurs en situation de jeu (des policiers ont longuement emb\u00eat\u00e9 l\u2019acteur travelo malgr\u00e9 les explications de ce dernier. Des r\u00e9sidants du quartier sont \u00e9galement venus participer \u00e0 la discussion provoqu\u00e9e par l\u2019actrice simulant leur statut). Pour le spectateur, tout \u00e9v\u00e9nement aussi infime soit-il faisait sens de par la possibilit\u00e9 qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 orchestr\u00e9 \u2013 de la dispute dans un parc, \u00e0 l\u2019homme qui transporte une \u00e9norme plante en pot.<\/p>\n\n\n\n<p>La cellule rouge a affin\u00e9 ce travail de croisement du vrai et du faux par une utilisation judicieuse des lieux. Dans un parc o\u00f9 des enfants du quartier jouaient sur un man\u00e8ge, le spectateur \u00e9coutait une travailleuse du sexe raconter son enfance dans ces m\u00eames ruelles. Le simple mouvement d\u2019une petite fille sur le tourniquet semblait annoncer une trag\u00e9die. On nous d\u00e9crivait \u00e9galement une des maisons ayant pignon sur ce m\u00eame parc o\u00f9 huit prostitu\u00e9es semblaient avoir fait les quatre cents coups dans un pass\u00e9 pas si lointain. Le spectateur cherchait alors \u00e0 projeter la fiction sur une vraie fa\u00e7ade. Aussi, une \u00e9jection \u00e0 tout moment de l\u2019espace fictionnel restait possible. Le spectateur sans le baladeur se retrouvait devant un simple parc.<\/p>\n\n\n\n<p>La disposition des accessoires participait aussi \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019une docu-fiction : peluches et bibelots visiblement oubli\u00e9s dans le squat confirmaient la pr\u00e9existence du lieu alors que des chaussures dans un coin se r\u00e9v\u00e9laient des accessoires peints pour l\u2019utilisation d\u2019un \u00e9clairage de sc\u00e8ne. L\u2019album photo du camion pr\u00e9sentait des photos de femmes, de l\u2019enfance \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte, alors que leur lien amical et la relation au p\u00e8re relat\u00e9e sur bande demeuraient fictionnels. Enfin, nous reconnaissions le visage de l\u2019une d\u2019elle sur des d\u00e9coupures de journaux ornant le mur d\u2019un autre lieu et mettant en lumi\u00e8re un pass\u00e9 criminel alors que l\u2019on y retrouvait \u00e9galement un article sur la mythique Monica la Mitraille. La corr\u00e9lation s\u2019\u00e9tendait jusqu\u2019au choix de la forme exp\u00e9rimentale : La cellule rouge permettait au spectateur de se cr\u00e9er une fiction personnelle \u00e0 partir d\u2019actions r\u00e9elles (qu\u2019avait donc la jeune fille en d\u00e9tresse de l\u2019h\u00f4tel ?), tout comme la population qu\u00e9b\u00e9coise des ann\u00e9es 1960 a su cr\u00e9er de toutes pi\u00e8ces une vie hypoth\u00e9tique \u00e0 Monique Sparvieri.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De l\u2019intimit\u00e9 publique<\/h2>\n\n\n\n<p>Outre le fait que les acteurs entra\u00eenaient le spectateur dans un \u00e9change personnel, et ce dans un espace public (la rue), une conversation souvent intime se d\u00e9veloppait aussi entre le spectateur et les inconnus arr\u00eat\u00e9s au passage. De la familiarit\u00e9 parfois embarrassante du badaud d\u00e9coulait un ton de confidence insoup\u00e7onn\u00e9 de la part du spectateur. La surprise de d\u00e9couvrir en fin de parcours la nature r\u00e9elle de certains des passants crois\u00e9s en cours de route en \u00e9tait presque douloureuse. Comme si le fait de se confier \u00e0 un acteur en situation de jeu rendait public un geste qui semblait intime avec le simple passant. Le sentiment d\u2019\u00eatre observ\u00e9 par un tiers \u00e9tant alors \u00e9prouv\u00e9 apr\u00e8s coup.<\/p>\n\n\n\n<p>Un m\u00eame flottement entre l\u2019intime et le public se remarquait dans les situations o\u00f9 le spectateur p\u00e9n\u00e9trait malgr\u00e9 lui (et malgr\u00e9 l\u2019orchestration de La cellule rouge) dans un espace priv\u00e9 ne tol\u00e9rant pas ou peu l\u2019intrusion. Une crise d\u2019impatience du concierge de l\u2019h\u00f4tel par exemple ou encore une discussion anim\u00e9e entre deux travailleuses du sexe que le spectateur, invit\u00e9 depuis le d\u00e9but du parcours \u00e0 \u00eatre curieux, observait sans sa pudeur habituelle. Un geste de rabrouement ou bien une r\u00e9elle demande d\u2019aide suffisait \u00e0 faire comprendre que le mur de distanciation s\u2019\u00e9tait effondr\u00e9 sans que le spectateur ne l\u2019ait r\u00e9ellement souhait\u00e9. Il est \u00e0 noter que si la forme de l\u2019exp\u00e9rience th\u00e9\u00e2trale s\u2019apparentait \u00e0 la visite guid\u00e9e, le spectateur pouvait \u00e9prouver \u00e0 juste titre le syndrome du <span style=\"white-space: nowrap;\">touriste<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-8\" href=\"#footnote-8\"><sup>8<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-8\"><a href=\"#fn-ref-8\"> 8 <\/a> - J\u2019entends ici l\u2019impossibilit\u00e9 pour le vacancier d\u2019\u00eatre t\u00e9moin d\u2019une authenticit\u00e9 brute (le vide du d\u00e9sert par exemple ou le pittoresque d\u2019une contr\u00e9e \u00e9loign\u00e9), sa pr\u00e9sence et la conscience de sa pr\u00e9sence en alt\u00e9rant automatiquement la puret\u00e9.<\/span>. Le spectateur arpentant le trottoir ne pouvait s\u2019emp\u00eacher de modifier l\u2019intimit\u00e9 du quartier de par son statut d\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Du pr\u00e9sent ant\u00e9rieur<\/h2>\n\n\n\n<p>Si le th\u00e9\u00e2tre est un art vivant dont l\u2019action s\u2019inscrit dans le pr\u00e9sent, contrairement au cin\u00e9ma, son instantan\u00e9it\u00e9 s\u2019apparente presque exclusivement \u00e0 l\u2019improvisation telle qu\u2019imagin\u00e9e par Robert Gravel ou encore aux techniques de r\u00e9p\u00e9tition de Sandford <span style=\"white-space: nowrap;\">Meisner<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-9\" href=\"#footnote-9\"><sup>9<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-9\"><a href=\"#fn-ref-9\"> 9 <\/a> - La performance ne faisant pas clairement partie de la fratrie du th\u00e9\u00e2tre, je n\u2019ose la consid\u00e9rer comme une manifestation th\u00e9\u00e2trale de l\u2019instantan\u00e9it\u00e9, m\u00eame si elle se construit parfois comme telle. La mont\u00e9e du spectaculaire en performance, sa r\u00e9cente valeur marchande ou encore son d\u00e9placement ex situ contribuent selon moi \u00e0 embrouiller une distinction qui au d\u00e9part s\u2019affichait par une rupture claire des buts et des niveaux de repr\u00e9sentation.<\/span>. Si l\u2019acteur de th\u00e9\u00e2tre feint une situation (action) dans un temps pr\u00e9sent tous les soirs, ses r\u00e9ponses \u00e9motionnelles ou physiques (r\u00e9action) se situent rarement dans <span style=\"white-space: nowrap;\">l\u2019instant<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-10\" href=\"#footnote-10\"><sup>10<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-10\"><a href=\"#fn-ref-10\"> 10 <\/a> - Il s\u2019agit l\u00e0 de toute l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 du travaiI de l\u2019acteur. Eugenio Barba s\u2019est longuement pench\u00e9 sur la question pour en arriver a un concept de pr\u00e9-expressivit\u00e9 assez int\u00e9ressant. II en fait d\u2019ailleurs mention dans certains actes de L\u2019I.S.T.A. (International School of Theater Anthropology).<\/span>. L\u2019improvisation r\u00e8gle \u2013 momentan\u00e9ment du moins \u2013 ce conflit en donnant \u00e0 l\u2019acteur une libert\u00e9 de r\u00e9action, lui permettant d\u2019atteindre une possibilit\u00e9 de r\u00e9ponse-r\u00e9flexe totalement inscrite dans l\u2019instant.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces diff\u00e9rents niveaux de pr\u00e9sence coexistaient certainement dans l\u2019\u0153uvre de La cellule rouge. Malgr\u00e9 le fait que les acteurs r\u00e9agissaient de fa\u00e7on presque toujours improvis\u00e9e et (ou) adapt\u00e9e \u00e0 l\u2019accostage du spectateur, la situation demeurait la m\u00eame, au contraire de l\u2019improvisation r\u00e9glement\u00e9e. Le travelo demandait toujours quelques sous, la r\u00e9sidante racontait la vie de son quartier, la junkie feignait un&nbsp;<em>bad trip<\/em>, et ce, tous les soirs de repr\u00e9sentations. Mais l\u2019hybridation du pass\u00e9 et du pr\u00e9sent s\u2019illustrait surtout dans la juxtaposition de traces du pass\u00e9 \u00e0 des actions recr\u00e9es et inscrites dans le pr\u00e9sent. Une vieille seringue souill\u00e9e sur le trottoir devant le squat o\u00f9 la com\u00e9dienne fixait son&nbsp;<em>shoot<\/em>&nbsp;alliait un pass\u00e9 r\u00e9el \u00e0 un pr\u00e9sent factice.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De la libert\u00e9 du spect-acteur<\/h2>\n\n\n\n<p>Enfin, il m\u2019appara\u00eet n\u00e9cessaire de parler de l\u2019implication forc\u00e9e et (ou) choisie du spectateur du projet de La cellule rouge, transformant celui-ci en v\u00e9ritable spect-acteur. Tout d\u2019abord, le spectateur perd son statut passif de par la nature d\u00e9ambulatoire de l\u2019exp\u00e9rience, les directives orientant le promeneur devant \u00eatre suivies sinon poursuivies. La bande-son impliquait \u00e9galement le spectateur dans une lecture de l\u2019environnement diff\u00e9rente de celle du badaud, ouvrant tout un espace d\u2019\u00e9vocation. Plus technique, un d\u00e9tecteur de mouvement reli\u00e9 \u00e0 un syst\u00e8me d\u2019\u00e9clairage faisait du spectateur le v\u00e9ritable r\u00e9v\u00e9lateur des textes \u00e9crits \u00e0 m\u00eame un mur du squat, alors qu\u2019un fondu au noir s\u2019enclenchait si celui -ci n\u2019arpentait pas l\u2019espace. Une all\u00e9gorie efficace de l\u2019ill\u00e9galit\u00e9 de la sollicitation obligeant la prostitu\u00e9e \u00e0 toujours feindre la promenade.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019implication du spectateur se situait \u00e9galement dans l\u2019autocr\u00e9ation du cadre de sc\u00e8ne, chaque direction du regard \u00e9tant un choix parmi des possibilit\u00e9s infinit\u00e9simales. Si tous les spectateurs avaient la m\u00eame bande-son, personne n\u2019a vu les m\u00eames images. Le spectateur devenait toutefois v\u00e9ritable spect-acteur en utilisant pleinement sa capacit\u00e9 d\u2019agir sur <span style=\"white-space: nowrap;\">l\u2019environnement<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-11\" href=\"#footnote-11\"><sup>11<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-11\"><a href=\"#fn-ref-11\"> 11 <\/a> - Cette implication donnait lieu \u00e0 un v\u00e9ritable encha\u00eenement d\u2019\u00e9v\u00e9nements impond\u00e9rables rappelant de fa\u00e7on cocasse la th\u00e9orie du chaos. Une r\u00e9elle travailleuse du sexe offrant un service \u00e0 un client violent dans le stationnement s\u2019adressa un soir \u00e0 deux spectateurs pr\u00e9sents afin de leur demander de l\u2019aide. Ceux-ci eurent beaucoup de peine \u00e0 croire que cette man\u0153uvre ne faisait pas partie du spectacle lorsqu\u2019ils racont\u00e8rent leur p\u00e9riple en fin de parcours.<\/span>. Que ce soit par la provocation de rencontres ou encore par l\u2019acceptation de jouer le jeu propos\u00e9 en milieu de parcours: soutenir les regards des chauffards jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019une voiture ralentisse. Il r\u00e9sultait de ces actions un constat douloureux sur nos rapports \u00e0 la marginalisation et (ou) un \u00e9merveillement devant cette possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9change retrouv\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019art de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019exp\u00e9rience propos\u00e9e par La cellule rouge questionnait donc l\u2019univers de transaction dans lequel nous vivons, univers annihilant la gratuit\u00e9 d\u2019un contact humain. Mais la remise du baladeur en fin de parcours et surtout la promenade le lendemain dans un tout autre quartier laissait perplexe. Car si notre regard ne cherche plus l\u2019\u00e9v\u00e9nement cr\u00e9\u00e9 dans le but de faire sens, notre app\u00e9tit d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 diminue. Notre ouverture aux autres resterait-elle plus simple lorsque valid\u00e9e par un cadre artistique ?<\/p>\n\n\n<div style='display: none;'>Farine Orpheline, Jade B\u00e9rub\u00e9, La cellule rouge, Momentum<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"template":"","categories":[281,893],"numeros":[4574],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[4641],"artistes":[4642,4643,4644],"thematiques":[],"type_hors-dossier":[5941],"class_list":["post-179195","hors-dossier","type-hors-dossier","status-publish","hentry","category-archive","category-off-feature","numeros-53-utopie-et-dystopie-en","statuts-archive","auteurs-jade-berube-en","artistes-farine-orpheline-en","artistes-la-cellule-rouge-en","artistes-momentum-en","type_hors-dossier-principal"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/hors-dossier\/179195","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/hors-dossier"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/hors-dossier"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=179195"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=179195"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=179195"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=179195"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=179195"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=179195"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=179195"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=179195"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=179195"},{"taxonomy":"type_hors-dossier","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_hors-dossier?post=179195"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}