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{"id":179199,"date":"2005-01-01T18:25:00","date_gmt":"2005-01-01T23:25:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/hors-dossier\/petite-geographie-insulaire\/"},"modified":"2026-02-09T15:36:14","modified_gmt":"2026-02-09T20:36:14","slug":"petite-geographie-insulaire","status":"publish","type":"hors-dossier","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/off-features\/petite-geographie-insulaire\/","title":{"rendered":"<strong>Petite g\u00e9ographie insulaire<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<pre class=\"wp-block-verse\">[In French]<\/pre>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">La hutte se d\u00e9coupe \u00e0 l\u2019horizon : un m\u00e9lange rudimentaire de glaise et de paille colmate les ouvertures d\u2019une armature de branches mont\u00e9e en tressage. Deux cages \u00e0 homard imbriqu\u00e9es sur le dessus font office d\u2019yeux donnant \u00e0 l\u2019abri une apparence vaguement animale. Sur ce site \u2013 une dune de sable interminable s\u2019ouvrant sur une baie d\u2019un bleu profond \u2013, le regard avait l\u2019habitude de s\u2019\u00e9garer. Mais voil\u00e0 que quelqu\u2019un y a fait son nid; l\u2019\u00e9trange \u00eelot v\u00e9g\u00e9tal con\u00e7u par Christopher Varady-Szabo humanise l\u2019immensit\u00e9, lui donne des dimensions habitables. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de cette intervention artistique qui fait dans la domestication&nbsp;<em>soft<\/em>, l\u2019\u00e9dicule sanitaire pour les besoins des plaisanciers, friands de la planche \u00e0 voile ou du cerf-volant, ne peut que contraster.<\/pre>\n\n\n\n<p>La cohabitation entre les pratiques artistiques et les infrastructures de loisir n\u2019est qu\u2019un des effets fortuits qui aura marqu\u00e9 le&nbsp;<em>Symposium en arts visuels des \u00celes-de-la-Madeleine<\/em>&nbsp;lors de sa quatri\u00e8me \u00e9dition qui a eu lieu en juin <span style=\"white-space: nowrap;\">2004<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - L\u2019auteure remercie l\u2019Office du tourisme des \u00celes-de-la-Madeleine et la compagnie C.T.M.A. pour lui avoir gracieusement offert le d\u00e9placement en bateau jusqu\u2019\u00e0 l\u2019archipel.<\/span>. Sous le cocommissariat de Jean-Yves Vigneau et de Viviane Paradis, le symposium avait pour titre&nbsp;<em>Les islomanes<\/em>, terme invent\u00e9 par l\u2019\u00e9crivain britannique Lawrence Durrell pour parler de l\u2019islomanie, ce \u00ab d\u00e9rangement de l\u2019esprit qui fait que des gens apparemment normaux ressentent les effets d\u2019une indescriptible intoxication \u00e0 la vue d\u2019une petite parcelle de terre entour\u00e9e d\u2019eau \u00bb. Vue de loin, peut-\u00eatre m\u00eame imagin\u00e9e, l\u2019\u00eele de l\u2019islomane annonce donc une fascination \u00e0 distance. Les neuf artistes participants \u00e9taient pourtant bien invit\u00e9s sur place par les commissaires pour r\u00e9aliser une \u0153uvre in situ sur le territoire de l\u2019archipel.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Intervenir de pr\u00e8s, sur le site m\u00eame, mais regarder \u00e0 distance, voil\u00e0 un peu le paradoxe o\u00f9 se trouvaient les artistes. Le \u00ab fait sur mesure \u00bb dict\u00e9 par l\u2019in situ ne peut rien contre le fait que l\u2019artiste n\u2019est pas vraiment chez lui; il est irr\u00e9m\u00e9diablement un \u00e9tranger en visite. Aux \u00celes, ont rappel\u00e9 certains propri\u00e9taires, ne s\u2019installe pas qui le veut, o\u00f9 il le veut. Les pourparlers et les prospections des artistes, relat\u00e9s en partie dans les Livres de bord des Islomanes r\u00e9unis au centre d\u2019artistes <span style=\"white-space: nowrap;\">AdMare<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - L\u2019exposition s\u2019est tenue du 21 juin au 11 juillet 2004. Initi\u00e9 par le regroupement des artistes professionnels en arts visuels des \u00celes-de-la-Madeleine, le centre d\u2019artistes AdMare, vou\u00e9 \u00e0 l\u2019art actuel, inaugurait ses nouveaux locaux \u00e0 Cap-aux-Meules avec l\u2019ouverture du symposium.<\/span> \u00e0 la fin du symposium, ont t\u00e9moign\u00e9 de la difficult\u00e9 de la t\u00e2che. Refus de cohabitation, zones prot\u00e9g\u00e9es, incompatibilit\u00e9 du projet avec le lieu sont les raisons \u00e9voqu\u00e9es pour rendre compte de ce premier contact avec le territoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec raison, on objectera que ces obstacles sont communs \u00e0 la plupart des projets in situ et autres aventures artistiques hors les murs. On aurait tort cependant de ne pas voir ce que la strat\u00e9gie de l\u2019in situ, d\u00e9sormais quasi implicite \u00e0 tous les \u00e9v\u00e9nements estivaux de cette nature, pouvait apporter de singulier aux \u00celes, l\u00e0 o\u00f9 le caract\u00e8re encore \u00ab sauvage \u00bb du territoire est convoit\u00e9 par les touristes, qui par leur arriv\u00e9e massive depuis les derni\u00e8res ann\u00e9es en menacent justement <span style=\"white-space: nowrap;\">l\u2019int\u00e9grit\u00e9<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - L\u2019arriv\u00e9e des touristes en saison estivale fait presque tripler la population de l\u2019archipel et engendre d\u2019importants probl\u00e8mes dans la gestion des services, dont celui de l\u2019approvisionnement en eau potable.<\/span>. Dans ce contexte, toute \u00ab occupation \u00bb des lieux prend des allures suspectes ou du moins intensifie et ram\u00e8ne \u00e0 la conscience les rapports au territoire dans ses usages m\u00eame les plus familiers.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces enjeux concernant le territoire ont d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 soulev\u00e9s lors de la table ronde anim\u00e9e par Alain-Martin Richard (Qu\u00e9bec) qui s\u2019est tenue le deuxi\u00e8me dimanche du symposium. R\u00e9unissant des acteurs culturel, communautaire et municipal de <span style=\"white-space: nowrap;\">l\u2019archipel<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - \u00c9taient pr\u00e9sents \u00e0 cette table ronde : Micheline Couture, propri\u00e9taire de la d\u00e9funte galerie Point sud; Claude Richard, agent de d\u00e9veloppement pour la Conf\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale des \u00e9lus de la Gasp\u00e9sie et des Iles-de-la-Madeleine; et R\u00e9jeanne Lapierre, citoyenne. L\u2019urbaniste Serge Bourgeois, impliqu\u00e9 dans le projet d\u2019am\u00e9nagement du territoire, devait \u00e9galement participer \u00e0 la discussion, mais s\u2019est finalement d\u00e9sist\u00e9.<\/span>, les \u00e9changes portant sur le th\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral de la culture insulaire n\u2019ont pas manqu\u00e9 de rappeler \u00e9galement, et surtout, certains d\u00e9bats publics qui font l\u2019actualit\u00e9 dans l\u2019archipel et qui ont trait justement \u00e0 l\u2019occupation du territoire. Qu\u2019en est-il de la pr\u00e9servation du patrimoine naturel et culturel des \u00celes en ces temps de tourisme intensif ? Quelle attitude face au plan d\u2019am\u00e9nagement controvers\u00e9 propos\u00e9 par la municipalit\u00e9 dans un effort de conservation du patrimoine b\u00e2ti ? Quelle est la juste mesure entre les int\u00e9r\u00eats individuels et collectifs quand il est question de revendiquer un droit sur le territoire ? L\u2019identit\u00e9 insulaire est-elle forc\u00e9ment d\u00e9finie par l\u2019isolement, et que provoque son ouverture aux visiteurs de plus en plus nombreux ? Bref, avec comme toile de fond ces d\u00e9bats, on pouvait s\u2019attendre \u00e0 ce que les interventions artistiques du symposium aient pr\u00e9cis\u00e9ment ces enjeux dans leur mire pour que, avec la distance critique du visiteur-artiste, certaines de ces questions soit soumises \u00e0 la r\u00e9flexion.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, l\u2019invitation faite aux artistes par les commissaires n\u2019avait pas n\u00e9cessairement insist\u00e9 sur les aspects du \u00ab paysage culturel \u00bb, lesquels semblent avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9s sur le tard durant le symposium. C\u2019est pourquoi, parmi les \u0153uvres r\u00e9alis\u00e9es durant les trois semaines d\u2019activit\u00e9, la douce folie insulaire s\u2019est plut\u00f4t manifest\u00e9e \u00e0 l\u2019abri de ces consid\u00e9rations pour flirter davantage avec une po\u00e9tique de glaneur. Quelques \u0153uvres ont en effet r\u00e9sult\u00e9 d\u2019\u00e9l\u00e9ments industriels ou naturels pr\u00e9lev\u00e9s sur les sites. Cette strat\u00e9gie, qui est une modalit\u00e9 possible de l\u2019in situ, n\u2019est pas mauvaise en soi et n\u2019est pas non plus incompatible avec une approche critique du territoire humanis\u00e9; la plupart des interventions avaient moins pour objectif de contraster avec le paysage que de questionner plus g\u00e9n\u00e9ralement sa naturalisation et l\u2019in\u00e9vitable processus d\u2019id\u00e9alisation auquel il est soumis.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Glaner, marquer, relever<\/h2>\n\n\n\n<p>Au nombre des glaneurs du \u00ab naturel \u00bb, outre Varady-Szabo (Gasp\u00e9) au Parc Jomphe, confront\u00e9 malgr\u00e9 lui aux activit\u00e9s des f\u00e9rus de la planche, s\u2019ajoutait Marie Berger (\u00celes-de-la-Madeleine) qui a con\u00e7u des personnages color\u00e9s \u00e0 partir de bois de gr\u00e8ve pour les fixer face \u00e0 la mer pr\u00e8s du Phare du Bourgot. Ces vigiles de fortune souffraient cependant d\u2019une transposition trop litt\u00e9rale du travail d\u00e9licat que l\u2019artiste fait habituellement en galerie.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un autre registre, mais travaillant aussi \u00e0 partir d\u2019\u00e9l\u00e9ments naturels, Andr\u00e9 Lapointe (Moncton) a sculpt\u00e9 le gr\u00e8s rouge du Nouveau-Brunswick pour en faire 25 pi\u00e8ces en forme de larves plus ou moins grandes. Les \u00e9l\u00e9ments ont d\u2019abord \u00e9t\u00e9 r\u00e9unis sur la plage de la Dune-du-Sud de fa\u00e7on \u00e0 \u00e9voquer le d\u00e9placement des Acadiens pour ensuite \u00eatre dispers\u00e9s par l\u2019artiste \u00e0 divers endroits sur les \u00eeles afin de leurrer le passant. Potentiellement confondues avec le gr\u00e8s rouge si caract\u00e9ristique des falaises de l\u2019archipel, ces sculptures, suppos\u00e9es naturelles, mais \u00e0 la forme insolite, devaient accentuer la propension du promeneur pour la trouvaille in\u00e9dite, in\u00e9vitablement esp\u00e9r\u00e9e lors d\u2019une balade sur la plage. V\u00e9ritables \u00ab app\u00e2ts pour les raconteurs \u00bb sugg\u00e9rait l\u2019artiste, ces sculptures s\u2019inscrivaient dans la lign\u00e9e de l\u2019\u00ab objet anim\u00e9 \u00bb cher aux surr\u00e9alistes et proposaient, \u00e0 travers la feinte, une fine prise en compte du site. Il a fallu tr\u00e8s peu de temps d\u2019ailleurs pour que quelques-unes de ces sculptures soient subtilis\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la veine du&nbsp;<em>land art<\/em>, une avenue d\u00e9j\u00e0 explor\u00e9e quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t au m\u00eame endroit, Lapointe, en collaboration avec Serge Dupreuil, participant \u00e0 cette \u00e9dition du symposium et complice des projets ant\u00e9rieurs, a recouvert une roche de sable noir de la Nouvelle-\u00c9cosse. Marquage sobre forc\u00e9ment furtif, mimant en cela le mouvement entropique qui gruge toujours davantage les falaises de gr\u00e8s rouge, le travail ne se laissait approcher qu\u2019en for\u00e7ant quelques pas au-del\u00e0 d\u2019un trajet le plus souvent pi\u00e9tin\u00e9 par les touristes.<\/p>\n\n\n\n<p>Les falaises de la Dune-du-Sud ont aussi fascin\u00e9 Lilian Cooper (Amsterdam) qui en a arpent\u00e9 le relief pour restituer ses moindres d\u00e9tails sur papier. Ces relev\u00e9s minutieux, scrupuleusement crayonn\u00e9s au quotidien, s\u2019inscrivent dans le projet&nbsp;<em>Coastline<\/em>, qui \u00e9tait de dessiner l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 du littoral de l\u2019Atlantique Nord. De cet audacieux projet, peu cependant devait \u00eatre livr\u00e9 au public, l\u2019artiste ayant choisi d\u2019ex\u00e9cuter au centre AdMare une murale dessin\u00e9e au gr\u00e8s rouge reprenant, \u00e0 partir d\u2019une photographie, une partie du motif lin\u00e9aire de la falaise. La conjonction entre la substance du r\u00e9f\u00e9rent et son motif feignait une proximit\u00e9 illusoire, l\u2019objet de fascination s\u2019effa\u00e7ant finalement avec la multiplication des interm\u00e9diaires. C\u2019est en cela aussi que le projet, inachev\u00e9 et appel\u00e9 sans doute \u00e0 le rester, confortait sa nature mythique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9cup\u00e9rer, assembler<\/h2>\n\n\n\n<p>Une visite au centre de recyclage en d\u00e9but de symposium a fourni \u00e0 trois artistes les mat\u00e9riaux n\u00e9cessaires pour leurs interventions induisant une modalit\u00e9 de l\u2019in situ forg\u00e9e \u00e0 partir d\u2019\u00e9l\u00e9ments trouv\u00e9s. Du nombre, Serge Dupreuil (Iles-de-la-Madeleine) a utilis\u00e9 deux r\u00e9servoirs en m\u00e9tal rouill\u00e9s pour redonner sa verticalit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9pave du Corfu situ\u00e9e depuis 40 ans \u00e0 la dune de l\u2019\u00c9tang-du-Nord. Faute d\u2019avoir pu \u00eatre d\u00e9log\u00e9e du sable, la carcasse de m\u00e9tal a depuis longtemps \u00e9t\u00e9 ras\u00e9e \u00e0 sa base, \u00e9ventr\u00e9e au grand jour. Visiblement un habitu\u00e9 du territoire \u2013 un terrain de jeu en somme puisqu\u2019il y a grandi \u2013, Dupreuil a su se mesurer au colosse de m\u00e9tal par une intervention relativement simple qu\u2019il a accompagn\u00e9e d\u2019un propos \u00e0 saveur l\u00e9gendaire sur la provenance du bateau, la Gr\u00e8ce, et sa possible renaissance aux \u00celes apr\u00e8s toutes ces ann\u00e9es. Le geste de l\u2019artiste montrait en quoi tous les vestiges de tragiques histoires de naufrage peuvent engager l\u2019imaginaire et semer le doute sur la v\u00e9racit\u00e9 des histoires qu\u2019ils engendrent. Il est connu en effet que la population locale comme les touristes n\u2019ont de cesse de recomposer avec plaisir le r\u00e9cit qui a conduit ces restes \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 ils se trouvent.<\/p>\n\n\n\n<p>Dominic Lefran\u00e7ois, mieux connu par les gens de l\u2019archipel pour ses peintures de facture expressionniste, a d\u00e9laiss\u00e9 les pinceaux pour intervenir au grand air avec les bancs rouges de l\u2019ancien cin\u00e9ma Fatima, aujourd\u2019hui ferm\u00e9 et remplac\u00e9 par le moins pittoresque Cyrco, un complexe multisalles \u00e0 Cap-au-Meule. Lefran\u00e7ois a mis la main sur le mobilier d\u00e9laiss\u00e9 pour le disposer judicieusement sur la Butte-du-Vent et ses vallons environnants, le point de vue le plus \u00e9lev\u00e9 de l\u2019archipel tout juste apr\u00e8s Big Hill, situ\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00cele d\u2019Entr\u00e9e. Ce cin\u00e9ma ouvert, plus soucieux de montrer le regardant en train de se regarder et de multiplier les points de vue plut\u00f4t que d\u2019en magnifier un seul, s\u2019\u00e9cartait de la pratique de la carte postale souvent associ\u00e9e \u00e0 ces paysages grandioses. Seul le regard devait finalement \u00eatre sollicit\u00e9 par le dispositif de Steve Heimbecker (Saskatchewan) qui projetait de faire entendre le va-et-vient du vent avec des sommiers de lits mont\u00e9s sur un cadre en bois \u00e9voquant une fen\u00eatre ouverte sur le large. L\u2019intensit\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9e par l\u2019artiste pour donner un fini soign\u00e9 aux sommiers les a rendus muets alors qu\u2019ils devaient grincer une fois agit\u00e9s. M\u00eame le mouvement devenait prisonnier de ce dispositif plut\u00f4t encombrant qui faisait oublier que l\u2019artiste avait d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 dans des projets ant\u00e9rieurs qu\u2019il savait avec finesse encoder le vent pour lui donner des envol\u00e9es plus subtiles.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Dialoguer, s\u2019immiscer<\/h2>\n\n\n\n<p>Alors que la plupart des propositions collaient physiquement au site ou \u00e9taient g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par des mat\u00e9riaux puis\u00e9s \u00e0 m\u00eame le site, les contributions de Pierre Bourgault (Saint-Jean-Port-Joli) et de Nicolas Dickner (Qu\u00e9bec) ont fray\u00e9 avec un territoire \u00e9largi o\u00f9 intervenait davantage le facteur humain, faisant de ces deux projets les plus stimulants du symposium. Sans toutefois qu\u2019ils aient pris en charge la question du territoire pour les r\u00e9sonances que lui donnait la conjoncture \u00e9voqu\u00e9e plus haut, ces deux projets \u00e9taient moins repli\u00e9s sur eux-m\u00eames et traduisaient avec plus d\u2019\u00e9loquence l\u2019immersion dans la culture de l\u2019archipel. Jeune auteur, Dickner a tenu un weblog (www.islomanes.net\/dickner.htm) dans lequel il \u00e9voquait, presque au jour le jour, le territoire insulaire soit par le relais de la carte, des toponymes, de l\u00e9gendes locales ou de r\u00e9cits personnels. Entre le factuel et la fiction, les propos de l\u2019auteur commentaient le quotidien v\u00e9cu au symposium et rendaient compte de la tessiture complexe du travail in situ. Les commentaires des lecteurs, impliqu\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019espace-temps relationnel du Web, ont rappel\u00e9 la dimension extr\u00eamement flexible de cette notion.<\/p>\n\n\n\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Pierre Bourgault a adress\u00e9 un hommage senti \u00e0 l\u2019intellectuel militant Pol Chantraine \u2013 r\u00e9alis\u00e9 en collaboration avec Andr\u00e9 Lapointe \u00e0 partir d\u2019un bloc de sel sculpt\u00e9 et appel\u00e9 \u00e0 fondre avec le temps \u2013 pour ensuite mener un projet dont la r\u00e9alisation a \u00e9t\u00e9 sem\u00e9e d\u2019emb\u00fbches. Int\u00e9ress\u00e9 d\u2019une part \u00e0 poursuivre ses trajets sur l\u2019eau avec son zodiaque et son GPS pour en restituer le dessin sur une carte, il a voulu, d\u2019autre part, impliquer les p\u00eacheurs des \u00eeles en sollicitant leurs propres trac\u00e9s en mer. Au centre AdMare, Bourgault a fini par r\u00e9unir le trac\u00e9 erratique d\u2019un p\u00eacheur \u00e2g\u00e9 quasi aveugle, t\u00e9moignant d\u2019un rapport au territoire maritime o\u00f9 le t\u00e2tonnement personnalis\u00e9 l\u2019emportait sur la grille syst\u00e9matique qu\u2019une logique commerciale est en droit de programmer. Tout le caract\u00e8re artisanal du m\u00e9tier refaisait surface ainsi que la lente qu\u00eate du p\u00eacheur que le travail sur les c\u00f4tes et en haute mer permettent rarement de jauger de visu. Les trajets en mer, sur trois ans, d\u2019un autre p\u00eacheur figuraient aussi sur le mur, l\u2019accumulation des trajets d\u00e9finissant moins un trac\u00e9 qu\u2019une d\u00e9licate tra\u00een\u00e9e de poudre autour de l\u2019archipel; l\u2019important brouillage des donn\u00e9es minait la fonction initiale du GPS, lui donnant une fonction po\u00e9tique insoup\u00e7onn\u00e9e. La participation finalement r\u00e9duite des p\u00eacheurs, peu enclins \u00e0 partager avec l\u2019\u00e9tranger un savoir transmis de p\u00e8re en fils, aura forc\u00e9 l\u2019artiste \u00e0 constater les limites de son intervention. Pour celui qui pr\u00e9tend cultiver un art de plus en plus effac\u00e9, il devenait \u00e9vident, au bout des trois semaines du symposium, que c\u2019\u00e9taient bien les p\u00eacheurs qui l\u2019avaient transform\u00e9, et non lui qui avait pu op\u00e9rer quelques modifications en eux. Ainsi, m\u00eame devant une situation qu\u2019il croyait pouvoir ma\u00eetriser, l\u2019artiste admettait devoir se parer de respect et de modestie.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces limites de l\u2019intervention, Alain-Martin Richard les aura lui aussi mesur\u00e9es alors que le temps \u00e0 la radio locale qui lui avait \u00e9t\u00e9 accord\u00e9 pour informer la population des activit\u00e9s du symposium a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rablement r\u00e9duit. Les responsables de la radio ont en effet r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 laisser toute la marge de man\u0153uvre souhait\u00e9e par Richard dans la fa\u00e7on de r\u00e9aliser ses capsules d\u2019informations, mais les deux partis ont finalement compris que cette collaboration ne pouvait pas faire l\u2019\u00e9conomie d\u2019un apprivoisement r\u00e9ciproque et d\u2019une ouverture \u00e0 l\u2019autre. Au terme de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, une \u00e9mission sp\u00e9ciale d\u2019une heure a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue \u00e0 laquelle Jocelyn Robert (Qu\u00e9bec) a \u00e9galement contribu\u00e9 au moyen d\u2019\u00e9chantillonnages sonores et d\u2019entrevues r\u00e9alis\u00e9es avec les artistes du symposium. Durant cette \u00e9mission, chaque participant a vu son portrait trac\u00e9 en mots et en musique sur les ondes; sans \u00eatre un exercice complaisant de personnification du travail artistique, ce projet s\u2019est affich\u00e9 comme un travail exploratoire intelligent \u2013 dans la forme et dans le contenu \u2013, mais aussi comme une brillante fa\u00e7on de documenter l\u2019\u00e9v\u00e9nement avant qu\u2019il ne soit compl\u00e8tement consomm\u00e9, ce que la formule du symposium permet difficilement de contourner. Du reste, si Richard et Robert ont voulu que la cueillette sonore traduise des ambiances capt\u00e9es sur le vif, ils ont aussi fouill\u00e9 dans un r\u00e9pertoire musical d\u00e9j\u00e0 existant et parfois sp\u00e9cifique aux \u00celes. Par exemple, un air de Yvon Quinn a \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9 lors d\u2019une \u00e9mission hebdomadaire consacr\u00e9e au symposium. Si le nom de Quinn alimente encore les histoires chez les r\u00e9sidants et que le minuscule mus\u00e9e de l\u2019\u00cele d\u2019Entr\u00e9e lui a \u00e9difi\u00e9 un h\u00f4tel depuis sa mort en 2002 \u2013 son fid\u00e8le chapeau de cowboy, des photos et sa guitare en guise de f\u00e9tiches \u2013, c\u2019est que le personnage cumulait de fa\u00e7on singuli\u00e8re les fonctions de maire, d\u2019\u00e9picier et de musicien amateur.<\/p>\n\n\n\n<p>En plus d\u2019offrir une avenue o\u00f9 la population locale \u00e9tait mise \u00e0 contribution, la radio s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e un moyen de communication puissant pour l\u2019\u00e9v\u00e9nement qui proposait d\u2019\u00e9tendre ses limites \u00e0 l\u2019ensemble de l\u2019archipel, un d\u00e9fi de taille \u00e0 relever. La dispersion des \u0153uvres, leur camouflage sur le site, r\u00e9duisaient consid\u00e9rablement leur visibilit\u00e9, marquant une rupture avec un symposium de peinture mieux connu de la population qui \u00e9tabli ses p\u00e9nates sur la Grave-\u00e0-Havre-Aubert. L\u2019autre m\u00e9rite du symposium est d\u2019avoir multipli\u00e9 les ponts entre les artistes et la population en organisant notamment des 5 \u00e0 7 au cours desquels les artistes ont tour \u00e0 tour pr\u00e9sent\u00e9 leur travail devant un public <span style=\"white-space: nowrap;\">vari\u00e9<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - Une exposition collective r\u00e9unissant quelques \u0153uvres des artistes participant au symposium a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e au Mus\u00e9e de la mer \u00e0 Havre-Aubert afin de contextualiser les pratiques de chacun.<\/span>. La r\u00e9ussite de cette formule \u00e9tait sans \u00e9quivoque, le cycle coutumier de la saison touristique s\u2019en voyait modifi\u00e9 et les caf\u00e9s de l\u2019archipel ouvraient plus t\u00f4t que d\u2019habitude. Ce symposium aura propos\u00e9 une fa\u00e7on de faire de l\u2019in situ qui ne r\u00e9duisait pas le lieu \u00e0 une surface d\u2019inscription physique, mais qui tenait compte parfois de la population, au risque de donner au projet artistique une direction inattendue ou de le voir appr\u00e9cier aussi pour ses effets secondaires.<\/p>\n\n\n<div style='display: none;'>Andr\u00e9 Lapointe, Christopher Varady-Szabo, Jocelyn Robert, Marie Berger, Marie-\u00c8ve Charron, Nicolas Dickner, Pierre Bourgault, Serge Dupreuil, Steve Heimbecker<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"template":"","categories":[281,893],"numeros":[4574],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[2242],"artistes":[5736,5176,4422,5783,5785,7734,5784,1865],"thematiques":[],"type_hors-dossier":[],"class_list":["post-179199","hors-dossier","type-hors-dossier","status-publish","hentry","category-archive","category-off-feature","numeros-53-utopie-et-dystopie-en","statuts-archive","auteurs-marie-eve-charron-en","artistes-andre-lapointe-en","artistes-christopher-varady-szabo-en","artistes-jocelyn-robert-en","artistes-marie-berger-en","artistes-nicolas-dickner-en","artistes-pierre-bourgault-en","artistes-serge-dupreuil-en","artistes-steve-heimbecker-en"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/hors-dossier\/179199","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/hors-dossier"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/hors-dossier"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=179199"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=179199"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=179199"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=179199"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=179199"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=179199"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=179199"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=179199"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=179199"},{"taxonomy":"type_hors-dossier","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_hors-dossier?post=179199"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}