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{"id":167586,"date":"2018-09-01T13:08:54","date_gmt":"2018-09-01T18:08:54","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/?post_type=jeunes-critiques&#038;p=167586"},"modified":"2026-02-18T10:51:03","modified_gmt":"2026-02-18T15:51:03","slug":"anne-marie-proulx-et-les-confluences-du-territoire","status":"publish","type":"jeunes-critiques","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/young-critics\/anne-marie-proulx-et-les-confluences-du-territoire\/","title":{"rendered":"Anne-Marie Proulx et les confluences du territoire"},"content":{"rendered":"\n<pre class=\"wp-block-verse\">[In French]\n\n\u00c0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2015, sur le navire qui relie Natashquan et Blanc-Sablon, Anne-Marie Proulx rencontre une femme originaire de Pakuashipi qui l\u2019invite \u00e0 visiter son village. L\u2019artiste s\u2019y rendra \u00e0 quatre reprises au cours des deux ann\u00e9es suivantes et y fera connaissance avec Mathias Mark, Tanya Lalo Penashue et Mariette Mestenapeo, qui formeront, avec l\u2019artiste, les quatre voix que l\u2019on entend dans l\u2019exposition <em>Les falaises se rapprochent,<\/em> pr\u00e9sent\u00e9e au printemps dernier \u00e0 la Galerie des arts visuels de l\u2019Universit\u00e9 Laval. L\u2019artiste y propose quatre bandes sonores tir\u00e9es de ses conversations avec les trois Innus aux c\u00f4t\u00e9s de quelques photographies de roches recueillies le long du fleuve et du golfe et d\u2019extraits d\u2019un dictionnaire innu-fran\u00e7ais. Autant de traces de son passage dans la petite communaut\u00e9 innue de la Basse-C\u00f4te-Nord qui t\u00e9moignent d\u2019une autre approche possible des peuples autochtones.<\/pre>\n\n\n\n<p><br>Anne-Marie Proulx s\u2019int\u00e9resse depuis 2011 aux repr\u00e9sentations du territoire, qui r\u00e9v\u00e8lent les diff\u00e9rents rapports que l\u2019on peut y entretenir. Le double caract\u00e8re des images traditionnelles du territoire (carte, photographie, peinture) est que le regardeur structure la repr\u00e9sentation \u2013 par exemple en d\u00e9terminant, par sa position, le point de fuite qui organise le paysage \u2013 et qu\u2019il se situe \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du lieu repr\u00e9sent\u00e9. Le monde se trouve ainsi soumis aux param\u00e8tres fix\u00e9s par l\u2019observateur et celui-ci, situ\u00e9 hors champ, demeure intouch\u00e9 par ce qu\u2019il <span style=\"white-space: nowrap;\">voit<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Nous nous r\u00e9f\u00e9rons \u00e0 l\u2019analyse de la perspective par Isabelle Thomas-Fogiel. Conf\u00e9rence \u00ab\u2009Le lieu de l\u2019universel&nbsp;: Impasses du r\u00e9alisme dans la philosophie contemporaine\u2009\u00bb le 16 mars 2016, Facult\u00e9 de philosophie, Universit\u00e9 Laval, Qu\u00e9bec.<\/span>. Il en d\u00e9coule une posture de maitrise, de contr\u00f4le, qui s\u2019incarne, si l\u2019on se rapporte au nord du Qu\u00e9bec, par les vues a\u00e9riennes des prospecteurs miniers qui survolaient les terres de haut pour \u00e9valuer plus efficacement les ressources exploitables et la fa\u00e7on d\u2019y acc\u00e9der. Le projet <em>Bassins versants<\/em>, r\u00e9alis\u00e9 entre 2014 et 2016, peut \u00eatre compris comme une d\u00e9construction des repr\u00e9sentations issues d\u2019un rapport d\u2019ext\u00e9riorit\u00e9 \u00e0 la <span style=\"white-space: nowrap;\">nature<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - On peut penser aux expositions <em>Les derniers glaciers<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9e en 2017 \u00e0 la galerie Occurrence, \u00e0 Montr\u00e9al, et <em>Les derni\u00e8res prospections<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9e en 2015 au centre d\u2019artistes Panache art actuel de Sept-\u00celes.<\/span>. En obscurcissant les photographies de diff\u00e9rents sites, en d\u00e9tournant des photographies tir\u00e9es des archives de l\u2019exploitation mini\u00e8re du Qu\u00e9bec et en multipliant les types de discours sur le territoire (celui des missionnaires, des prospecteurs, des autochtones, des romanciers, etc.), l\u2019artiste remet en question l\u2019utilisation du paysage pour se rapporter au territoire, mode de repr\u00e9sentation dont l\u2019efficacit\u00e9 tient \u00e0 ce que le lieu est subordonn\u00e9 \u00e0 un seul point de vue.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns alignfull is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:33.33%\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:66.66%\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1920\" height=\"1280\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_JC01_Bois_AMProulx_Lesfalaises-se-rapprochent3-scaled.jpg\" alt=\"AMProulx_Lesfalaises se rapprochent\" class=\"wp-image-159162\" srcset=\"https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_JC01_Bois_AMProulx_Lesfalaises-se-rapprochent3-scaled.jpg 1920w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_JC01_Bois_AMProulx_Lesfalaises-se-rapprochent3-300x200.jpg 300w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_JC01_Bois_AMProulx_Lesfalaises-se-rapprochent3-600x400.jpg 600w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_JC01_Bois_AMProulx_Lesfalaises-se-rapprochent3-768x512.jpg 768w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_JC01_Bois_AMProulx_Lesfalaises-se-rapprochent3-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_JC01_Bois_AMProulx_Lesfalaises-se-rapprochent3-2048x1365.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1920px) 100vw, 1920px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Anne-Marie Proulx<\/strong><br><em>Les falaises se rapprochent,<\/em> vue de l\u2019installation, Galerie des arts visuels, Universit\u00e9 Laval, Qu\u00e9bec, 2018.<br>Photo : permission de l\u2019artiste<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p><br>L\u2019exposition <em>Les falaises se rapprochent<\/em>, dans laquelle on retrouve certaines images de <em>Bassins versants<\/em>, peut \u00eatre comprise comme une volont\u00e9 d\u2019am\u00e9nager un espace pour des repr\u00e9sentations du territoire moins univoques&nbsp;: du territoire tel qu\u2019il est v\u00e9cu, de l\u2019int\u00e9rieur, plut\u00f4t que simplement per\u00e7u, \u00e0 distance. Il s\u2019agit d\u00e8s lors moins de faire voir le territoire, de substituer \u00e0 des images d\u2019autres images, que de donner \u00e0 entendre ceux qui le vivent, et la langue qui y est parl\u00e9e. Tanya, Mathias et Mariette nous racontent, en innu-aimun, puis en fran\u00e7ais, leur d\u00e9placement \u00e0 l\u2019\u00ab\u2009int\u00e9rieur des terres\u2009\u00bb (nutshimit), ce qu\u2019il et elles y font, ce que leurs parents et grands-parents leur y ont appris. Les conversations avec l\u2019artiste, diffus\u00e9es sur quatre hautparleurs dans la galerie, donnent chair \u00e0 ce territoire immense qui, pour la plupart d\u2019entre nous, n\u2019est qu\u2019un espace vide sur la carte\u2009; le racontent comme un lieu qui recueille leur m\u00e9moire personnelle et celle de leurs anc\u00eatres, un lieu o\u00f9 l\u2019on s\u2019oriente selon le cours des rivi\u00e8res, des vents, mais aussi selon les souvenirs, les mots et les gestes r\u00e9p\u00e9t\u00e9s. Mathias nous apprend qu\u2019en innu, l\u2019expression \u00ab\u2009c\u2019est comme \u00e7a que je marche\u2009\u00bb signifie \u00e9galement \u00ab\u2009c\u2019est comme \u00e7a que je vis\u2009\u00bb. Cette \u00e9quivalence semble \u00eatre \u00e0 l\u2019image du fait que la terre, chez les Innus, n\u2019est plus un simple espace dans lequel on peut se d\u00e9placer de fa\u00e7on indiff\u00e9rente, mais quelque chose dont on fait partie et qui fait partie de nous. L\u2019exposition donne ainsi \u00e0 entendre une mani\u00e8re de se rapporter \u00e0 la terre comme \u00e0 une \u00ab\u2009entit\u00e9 <span style=\"white-space: nowrap;\">vivante<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - Conf\u00e9rence d\u2019Anne-Marie Proulx \u00e0 la Galerie des arts visuels, Universit\u00e9 Laval, le&nbsp;19&nbsp;avril 2018.<\/span>\u00bb qui fa\u00e7onne notre mani\u00e8re de vivre.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns alignfull is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:66.66%\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1920\" height=\"1280\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_JC01_Bois_AMProulx_Lesfalaises-se-rapprochent2-scaled.jpg\" alt=\"AMProulx_Lesfalaises se rapprochent\" class=\"wp-image-159160\" srcset=\"https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_JC01_Bois_AMProulx_Lesfalaises-se-rapprochent2-scaled.jpg 1920w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_JC01_Bois_AMProulx_Lesfalaises-se-rapprochent2-300x200.jpg 300w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_JC01_Bois_AMProulx_Lesfalaises-se-rapprochent2-600x400.jpg 600w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_JC01_Bois_AMProulx_Lesfalaises-se-rapprochent2-768x512.jpg 768w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_JC01_Bois_AMProulx_Lesfalaises-se-rapprochent2-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_JC01_Bois_AMProulx_Lesfalaises-se-rapprochent2-2048x1365.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1920px) 100vw, 1920px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Anne-Marie Proulx<\/strong><br><em>Les falaises se rapprochent,<\/em> vue de l\u2019installation, Galerie des arts visuels, Universit\u00e9 Laval, Qu\u00e9bec, 2018.<br>Photo : permission de l\u2019artiste<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:33.33%\"><\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p><br>C\u2019est ce territoire v\u00e9cu, qui ne se calcule pas en m\u00e8tres carr\u00e9s ou en ressources exploitables, qu\u2019Anne-Marie Proulx d\u00e9ploie dans <em>Les falaises se rapprochent<\/em>. Les photographies, les enregistrements et les traductions fran\u00e7aises des mots innus se r\u00e9pondent, cr\u00e9ant un r\u00e9seau d\u2019associations qui apparait comme une cartographie du v\u00e9cu intime de Pakuashipi et de ses environs. Chaque image condense plusieurs sens, \u00e0 la mani\u00e8re de ces lieux qui cristallisent la m\u00e9moire de plusieurs temps et pratiques. Ici, une photographie de la cueillette de chicout\u00e9es \u00e9voque un parterre d\u2019\u00e9toiles et les souvenirs d\u2019enfance de Tanya avec sa grand-m\u00e8re. Tout pr\u00e8s, les formes que trace la neige sur le dos d\u2019un homme rappellent celles des glaciers et semblent faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la fois au mot innu <em>akuetashu<\/em> (\u00ab\u2009il empile une autre charge sur dos\u2009\u00bb, dont la traduction dans le dictionnaire innu-fran\u00e7ais est pr\u00e9sent\u00e9e dans l\u2019exposition) et \u00e0 un passage de la conversation entre l\u2019artiste et Mathias, o\u00f9 ce dernier explique souhaiter vivre selon l\u2019h\u00e9ritage des anc\u00eatres. Quelques pas plus loin, un plan rapproch\u00e9 d\u2019une peau de caribou fait \u00e9cho au tambour de peau (le teuikan) dont jouait le grand-p\u00e8re de Mariette et aux r\u00e9cits de chasse de Mathias. Mais les saillies sur la peau du caribou dessinent aussi un paysage montagneux enneig\u00e9, peut-\u00eatre celui du nutshimit, o\u00f9 Mariette s\u00e9journait autrefois trois mois par ann\u00e9e avec sa famille. Cette constellation d\u2019images et de mots s\u2019articule selon quatre p\u00f4les qui correspondent chacun \u00e0 une couleur, en r\u00e9f\u00e9rence aux quatre directions cardinales de la roue de m\u00e9decine, dont s\u2019est inspir\u00e9e l\u2019artiste pour structurer <span style=\"white-space: nowrap;\">l\u2019exposition<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - La roue de m\u00e9decine est un symbole que partagent plusieurs peuples autochtones et est notamment utilis\u00e9e pour des processus de gu\u00e9rison. \u00c9lise B\u00e9gin, \u00ab\u2009La roue de m\u00e9decine dans la spiritualit\u00e9 algonquine\u2009\u00bb, <em>Le patrimoine immat\u00e9riel religieux du Qu\u00e9bec<\/em> (3 septembre 2009), &lt;www.ipir.ulaval.ca\/fiche.php\u2009? id=245<\/span>. Loin d\u2019\u00eatre un espace neutre, la galerie devient en quelque sorte un territoire en miniature que le visiteur d\u00e9couvre en laissant se d\u00e9ployer les associations. La proposition d\u2019Anne-Marie Proulx ne se laisse pas saisir d\u2019un coup d\u2019\u0153il, dans un face-\u00e0-face : il s\u2019agit plut\u00f4t de la parcourir de l\u2019int\u00e9rieur, \u00e0 l\u2019image du rapport au lieu qu\u2019\u00e9voquent les trois Innus.<\/p>\n\n\n\n<p>Au centre de la galerie, on trouve deux grands blocs, orient\u00e9s vers le nord, sur lesquels sont pos\u00e9es des photographies des pages d\u2019un dictionnaire innu-fran\u00e7ais. Les pages sont presque enti\u00e8rement effac\u00e9es&nbsp;: on n\u2019y voit, flottant dans une grande \u00e9tendue blanche, qu\u2019une ou deux traductions en fran\u00e7ais et le mot innu correspondant en alphabet <span style=\"white-space: nowrap;\">phon\u00e9tique<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - L\u2019artiste souhaitait conserver le caract\u00e8re oral de la langue innue.<\/span>. On sait que chaque langue porte en elle une fa\u00e7on de se rapporter au monde, que chaque mot vise son r\u00e9f\u00e9rent d\u2019une certaine mani\u00e8re. On sait aussi que traduire, c\u2019est le plus souvent rendre invisible la particularit\u00e9 de chaque langue et de la culture qui s\u2019y exprime, en faisant oublier le mot original derri\u00e8re son \u00e9quivalent. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9, dans Les falaises se rapprochent, l\u2019innu travaille le fran\u00e7ais de l\u2019int\u00e9rieur de fa\u00e7on \u00e0 y faire entendre l\u2019\u00e9cho de cette langue, qui est n\u00e9e de l\u2019int\u00e9rieur des terres, pour reprendre les mots de Mariette, et qui porte en elle un autre rapport \u00e0 la nature et aux anc\u00eatres. Chaque mot innu devient en fran\u00e7ais une petite phrase po\u00e9tique qui se d\u00e9coupe sur une page blanche comme un fragment de monde, un \u00e9clat o\u00f9 se refl\u00e8te une autre mani\u00e8re d\u2019habiter la terre (assi).<br><\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, le passage entre l\u2019innu et le fran\u00e7ais, tant dans les photographies du dictionnaire que dans les conversations, apparait comme un processus de transposition qui a moins pour but de transmettre le sens litt\u00e9ral que d\u2019entamer un dialogue. Ce processus de passage prend du temps et les conversations, dont seulement des extraits sont pr\u00e9sent\u00e9s, appartiennent \u00e0 ce temps long, celui de l\u2019\u00e9change, mais, comme Mathias l\u2019affirme, il faut \u00ab\u2009prendre le temps de se connaitre entre Innus et Qu\u00e9b\u00e9cois\u2009\u00bb. L\u2019artiste souligne que Les falaises se rapprochent n\u2019est pas une exposition sur la culture innue. En effet, l\u2019artiste n\u2019y occupe pas ce point de vue \u00e0 la fois surplombant et invisible propre \u00e0 l\u2019approche documentaire traditionnelle, comme en t\u00e9moignent notamment les discussions avec Mariette, Tanya et Mathias, au cours desquelles l\u2019artiste se laisse porter par ce qu\u2019il et elles souhaitent lui raconter et r\u00e9pond \u00e0 leurs r\u00e9cits par ses propres souvenirs. Il semble que ce soit plut\u00f4t un geste de passage que propose l\u2019artiste, passage d\u2019une rive \u00e0 l\u2019autre par lequel peu \u00e0 peu les falaises se rapprochent, peu \u00e0 peu le fleuve se <\/p>\n\n\n<div style='display: none;'>Anne-Marie Proulx, Mathilde Bois<\/div><div style='display: none;'>Anne-Marie Proulx, Mathilde Bois<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":5,"featured_media":159158,"template":"","categories":[888],"numeros":[6512],"disciplines":[],"statuts":[],"checklist":[],"auteurs":[1048],"artistes":[2118],"thematiques":[],"type_jeunes-critiques":[3128],"class_list":["post-167586","jeunes-critiques","type-jeunes-critiques","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","category-young-critic","numeros-94-labour","auteurs-mathilde-bois-en","artistes-anne-marie-proulx-en","type_jeunes-critiques-laureate"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/jeunes-critiques\/167586","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/jeunes-critiques"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/jeunes-critiques"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/159158"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=167586"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=167586"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=167586"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=167586"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=167586"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=167586"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=167586"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=167586"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=167586"},{"taxonomy":"type_jeunes-critiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_jeunes-critiques?post=167586"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}