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{"id":177165,"date":"2007-09-01T19:30:00","date_gmt":"2007-09-02T00:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/saint-jean-des-images-panique-au-village-de-martin-bureau\/"},"modified":"2022-10-03T09:57:07","modified_gmt":"2022-10-03T14:57:07","slug":"saint-jean-des-images-panique-au-village-de-martin-bureau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/saint-jean-des-images-panique-au-village-de-martin-bureau\/","title":{"rendered":"Saint-Jean-des-Images\u202f: Panique au village\u00a0de Martin Bureau"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>Manchette au lendemain d\u2019un d\u00e9sastre ou film d\u2019horreur qui fera rire autant qu\u2019il fera peur, la grandiloquence du titre annonce une dr\u00f4le de \u00adtrag\u00e9die. Les images de <em>Panique au village<\/em> sont celles de violences \u00adpossibles perp\u00e9tu\u00e9es ou subies par les villageois de Saint-Jean-de-l\u2019\u00cele-d\u2019Orl\u00e9ans, paisible et pittoresque bourgade de 847 habitants, dont Martin Bureau, ses deux fils et sa compagne. <\/p>\n\n\n\n<p><em>Panique au village<\/em> amalgame un po\u00e8me narratif, 18 tableaux et une bande vid\u00e9o de 15 minutes qui puisent dans les images des cam\u00e9ras de surveillance r\u00e9cemment install\u00e9es au Centre communautaire du village, \u00e0 l\u2019\u00e9tage duquel Bureau tient atelier. De tels syst\u00e8mes, en cette \u00e8re du \u00adsoup\u00e7on, sont disponibles \u00e0 prix populaire. Pour moins de 1\u2009500\u2009$, des cam\u00e9ras bas de gamme veilleront \u00e0 la banalit\u00e9 du quotidien. Entr\u00e9es et sorties, pas de danse et routines de gymnastique, assembl\u00e9es \u00admunicipales et f\u00eates communautaires, r\u00e9ceptions de mariage et veill\u00e9es fun\u00e9raires, coups de balai du concierge et tirs des boulistes, va-et-vient de l\u2019artiste, \u00e9treintes d\u2019un couple au portique \u2013 le syst\u00e8me de surveillance tourne un documentaire en temps r\u00e9el du temps qui passe. Pour l\u2019instant, tout va bien. Mais quelque chose pourrait arriver.<\/p>\n\n\n\n<p>Les images s\u2019alimentent \u00e0 l\u2019angoisse. La peur, en l\u2019absence d\u2019une menace concr\u00e8te, n\u2019a peur que d\u2019elle-m\u00eame. Elle cherche son objet et en anticipe la manifestation. Les pr\u00e9cautions locales sont le reflet d\u2019une inqui\u00e9tude globale. Il suffit d\u2019aller aux nouvelles. Entre bonnes mains, un couteau de plastique peut devenir une arme blanche redoutable. Quels pouvoirs pour une boule de p\u00e9tanque\u2009? Avec assez de volont\u00e9, il est \u00adpossible de d\u00e9tourner un avion. Des tours tombent. Que Dieu soit mort ou vivant, le clocher de l\u2019\u00e9glise non plus ne tiendra pas \u00e9ternellement. Virus ou explosifs disparaissent dans l\u2019eau la plus pure. Connaissez-vous bien vos voisins\u2009? Les temps changent et ne changent pas. La fin du monde sera fabriqu\u00e9e de main d\u2019homme. Pourquoi pas ici\u2009? Pourquoi pas maintenant\u2009? Pourquoi pas toi\u2009? Petits larcins, stup\u00e9fiants et vandalisme ne sont que des \u00e9tapes. On ne sait jamais o\u00f9 cela peut mener.<\/p>\n\n\n\n<p>Un No\u00ebl, au Centre, on a subtilis\u00e9 les figurines de la cr\u00e8che. Le \u00adlarron est un enfant, depuis longtemps pardonn\u00e9. Saint-Jean est un village ordinaire du monde ordinaire. Les syst\u00e8mes de surveillance sont un des alibis pervers qui servent \u00e0 nous conforter dans l\u2019\u00e9tat de si\u00e8ge absurde qui semble, depuis l\u2019apr\u00e8s-guerre, n\u00e9cessaire au bonheur de notre civilisation. Guerre froide, crise du Moyen-Orient, terrorisme, on conna\u00eet la chanson. Pour \u00eatre bien chez soi, il faut en vouloir aux autres.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Martin Bureau exag\u00e8re. Il <em>accuse<\/em> la motivation profonde qui a men\u00e9 \u00e0 l\u2019installation des cam\u00e9ras\u202f: s\u2019en apeurant, il l\u2019amplifie. Au centre \u00adcommunautaire, o\u00f9 le village \u00e9prouve ses fa\u00e7ons d\u2019\u00eatre ensemble, \u00adl\u2019artiste, dans son coin \u00e0 soi, \u00e9prouve ses fa\u00e7ons de se mettre \u00e0 part. Devrait-il s\u2019en sentir coupable\u2009? Ni plus ni moins que tout un chacun. Au spectacle sans drame des cam\u00e9ras, tout en entr\u00e9es et en sorties, Bureau oppose une \u00addramaturgie du d\u00e9sastre. Et il ne s\u2019y donne pas le beau r\u00f4le. Dans ses images, il devient l\u2019agent et le t\u00e9moin principal de la menace, mauvaise \u00adconscience qui colporte la peur au c\u0153ur du royaume. En se transformant en ce que nous ne croyons pas pouvoir \u00eatre, il nous fait reconna\u00eetre la menace que nous nourrissons tous en nous, et que nous attribuons si \u00adfacilement \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1920\" height=\"1505\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/61_DO05_Canty_Bureau_Collision-avec-soi-meme.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-176896\" srcset=\"https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/61_DO05_Canty_Bureau_Collision-avec-soi-meme.jpg 1920w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/61_DO05_Canty_Bureau_Collision-avec-soi-meme-300x235.jpg 300w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/61_DO05_Canty_Bureau_Collision-avec-soi-meme-600x470.jpg 600w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/61_DO05_Canty_Bureau_Collision-avec-soi-meme-768x602.jpg 768w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/61_DO05_Canty_Bureau_Collision-avec-soi-meme-1536x1204.jpg 1536w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/61_DO05_Canty_Bureau_Collision-avec-soi-meme-2048x1606.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1920px) 100vw, 1920px\" \/><figcaption>Martin Bureau, <em>Collision avec soi-m\u00eame<\/em>, 2006.\n<br>photo : courtoisie de l\u2019artiste<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019Apocalypse de Saint-Jean<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019installation des cam\u00e9ras \u2013 souvenons-nous que c\u2019est le rapt des ic\u00f4nes de la Sainte Famille qui l\u2019a motiv\u00e9e \u2013 est un geste aux accents chr\u00e9tiens. Il faut apprendre \u00e0 se regarder soi-m\u00eame avant de juger les autres. Afin de se pr\u00e9server de ses fautes possibles, la communaut\u00e9 de Saint-Jean a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019enti\u00e8rement s\u2019offrir au regard des images. Elle est de son temps. Avant, Dieu veillait patiemment sur nous. Maintenant, il faut faire \u00adconfiance au regard des objets. En cette \u00e8re du soup\u00e7on, on \u00adsuppose que nul ne doit \u00eatre seul en soi, et on livre les \u00e2mes en p\u00e2ture au jugement des choses. Le saint ciel n\u2019existe pas, mais les cam\u00e9ras nous regardent de haut. \u00c0 l\u2019espoir de l\u2019\u00e9ternit\u00e9 se substitue la m\u00e9moire \u00adimm\u00e9diate et \u00adperp\u00e9tuelle du lieu. Pi\u00e8tre consolation pour la vanit\u00e9 de vivre. Les \u00adcam\u00e9ras ne sauveront personne mais, au lendemain du d\u00e9sastre, leur regard implacable et ang\u00e9lique fournira les preuves n\u00e9cessaires pour passer un jugement dernier.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Leur dispositif suppose que la menace est tapie dans la dur\u00e9e, repli\u00e9e dans l\u2019attente, nourrissant secr\u00e8tement ses monstres. Au besoin, on \u00adconsultera la m\u00e9moire du lieu, et on prendra le temps voulu pour juger de la <em>normalit\u00e9<\/em> ou de l\u2019<em>aberration<\/em> des images.<\/p>\n\n\n\n<p>Au centre n\u00e9vralgique de Saint-Jean, une intelligence artificielle du d\u00e9sastre file le nerf de la guerre, m\u00e9canique de la m\u00e9fiance qui s\u00e9pare le temps du temps, m\u00e9nageant la br\u00e8che par o\u00f9 les monstres viennent au monde. Ils sont issus d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 parall\u00e8le, cach\u00e9e au c\u0153ur des \u00adchoses. Depuis que les cam\u00e9ras filment en plan perp\u00e9tuel l\u2019int\u00e9rieur du centre \u00adcommunautaire, Saint-Jean-de-l\u2019\u00cele-d\u2019Orl\u00e9ans abrite en elle un double spectral. Les \u00eatres qui entrent au Centre se voient aussit\u00f4t multipli\u00e9s par deux. Baptisons Saint-Jean-des-Images les limbes contenues dans la m\u00e9moire artificielle du syst\u00e8me de surveillance, o\u00f9 les doubles des \u00advillageois \u00adr\u00e9p\u00e8tent des actes d\u00e9j\u00e0 pos\u00e9s. Ces images, entit\u00e9s sans \u00adint\u00e9riorit\u00e9 propre, sont suspendues dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9 des archives, en \u00adattente d\u2019une \u00e9ventuelle r\u00e9demption des \u00e2mes. S\u2019\u00e9tonnera-t-on que le clocher du village, \u00e9metteur-transmetteur depuis longtemps silencieux des id\u00e9es de Dieu, \u00adancienne antenne des \u00e2mes, soit la cible, dans trois des tableaux, des <em>Attaques \u00adchirurgicales<\/em> d\u2019ennemis invisibles\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>On ne peut pas passer au jugement dernier sans susciter d\u2019images de l\u2019apocalypse. <em>Panique au village<\/em> amplifie le soup\u00e7on de la catastrophe, et substitue ses images au t\u00e9moignage des cam\u00e9ras pour reconstituer les moments d\u2019une apocalypse pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9e. L\u2019\u0153uvre est la chronique d\u2019une ville inexistante et d\u2019une guerre annonc\u00e9e, o\u00f9 les images \u00e9gar\u00e9es pr\u00eatent corps aux \u00e2mes apeur\u00e9es qui leur ont donn\u00e9 lieu. Au regard ambiant des cam\u00e9ras, elle oppose une menace diffuse. Le po\u00e8me narratif raconte un d\u00e9sordre de fin du monde o\u00f9 tout ce qui ne devait pas avoir lieu advient en m\u00eame temps. Cette Apocalypse de Saint-Jean, fid\u00e8le \u00e0 sa vocation, multiplie les apparences de la catastrophe. L\u2019ennemi qu\u2019on retrouve dans les images est une figure fuyante et polymorphe, aux d\u00e9guisements \u00admultiples. Un portrait du peintre, portant son casque d\u2019\u00e9coute, nous signale \u00adclairement que <em>La menace gronde<\/em>. Les motivations et la nature du conflit ou du crime, par contre, sont difficiles \u00e0 d\u00e9coder. Invasion par voie des mers ou des airs,<em> Frappes pr\u00e9ventives<\/em>, infiltrations terroristes, \u00adattentats, incendie criminel ou radiation surnaturelle. Tout y passe.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La peur saisit toutes les occasions de se manifester et la menace n\u2019\u00e9pargne personne. D\u2019ailleurs, qui sait vraiment ce qui se passe dans la t\u00eate des autres\u2009? L\u2019invisible est sujet \u00e0 d\u2019indicibles contaminations. Il faut s\u2019inoculer d\u2019incertitude. Bureau s\u2019injecte la peur ambiante, et cr\u00e9e un \u00addouble troubl\u00e9 de lui-m\u00eame. Le voil\u00e0 qui se croise dans le tableau <em>Collision avec soi-m\u00eame<\/em>, portant la casquette \u00e0 \u00e9toile de quelque arm\u00e9e \u00e9trang\u00e8re. La peur attendait donc sa propre arriv\u00e9e au portique, dans un uniforme de combat.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Saint-Jean-des-Images, l\u2019artiste se fait autre pour s\u2019attaquer \u00e0 la peur des autres, s\u2019exclut du plus grand nombre pour p\u00e9n\u00e9trer le sentiment g\u00e9n\u00e9ral. Brave soldat revenu des zones sinistr\u00e9es, il se porte volontaire pour propager la contagion et devenir l\u2019anticorps de l\u2019effroi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1592\" height=\"1236\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/61_DO05_Canty_Bureau_Attaque-Chirurgicale-3.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-176894\" srcset=\"https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/61_DO05_Canty_Bureau_Attaque-Chirurgicale-3.jpg 1592w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/61_DO05_Canty_Bureau_Attaque-Chirurgicale-3-300x233.jpg 300w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/61_DO05_Canty_Bureau_Attaque-Chirurgicale-3-600x466.jpg 600w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/61_DO05_Canty_Bureau_Attaque-Chirurgicale-3-768x596.jpg 768w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/61_DO05_Canty_Bureau_Attaque-Chirurgicale-3-1536x1193.jpg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1592px) 100vw, 1592px\" \/><figcaption>Martin Bureau, <em>Attaque Chirurgicale 3<\/em>, 2005.<br>photos\u202f: courtoisie de l\u2019artiste&nbsp;<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1500\" height=\"1125\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/61_DO05_Canty_Bureau_Attaque-Chirurgicale-3.2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-176892\" srcset=\"https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/61_DO05_Canty_Bureau_Attaque-Chirurgicale-3.2.jpg 1500w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/61_DO05_Canty_Bureau_Attaque-Chirurgicale-3.2-300x225.jpg 300w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/61_DO05_Canty_Bureau_Attaque-Chirurgicale-3.2-600x450.jpg 600w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/61_DO05_Canty_Bureau_Attaque-Chirurgicale-3.2-768x576.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1500px) 100vw, 1500px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em>La fin des temps<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p>Temps des cam\u00e9ras. Deuxi\u00e8me temps du temps. Elles se contentent de <em>tout voir en temps r\u00e9el<\/em>. Voyez-vous cette caravelle, perdue au milieu de la flotte d\u2019invasion de <em>Battleship au clair de lune<\/em>\u2009? <em>Panique au village<\/em> fait <em>tout arriver en m\u00eame temps<\/em>. L\u2019artiste s\u2019infiltre dans Saint-Jean-des-Images, p\u00e9n\u00e8tre jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9picentre de la peur et pose les charges qui font \u00adexploser l\u2019effroi et en multiplient les images. Au lieu du traumatisme, le regard se concentre et ralentit. Le temps se d\u00e9monte et l\u2019\u00e9motion irrationnelle qui a donn\u00e9 lieu aux images s\u2019offre \u00e0 nos regards aveugl\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Il est un troisi\u00e8me temps du temps, qui est celui de l\u2019\u0153uvre. Le temps du montage et le temps des toiles approfondissent la dur\u00e9e. Plusieurs \u00adtoiles de <em>Panique au village<\/em> s\u2019inspirent d\u2019arr\u00eats sur image, et beaucoup d\u2019images de la bande vid\u00e9o ressemblent \u00e0 des tableaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Le tableau d\u00e9clare la guerre \u00e0 l\u2019\u00e9cran et sa mati\u00e8re s\u2019empreint des contradictions du combat. Saturation criarde du pigment. Coulisses et effets de pixellisation. Balayage du signal. Brouillage et bruit blanc. Flou des cam\u00e9ras en mouvement. Verdeur de <em>night vision<\/em>. Art\u00e9facts vid\u00e9o et optiques de combat. La lumi\u00e8re cathodique des toiles n\u2019appartient pas \u00e0 notre monde, mais au champ de bataille ravag\u00e9 des images.<\/p>\n\n\n\n<p>La bande vid\u00e9o recadre le temps. <em>FFD. Cut.<\/em> Les plans sont \u00adacc\u00e9l\u00e9r\u00e9s, satur\u00e9s de filtres color\u00e9s, ils ressemblent un peu plus aux toiles. Le <em>timecode<\/em> t\u00e9moigne des perturbations de la chronologie. Dans la salle \u00adcommunautaire, les mouvements de groupe sont pr\u00e9sent\u00e9s comme un entra\u00eenement au combat. Les entr\u00e9es et sorties suspectes de l\u2019artiste solitaire deviennent les pr\u00e9paratifs sinistres d\u2019un infiltrateur. La trame sonore brise le silence des plans pour r\u00e9v\u00e9ler la pens\u00e9e cach\u00e9e des \u00adimages. D\u00e9tonations, interf\u00e9rences, marches militaires, le son nous plonge au milieu du th\u00e9\u00e2tre des op\u00e9rations et nous rappelle que la peur est une com\u00e9die aux accents sinistres.<\/p>\n\n\n\n<p>Les toiles et les plans d\u2019int\u00e9rieur balisent un p\u00e9rim\u00e8tre de \u00ads\u00e9curit\u00e9 pour un d\u00e9sastre qui n\u2019a pas eu lieu, au c\u0153ur d\u2019une zone sinistr\u00e9e qui n\u2019existe pas. La vid\u00e9o alimente la boucle de r\u00e9troaction de l\u2019angoisse en revenant sur la temp\u00eate de neige au dehors. Mais la nature n\u2019attend pas la guerre. Dehors, ce n\u2019est que l\u2019hiver, et les enfants qui se balancent de nuit le savent bien.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la toile <em>Frappes pr\u00e9ventives<\/em>, sous un ciel stri\u00e9 par les \u00adbombardements a\u00e9riens, un enfant<em> kick<\/em> un ballon rouge vers son gardien impassible. On dirait un trou de balle sanglant. Sous un certain \u00e9clairage, n\u2019importe quel objet peut devenir une arme, n\u2019importe qui, un guerrier.<\/p>\n\n\n\n<p>La guerre de Saint-Jean-des-Images est facile comme un jeu, et il en est toujours pour abuser des r\u00e8gles. <em>Battleship<\/em> avec flotte v\u00e9ritable, p\u00e9tanque explosive, tragiques soir\u00e9es canadiennes et danse en ligne au pas militaire. Tableau de jeu ou th\u00e9\u00e2tre des op\u00e9rations. L\u2019enjeu de la peur d\u00e9borde largement du village, ambitieux de rejoindre les grands titres.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em>Technique de survie<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p>Un espoir tranquille couve au c\u0153ur paniqu\u00e9 du film et des toiles. C\u2019est qu\u2019une autre \u00e9motion pr\u00e9c\u00e8de la peur et y survive. Dans un hors lieu o\u00f9 le barbel\u00e9 se plie \u00e0 de tendres arabesques, l\u2019artiste et son amoureuse, dans leurs costumes de convalescents, s\u2019enlacent pour <em>Le repos des guerriers<\/em>. Leur \u00e9treinte fait \u00e9cho \u00e0 celle de la <em>Derni\u00e8re conversation<\/em>, o\u00f9 l\u2019infiltrateur s\u2019appr\u00eatant \u00e0 perp\u00e9trer ses actes fait ses adieux \u00e0 sa fianc\u00e9e. Notre h\u00e9ros, notre ennemi, a-t-il gagn\u00e9 son ciel\u2009? Ce tableau reprend une sc\u00e8ne \u00e9mouvante du film. Le suspect au portique ne voulait de mal \u00e0 personne. Il ne faisait qu\u2019attendre celle qu\u2019il aime. Cette parenth\u00e8se sentimentale s\u2019ouvre au point de fuite de <em>Panique au village<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a tant de fa\u00e7ons d\u2019\u00eatre ensemble, mais elles ne se valent pas \u00adtoutes. Le jugement dernier de <em>Panique au village<\/em> est subtil. Il s\u2019applique bien s\u00fbr aux villageois, aveugl\u00e9s par leurs jeux de soci\u00e9t\u00e9, mais aussi \u00e0 \u00adl\u2019artiste, notre terroriste d\u2019occasion, ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019enfant innocent et fascin\u00e9 par les jouets de guerre \u2013 ou les figurines d\u2019une cr\u00e8che de No\u00ebl. Il s\u2019\u00e9tend \u00e9galement \u00e0 tous ceux qui les regardent, y compris les path\u00e9tiques \u00adcam\u00e9ras de surveillance, filmant une vie ext\u00e9rieure \u00e0 la vie, qui nie l\u2019espoir pr\u00e9sent des choses.<\/p>\n\n\n\n<p>Ultimement, la tendresse des amants pr\u00e9sente une v\u00e9rit\u00e9 ext\u00e9rieure au combat. L\u2019\u00e9motion survit \u00e0 l\u2019inquisition des cam\u00e9ras et \u00e0 l\u2019\u00e9lan panique de la peur. Elle existe \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur absolu des images, dans nos regards et nos corps compatissants. Car nous vivons au-del\u00e0 des images, dans une lumi\u00e8re qui les contient toutes, et qui est celle de ce monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Daniel Canty est \u00e9crivain et r\u00e9alisateur. Il dirige la collection <em>La table des mati\u00e8res<\/em> aux \u00e9ditions Le Quartanier, qui publie une fois l\u2019an un livre rassemblant fictions, \u00adpo\u00e9sies et interventions visuelles autour d\u2019un th\u00e8me.<em> La table des mati\u00e8res<\/em>, r\u00e9alis\u00e9e en \u00adcollaboration avec les graphistes du studio Feed, porte sur \u00ab\u202fmanger\u202f\u00bb et para\u00eetra \u00e0 l\u2019automne 2007. Il collabore aussi fr\u00e9quemment avec des artistes visuels, signant des textes d\u2019accompagnement pour des \u0153uvres de Patrick Beaulieu, Martin Bureau, Dominiq Gaucher et Rafael Sottolichio.<\/p>\n<div style='display: none;'>Daniel Canty, Martin Bureau<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Panique au village. 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