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{"id":177327,"date":"2006-05-01T19:40:00","date_gmt":"2006-05-02T00:40:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/pas-une-coquille-juste-une-signature\/"},"modified":"2022-10-06T13:23:31","modified_gmt":"2022-10-06T18:23:31","slug":"pas-une-coquille-juste-une-signature","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/pas-une-coquille-juste-une-signature\/","title":{"rendered":"Pas une coquille, juste une signature"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>En 1999, la compagnie japonaise K works c\u00e9dait les droits sur l\u2019un de ses personnages virtuels en deux dimensions, une jeune femme aux grands yeux vides et ne poss\u00e9dant aucun signe particulier ou pouvoirs pouvant d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre la singulariser.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette transaction n\u2019a rien d\u2019exceptionnelle pour l\u2019entreprise qui se sp\u00e9cialise dans la cr\u00e9ation et la vente de ce type de coquille pour l\u2019industrie du manga et du cin\u00e9ma anim\u00e9 japonais. D\u2019ailleurs, le prix peu \u00e9lev\u00e9 demand\u00e9 pour le personnage est conforme \u00e0 sa valeur, puisque ainsi d\u00e9pourvu de qualit\u00e9s distinctives, il est vou\u00e9 \u00e0 des r\u00f4les de second plan, \u00e0 de br\u00e8ves apparitions ou encore \u00e0 une carri\u00e8re \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Pourtant, dans cet \u00e9change \u00e9conomique, une chose n\u2019est pas tout \u00e0 fait habituelle. Les deux acqu\u00e9reurs ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019acheter le personnage pour lui permettre d\u2019\u00e9chapper \u00e0 son destin, en lui donnant une vie et une histoire loin du milieu qui l\u2019a con\u00e7u.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui s\u2019apparente \u00e0 un conte contemporain mettant en sc\u00e8ne une soci\u00e9t\u00e9 de lib\u00e9ration des personnages virtuels, n\u2019a pourtant rien d\u2019une fable ou d\u2019une fabulation. Il s\u2019agit d\u2019une action pos\u00e9e par deux artistes reconnus, Pierre Huyghe et Philippe Parreno, dont le premier geste sera d\u2019attribuer un nom \u00e0 la jeune femme : Ann Lee. L\u2019id\u00e9e de d\u00e9part de leur projet, intitul\u00e9 No Ghost Just a Shell : un film d\u2019imaginaire, pr\u00e9voyait que les \u0153uvres r\u00e9alis\u00e9es \u00e0 l\u2019aide de cette coquille s\u2019articuleraient autour du personnage se pr\u00e9sentant lui-m\u00eame tout en d\u00e9veloppant une r\u00e9flexion sur sa relative autonomie, l\u2019ensemble des diff\u00e9rentes productions devant constituer les aventures de sa vie et lui fabriquer peu \u00e0 peu une histoire, un pass\u00e9, des souvenirs.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le choix de ce personnage en particulier est en parti dict\u00e9 par les co\u00fbts des droits et la libert\u00e9 de man\u0153uvre que permet la compagnie K works avec ses <span style=\"white-space: nowrap;\">cr\u00e9ations<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Les deux artistes avaient d\u2019abord envisag\u00e9 d\u2019acqu\u00e9rir une licence pour un personnage de l\u2019empire Disney, mais ce dernier exer\u00e7ait un regard beaucoup trop grand sur l\u2019utilisation qu\u2019ils pouvaient faire de la figure ainsi acquise. Voir \u00e0 ce propos Philippe Parreno dans \u00ab Conversations \u00bb, No ghost just a shell, Cologne, Verlag des Buchhandlung Walter K\u00f6nig, 2003, p. 19.<\/span>, il est ind\u00e9niable n\u00e9anmoins que pour Huyghe et Parreno l\u2019int\u00e9r\u00eat du projet r\u00e9side moins dans les jeux possibles avec cette figure virtuelle que dans la remise en question de la notion d\u2019auteur qu\u2019il permet. D\u2019ailleurs, Pierre Huyghe affirmait que \u00ab la d\u00e9marche d\u2019avoir achet\u00e9 le personnage \u00e0 deux n\u2019est pas <span style=\"white-space: nowrap;\">innocente<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Pierre Huyghe dans \u00ab Ann Lee en qu\u00eate d\u2019auteurs. Conversation entre Pierre Huyghe, Vincent Dieutre et Christian Merlhiot \u00bb, dans \u00c9rik Bullot (dir.), Pointligneplan. Cin\u00e9ma et art contemporain, Paris, L\u00e9o Scheer, 2002, p. 134.<\/span> \u00bb, laissant entendre que son utilisation par l\u2019un ou l\u2019autre des deux artistes ne pourrait jamais \u00eatre per\u00e7ue comme un motif original apparaissant en quelque sorte comme une signature. Ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas la premi\u00e8re fois que les deux artistes s\u2019attaquent \u00e0 la notion d\u2019auteur et \u00e0 l\u2019aura qui lui est rattach\u00e9e en utilisant diff\u00e9rentes strat\u00e9gies, par exemple en signant des \u0153uvres avec d\u2019autres artistes afin de mettre \u00e0 mal l\u2019id\u00e9e de la signature comme gage d\u2019authenticit\u00e9 ou <span style=\"white-space: nowrap;\">d\u2019originalit\u00e9<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - Sur les enjeux li\u00e9s \u00e0 l\u2019histoire de la valorisation de la signature, voir Nathalie Heinich, \u00ab Comment a \u00e9volu\u00e9 la signature d\u2019artiste\u2009? \u00bb dans \u00catre artiste. Les transformations du statut des peintres et des sculpteurs, Paris, Klincksieck (\u00c9tudes), 1996, p. 84-86.<\/span>. Dans le cadre de ce projet, on a aussi l\u2019impression qu\u2019ils ont voulu s\u2019attaquer \u00e0 la notion de style.<\/p>\n\n\n\n<p>En acqu\u00e9rant ce personnage, Huyghe et Parreno actualisent en quelque sorte l\u2019id\u00e9e du ready-made. Cependant, il ne s\u2019agit pas uniquement de cr\u00e9er une distance entre l\u2019objet ainsi propuls\u00e9 au rang d\u2019\u0153uvre d\u2019art et l\u2019auteur \u2013 en cela, le projet n\u2019aurait \u00e9t\u00e9 qu\u2019une autre variante \u00e0 inscrire \u00e0 la liste d\u00e9j\u00e0 longue des \u0153uvres relevant du genre \u2013, mais d\u2019un d\u00e9placement significatif. Car contrairement aux ready-mades, ceux de Duchamp ou de ses successeurs, les deux artistes ne signent pas cet objet <span style=\"white-space: nowrap;\">industriel<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Selon Nathalie Heinich, la pr\u00e9sence de la signature est une des cinq conditions minimales pour qu\u2019un objet quelconque puisse \u00eatre transform\u00e9 en \u0153uvre d\u2019Art. Nathalie Heinich, \u00ab Les objets-personnes. F\u00e9tiches, reliques et \u0153uvres d\u2019art \u00bb, dans Nathalie Heinich et Bernard Edelman, L\u2019art en conflit. L\u2019\u0153uvre de l\u2019esprit entre droit et sociologie, Paris, La D\u00e9couverte (Armillaire), 2002, p. 116.<\/span>. Huyghe insistait d\u2019ailleurs pour dire que, malgr\u00e9 son acquisition, le personnage \u00ab n\u2019a toujours pas <span style=\"white-space: nowrap;\">d\u2019auteur<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - Pierre Huyghe dans \u00ab Ann Lee en qu\u00eate d\u2019auteurs. \u00bb, op. cit., p. 132.<\/span> \u00bb, tentant par l\u00e0 d\u2019\u00e9loigner sans contredit toute tentative de r\u00e9duire le geste d\u2019achat \u00e0 cette cat\u00e9gorie de pratique artistique. De plus, cette affirmation que le concepteur de la coquille ne peut pas \u00eatre identifi\u00e9 comme son auteur, pas plus que la compagnie qui en d\u00e9tenait les droits, signale par ailleurs de fa\u00e7on manifeste que la question de <span style=\"white-space: nowrap;\">l\u2019auteur<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-6\" href=\"#footnote-6\"><sup>6<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-6\"><a href=\"#fn-ref-6\"> 6 <\/a> - Dans le d\u00e9veloppement de sa r\u00e9flexion sur le r\u00f4le du nom de l\u2019artiste dans l\u2019identification des \u0153uvres, Nathalie Heinich, reprenant une remarque d\u2019Arthur Danto \u00e0 l\u2019effet \u00ab qu\u2019un objet r\u00e9el ne peut pas avoir de titre \u00bb, pr\u00e9cisait que cet objet ordinaire \u00ab ne peut pas davantage avoir de nom d\u2019auteur, autrement dit de signature \u00bb. Nathalie Heinich, \u00ab Les objets-personnes. \u00bb, op. cit., p. 118, note 23.<\/span> ne doit pas \u00eatre ramen\u00e9e \u00e0 une simple question de <span style=\"white-space: nowrap;\">copyright<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-7\" href=\"#footnote-7\"><sup>7<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-7\"><a href=\"#fn-ref-7\"> 7 <\/a> - Voir les propos de Parreno et Huyghe dans \u00ab Conversations \u00bb, op. cit., p. 19.<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, il est difficile de faire abstraction du contexte dans lequel prend place ce travail, soit les nouvelles conditions de mise en circulation indiff\u00e9renci\u00e9e des objets, o\u00f9 la notion d\u2019auteur appara\u00eet comme un frein \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9, et le d\u00e9veloppement de la pratique du copyleft. En mettant \u00e0 la disposition d\u2019un certain nombre de personnes la coquille du personnage pour qu\u2019ils s\u2019en servent \u00e0 leurs propres fins, sans autre obligation de participer aux finalit\u00e9s du projet, on a l\u2019impression qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une sorte de variante du logiciel <span style=\"white-space: nowrap;\">libre<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-8\" href=\"#footnote-8\"><sup>8<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-8\"><a href=\"#fn-ref-8\"> 8 <\/a> - S\u2019ils ont eux-m\u00eames r\u00e9alis\u00e9 de brefs films avec ce personnage, ils l\u2019ont mis aussi \u00e0 la disposition d\u2019une quinzaine de personnes, parmi lesquelles Dominique Gonzalez-Foerster, Melik Ohanian, Liam Gillick et Rirkrit Tiravanija, le confiant \u00e0 leur imaginaire, comme ils aiment \u00e0 le dire, afin qu\u2019ils agissent comme des amplificateurs de ce signal, des sortes de tours de relais. Voir \u00e0 ce propos Philippe Parreno dans \u00ab Conversations \u00bb, op. cit., p. 17.<\/span>. Pourtant, bien que Parreno explique que le personnage \u00ab est une banque de donn\u00e9es qu\u2019on envoie \u00e0 chaque artiste et qui se change un peu \u00e0 chaque <span style=\"white-space: nowrap;\">fois<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-9\" href=\"#footnote-9\"><sup>9<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-9\"><a href=\"#fn-ref-9\"> 9 <\/a> - Philippe Parreno cit\u00e9 par Florence de M\u00e8redieu dans Histoire mat\u00e9rielle et immat\u00e9rielle de l\u2019art moderne, Paris, Larousse, 2004, p. 562.<\/span> \u00bb, il ne s\u2019agit ni d\u2019une \u0153uvre collective, ni d\u2019un projet parapluie qui permettrait \u00e0 un groupe d\u2019individus de se dissimuler sous cette carapace pour proposer des exp\u00e9riences plastiques ou des discours divers. Si chaque artiste signe sa r\u00e9alisation individuelle, il est cependant clair dans l\u2019esprit de Huyghe qu\u2019ils ne deviennent pas pour autant les auteurs du projet, mais en sont, en quelque sorte, des <span style=\"white-space: nowrap;\">acteurs<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-10\" href=\"#footnote-10\"><sup>10<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-10\"><a href=\"#fn-ref-10\"> 10 <\/a> - Pierre Huyghe dans \u00ab Ann Lee en qu\u00eate d\u2019auteurs. \u00bb, op. cit., p. 134.<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut n\u00e9anmoins garder \u00e0 l\u2019esprit que l\u2019objectif premier du projet est de rendre au personnage son enti\u00e8re libert\u00e9. Or, si Ann Lee \u00e9chappe \u00e0 son dessinateur et \u00e0 son destin par le travail des diff\u00e9rents artistes qui l\u2019utilisent, elle reste cependant totalement d\u00e9pendante des fantaisies cr\u00e9atrices de ses nouveaux propri\u00e9taires pour pouvoir s\u2019affirmer comme sujet. Afin d\u2019\u00eatre cons\u00e9quents avec les pr\u00e9misses du projet, Parreno et Huyghe vont r\u00e9troc\u00e9der les droits de reproduction du personnage \u00e0 Ann Lee elle-m\u00eame, rendant dor\u00e9navant impossible la reproduction de son image, que ce soit \u00e0 des fins artistiques ou commerciales, sans sa propre autorisation. Pour Parreno, il s\u2019agit simplement de pousser plus loin la logique \u00e9volutive qui sous-tend l\u2019histoire du droit d\u2019auteur, car selon lui : \u00ab Par le pass\u00e9, les droits d\u2019auteur allaient du roi \u00e0 l\u2019imprimeur, \u00e0 l\u2019\u00e9diteur, de l\u2019\u00e9diteur aux auteurs et aujourd\u2019hui, des auteurs aux <span style=\"white-space: nowrap;\">personnages<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-11\" href=\"#footnote-11\"><sup>11<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-11\"><a href=\"#fn-ref-11\"> 11 <\/a> - \u00ab The history of author\u2019s rights moves from the king to the printer to the publisher, then from the publisher to the authors, and today, from the authors to the characters \u00bb. Philippe Parreno dans \u00ab Conversations \u00bb, op. cit., p. 24.<\/span>. \u00bb [Trad. libre]<\/p>\n\n\n\n<p>Or les choses ne peuvent \u00eatre aussi simples. La loi ne pr\u00e9voit pas une telle possibilit\u00e9, les droits et libert\u00e9s des individus ne pouvant pas \u00eatre \u00e9tendus \u00e0 un objet inanim\u00e9. La loi sur les droits d\u2019auteur a \u00e9t\u00e9 pens\u00e9e pour prot\u00e9ger le cr\u00e9ateur et non le personnage. Afin de contourner le probl\u00e8me, les deux artistes vont faire appel \u00e0 un juriste qui va r\u00e9diger le contrat permettant \u00e0 Ann Lee de reconqu\u00e9rir sa libert\u00e9 en cr\u00e9ant une association portant son nom qui deviendra d\u00e9tentrice de l\u2019ensemble des droits sur le personnage pour la somme symbolique de un euro. Cette association veillera donc \u00e0 ce que son image ne resurgisse jamais, \u00e0 l\u2019exception des \u0153uvres d\u00e9j\u00e0 existantes. Apr\u00e8s la r\u00e9daction du contrat, l\u2019ensemble du projet fut c\u00e9d\u00e9 au Van Abbemuseum d\u2019Eindhoven aux Pays-Bas, qui s\u2019engage en contrepartie \u00e0 faire respecter la fin de l\u2019exploitation visuelle du personnage, devenant en quelque sorte son tuteur.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019il appara\u00eet clairement que l\u2019op\u00e9ration a moins permis de lib\u00e9rer r\u00e9ellement le personnage de sa destin\u00e9e que d\u2019ali\u00e9ner ses droits de reproduction, elle a cependant mis en lumi\u00e8re la difficult\u00e9 de d\u00e9finir ce qu\u2019est une personne. Comme l\u2019a d\u00e9montr\u00e9 Nathalie Heinich \u2013 par une approche anthropologique permettant de saisir l\u2019homologie entre la fa\u00e7on d\u2019introduire un objet dans la cat\u00e9gorie des \u0153uvres d\u2019art et celle permettant l\u2019inclusion d\u2019un \u00eatre dans celle des personnes \u2013 les op\u00e9rations de catalogage des \u0153uvres, qui particularisent ces objets au point de les rendre insubstituables, sont l\u2019\u00e9quivalent des fiches d\u2019\u00e9tat civil et \u00ab la signature de l\u2019artiste est l\u2019homologue de la signature par laquelle est reconnue \u00e0 tout humain sa sp\u00e9cificit\u00e9, sa non-intercheangeabilit\u00e9 avec <span style=\"white-space: nowrap;\">quiconque<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-12\" href=\"#footnote-12\"><sup>12<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-12\"><a href=\"#fn-ref-12\"> 12 <\/a> - Nathalie Heinich, \u00ab Les objets-personnes. \u00bb, op. cit., p. 118.<\/span>. \u00bb Ces op\u00e9rations, qui obligent \u00e0 constater que \u00ab la personne n\u2019est pas une essence, mais une <span style=\"white-space: nowrap;\">fonction\u202f<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-13\" href=\"#footnote-13\"><sup>13<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-13\"><a href=\"#fn-ref-13\"> 13 <\/a> - Ibid., p. 131.<\/span>\u00bb, nous demandent de \u00ab d\u00e9tacher la notion de personne de la notion d\u2019humain \u00bb et d\u2019abandonner la perspective de l\u2019ontologie personnaliste afin d\u2019opter pour \u00ab un constructivisme proprement <span style=\"white-space: nowrap;\">m\u00e9thodologique\u202f<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-14\" href=\"#footnote-14\"><sup>14<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-14\"><a href=\"#fn-ref-14\"> 14 <\/a> - Ibid., p. 133.<\/span>\u00bb. Ainsi, pour peu qu\u2019on adh\u00e8re \u00e0 cette fa\u00e7on de voir, il faut reconna\u00eetre \u00e0 chacune des \u0153uvres r\u00e9alis\u00e9es dans le cadre du projet le statut d\u2019objet-personne, sans n\u00e9anmoins \u00eatre en mesure de le reconna\u00eetre \u00e0 Ann Lee elle-m\u00eame. D\u2019ailleurs, en refusant de donner \u00e0 l\u2019ensemble du projet leur signature, on doit constater que Parreno et Huyghe refusent que ces \u0153uvres forment une communaut\u00e9 totalement autonome, comme s\u2019ils voulaient que l\u2019on poursuive plus loin cette r\u00e9flexion.<\/p>\n\n\n\n<p>Il peut certes sembler ironique que ce questionnement soit soulev\u00e9 dans une large mesure par le souci permanent des deux artistes de maintenir libre la place de l\u2019auteur. Que peut cacher une telle strat\u00e9gie\u2009? En 1969, dans le texte de sa conf\u00e9rence \u00ab Qu\u2019est-ce qu\u2019un auteur\u2009? \u00bb, Michel Foucault expliquait que lorsqu\u2019une \u0153uvre nous parvient dans l\u2019anonymat, il s\u2019installe aussit\u00f4t un d\u00e9sir de retrouver son <span style=\"white-space: nowrap;\">auteur<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-15\" href=\"#footnote-15\"><sup>15<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-15\"><a href=\"#fn-ref-15\"> 15 <\/a> - Michel Foucault, \u00ab Qu\u2019est-ce qu\u2019un auteur\u2009? \u00bb (1969), repris dans Dits et \u00e9crits, tome 1, Paris, Gallimard (Quarto), p. 800.<\/span>. Ainsi, en feignant de dispara\u00eetre, leur signature n\u2019apparaissant jamais physiquement, l\u2019attribution, elle, ne laisse aucun doute, car, malgr\u00e9 les signatures des autres participants, les deux artistes ont pris soin \u00e0 chaque occasion de souligner leur pr\u00e9sence derri\u00e8re le projet. Il faudrait m\u00eame pr\u00e9ciser que la coquille est devenue peu \u00e0 peu une sorte de blanc-seing, puisque toutes les \u0153uvres r\u00e9alis\u00e9es se sont retrouv\u00e9es incluses dans leur projet, comme si Huyghe et Parreno les avaient sign\u00e9es par anticipation.<\/p>\n\n\n\n<p>Foucault soulignait \u00e9galement que la disparition de l\u2019auteur permettait de saisir qu\u2019il s\u2019agissait l\u00e0, comme pour la notion de personne, d\u2019une fonction parmi d\u2019autres dans la circulation des discours et qu\u2019elle tendait \u00e0 cacher celle des \u00ab fondateurs de discursivit\u00e9 \u00bb, qui \u00ab ne sont pas seulement les auteurs de leurs \u0153uvres, de leurs livres \u00bb, mais qui sont des auteurs qui \u00ab ont produit quelque chose de plus : la possibilit\u00e9 et la r\u00e8gle de formation d\u2019autres <span style=\"white-space: nowrap;\">textes<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-16\" href=\"#footnote-16\"><sup>16<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-16\"><a href=\"#fn-ref-16\"> 16 <\/a> - Ibid., p. 804.<\/span>. \u00bb La coquille Ann Lee mise \u00e0 la disposition des autres artistes correspond exactement \u00e0 cette id\u00e9e puisqu\u2019elle engendre les \u0153uvres et, indirectement, les commentaires sur celles-ci, sur le projet et les enjeux qu\u2019il soul\u00e8ve. C\u2019est d\u2019ailleurs en la d\u00e9signant comme coquille vide mise \u00e0 la disposition d\u2019autres artistes, c\u2019est-\u00e0-dire en la d\u00e9-signant comme leur cr\u00e9ation, que leur signature s\u2019est impos\u00e9e le plus franchement.<\/p>\n<div style='display: none;'>Philippe Parreno, Pierre Huyghe, Pierre Rannou<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":272448,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[4257],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[969],"artistes":[4259,2772],"thematiques":[],"type_post":[319],"class_list":["post-177327","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archive","category-post","numeros-57-signatures-en","statuts-archive","auteurs-pierre-rannou-en","artistes-philippe-parreno-en","artistes-pierre-huyghe-en","type_post-principal"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/177327","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=177327"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/177327\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/272448"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=177327"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=177327"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=177327"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=177327"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=177327"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=177327"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=177327"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=177327"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=177327"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=177327"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=177327"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}