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{"id":178560,"date":"2006-09-01T19:40:00","date_gmt":"2006-09-02T00:40:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/lart-en-famille-description-dun-enfermement\/"},"modified":"2025-11-20T08:25:24","modified_gmt":"2025-11-20T13:25:24","slug":"lart-en-famille-description-dun-enfermement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/lart-en-famille-description-dun-enfermement\/","title":{"rendered":"L\u2019art en famille : description d\u2019un enfermement"},"content":{"rendered":"\n<pre class=\"wp-block-verse\">[In French]<\/pre>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">On conna\u00eet le mot, d\u00e9sormais c\u00e9l\u00e8bre, de Le Cl\u00e9zio, selon lequel on s\u2019apercevra peut-\u00eatre un jour que l\u2019art n\u2019aura \u00e9t\u00e9, au fond, qu\u2019une th\u00e9rapie.<\/pre>\n\n\n\n<p>\u00c0 en juger par certaines pratiques artistiques contemporaines, on soup\u00e7onne fort que ce temps n\u2019est pas loin d\u2019\u00eatre advenu. L\u2019insistance mise en effet par certains artistes sur des interventions dont<br>l\u2019horizon ne semble gu\u00e8re d\u00e9passer la chambre adolescente, o\u00f9 diverses automanipulations complaisamment mises en spectacle se prennent pour geste critique, a de quoi lasser \u00e0 la longue m\u00eame les mieux dispos\u00e9s des destinataires de l\u2019art.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais justement, l\u2019art actuel, boucl\u00e9 \u00e0 double tour dans un ghetto \u00e9conomiquement paup\u00e9risant mais psychologiquement confortable de \u00ab pairs \u00bb et de copains, a-t-il encore un destinataire\u2009? A-t-il<br>m\u00eame une vis\u00e9e, lui qui pourtant nous rebat les oreilles de ses \u00ab\u202fpropositions\u202f\u00bb l\u00e0 o\u00f9 autrefois on avait le culot de simplement parler d\u2019\u0153uvre\u2009? A-t-il encore d\u2019autre exigence que celle de la reconnaissance \u00e9perdument qu\u00e9mand\u00e9e par celle ou celui qui se baptise artiste, faute de pouvoir se dire vedette ou idole\u2009? L\u2019art n\u2019est-il plus qu\u2019un pis-aller du succ\u00e8s\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>Quelle que soit la valeur des exceptions et leur nombre, la \u00adtendance du milieu de l\u2019art n\u2019est plus \u00e0 cette marginalit\u00e9 dynamique qui offrait un porte \u00e0 faux salutaire en tout temps et \u00e0 toute soci\u00e9t\u00e9. L\u2019heure est \u00e0 l\u2019exposition narcissique, tout comme dans les autres sph\u00e8res de la soci\u00e9t\u00e9, et tout aussi b\u00eatement.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais \u00e0 la diff\u00e9rence du monsieur tout le monde qui s\u2019\u00e9vertue, \u00adparfois par lignes ouvertes interpos\u00e9es, \u00e0 se faire reconna\u00eetre de l\u2019autre, qu\u2019il soit patron, compagnon de travail, conjoint ou dieu m\u00e9diatique, l\u2019artiste, lorsque adoub\u00e9 par un dipl\u00f4me puis une exposition ou deux, entre dans un circuit bien ferm\u00e9, o\u00f9 on le parque en m\u00eame temps qu\u2019on l\u2019expose.<\/p>\n\n\n\n<p>Les artistes sont devenus les Indiens du 21<sup>e<\/sup> si\u00e8cle : on les installe dans une r\u00e9serve, aux bons soins du CALQ et du CAC, on les exhibe aux rares touristes que cela int\u00e9resse et on se p\u00e8te les bretelles avec leur cr\u00e9ativit\u00e9 ; voyez, dit-on en haut lieu fonctionnaire, voyez comme ils ont de belles plumes\u2009! Et pendant tout le temps que durent et perdurent le m\u00e9pris et l\u2019indiff\u00e9rence d\u2019un vaste public masqu\u00e9 par la \u00adpingre g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 qui s\u2019exerce en son nom, le milieu de l\u2019art se pose des \u00adquestions existentielles du genre : \u00e0 partir de quel moment peut-on parler d\u2019interdisciplinarit\u00e9\u2009? La performance, art sans discipline, est-elle la pratique interdisciplinaire par excellence\u2009? Le public, dans tout \u00e7a, tout le monde s\u2019en fout. Dame, le public, ce ne sont que les copains\u2009! Ou bien c\u2019est ce commode anonymat, ce d\u00e9sir vague mais imp\u00e9rieux, cet appel collectif d\u2019autant plus pressant qu\u2019il ne se manifeste jamais, bref cette grande disponibilit\u00e9 justificatrice \u00e0 laquelle on peut faite exprimer tous les besoins que l\u2019artiste, d\u2019embl\u00e9e, a&#8230; choisi de satisfaire\u202f: interactivit\u00e9, relations, attitudes, interpellations et prises \u00e0 t\u00e9moin, \u00e0 en croire les artistes et ceux qui r\u00e9digent leurs textes de pr\u00e9sentation, le public exige maintenant de \u00ab participer \u00bb \u00e0 l\u2019art, tout comme il veut \u00e0 tout prix entrer dans l\u2019\u00e9cran de sa t\u00e9l\u00e9vision. L\u2019art comme<br>karaok\u00e9 esth\u00e9tique\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la v\u00e9rit\u00e9 est plut\u00f4t que, dans l\u2019indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale (soyons honn\u00eates : combien de personnes assistent aux vernissages qui ne sont pas des amis ou des coll\u00e8gues\u2009?), chacun se pousse sans grand souci, au fond, de ce que peut bien \u00eatre l\u2019art, puisque, n\u2019est-ce pas, saint Gombrich l\u2019a dit, sombre b\u00eatise s\u2019il en fut\u202f: l\u2019art n\u2019existe pas, il n\u2019existe que des artistes.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc les artistes qui seuls existent, d\u00e9sormais aussi acad\u00e9miques que les universit\u00e9s qui les forment et commod\u00e9ment d\u00e9barrass\u00e9s de l\u2019embarras de l\u2019\u0153uvre par la reconnaissance institutionnelle qui finit par se r\u00e9sumer \u00e0 un bon carnet de contacts, s\u2019\u00e9pivardent joyeusement sous la sainte trinit\u00e9 du conformisme que sont installation, intervention et performance.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est qu\u2019il n\u2019y a plus gu\u00e8re de n\u00e9cessit\u00e9, ni du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019artiste ni du c\u00f4t\u00e9 de sa pratique : on fait ce qui vient, ce qui se fait, ce que le go\u00fbt du jour commande, et on attend une cons\u00e9cration qui, de toute fa\u00e7on, restera confidentielle. Alors, pourquoi se priver du plaisir de parler de soi, de ses b\u00e9belles, de sa famille, de ses objets f\u00e9tiches et de ses plaisirs plus ou moins coupables\u2009? Puisque les textes de pr\u00e9sentation ressemblent en effet de plus en plus soit \u00e0 des argumentaires d\u2019\u00e9mission de radio ou de t\u00e9l\u00e9, soit \u00e0 des dissertations d\u2019\u00e9tudiants plus ou moins bien ficel\u00e9es, et puisque d\u00e9sormais le mat\u00e9riau et le point de d\u00e9part de l\u2019activit\u00e9 proclam\u00e9e artistique n\u2019ont pas plus d\u2019importance que la technique ou l\u2019absence de technique qu\u2019on leur applique, tout est bon pourvu qu\u2019il soit revendiqu\u00e9 ou sign\u00e9 par un artiste patent\u00e9. Il suffira de pr\u00e9tendre \u00ab\u202fmettre en cause le regard\u202f\u00bb, \u00ab\u202fd\u00e9construire les images de la consommation\u202f\u00bb, \u00ab\u202fironiser sur la culture de masse\u202f\u00bb, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi se trouve justifi\u00e9e cette esth\u00e9tique du bric-\u00e0-brac, cette po\u00ef\u00e9tique de la vente de garage \u00e0 laquelle ont recours maintes installations : comme si r\u00e9organiser les collections d\u2019objets des magasins \u00e0 grande surface en entrep\u00f4ts domestiques suffisait \u00e0 rendre l\u2019art critique et \u00e0 lib\u00e9rer le spectateur de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation\u2009; comme si le d\u00e9sordre sauvait de la pl\u00e9thore et le d\u00e9braill\u00e9 de l\u2019acad\u00e9misme\u2009; comme si l\u2019on pouvait ainsi secouer, comme d\u2019un haussement d\u2019\u00e9paules, l\u2019envahissement par l\u2019objet et par l\u2019image. Comme si l\u2019\u00eatre-l\u00e0 de l\u2019objet, bient\u00f4t cent ans apr\u00e8s l\u2019urinoir de Duchamp, \u00e9tait encore porteur de la m\u00eame charge iconoclaste, de la m\u00eame ambigu\u00eft\u00e9 s\u00e9miotique.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais nulle citation, ironique ou pas, ne peut distancier la soci\u00e9t\u00e9 de consommation et la culture de masse suffisamment pour y faire appara\u00eetre un sujet. L\u2019absence revendiqu\u00e9e d\u2019esth\u00e9tique n\u2019est jamais qu\u2019une esth\u00e9tique kitsch qui supplie qu\u2019on la prenne pour un second degr\u00e9 ainsi attribuable, r\u00e9trospectivement, \u00e0 quelque sujet en forme de spectre. Mais toutes les strat\u00e9gies de l\u2019ironie ont depuis belle lurette \u00e9t\u00e9 \u00e9vent\u00e9es par la publicit\u00e9 et la r\u00e9volte n\u2019est plus qu\u2019un argument de vente parmi d\u2019autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, identit\u00e9 et repr\u00e9sentation vont de pair : c\u2019est sans doute ce que dit \u00e0 sa fa\u00e7on la folie contemporaine de la m\u00e9diatisation forcen\u00e9e de soi. Certes, \u00ab\u202fon ne peut pas \u00eatre sans se repr\u00e9senter\u202f\u00bb (Heidegger). Mais l\u2019artiste peut-il s\u00e9rieusement croire qu\u2019en l\u2019absence d\u2019art, en l\u2019absence d\u2019\u0153uvre, en l\u2019absence d\u2019esth\u00e9tique, de technique disciplinaire et de tout ce qui disposait son intimit\u00e9 en regard de l\u2019autre dans un espace o\u00f9 se d\u00e9battait le commun, le \u00ab\u202fpublic\u202f\u00bb va se laisser prendre et pr\u00eater foi \u00e0 la quotidiennet\u00e9 ordinaire et embl\u00e9matique qu\u2019on lui brandit sous le nez\u2009? Quel regard peut bien se laisser prendre \u00e0 l\u2019horizon du conforme, du banal, de l\u2019insignifiant, simplement parce qu\u2019ils sont certifi\u00e9s <em>made in the artist\u2019s mind<\/em>\u2009? Et de quelle reconnaissance sanctionner celui qui se cache dans un sous-r\u00e9alisme du sans-appr\u00eat en pr\u00e9tendant qu\u2019il s\u2019adresse ainsi \u00e0 moi\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>Dans nos soci\u00e9t\u00e9s, la reconnaissance de l\u2019autre op\u00e8re toujours sur un mode adolescent\u202f: c\u2019est le m\u00eame ressort fait d\u2019une volont\u00e9 \u00e9perdue de se distinguer, quoi qu\u2019on fasse, li\u00e9e \u00e0 la volont\u00e9 contraire de se fondre dans le groupe, qu\u2019il soit professionnel ou m\u00eame corporatiste, comme de plus en plus le milieu de l\u2019art en g\u00e9n\u00e9ral le devient. L\u2019absolu de ce mouvement contradictoire dans lequel tous, artistes et non-artistes, nous sommes pris, conduit l\u2019individu contemporain \u00e0 se distinguer en se confondant, au-del\u00e0 du groupe, avec la masse hors de laquelle il n\u2019est point de salut d\u00e9sormais.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa modulation artistique, l\u2019extimit\u00e9 semble d\u2019abord l\u2019exact oppos\u00e9 de cette outranci\u00e8re soumission au public qui anime les m\u00e9dias et les arts qui les courtisent. L\u2019effacement de toute personnalit\u00e9 au profit d\u2019une r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019attente est, en effet, exactement sym\u00e9trique de la hautaine indiff\u00e9rence \u00e0 celle-ci qu\u2019exprime l\u2019exag\u00e9ration de l\u2019intime \u2013 mais dans ce qu\u2019il a de plus insignifiant \u2013, dont certains artistes font la marque de commerce de ce qu\u2019ils s\u2019obstinent \u00e0 appeler leur refus de la soci\u00e9t\u00e9 dans son organisation actuelle. Dans les deux cas, la masse engloutit le sujet dans l\u2019indiff\u00e9renciation m\u00e9dusante du sans qualit\u00e9. L\u2019objectalit\u00e9 d\u2019un quotidien sacralis\u00e9 engloutit toute individualit\u00e9, celle de celui qui pr\u00e9tend se d\u00e9battre aussi bien que celle de celui qui s\u2019y abandonne.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 les apparences, ce n\u2019est pas dans les rues que Spencer Tunick installe ses complaisants \u00e9tals de viande urbaine, c\u2019est dans l\u2019\u0153il m\u00eame du syst\u00e8me m\u00e9diatique, au c\u0153ur de son avidit\u00e9 pour le <em>human interest<\/em> et l\u2019\u00eatre-l\u00e0 magnifi\u00e9. On ne peut plus faire un pas dans nos villes sans tomber sur des martyrs du branchement continu et de la communion universelle permanente\u202f: la main sur l\u2019oreille cachant un cellulaire, ils proclament <em>urbi et orbi<\/em> la pr\u00e9valence en tous temps et lieux de leur intimit\u00e9 en m\u00eame temps que leur rage de s\u2019absenter de tous lieux, justement, en se tenant constamment \u00e0 l\u2019aff\u00fbt de la moindre occasion de t\u00e9l\u00e9charger leur d\u00e9j\u00e0 si fragile pr\u00e9sence et leur si flottante attention.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La restriction de l\u2019horizon humain \u00e0 cette r\u00e9duction caricaturale de l\u2019\u00eatre \u00e0 un ici-maintenant, paradoxalement \u00e0 la fois spectaculaire et fondu dans le paysage, individualiste jusqu\u2019\u00e0 l\u2019idiotisme et gr\u00e9gaire jusqu\u2019\u00e0 l\u2019oubli total de soi, \u00e0 laquelle les m\u00e9dias se livrent \u00e0 c\u0153ur de jour, a pour r\u00e9sultante le renfermement de l\u2019artiste dans une sph\u00e8re familiale de copains, parfois un peu pompeusement baptis\u00e9s \u00ab pairs \u00bb, comme pour cacher le fait que la complaisance a d\u00e9sormais remplac\u00e9 le regard critique et la connivence muette le dialogue qu\u2019entretenait autrefois l\u2019artiste avec les artistes du pass\u00e9 et du pr\u00e9sent. C\u2019est ce dialogue qui faisait justement qu\u2019une chose comme l\u2019art existe, n\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 Gombrich. Car c\u2019est de ce dialogue, \u00e0 la fois synchronique et diachronique, que naissait l\u2019espace commun et c\u2019est dans cet espace que trouvait \u00e0 se d\u00e9ployer la seule forme d\u2019intimit\u00e9 qui puisse \u00eatre dite signifiante.<\/p>\n\n\n\n<p>En lieu et place de ce dialogue, la mode, muette, tacite, massifiante : on fait de la performance, de l\u2019installation, parce que c\u2019est ce qui se fait, point. Et l\u2019on r\u00e9p\u00e8te pour se justifier les vaseuses platitudes de la \u00ab mise en cause du regard \u00bb du public, sans se demander le moins du monde o\u00f9 est le public, o\u00f9 est le regard, quand ce qui nous cloue d\u00e9sormais au pilori du spectaculaire sans spectacle c\u2019est l\u2019orbite vide d\u2019un \u00e9cran de t\u00e9l\u00e9, monstrueux lieu unique des \u00e9piphanies de l\u2019\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>En v\u00e9rit\u00e9 l\u2019extimit\u00e9 commence avec la perte de la m\u00e9taphore\u202f: nous ne comprenons plus que le sens propre, imm\u00e9diat, premier, sans distance ni flou\u2009; nous ne comprenons plus que les \u00e9vidences : nous avons chosifi\u00e9 le sens. Comme fa\u00e7on de se d\u00e9prendre de l\u2019image, \u00e7a se pose un peu l\u00e0\u2009! Et c\u2019est sur cet arri\u00e8re-fond d\u00e9sol\u00e9 que chacun s\u2019\u00e9vertue \u00e0 imposer son image, interchangeable, son moi, calibr\u00e9, son intimit\u00e9, fa\u00e7onn\u00e9e par la M\u00e9duse t\u00e9l\u00e9visuelle et le conformisme ambiant. Aussi n\u2019est-ce pas \u00e9tonnant qu\u2019une carri\u00e8re artistique finisse par se confondre avec la simple promotion d\u2019une individualit\u00e9 baptis\u00e9e<br>\u00ab artiste \u00bb, en lutte pour son \u00ab statut \u00bb. Les divers mouvements et associations qui militent pour un accroissement du budget des arts et des lettres ont presque exclusivement en vue la promotion \u00e9conomique et sociale de leurs membres et deviennent ainsi des groupes de pression parmi d\u2019autres. Et quand ils pr\u00e9tendent se soucier du public, c\u2019est en tant que repr\u00e9sentant une sorte de regard collectif abstrait qu\u2019il s\u2019agit, pr\u00e9tendument, d\u2019inqui\u00e9ter, voire de remettre en cause, pour se m\u00e9riter, paradoxalement, la reconnaissance \u00e9tatique monnay\u00e9e sous forme de subventions. On est artiste de nos jours comme on est une esp\u00e8ce menac\u00e9e : l\u2019\u00e9tat s\u2019occupe (mal) de votre existence sans se pr\u00e9occuper de ce que vous faites : les \u00ab pairs \u00bb seuls gardent le statut, comme si la faune se prot\u00e9geait elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre le mis\u00e9rabilisme pr\u00e9tendument engag\u00e9 de la performance, de l\u2019installation, de l\u2019intervention, et l\u2019euphorie techniciste des arts m\u00e9diatiques, entre les effets sp\u00e9ciaux et les photos de famille, ce qu\u2019on appelait autrefois l\u2019art croupit dans un <em>no man\u2019s land<\/em> de subventions et de jury ou vend son \u00e2me \u00e0 Las Vegas, au jet set et \u00e0 l\u2019effusion pyrotechnique.<\/p>\n\n\n\n<p>Artistes, de l\u2019air\u2009! Sortez de vos cocons (minablement) subventionn\u00e9s, oubliez les r\u00e9seaux du copinage et des retours d\u2019ascenseur (invite-moi dans ton centre d\u2019artiste \u00e0 Okinawa, je t\u2019inviterai dans le mien \u00e0 Chicoutimi). De gr\u00e2ce, \u00e9pargnez-nous la manche esth\u00e9tique que font vos interventions urbaines et qui ne perturbent pas plus le passant que la qu\u00eate de trente sous du premier itin\u00e9rant venu\u2009!<\/p>\n\n\n\n<p>Et, par piti\u00e9, assez de \u00ab\u202fpropositions\u202f\u00bb\u202f: osez des r\u00e9alit\u00e9s affirmatives et violentes qui, au lieu d\u2019agacer gentiment le regard, l\u2019aveuglent d\u2019une \u00e9vidence inqualifiable mais qui ne se laisse pas mettre en<br>slogans. Ni entretenir comme une cocotte sans amants.<\/p>\n\n\n<div style='display: none;'>Jean-Pierre Vidal<\/div>\n<div style='display: none;'>Jean-Pierre Vidal<\/div>\n<div style='display: none;'>Jean-Pierre Vidal<\/div>\n<div style='display: none;'>Jean-Pierre Vidal<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":272329,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[4332],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[4060],"artistes":[],"thematiques":[],"type_post":[319],"class_list":["post-178560","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archive","category-post","numeros-58-extimite-ou-le-desir-de-sexposer-en","statuts-archive","auteurs-jean-pierre-vidal-en","type_post-principal"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178560","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=178560"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178560\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":272331,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178560\/revisions\/272331"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/272329"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=178560"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=178560"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=178560"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=178560"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=178560"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=178560"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=178560"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=178560"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=178560"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=178560"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=178560"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}