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{"id":178567,"date":"2006-09-01T19:35:00","date_gmt":"2006-09-02T00:35:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/sexposer-dans-le-monde-limage-video-et-la-representation-de-soi\/"},"modified":"2022-10-31T11:36:38","modified_gmt":"2022-10-31T16:36:38","slug":"sexposer-dans-le-monde-limage-video-et-la-representation-de-soi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/sexposer-dans-le-monde-limage-video-et-la-representation-de-soi\/","title":{"rendered":"S\u2019exposer dans le monde : l&#8217;image vid\u00e9o et la repr\u00e9sentation de soi"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>Visages film\u00e9s dans l\u2019\u00e9preuve de leurs pr\u00e9sences, r\u00e9cits sur soi, corps expos\u00e9s dans leurs intimit\u00e9s : les modes de mises en sc\u00e8ne du soi dans les vid\u00e9os d\u2019artistes sont plurielles et \u00e9tonnantes.<\/p>\n\n\n\n<p>En alliant l\u2019\u00e9preuve du miroir, l\u2019\u00e9preuve de la dur\u00e9e et celle de la parole, la vid\u00e9o se r\u00e9v\u00e8le un biais particuli\u00e8rement f\u00e9cond de r\u00e9flexion de soi. D\u00e8s les premi\u00e8res explorations de cette technique dans des vis\u00e9es artistiques, les images furent nombreuses \u00e0 porter la trace de la pr\u00e9sence de leur auteur. On parla beaucoup alors du narcissisme constitutif de ce m\u00e9dium, dont les capacit\u00e9s technologiques invitaient \u00e0 construire des \u0153uvres sur soi. Vito Acconci se fit face en avan\u00e7ant son visage vers la cam\u00e9ra, accaparant ainsi le cadre de l\u2019image\u202f; et Rosalind Krauss assimila sa posture \u00e0 une d\u00e9marche<br>narcissique, et la syst\u00e9matisa. Mais Acconci s\u2019engageait aussi avec ses vid\u00e9os dans un dialogue avec les spectateurs, cherchant \u00e0 s\u2019avancer hors de l\u2019\u00e9cran \u00e0 la rencontre de celui \u00e0 qui il faisait face.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un narcissisme autarcique r\u00e9siste ainsi rarement \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des bandes construites sur l\u2019exp\u00e9rimentation de l\u2019image de soi. L\u2019artiste affirme sa pr\u00e9sence, filme ce qu\u2019il est, ce qui lui appartient, \u00e9voque des souvenirs et montre des parts de lui-m\u00eame, mais ces enregistrements prennent sens dans une confrontation \u00e0 ce qui est autre. Ils sont le point d\u2019accroche de digressions sur le monde, sur cette ext\u00e9riorit\u00e9 qui est l\u2019horizon constituant de l\u2019identit\u00e9. Les \u0153uvres r\u00e9sonnent alors avec des qu\u00eates psychanalytiques, ph\u00e9nom\u00e9nologiques, sociologiques, et m\u00eame politiques. Les images immergent les spectateurs dans des regards sur des identit\u00e9s personnelles, les renvoient vers leurs propres exp\u00e9rimentations de leurs subjectivit\u00e9s, mais les projettent aussi vers l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ext\u00e9riorisation de l\u2019image de soi<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019image de soi se construit au sein de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, celle qui est en dehors et qui la regarde, et celle qui est en dedans, qui surgit dans l\u2019auto-confrontation. Lorsque Jean Otth fait sa s\u00e9rie de portrait-vid\u00e9o, d\u00e8s 1973, il imagine un dispositif fort simple qui lui permet de d\u00e9gager des aspects essentiels de nos relations \u00e0 nos images. Il met son mod\u00e8le \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la perte de l\u2019image de soi, le questionnant sur ses capacit\u00e9s \u00e0 s\u2019en distancier. Il branche cam\u00e9ra et moniteur en circuit ferm\u00e9, ajoute un miroir \u00e0 ce jeu de surfaces r\u00e9fl\u00e9chissantes. Otth va alors intervenir plastiquement sur le miroir, donc sur l\u2019image du mod\u00e8le, en agissant avec un <em>spray<\/em> noir. Il provoque ses r\u00e9actions en cernant sa silhouette, en l\u2019enfermant dans un contour, puis perturbe la visibilit\u00e9 de son reflet en noircissant compl\u00e8tement des parties de son image. Le mod\u00e8le est invit\u00e9 \u00e0 exprimer ses r\u00e9actions, \u00e0 donner \u00e0 entendre les \u00e9motions psychiques que provoque cette mise en crise de son image. L\u2019exploration de l\u2019intime se concentre ici dans les ressorts de nos rapports \u00e0 nos images, d\u00e9voilant les difficult\u00e9s \u00e0 vivre sa disparition, et les efforts d\u00e9ploy\u00e9s pour sauvegarder le face-\u00e0-face avec soi. L\u2019autre a une position centrale puisqu\u2019il est celui qui regarde, celui qui cerne notre individualit\u00e9 de son trait-jugement, et celui qui peut mettre en p\u00e9ril nos sentiments d\u2019ad\u00e9quation intime en nous \u00f4tant notre image.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les vid\u00e9os qui sont construites dans cette perspective des rapports \u00e0 l\u2019image de soi jalonnent les diff\u00e9rents moments de l\u2019histoire de ce m\u00e9dium. Pourtant, c\u2019est un questionnement qui se pose de fa\u00e7on particuli\u00e8rement centrale aujourd\u2019hui. Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 on parle beaucoup de l\u2019art de l\u2019intime, de l\u2019ordinaire, du banal, et les artistes sont en effet nombreux \u00e0 revendiquer une approche centr\u00e9e sur le micro-\u00e9v\u00e9nement, sur le presque rien qui est \u00e0 la base de nos existences. Associ\u00e9e au questionnement de soi, cette approche se retrouve dans des postures centr\u00e9es sur le subjectif, sur l\u2019histoire personnelle. Par exemple, Val\u00e9rie Pavia nous livre ses confessions dans <em>C\u2019est bien la soci\u00e9t\u00e9 <\/em>(9 min, 1999)<em>, <\/em>vid\u00e9o o\u00f9 elle se met en sc\u00e8ne dans un cadrage en buste et coiff\u00e9e d\u2019une perruque blonde. L\u2019image de soi qui appara\u00eet dans cette autofiction est centr\u00e9e sur la position du corps et du mode de discours qui y est associ\u00e9. Le r\u00e9cit se construit autour d\u2019associations d\u2019id\u00e9es, d\u2019aveux ou de r\u00e9v\u00e9lations, comme cette d\u00e9claration initiale, \u00ab je n\u2019ai jamais lu Spinoza \u00bb, ou encore celle o\u00f9 elle affirme que \u00ab les hommes barbus ont une odeur de cacahu\u00e8tes \u00bb. Pavia incarne parfaitement le portrait de la femme-objet. Les \u00e9paules d\u00e9couvertes, les escarpins roses, le sourire na\u00eff dessinent les traits de la femme arch\u00e9typale du d\u00e9sir masculin. Le corps n\u2019est pas seulement un support de projections fantasmatiques servant l\u2019ambiance narrative, il est v\u00e9ritablement un lieu o\u00f9 se nouent et s\u2019expriment des ressorts de l\u2019identit\u00e9, et des rapports de sexe. Il est envahi par des images produites par soi et par les autres, int\u00e9gr\u00e9 ou rejet\u00e9 dans le sentiment de soi, manipul\u00e9 ou accueilli. Ici, les sch\u00e9mas sexuels avilissants qui sont projet\u00e9s sur l\u2019image du corps f\u00e9minin sont mis en sc\u00e8ne clairement, et montrent en quoi ces images du corps pi\u00e8gent les narcissismes qui se construisent avec elles. Pavia joue non seulement le r\u00f4le de la femme-objet dans son corps, mais aussi dans son esprit. L\u2019id\u00e9al du \u00ab c\u2019est bien la soci\u00e9t\u00e9 \u00bb nous fait gentiment sourire. Pavia interpr\u00e8te la figure na\u00efve associ\u00e9e \u00e0 une f\u00e9minit\u00e9 tout en surface, en d\u00e9voile quelques rouages et en sugg\u00e8re beaucoup d\u2019impasses. Dans cette vid\u00e9o, l\u2019image de la femme est utilis\u00e9e pour introduire des interrogations sur la fa\u00e7on qu\u2019a l\u2019individu de se laisser enfermer dans des sch\u00e9mas de vie et de pens\u00e9e r\u00e9ducteurs, qui l\u2019emp\u00eachent de comprendre la complexit\u00e9 de son corps et le restreignent dans une position id\u00e9ologique \u00e9troite et fig\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"723\" height=\"564\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO05_Roman_Pavia_Societe.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-178360\" srcset=\"https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO05_Roman_Pavia_Societe.jpg 723w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO05_Roman_Pavia_Societe-300x234.jpg 300w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO05_Roman_Pavia_Societe-600x468.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 723px) 100vw, 723px\" \/><figcaption>Val\u00e9rie Pavia, <em>C\u2019est bien la soci\u00e9t\u00e9<\/em>, 1999.<br>Sylvie Lalibert\u00e9, <em>Mes amis les poissons<\/em>, 1998.&nbsp;<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"480\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO05_Roman_Laliberte_Mes-amis-les-poissons.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-178386\" srcset=\"https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO05_Roman_Laliberte_Mes-amis-les-poissons.jpg 640w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO05_Roman_Laliberte_Mes-amis-les-poissons-300x225.jpg 300w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO05_Roman_Laliberte_Mes-amis-les-poissons-600x450.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Se raconter, se fa\u00e7onner<\/h2>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9cit sur soi est ainsi un lieu o\u00f9 s\u2019exprime un mode de rapport au monde, et il est constitutif de l\u2019identit\u00e9. Paul Ric\u0153ur parle \u00e0 ce sujet d\u2019\u00ab identit\u00e9 narrative \u00bb, d\u00e9gageant ainsi l\u2019importance de la mise en r\u00e9cit dans la construction identitaire : on assiste \u00e0 \u00ab une gen\u00e8se mutuelle entre le d\u00e9veloppement d\u2019un caract\u00e8re et celui d\u2019une histoire <span style=\"white-space: nowrap;\">racont\u00e9e<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Paul Ric\u0153ur, <em>Soi-m\u00eame comme un autre<\/em>, Seuil, 1990, p. 171.<\/span> \u00bb. En se posant comme narrateur, en d\u00e9veloppant des regards subjectifs sur l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9, l\u2019individu s\u2019approprie ce qui l\u2019entoure et se retrouve lui-m\u00eame, dans son identit\u00e9 personnelle, mis en intrigue et affirm\u00e9 dans ses traits. De nombreux artistes travaillent dans cet espace du r\u00e9cit de soi, explorant ses st\u00e9r\u00e9otypes, ses m\u00e9canismes, comme Val\u00e9rie Mr\u00e9jen qui focalise notre attention sur la construction du souvenir dans ses <em>Portraits film\u00e9s<\/em> (14 souvenirs, 2002). Elle y observe le jeu social et psychologique que contient l\u2019expression d\u2019une histoire personnelle. D\u2019autres s\u2019emparent du narratif en tant qu\u2019il permet de se mettre en sc\u00e8ne dans une relation au monde, en le racontant et en d\u00e9gageant ainsi des impressions, des jugements sur ses \u00e9tats. Dans <em>Measures of distance<\/em> (15 min, 1988), Mona Hatoum a ainsi mis en sc\u00e8ne les lettres \u00e9chang\u00e9es avec sa m\u00e8re pendant la guerre au Liban et son propre exil en Grande-Bretagne, s\u2019emparant de son histoire pour participer \u00e0 la construction de l\u2019Histoire, de ses souffrances et de ses erreurs. Dans une tonalit\u00e9 plus faussement na\u00efve, Sylvie Lalibert\u00e9 ins\u00e8re une dimension r\u00e9flexive essentielle dans son personnage de femme-enfant en l\u2019ancrant dans l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9 \u00e0 travers les petites histoires qu\u2019elle raconte. Les \u00e9v\u00e9nements qu\u2019elle met en sc\u00e8ne pr\u00e9textent leur ancrage dans la sph\u00e8re du \u00ab petit \u00bb, du subjectif, mais prennent sens en r\u00e9alit\u00e9 dans leur implication dans un rapport \u00e0 la pluralit\u00e9. Les vid\u00e9os de ces artistes ont ainsi en commun de mettre en avant des anecdotes de l\u2019intime, de s\u2019approcher d\u2019un certain voyeurisme, mais l\u2019enjeu quitte vite ce terrain d\u2019une curiosit\u00e9 possiblement mal venue. La singularit\u00e9 est en effet repr\u00e9sent\u00e9e dans ce qu\u2019elle signifie d\u2019un mode d\u2019\u00eatre et de penser.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019image du corps<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans la mise en sc\u00e8ne de soi, un registre revient souvent qui n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 abord\u00e9 : celui de la repr\u00e9sentation corporelle. Artur Zmijevski s\u2019attache \u00e0 des repr\u00e9sentations atypiques du corps en filmant des personnes qui ont des d\u00e9formations, des d\u00e9r\u00e8glements\u202f: membres mutil\u00e9s, d\u00e9ficiences auditives, maladies d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives o\u00f9 le corps s\u2019autonomise face \u00e0 l\u2019esprit. Dans ses vid\u00e9os, les r\u00e9alit\u00e9s corporelles s\u2019affirment avec force dans le regard port\u00e9 sur des individus\u2008; elles accaparent m\u00eame parfois toute la visibilit\u00e9 et deviennent omnipr\u00e9sentes dans l\u2019attention que ces personnes se portent, et dans l\u2019attention que nous leur portons. Le corps soumis, liss\u00e9, canalis\u00e9, celui que les soci\u00e9t\u00e9 occidentales mettent en avant sc\u00e8ne, s\u2019expose avec Zmijevski dans ses caract\u00e9ristiques refoul\u00e9es. La biens\u00e9ance invite \u00e0 ne pas d\u00e9voiler le masque de la pudeur et de la norme, mais des vid\u00e9os nous projettent ce qui s\u2019y dissimule, et ce qui s\u2019y joue. Ainsi, La\u00ebtitia Bourget filme son corps dans sa nudit\u00e9 et dans ses s\u00e9cr\u00e9tions biologiques habituellement maintenues dans le champ de l\u2019intime. Dans ses vid\u00e9os, la particularit\u00e9 d\u2019un corps dispara\u00eet face aux carcans sociaux qui maintiennent les corps dans un \u00e9tat de soumission aux esprits qui les habitent, et marque surtout la prise en charge de l\u2019esprit par l\u2019\u00c9tat. L\u2019assujettissement hygi\u00e9nique est en effet une facette des proc\u00e9d\u00e9s panoptiques permettant \u00e0 l\u2019\u00c9tat d\u2019\u00e9tendre son emprise jusque dans l\u2019intimit\u00e9 de ses sujets, en envahissant leurs repr\u00e9sentations de soi et en y immis\u00e7ant des conceptions sociales du corps.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le rempart du soi&nbsp;<\/h2>\n\n\n\n<p>Ghazel r\u00e9alise depuis 2000 une s\u00e9rie vid\u00e9o intitul\u00e9e <em>Me<\/em>, o\u00f9 elle se sert de son identit\u00e9 personnelle, iranienne r\u00e9sidant en Occident, pour repr\u00e9senter les lieux symboliques auxquels elle se confronte. Elle se filme habill\u00e9e de son tchador, et se sert de cette marque diff\u00e9rentielle pour maintenir \u00e0 l\u2019image une position d\u2019alt\u00e9rit\u00e9. Sans entrer dans des d\u00e9bats culturels et religieux, elle tourne de courtes sayn\u00e8tes o\u00f9 elle se repr\u00e9sente dans de petites actions qui invitent le spectateur \u00e0 questionner certains aspects de nos mani\u00e8res de vivre en communaut\u00e9. L\u2019ext\u00e9riorisation de ses sentiments personnels et la mise en avant de son identit\u00e9 dans le titre m\u00eame de l\u2019\u0153uvre est embl\u00e9matique d\u2019une posture que l\u2019on retrouve souvent chez ces artistes qui explorent le soi : la revendication d\u2019une posture subjective pour d\u00e9jouer une lecture politiquement engag\u00e9e de l\u2019\u0153uvre. L\u2019individualisme, le rejet d\u2019un sens collectif et d\u2019une responsabilit\u00e9 personnelle dans le devenir commun sont des aspects qui pr\u00e9dominent dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales. \u00c0 l\u2019image de cette \u00e9volution sociologique, marqu\u00e9e par la chute des croyances en l\u2019avenir et le rejet moderne de l\u2019autorit\u00e9 du pass\u00e9, les artistes baissent les armes, peu enclins \u00e0 v\u00e9hiculer des messages et \u00e0 revendiquer des croyances. \u00c0 la place, ils se racontent, s\u2019exposent et explorent leur pr\u00e9sence au monde dans une approche parfois assez ph\u00e9nom\u00e9nologique. Est-ce alors la fin de l\u2019enjeu politique de l\u2019art et le d\u00e9but de son cloisonnement dans ce que l\u2019on a appel\u00e9 \u00ab la sph\u00e8re de <span style=\"white-space: nowrap;\">l\u2019intime<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Voir <em>La sph\u00e8re de l\u2019intime<\/em>, catalogue de la manifestation du Printemps de Cahors, 1998.<\/span> \u00bb\u2009?<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"639\" height=\"476\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO05_Roman_Laliberte_Oh-la-la-du-narratif.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-178382\" srcset=\"https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO05_Roman_Laliberte_Oh-la-la-du-narratif.jpg 639w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO05_Roman_Laliberte_Oh-la-la-du-narratif-300x223.jpg 300w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO05_Roman_Laliberte_Oh-la-la-du-narratif-600x447.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 639px) 100vw, 639px\" \/><figcaption>Sylvie Lalibert\u00e9, <em>oh la la du narratif<\/em>, 1997.<br>Jean Otth, <em>Portrait de Laura Papi<\/em>, 1975.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1222\" height=\"912\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO05_Roman_J.Otth_Portrait-de-Laura-Papi.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-178392\" srcset=\"https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO05_Roman_J.Otth_Portrait-de-Laura-Papi.jpg 1222w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO05_Roman_J.Otth_Portrait-de-Laura-Papi-300x224.jpg 300w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO05_Roman_J.Otth_Portrait-de-Laura-Papi-600x448.jpg 600w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO05_Roman_J.Otth_Portrait-de-Laura-Papi-768x573.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1222px) 100vw, 1222px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Enjeux collectifs<\/h2>\n\n\n\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, cette interrogation perd son sens face au contenu des \u0153uvres. Le biais de l\u2019image de soi n\u2019est pas seulement, comme on le dit souvent, une facilit\u00e9 pratique de tournage et un repli narcissique, mais un lieu de cristallisation de croyances et de volont\u00e9s d\u2019habiter le monde. Les modes d\u2019appara\u00eetre \u00e0 soi et \u00e0 l\u2019autre sont enracin\u00e9s dans des cultures de l\u2019identit\u00e9 et de la pluralit\u00e9. Les fa\u00e7ons d\u2019exposer son visage et de g\u00e9rer son image sont des bases du \u00ab vivre \u00adensemble \u00bb. Certaines \u0153uvres montrent les d\u00e9rives dans les courants de l\u2019\u00e9gocentrisme et du consum\u00e9risme, pour mettre ensuite en avant les dimensions essentielles \u00e0 la construction de communaut\u00e9s \u00e9quilibr\u00e9es, offrant \u00e0 la fois un lieu d\u2019\u00e9panouissement des individualit\u00e9s et un lieu d\u2019ouverture vers des horizons collectifs. En accentuant la singularit\u00e9 de la personne film\u00e9e ou de l\u2019artiste, lorsqu\u2019ils ne sont pas identiques, ces vid\u00e9os \u00e9vitent l\u2019\u00e9cueil de la g\u00e9n\u00e9ralisation des d\u00e9sirs et des caract\u00e9ristiques. Il n\u2019y est question que de particularit\u00e9s, qui permettent certes de se projeter vers une pluralit\u00e9, sans que cette derni\u00e8re ne se confonde dans un amas collectif indiff\u00e9renci\u00e9. La distinction est maintenue, ce qui est essentiel pour respecter la conception commun\u00e9ment partag\u00e9e de l\u2019irr\u00e9ductibilit\u00e9 de l\u2019individualit\u00e9 et le souci constant de la position d\u2019une diff\u00e9rence personnelle \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019appartenance \u00e0 un groupe. <\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00ab nous \u00bb qui \u00e9mergent de ces r\u00e9flexions sur les identit\u00e9s s\u2019efforcent de tendre vers des communaut\u00e9s diff\u00e9rentes de celles qui s\u2019enracinent actuellement, en proposant des intervalles entre les hommes qui soient sources de compr\u00e9hension et de partage, et non de s\u00e9paration et de rejet. Marie Jos\u00e9 Mondzain, philosophe fran\u00e7aise, \u00e9claircit cette id\u00e9e dans son interpr\u00e9tation de la parole de Jean-Toussaint Desanti : \u00ab\u202fCar dans le voir ensemble ce qu\u2019il [Desanti] vise c\u2019est la composition d\u2019un \u00e9cart dans la circulation des signes et non un r\u00e9gime d\u2019identification sociale, culturelle. Parler ensemble suppose un r\u00e9glage subtil entre le partag\u00e9 et le <span style=\"white-space: nowrap;\">s\u00e9par\u00e9\u202f<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - <em>Voir ensemble<\/em> \u2013 <em>autour de Jean-Toussaint Desanti, douze voix rassembl\u00e9es par Marie Jos\u00e9 Mondzain<\/em>, L\u2019Exception, Paris, Gallimard, 2003, p. 188.<\/span>\u00bb. Il s\u2019agit alors de cr\u00e9er un face-\u00e0-face tout en introduisant un troisi\u00e8me terme qui donne sens aux images\u202f: cet invisible qui est d\u00e9sir d\u2019\u00eatre ensemble et d\u00e9sir d\u2019\u00eatre soi tout en \u00e9tant avec les autres. C\u2019est ce qui rend l\u2019entreprise plus difficile. Lorsqu\u2019on refuse le mod\u00e8le de la fusion, le b\u00e9n\u00e9fice de la r\u00e9sorption des diversit\u00e9s dans un tout s\u2019\u00e9vanouit du m\u00eame coup. La r\u00e9flexion sur l\u2019articulation \u00e0 trouver entre les singularit\u00e9s pour cr\u00e9er des significations partag\u00e9es est alors complexe et perp\u00e9tuellement \u00e0 recommencer. Elle s\u2019inscrit dans un moment donn\u00e9 et \u00e9volue dans les temporalit\u00e9s qui se succ\u00e8dent. Les \u0153uvres artistiques participent \u00e0 cette qu\u00eate en d\u00e9finissant des sites o\u00f9 visible et invisible apparaissent aux regards attentifs dans leurs enjeux m\u00eal\u00e9s. Elles s\u2019adressent \u00e0 chacun et incitent \u00e0 s\u2019avancer sur le chemin qui lie le \u00ab\u202fsoi\u202f\u00bb aux \u00ab\u202fnous\u202f\u00bb.<\/p>\n<div style='display: none;'>Jean Otth, Mathilde Roman, Sylvie Lalibert\u00e9, Val\u00e9rie Pavia<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":178372,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[4332],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[4445],"artistes":[4446,4447,4448],"thematiques":[],"type_post":[],"class_list":["post-178567","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archive","category-post","numeros-58-extimite-ou-le-desir-de-sexposer-en","statuts-archive","auteurs-mathilde-roman-en","artistes-jean-otth-en","artistes-sylvie-laliberte-en","artistes-valerie-pavia-en"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178567","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=178567"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178567\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/178372"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=178567"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=178567"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=178567"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=178567"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=178567"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=178567"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=178567"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=178567"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=178567"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=178567"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=178567"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}