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{"id":178582,"date":"2006-09-01T19:25:00","date_gmt":"2006-09-02T00:25:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/lautoportrait-en-suicide-la-tentative-reussie-de-lautofiction\/"},"modified":"2025-09-30T09:44:04","modified_gmt":"2025-09-30T14:44:04","slug":"lautoportrait-en-suicide-la-tentative-reussie-de-lautofiction","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/lautoportrait-en-suicide-la-tentative-reussie-de-lautofiction\/","title":{"rendered":"L\u2019autoportrait en suicid\u00e9 : la tentative r\u00e9ussie\u00a0de l\u2019autofiction"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>I play dead, it stops the hurting, I play dead and the hurting stops, It\u2019s sometimes just like sleeping, Curling up inside my private <span style=\"white-space: nowrap;\">tortures<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - \u00ab Je fais le mort, \u00e7a calme la douleur, je fais le mort et la douleur est calm\u00e9e. C\u2019est un peu comme si je dormais, recroquevill\u00e9e sur mes tortures priv\u00e9es&#8230; \u00bb [Trad. libre]<\/span>&#8230;<\/p>\n<cite>Bj\u00f6rk, \u00ab Play Dead \u00bb, <em>Debut<\/em>, 1993<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u202fTout ceci doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme dit par un personnage de roman\u202f\u00bb. L\u2019<em>incipit<\/em> que Roland Barthes inscrit en lettres cursives au d\u00e9but de <em>Roland Barthes par Roland Barthes<\/em> annonce la couleur de ce curieux texte dans lequel l\u2019auteur, \u00e0 travers la forme morcel\u00e9e d\u2019un index sans ordre, explore quelques morceaux de sa vie et de sa pens\u00e9e sous le signe inaugural de la mort de sa m\u00e8re et d\u2019un travail de deuil qui ne se fera jamais. Louis Marin a consacr\u00e9 \u00e0 ce texte l\u2019une de ses plus belles gloses en le qualifiant de dispositif \u00ab <span style=\"white-space: nowrap;\">autobiothanatographique<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Louis Marin, \u00ab Roland Barthes par Roland Barthes ou L\u2019autobiographie du neutre \u00bb, dans <em>L\u2019\u00c9criture de soi<\/em>, PUF, librairie du Coll\u00e8ge international de philosophie, 1999.<\/span> \u00bb tant l\u2019\u00e9criture de soi dans la vie et la mort y est obs\u00e9dante. Selon Marin, la question essentielle et impossible \u00e0 la fois que pose l\u2019autobiographie est la suivante\u202f: \u00ab\u202fComment me faire na\u00eetre et me faire mourir\u2009?\u202f\u00bb L\u2019autobiographie, au sens le plus strict du terme, devrait commencer par les deux \u00e9nonc\u00e9s impronon\u00e7ables que sont \u00ab\u202fje naquis\u202f\u00bb et \u00ab\u202fje mourus\u202f\u00bb. Je ne me souviens pas du premier\u2008; quant \u00e0 ma mort, elle ne peut en aucun cas faire l\u2019objet d\u2019un r\u00e9cit \u00e9crit par moi. Or c\u2019est bien dans cette impasse que se devinent les limites du pacte autobiographique ; c\u2019est aussi la br\u00e8che dans laquelle s\u2019engouffre l\u2019autofiction.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Sans rentrer dans les distinctions \u00e9tablies par les sp\u00e9cialistes entre autobiographie et <span style=\"white-space: nowrap;\">autofiction<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - Pour cela, nous renvoyons, entre autres, aux travaux de Serge Doubrovsky, Philippe Gasparini, Philippe Forrest et Philippe Lejeune.<\/span>, acceptons simplement le fait que l\u2019autofiction assume et accentue la part mensong\u00e8re de l\u2019autobiographie, donc la part fictionnelle de tout r\u00e9cit, aussi intime et personnel soit-il. C\u2019est cette impossible sinc\u00e9rit\u00e9 autobiographique que les th\u00e9oriciens de l\u2019autofiction (qui en sont souvent les praticiens) ont d\u00e9couverte qui m\u2019a incit\u00e9e \u00e0 interroger les pratiques plastiques autofictionnelles \u00e0 travers la figure de l\u2019autoportrait en suicid\u00e9, pour lequel, tout comme dans le texte de Barthes, la photographie tient un r\u00f4le de premier ordre. Sans pouvoir \u00e9tablir ici une liste et moins encore une cat\u00e9gorisation des artistes s\u2019\u00e9tant repr\u00e9sent\u00e9s en suicid\u00e9, je me contenterai de questionner quelques aspects de ce d\u00e9sir de mise en sc\u00e8ne de soi morbide, parfois dr\u00f4le et provocante, dramatique ou pr\u00e9monitoire&#8230;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Regardez, je suis mort\u2009!<\/h2>\n\n\n\n<p>M\u00eame si l\u2019histoire de l\u2019art regorge d\u2019autoportraits \u00ab en mort \u00bb (et notamment en d\u00e9capit\u00e9), il faudra attendre l\u2019invention du positif direct pour trouver, sous l\u2019objectif d\u2019Hippolyte Bayard, la premi\u00e8re photographie de fiction narrative avec le c\u00e9l\u00e8bre <em>Autoportrait en noy\u00e9<\/em>&nbsp; accompagn\u00e9, au dos, d\u2019un texte qui ne laisse transpara\u00eetre aucun ambigu\u00eft\u00e9 sur la nature et le propos de la mise en sc\u00e8ne :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le cadavre du Monsieur que vous voyez ci-derri\u00e8re est celui de M. Bayard, inventeur du proc\u00e9d\u00e9 dont vous venez de voir, ou dont vous allez voir les merveilleux r\u00e9sultats. \u00c0 ma connaissance, il y a \u00e0 peu pr\u00e8s trois ans que cet ing\u00e9nieux et infatigable chercheur s\u2019occupait de perfectionner son invention.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019Acad\u00e9mie, le Roi et tous ceux qui ont vu ses dessins que lui trouvait imparfaits, les ont admir\u00e9s comme vous les admirez en ce moment. Cela lui a fait beaucoup d\u2019honneur et ne lui a pas valu un liard. Le gouvernement, qui avait beaucoup trop donn\u00e9 \u00e0 M. Daguerre, a dit ne pouvoir rien faire pour M. Bayard et le malheureux s\u2019est noy\u00e9. Oh\u2009! Instabilit\u00e9 des choses humaines\u2009! Les artistes, les savants, les journaux se sont occup\u00e9s de lui pendant longtemps et aujourd\u2019hui qu\u2019il y a plusieurs jours qu\u2019il est expos\u00e9 \u00e0 la morgue, personne ne l\u2019a encore reconnu, ni r\u00e9clam\u00e9. Messieurs et Dames, passons \u00e0 d\u2019autres, de crainte que votre odorat ne soit affect\u00e9, car la t\u00eate du Monsieur et ses mains commencent \u00e0 pourrir, comme vous pouvez le remarquer.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En associant le suicide \u00e0 un manque de reconnaissance sociale, Bayard a con\u00e7u ce canular \u00e0 l\u2019adresse d\u2019une institution qu\u2019il souhaitait culpabiliser en adoptant la posture du pr\u00e9curseur incompris, du martyre. Ce jeu autofictionnel peut aujourd\u2019hui pr\u00eater \u00e0 sourire. Pourtant il montre d\u00e9j\u00e0 que derri\u00e8re la farce de mauvais go\u00fbt, il y a aussi un appel au secours et un d\u00e9sespoir qui ne se r\u00e9v\u00e8le que par la pantomime. En cela, l<em>\u2019Autoportrait en suicid\u00e9<\/em> de Pierre Molinier fait rire un peu plus jaune dans la mesure o\u00f9, d\u2019un point de vue r\u00e9trospectif, il fait figure de pr\u00e9monition du \u00ab vrai \u00bb suicide de l\u2019artiste qui survient six ans plus tard. Ici, pas de travestissement ni de mascarade propre au travail habituel de l\u2019artiste. Dans un atelier rempli de tableaux, la d\u00e9pouille \u00e9vanescente d\u2019un homme habill\u00e9 d\u2019un maillot de corps et d\u2019un pantalon g\u00eet au sol. Dans sa main droite, il semble tenir un pistolet. Au premier plan, un cr\u00e2ne transperc\u00e9 d\u2019un poignard est pos\u00e9 devant sa t\u00eate. Le 3 mars 1976, il mettra en sc\u00e8ne ce qu\u2019il nommait le \u00ab crime de moi-m\u00eame \u00bb \u00e0 coups de colt 44, allong\u00e9 sur son lit plac\u00e9 devant un miroir, dans un ultime r\u00f4le dont la trace, cette fois-ci, ne sera pas enregistr\u00e9e par l\u2019appareil photographique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On ne peut qu\u2019\u00eatre frapp\u00e9 par ce d\u00e9sir d\u2019exposition de sa propre mort (<em>prothesis<\/em>). Si comme le dit tr\u00e8s justement Michel Poivert \u00ab faire le mort est le privil\u00e8ge des <span style=\"white-space: nowrap;\">vivants<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Michel Poivert, \u00ab Hippolyte Bayard en \u201csuicid\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9\u201d. Le point de vue du mort \u00bb, <em>art press, <\/em>n\u00b0 hors s\u00e9rie, <em>Fictions d\u2019artistes. Autobiographies, r\u00e9cits, supercheries, <\/em>avril 2002, p. 22-25.<\/span> \u00bb, il faut aussi pr\u00e9ciser que le suicide est le privil\u00e8ge des hommes. Accepter sa repr\u00e9sentation comme lieu \u00e0 la fois de r\u00e9sistance sociale et de libert\u00e9 individuelle, abonderait alors dans le sens de Cioran lorsqu\u2019il \u00e9crit \u202f: \u00ab Celui qui n\u2019a jamais con\u00e7u sa propre annulation, qui n\u2019a pas pressenti le recours \u00e0 la corde, \u00e0 la balle, au poison ou \u00e0 la mer, est un for\u00e7at avili ou un ver rampant sur la charogne cosmique. Ce monde peut tout nous prendre, peut tout nous interdire, mais il n\u2019est de pouvoir de personne de nous emp\u00eacher de nous <span style=\"white-space: nowrap;\">abolir<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - E. M. Cioran, \u00ab Ressources de l\u2019autodestruction \u00bb dans<em> Pr\u00e9cis de d\u00e9composition,<\/em> <em>\u0153uvres<\/em>, Gallimard (Quarto), p. 613.<\/span>. \u00bb Cioran n\u2019\u00e9voque \u00e9videmment pas ici la pratique de l\u2019autoportrait en suicid\u00e9, mais plus loin dans le m\u00eame chapitre, il pr\u00e9cise l\u2019importance du suicide pour l\u2019histoire des repr\u00e9sentations\u202f: \u00ab\u202f[&#8230;] sans lui, la r\u00e9alit\u00e9 humaine serait moins curieuse et moins pittoresque : elle manquerait d\u2019un climat \u00e9trange et d\u2019une s\u00e9rie depossibilit\u00e9s funestes, qui ont leur valeur esth\u00e9tique, ne serait-ce que pour introduire dans la trag\u00e9die des solutions nouvelles et une vari\u00e9t\u00e9 de <span style=\"white-space: nowrap;\">d\u00e9nouements<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-6\" href=\"#footnote-6\"><sup>6<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-6\"><a href=\"#fn-ref-6\"> 6 <\/a> - Ibid.p. 614.<\/span>.\u202f\u00bb Chez Sam Samore et Oscar Bony, c\u2019est bien de cette vari\u00e9t\u00e9 de d\u00e9nouements qu\u2019il s\u2019agit.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1180\" height=\"798\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO07_Guillo_Samore_The-Suicidist-no5.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-178362\" srcset=\"https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO07_Guillo_Samore_The-Suicidist-no5.jpg 1180w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO07_Guillo_Samore_The-Suicidist-no5-300x203.jpg 300w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO07_Guillo_Samore_The-Suicidist-no5-600x406.jpg 600w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO07_Guillo_Samore_The-Suicidist-no5-768x519.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1180px) 100vw, 1180px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Sam Samore<\/strong><br><em>The Suicidist n\u00b05, <\/em>1973 et 2005.<br>Photo\u202f: permission de la galerie Anne de Villepoix, Paris<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1417\" height=\"1808\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO07_Guillo_Moliner_Autoportrait-en-suicide.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-178350\" srcset=\"https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO07_Guillo_Moliner_Autoportrait-en-suicide.jpg 1417w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO07_Guillo_Moliner_Autoportrait-en-suicide-300x383.jpg 300w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO07_Guillo_Moliner_Autoportrait-en-suicide-600x766.jpg 600w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO07_Guillo_Moliner_Autoportrait-en-suicide-768x980.jpg 768w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO07_Guillo_Moliner_Autoportrait-en-suicide-1204x1536.jpg 1204w\" sizes=\"auto, (max-width: 1417px) 100vw, 1417px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Pierre Molinier<\/strong><br><em>Autoportrait en suicid\u00e9, <\/em>vers 1970.<br>Photo\u202f: \u00a9 Succession Pierre Molinier \/ SODRAC (2006), permission de la galerie Kamel Mennour, Paris <\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">S\u2019exposer au tir des balles<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans sa s\u00e9rie de photographies en noir et blanc intitul\u00e9e <em>The Suicidist<\/em>, Sam Samore explore diff\u00e9rentes mani\u00e8res de se suicider, mettant en sc\u00e8ne son propre corps dans des d\u00e9cors domestiques des ann\u00e9es 1970\u202f: \u00e9cras\u00e9 au pied d\u2019un escalier vu en forte plong\u00e9e, comprim\u00e9 sous le car\u00e9nage d\u2019une voiture, allong\u00e9 dans une remise un couteau \u00e0 la main, suspendu \u00e0 arbre dans une inconfortable position ou allong\u00e9 dans son salon, le manche de l\u2019aspirateur (que l\u2019on suppose allum\u00e9) coinc\u00e9 dans la bouche. Contrairement aux photographies de Bayard et de Molinier, toute la force autofictionnelle de ce travail provient de son dispositif s\u00e9riel qui, comme dans un exercice de style, est appuy\u00e9 par le proc\u00e9d\u00e9 du comique de r\u00e9p\u00e9tition. Dans d\u2019autres \u0153uvres, Sam Samore s\u2019est d\u00e9j\u00e0 illustr\u00e9 par ses mises en sc\u00e8nes baroques, mais ce qui caract\u00e9rise <em>The Suicidist<\/em> est la relation que ces photographies entretiennent avec l\u2019esth\u00e9tique du film noir, comme c\u2019est le cas \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque des <em>Film Stills<\/em> de Cindy Sherman. On peut d\u2019ailleurs pousser plus loin la comparaison de ces deux s\u00e9ries, qui mettent en avant des personnages esseul\u00e9s dans des pauses \u00e9voquant toujours, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, le drame existentiel de l\u2019\u00eatre confront\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame. Mais si Sherman exploite clairement la dimension cin\u00e9matographique de ses premi\u00e8res photographies, c\u2019est plut\u00f4t \u00e0 la narration litt\u00e9raire, au r\u00e9cit et au mythe que semble s\u2019int\u00e9resser Samore. Chacun des \u00ab suicides \u00bb ouvre ou ferme une s\u00e9quence de vie, mais une vie que l\u2019on imagine sans cesse renouvel\u00e9e, sans quoi elle ne pourrait se soumettre au jeu r\u00e9p\u00e9titif de la fausse mort. Or c\u2019est bien par ce dispositif s\u00e9quentiel de va et vient absurde entre la vie et la mort que Samore cherche \u00e0 exposer \u00e0 la fois la conscience de sa propre finitude et sa libert\u00e9 d\u2019homme mais aussi d\u2019artiste qui s\u2019affirme en tant que tel, puisque c\u2019est son propre corps qu\u2019il choisit de mettre en sc\u00e8ne. Si l\u2019homme a la libert\u00e9 de mettre fin \u00e0 ses propres jours, l\u2019artiste a le pouvoir d\u2019assouvir cette libert\u00e9 en images selon un dispositif somme toute tr\u00e8s peu \u00e9loign\u00e9 de la <em>catharsis<\/em> au th\u00e9\u00e2tre classique. C\u2019est peut-\u00eatre pour cette raison que Sam Samore propose des images qui ne sont pas sans \u00e9voquer la tradition de la photographie r\u00e9aliste am\u00e9ricaine : choix du noir et blanc, sc\u00e8nes de la vie quotidienne, d\u00e9cor banal, etc. L\u2019accessoire voyant viendrait nuire tel un encombrant artifice \u00e0 cette extraordinaire r\u00e9ussite de l\u2019autofiction qui se pr\u00e9sente comme un fait divers auquel on croirait presque.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019artiste ne fait certes pas pour autant l\u2019\u00e9conomie de l\u2019humour (le suicide par aspiration\u2009!). Mais si on le compare \u00e0 de nombreuses autres tentatives de \u00ab faire rire \u00bb avec le sujet de l\u2019autoportrait en suicid\u00e9 (l\u2019exemple du collectif eitheror avec la s\u00e9rie <em>Legosuicides<\/em> en est un exemple parlant), on saisit la diff\u00e9rence existentielle et la tension dramatique qui animent les modernes vanit\u00e9s de Samore. Source \u00e0 la fois de r\u00e9jouissement et d\u2019effroi, la possibilit\u00e9 m\u00eame d\u2019<em>imaginer<\/em> le suicide \u00e9largit, selon Cioran, \u00ab en espace infini cette demeure o\u00f9 nous <span style=\"white-space: nowrap;\">\u00e9touffons<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-7\" href=\"#footnote-7\"><sup>7<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-7\"><a href=\"#fn-ref-7\"> 7 <\/a> - Ibid.p. 612.<\/span>. \u00bb Dans le travail de l\u2019artiste argentin Oscar Bony, cette demeure a une coloration plus politique avec ce qu\u2019il serait plus juste de nommer des \u00ab auto-homicides \u00bb que des suicides.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur une photographie en deux volets, un homme presque nu, la t\u00eate recouverte d\u2019une m\u00e9chante cagoule en jute, se tient assis sur une chaise de paille face au spectateur. D\u2019une main, il tient le d\u00e9clencheur \u00e0 distance d\u2019un appareil photo ; de l\u2019autre, une pancarte qui d\u2019un c\u00f4t\u00e9 le d\u00e9clare \u00ab innocent \u00bb, de l\u2019autre \u00ab coupable \u00bb. Le sous-verre de la photographie, lui, est cribl\u00e9 de balles de revolver. Ailleurs, l\u2019arme \u00e0 feu fige en plein vol un homme aux tempes grisonnantes v\u00eatu d\u2019un costume cravate, ou encore ce m\u00eame homme, qui n\u2019est autre que l\u2019artiste lui-m\u00eame, dans une s\u00e9rie d\u2019autoportraits r\u00e9unis sous le titre <em>Le Triomphe de la mort<\/em>. Bony a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert par le public europ\u00e9en \u00e0 l\u2019occasion de sa participation aux Biennales de Venise de 1995 et de 1999. Grand habitu\u00e9 de la censure depuis 1968 (en Argentine mais aussi aux \u00c9tats-Unis), il n\u2019a eu de cesse de travailler les relations entre art, politique et soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 travers performances, vid\u00e9os et photographies. Contraint \u00e0 l\u2019exil entre 1968 et 1975, puis de 1977 \u00e0 1989 par la dictature militaire de son pays, il a livr\u00e9 ses deux derni\u00e8res s\u00e9ries r\u00e9unies autour du th\u00e8me des enl\u00e8vements et du suicide comme un testament.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans<em> Broadcasting News (Fragmentos A y B)<\/em>, il fait directement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une imagerie que les m\u00e9dias ont rendue famili\u00e8re : celle de l\u2019otage, du d\u00e9tenu, accus\u00e9, peut-\u00eatre tortur\u00e9. Peu importe qu\u2019il soit innocent ou coupable, il sera ex\u00e9cut\u00e9 par un double tir : celui du pistolet et celui de l\u2019appareil <span style=\"white-space: nowrap;\">photo<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-8\" href=\"#footnote-8\"><sup>8<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-8\"><a href=\"#fn-ref-8\"> 8 <\/a> - De langue maternelle espagnole, Oscar Bony exploite le terme <em>disparar<\/em> qui, comme le verbe anglais <em>to shoot<\/em>, est employ\u00e9 pour d\u00e9signer aussi bien la prise de vue que le tir.<\/span>. En tirant sur sa propre image, Bony propose des autoportraits en suicid\u00e9, mais son dispositif d\u00e9place la pratique solitaire du suicide \u00e0 une pratique collective qui implique le spectateur \u00e0 la fois comme regardeur et comme meurtrier. L\u2019impact des balles r\u00e9elles (il se sert d\u2019un pistolet automatique Walter P-88, 9\u202fmm) r\u00e9v\u00e8le, tout autant que l\u2019iconographie elle-m\u00eame, la dialectique coupable\/innocent que les dirigeants argentins ont tent\u00e9 d\u2019annuler en voulant d\u00e9douaner les soldats de la dictature militaire sous pr\u00e9texte qu\u2019ils n\u2019auraient fait qu\u2019ob\u00e9ir aux ordres. Cependant, le recours \u00e0 la langue anglaise \u00e9largit le propos, selon l\u2019artiste lui-m\u00eame, \u00e0 la culture globale de notre <span style=\"white-space: nowrap;\">temps<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-9\" href=\"#footnote-9\"><sup>9<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-9\"><a href=\"#fn-ref-9\"> 9 <\/a> - Au moment o\u00f9 il effectue ce travail, l\u2019Argentine a depuis longtemps entam\u00e9 son processus de reconstruction d\u00e9mocratique. En 1998, Bony pense notamment aux \u00e9v\u00e9nements du Kosovo. Il nAest plus l\u00e0 pour en faire le constat mais il y a fort \u00e0 parier queil tenterait aujourd\u2019hui la comparaison avec les images de la prison d\u2019Abu Ghraib ou avec les vid\u00e9os d\u2019otages en Irak.<\/span>. En transformant son atelier en stand de tir, Bony interroge la violence sociale, mais aussi notre rapport \u00e0 l\u2019image \u00e0 la fin 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle\u202f:<\/p>\n\n\n\n<p><em>Pour moi, la violence est un langage que nous parlons tous. Une violence qui se construit sur l\u2019Autre mais aussi sur le cynisme. La violence vient aussi de celui qui regarde. Cette violence est exprim\u00e9e d\u2019une mani\u00e8re simple et efficace. Je suis celui qui cr\u00e9e le suicide mais aussi celui qui regarde. Quand celui qui regarde c\u00e8de la place \u00e0 celui qui tire, il est impliqu\u00e9 dans l\u2019action de ces photographies et c\u2019est ce qui produit leur <\/em><span style=\"white-space: nowrap;\"><em>sens<\/em><a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-10\" href=\"#footnote-10\"><sup>10<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-10\"><a href=\"#fn-ref-10\"> 10 <\/a> - \u00ab Oscar Bony del disparo fotogr\u00e0fico, al disparo real \u00bb (Oscar Bony du tir photographique au tir r\u00e9el) [je traduis], entretien avec l\u2019artiste, propos recueillis par Manuel Garc\u00eca, <em>LAPIZ<\/em>, <em>revue internationale d\u2019art<\/em>, n\u00b0185, Madrid, 2002, p. 42.<\/span>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1920\" height=\"1197\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO07_Guillo_Bony_Broadcasting-news-scaled.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-178354\" srcset=\"https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO07_Guillo_Bony_Broadcasting-news-scaled.jpg 1920w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO07_Guillo_Bony_Broadcasting-news-scaled-300x187.jpg 300w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO07_Guillo_Bony_Broadcasting-news-scaled-600x374.jpg 600w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO07_Guillo_Bony_Broadcasting-news-768x479.jpg 768w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO07_Guillo_Bony_Broadcasting-news-1536x958.jpg 1536w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO07_Guillo_Bony_Broadcasting-news-2048x1277.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1920px) 100vw, 1920px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Oscar Bony<\/strong><br><em>Broadcasting News (Fragmentos A y B)<\/em>, 1999.<br>Photo \u202f: permission de l\u2019auteure<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Je tue il<\/h2>\n\n\n\n<p>Pourquoi Sam Samore et Oscar Bony cherchent-ils \u00e0 incarner eux-m\u00eames leurs personnages alors qu\u2019ils pourraient tr\u00e8s bien travailler avec des mod\u00e8les, revient \u00e0 poser la question suivante : pourquoi privil\u00e9gier l\u2019autoportrait <em>en<\/em> suicid\u00e9 plut\u00f4t que le portrait <em>du<\/em> suicid\u00e9\u2009? Pourquoi s\u2019exposer ainsi au tir des balles\u2009? En guise de r\u00e9ponse, je tente deux hypoth\u00e8ses, contradictoires : l\u2019une en rapport avec la tradition de l\u2019autoportrait pictural\u2009; l\u2019autre plus directement li\u00e9e \u00e0 l\u2019autofiction.<\/p>\n\n\n\n<p>Alberti disait que le premier acte pictural r\u00e9sidait dans l\u2019autoportrait de Narcisse. Mais on pourrait remonter \u00e0 des temps imm\u00e9moriaux pour imaginer que le premier autoportrait fut celui de Dieu qui, au sixi\u00e8me jour de la cr\u00e9ation, \u00ab cr\u00e9a l\u2019homme \u00e0 son image comme sa ressemblance \u00bb, l\u2019homme comme un autoportrait de Dieu, en somme. Si traits de Dieu et corps du Christ incarn\u00e9 ont jet\u00e9 les conditions de la repr\u00e9sentation en Occident, c\u2019est aussi que cette id\u00e9e a \u00e9t\u00e9 reprise \u00e0 la Renaissance au moment o\u00f9 le mouvement spirituel de la <em>Devotio moderna<\/em> culmine, aliment\u00e9 par l\u2019ouvrage de pi\u00e9t\u00e9 anonyme <em>De imitatione Christi<\/em>. C\u2019est dans ce contexte de d\u00e9votion intense que D\u00fcrer, par exemple, se repr\u00e9sentera en Christ dans L\u2019<em>Autoportrait \u00e0 la pelisse<\/em>, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 les artistes commencent \u00e0 s\u2019affranchir des instances normatives, c\u2019est-\u00e0-dire au moment o\u00f9 la notion du \u00ab Moi-auteur \u00bb individuel et singulier fait son apparition. La pose hi\u00e9ratique, les yeux plant\u00e9s dans ceux du spectateur sont aussi l\u2019occasion d\u2019affirmer la part sp\u00e9culaire qui nous lie \u00e0 l\u2019image christique \u2013 Dieu nous fait \u00e0 son image, on regarde donc un portrait du Christ comme si on regardait dans un miroir \u2013 et aussi la part culpabilisatrice qui associe les spectateurs de son supplice aux bourreaux. M\u00eame si <em>Le Couronnement d\u2019\u00e9pines<\/em> d\u2019Oscar Bony est l\u2019\u0153uvre d\u2019un ath\u00e9e, les codes de repr\u00e9sentation du portrait renaissant sont encore l\u00e0\u200a: le moi-auteur s\u2019exprime dans l\u2019image de l\u2019artiste d\u00e9miurge, celui qui cr\u00e9e et que l\u2019on d\u00e9truit \u00e0 la fois, l\u2019artiste autonome et libre de s\u2019autoportraiturer travesti en J\u00e9sus-Christ, le mort le plus c\u00e9l\u00e8bre de l\u2019histoire, qui se rend au calvaire comme on se suicide \u200a: en pleine conscience de soi.<\/p>\n\n\n\n<p>Chez Sam Samore, le dispositif iconique, donc s\u00e9mantique, est plus litt\u00e9raire et surtout plus distanci\u00e9 au m\u00eame titre que le texte de Barthes qui, selon Marin, est \u00e0 consid\u00e9rer davantage comme un portrait qu\u2019un autoportrait : un portrait de Roland Barthes par R. B. instaurant une distance entre le sujet qui \u00e9crit et le sujet d\u00e9crit (qui, en m\u00eame temps, est le m\u00eame). Ce mouvement de r\u00e9flexion et de r\u00e9flexivit\u00e9 (que Marin nomme \u00ab autoptyque \u00bb) s\u2019attache, en perturbant le r\u00f4le du \u00ab il \u00bb et du \u00ab je \u00bb, \u00e0 tirer le r\u00e9cit autobiographique vers le r\u00e9cit autofictionnel comme si, ce dernier, en effet, \u00e9tait \u00e9crit par un personnage de roman. L\u2019autoptyque serait alors l\u2019esth\u00e9tique de cette fiction du \u00ab il-vous-je \u00bb par lequel l\u2019artiste, en recourant \u00e0 la distance ironique, d\u00e9crit les conditions de possibilit\u00e9 de la cr\u00e9ation. Mais contrairement \u00e0 l\u2019autofiction litt\u00e9raire, l\u2019image \u2013 muette par d\u00e9finition \u2013 agit davantage comme un manifeste \u200a: l\u2019artiste expose qu\u2019il expose son corps mort, volontairement, dans cette forme extr\u00eame de l\u2019autofiction qui affirme, peut-\u00eatre plus que toute autre, la libert\u00e9 et la responsabilit\u00e9 \u00e9thico-politique des cr\u00e9ateurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Envisag\u00e9 dans ce sens, l\u2019autoportrait en suicid\u00e9 est le lieu d\u2019un regard atypique, celui de l\u2019artiste qui s\u2019expose en s\u2019\u00e9loignant du narcissisme apor\u00e9tique et nombriliste, ne faisant pas pour autant l\u2019\u00e9conomie de l\u2019introspection parfois douloureuse. Et quand cette derni\u00e8re est livr\u00e9e en p\u00e2ture au public, mieux vaut ne pas se rater.&nbsp;<\/p>\n\n\n<div style='display: none;'>Anna Guill\u00f3, Hippolyte Bayard, Oscar Bony, Pierre Molinier, Sam Samore<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":178424,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[4332],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[4458],"artistes":[4459,4460,4461,4462],"thematiques":[],"type_post":[],"class_list":["post-178582","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archive","category-post","numeros-58-extimite-ou-le-desir-de-sexposer-en","statuts-archive","auteurs-anna-guillo-en","artistes-hippolyte-bayard-en","artistes-oscar-bony-en","artistes-pierre-molinier-en","artistes-sam-samore-en"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178582","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=178582"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178582\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":270768,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178582\/revisions\/270768"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/178424"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=178582"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=178582"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=178582"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=178582"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=178582"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=178582"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=178582"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=178582"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=178582"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=178582"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=178582"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}