<br />
<b>Notice</b>:  Function _load_textdomain_just_in_time was called <strong>incorrectly</strong>. Translation loading for the <code>woocommerce-shipping-per-product</code> domain was triggered too early. This is usually an indicator for some code in the plugin or theme running too early. Translations should be loaded at the <code>init</code> action or later. Please see <a href="https://developer.wordpress.org/advanced-administration/debug/debug-wordpress/">Debugging in WordPress</a> for more information. (This message was added in version 6.7.0.) in <b>/var/www/staging.esse.ca/htdocs/wp-includes/functions.php</b> on line <b>6131</b><br />
<br />
<b>Notice</b>:  Function _load_textdomain_just_in_time was called <strong>incorrectly</strong>. Translation loading for the <code>complianz-gdpr</code> domain was triggered too early. This is usually an indicator for some code in the plugin or theme running too early. Translations should be loaded at the <code>init</code> action or later. Please see <a href="https://developer.wordpress.org/advanced-administration/debug/debug-wordpress/">Debugging in WordPress</a> for more information. (This message was added in version 6.7.0.) in <b>/var/www/staging.esse.ca/htdocs/wp-includes/functions.php</b> on line <b>6131</b><br />
{"id":178591,"date":"2006-09-01T19:20:00","date_gmt":"2006-09-02T00:20:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/mensonges-de-lautoportrait-mirages-dun-projet-autobiographique\/"},"modified":"2022-10-31T12:24:48","modified_gmt":"2022-10-31T17:24:48","slug":"mensonges-de-lautoportrait-mirages-dun-projet-autobiographique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/mensonges-de-lautoportrait-mirages-dun-projet-autobiographique\/","title":{"rendered":"Mensonges de l\u2019autoportrait : mirages d\u2019un projet\u00a0autobiographique"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les \u0153uvres contemporaines qui pr\u00e9tendent r\u00e9v\u00e9ler la vie personnelle des artistes, l\u2019\u0153uvre de F\u00e9lix Gonzalez-Torres se d\u00e9marque, car il s\u2019articule presque enti\u00e8rement autour d\u2019un projet autobiographique, et la grande majorit\u00e9 des articles et des textes \u00e9crits \u00e0 son sujet convoque la biographie de son auteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, ces deux ph\u00e9nom\u00e8nes peuvent \u00e9tonner si on consid\u00e8re que plusieurs des \u0153uvres de l\u2019artiste se rapprochent formellement de la tradition minimaliste. Comment en effet des \u0153uvres qui se pr\u00e9sentent sous la forme d\u2019un rideau de billes, d\u2019une photographie de deux chaises, de deux miroirs pos\u00e9s c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te ou encore d\u2019une guirlande d\u2019ampoules \u00e9lectriques ont-elles pu arriver \u00e0 faire faire \u00e0 la critique l\u2019\u00e9quation quasi parfaite entre la vie de l\u2019artiste et sa production, \u00e0 rendre son \u0153uvre et sa biographie aussi indissociables\u2009?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019autoportrait le plus connu de l\u2019artiste, <em>Untitled<\/em> (1989-1995), permet d\u2019appr\u00e9hender la fa\u00e7on dont le projet autobiographique de l\u2019artiste se r\u00e9v\u00e8le dans l\u2019\u0153uvre. Gonzalez-Torres a fait tr\u00e8s peu d\u2019autoportraits au sens strict du terme. <em>Untitled<\/em> consiste en une liste de mots et de dates align\u00e9s et pr\u00e9sent\u00e9s sous forme de frise murale peinte sous le <span style=\"white-space: nowrap;\">plafond<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Cet autoportrait a chang\u00e9 consid\u00e9rablement depuis la premi\u00e8re version, r\u00e9alis\u00e9e en 1989, et la derni\u00e8re, ex\u00e9cut\u00e9e en 1995. (Entre ces deux ann\u00e9es, l\u2019artiste a par ailleurs produit plusieurs autres versions.) La premi\u00e8re se lit comme suit : \u00ab <em>Red canoe<\/em> <em>1987 Paris 1985 Blue Flowers 1984 Harry the Dog 1983 Blue Lake 1986 Interferon 1989 Ross 1983<\/em> \u00bb. Quant \u00e0 la derni\u00e8re, elle compte 45 fragments d\u2019information.<\/span>. Cet autoportrait consiste ainsi en une simple liste de lieux, de personnes et d\u2019\u00e9v\u00e9nements, dont certains sont tir\u00e9s de l\u2019histoire personnelle de l\u2019artiste et d\u2019autres de l\u2019histoire publique, sociale. Lorsqu\u2019il apprend que l\u2019\u0153uvre constitue un autoportrait, n\u2019importe quel spectateur peut d\u00e9duire que ces lieux, ces personnages et ces \u00e9v\u00e9nements ont marqu\u00e9 la vie de l\u2019artiste. Cependant, seul un spectateur qui conna\u00eet personnellement l\u2019artiste peut saisir la v\u00e9ritable signification de ces mots. Il y a une certaine parent\u00e9 entre cette \u0153uvre et un journal intime o\u00f9 seraient crypt\u00e9s des faits de toutes sortes not\u00e9s au fil du temps et dont un lecteur ignorant la vie de l\u2019auteur ne pourrait saisir la port\u00e9e des noms et des lieux <span style=\"white-space: nowrap;\">\u00e9voqu\u00e9s<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Dans cet autoportrait cependant, le passage des jours est boulevers\u00e9 : les \u00e9v\u00e9nements ne suivent pas un ordre chronologique. On n\u2019a donc pas affaire \u00e0 un journal comme tel, mais plut\u00f4t \u00e0 un regard r\u00e9trospectif jet\u00e9 sur le pass\u00e9, un regard qui imiterait un peu le fonctionnement al\u00e9atoire de la m\u00e9moire dans sa mani\u00e8re de faire surgir les souvenirs de fa\u00e7on d\u00e9sordonn\u00e9e.<\/span>. Aussi, ces mots ne sont accompagn\u00e9s d\u2019aucune explication ; ils demeurent charg\u00e9s de myst\u00e8re pour quiconque n\u2019a pas eu le privil\u00e8ge de recevoir les confidences de l\u2019artiste. Il s\u2019agit d\u2019un autoportrait opaque, presque herm\u00e9tique, qui non seulement refuse de repr\u00e9senter l\u2019artiste mais dans lequel tout \u00e9voque une vie sans jamais la raconter, en laissant \u00e0 l\u2019imagination du spectateur le loisir d\u2019en combler toutes les carences. L\u2019\u00ab<em>\u202f<\/em>artiste<em>\u202f<\/em>\u00bb est donc cr\u00e9\u00e9 par chaque spectateur d\u2019une fa\u00e7on nouvelle. Son image, en pleine mouvance, est instable, changeante et refuse de se soumettre \u00e0 tout principe d\u2019unit\u00e9. Dans son essai \u00ab<em>\u202f<\/em>Se d\u00e9peindre, dispara\u00eetre<em>\u202f<\/em>\u00bb, Ren\u00e9 Payant soulignait :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>[l\u2019]\u00c9trange sp\u00e9cificit\u00e9 de l\u2019autoportrait\u202f: l\u2019autoportraitiste ne s\u2019y inscrit qu\u2019\u00e0 perdre sa personnalit\u00e9, qu\u2019\u00e0 se neutraliser par la disparition de l\u2019anecdotique, diluant sa fin premi\u00e8re pour finalement transformer le (plus ou moins) d\u00e9sir de (se) repr\u00e9senter en pur jeu de peinture. Autrement dit, l\u2019autoportraitiste ne chercherait peut-\u00eatre pas \u00e0 (se) communiquer, repr\u00e9senter ou d\u00e9crire, mais davantage \u00e0 instituer, \u00e0 faire une trace, une marque aux limites des genres pour en signaler la syst\u00e9matique, l\u2019historicit\u00e9, et aussi la <\/em><span style=\"white-space: nowrap;\"><em>fragilit\u00e9<\/em><a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - Ren\u00e9 Payant, \u00ab Se d\u00e9peindre, dispara\u00eetre \u00bb, <em>VEDUTE.\u202fPi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es sur l\u2019art 1976-1987<\/em>, Laval, TROIS, 1987, p. 105.<\/span><em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1706\" height=\"1400\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO08_Garneau_Gonzales-Torres_Untitled.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-178370\" srcset=\"https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO08_Garneau_Gonzales-Torres_Untitled.jpg 1706w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO08_Garneau_Gonzales-Torres_Untitled-300x246.jpg 300w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO08_Garneau_Gonzales-Torres_Untitled-600x492.jpg 600w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO08_Garneau_Gonzales-Torres_Untitled-768x630.jpg 768w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO08_Garneau_Gonzales-Torres_Untitled-1536x1260.jpg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1706px) 100vw, 1706px\" \/><figcaption><em>Felix Gonzalez-Torres, Untitled (Paris, Last Time, 1989)<\/em>, 1989.<br>photo\u202f: Oren Slor \u00a9 The Felix Gonzalez-Torres Foundation. Courtoisie de la Andrea Rosen Gallery, New York.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Une perte est ainsi intrins\u00e8que \u00e0 l\u2019autoportrait de Gonzalez-Torres : perte de sa personnalit\u00e9, de ses souvenirs, des anecdotes de sa vie. Demeure une \u0153uvre qui, en effet, laisse \u00ab une trace, une marque \u00bb mais qui agit bien davantage comme index d\u2019une existence, pointant l\u2019existence d\u2019un sujet-auteur bien plus qu\u2019elle n\u2019en r\u00e9v\u00e8le l\u2019identit\u00e9 ou l\u2019histoire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son \u0153uvre, Gonzalez-Torres refuse presque totalement la repr\u00e9sentation du corps, ou du moins, il fait preuve d\u2019une immense r\u00e9serve face \u00e0 celle-ci. Pour l\u2019\u00e9voquer, il met plut\u00f4t en place un \u00e9ventail de figures de rh\u00e9torique. Ses \u0153uvres fonctionnent ainsi habituellement sur les modes de la m\u00e9taphore (les objets manufactur\u00e9s pr\u00e9sent\u00e9s en couple), de la m\u00e9tonymie (les tas de bonbons, les piles de papier) ou de l\u2019index (les photographies de traces de pas dans la neige, dans le sable, ou r\u00e9v\u00e9lant l\u2019ombre d\u2019un couple). La question cependant demeure\u200a: si la biographie est si discr\u00e8te dans l\u2019\u0153uvre, pourquoi le recours \u00e0 la biographie de l\u2019artiste pour expliquer les \u0153uvres est-il si marqu\u00e9, voire syst\u00e9matique dans la fortune critique\u2009? Une partie de la r\u00e9ponse \u00e0 cette question r\u00e9side dans le titre des \u0153uvres de Gonzalez-Torres. En effet, beaucoup d\u2019information sur le sens des \u0153uvres est d\u2019abord donn\u00e9e par le biais de ceux-ci. Toutes les \u0153uvres que Gonzalez-Torres a cr\u00e9\u00e9es \u00e0 partir de 1988 sont intitul\u00e9es <em>Untitled<\/em> et la grande majorit\u00e9 de celles qu\u2019il a r\u00e9alis\u00e9es avant cette ann\u00e9e porte aussi ce titre. Cependant, de fa\u00e7on assez paradoxale, environ les trois quarts de ces \u0153uvres ont un autre titre qui se trouve \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des guillemets, entre parenth\u00e8ses. Ce deuxi\u00e8me titre donne souvent des informations pr\u00e9cises sur la signification de l\u2019\u0153uvre, tout en pointant vers son contenu personnel ou politique. C\u2019est d\u2019abord dans cet espace symboliquement en retrait, contenu par les parenth\u00e8ses, dans ce \u00ab p\u00e9ritexte \u00bb de l\u2019\u0153uvre, que se manifeste la biographie de l\u2019artiste. La dimension autobiographique de la production de Gonzalez-Torres ne r\u00e9side donc pas dans les \u0153uvres en elle-m\u00eames qui, vues seules, peuvent \u00eatre rattach\u00e9es par un visiteur \u00e0 la \u00adtradition <span style=\"white-space: nowrap;\">minimaliste<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Notons que le minimalisme n\u2019\u00e9tait pas exempt de r\u00e9f\u00e9rences biographiques. Un retour de la biographie s\u2019effectue dans la prise en compte des figures d\u2019artistes rattach\u00e9s \u00e0 ce style. Anna C. Chave, dans l\u2019article \u00ab Minimalism and Biography \u00bb, se penche sur les \u0153uvres minimalistes des ann\u00e9es 1960 et montre que les r\u00e9f\u00e9rences biographiques y abondent. (Anna C. Chave, \u00ab Minimalism and Biography \u00bb, <em>The Art Bulletin<\/em>, vol. LXXXII, n<sup>o<\/sup> 1 [mars 2000], p. 149-163.)&nbsp;<\/span>. Cette dimension se situe plut\u00f4t d\u2019abord dans les titres des \u0153uvres\u200a\u202f: c\u2019est souvent gr\u00e2ce \u00e0 ces quelques mots que le spectateur comprend que l\u2019objet devant lui est charg\u00e9 d\u2019un sens \u00adsymbolique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Si les titres des \u0153uvres donnent des indications qui aident les spectateurs \u00e0 deviner le \u00ab biographique \u00bb dans les \u0153uvres, ces indices demeureraient cependant flous et extr\u00eamement fragmentaires s\u2019il n\u2019en tenait qu\u2019\u00e0 eux de d\u00e9voiler la vie de l\u2019artiste. L\u2019information qui permet de mieux saisir la dimension autobiographique de l\u2019\u0153uvre vient soit d\u2019un \u00e9l\u00e9ment ext\u00e9rieur \u00e0 l\u2019\u0153uvre et \u00e0 son contexte de pr\u00e9sentation, soit des propos de l\u2019artiste, qui appartiennent, dans la famille des concepts du paratexte chez G\u00e9rard Genette, \u00e0 la cat\u00e9gorie de l\u2019\u00ab \u00e9pitexte \u00bb de l\u2019\u0153uvre. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne trouve une d\u00e9monstration exemplaire chez Gonzalez-Torres\u202f: l\u2019artiste a confirm\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises la dimension autobiographique de sa production lors d\u2019entrevues ou sous forme de \u00ab\u202fconfidences\u202f\u00bb relat\u00e9es plus tard (surtout apr\u00e8s sa mort) par des gens de son entourage. Une tradition critique s\u2019est \u00e9tablie autour de son \u0153uvre pour que le public en saisisse la dimension autobiographique et puisse reconna\u00eetre les autoportraits. Les d\u00e9clarations de l\u2019artiste jouent d\u2019une certaine fa\u00e7on le r\u00f4le des pr\u00e9ambules dans les autobiographies traditionnelles\u202f: elles annoncent le projet de l\u2019artiste, son intention, ses objectifs, en<br>indiquant par le fait m\u00eame la fa\u00e7on dont le \u00ab\u202ftexte\u202f\u00bb doit \u00eatre \u00ab\u202flu\u202f\u00bb. De telles d\u00e9clarations ont permis \u00e0 l\u2019artiste d\u2019\u00e9tablir avec les spectateurs un \u00ab\u202fcontrat de lecture\u202f\u00bb, contrat qui prend la forme de ce que Philippe Lejeune appelait un \u00ab\u202fpacte autobiographique \u00bb o\u00f9 il s\u2019engage \u00e0 parler de sa vie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Chez Gonzalez-Torres, le pacte autobiographique est sign\u00e9 \u00ab\u202fimplicitement\u202f\u00bb. D\u2019abord, certains titres ne laissent \u00ab\u202faucun doute sur le fait que la premi\u00e8re personne renvoie au nom de <span style=\"white-space: nowrap;\">l\u2019auteur\u202f<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - Philippe Lejeune, <em>Le pacte autobiographique<\/em>, nouvelle \u00e9dition augment\u00e9e, Paris, Seuil, 1996 (1975), p. 27.<\/span>\u00bb, par exemple\u202f: <em>Untitled (Me and My Sister)<\/em>. Ensuite, les propos de l\u2019artiste publi\u00e9s dans des revues ou des communiqu\u00e9s de presse, donc \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des salles o\u00f9 les \u0153uvres sont expos\u00e9es mais tout de m\u00eame \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du r\u00e9seau qui en permet l\u2019exposition et la diffusion, agissent comme la \u00ab\u202fsection <span style=\"white-space: nowrap;\">initiale\u202f<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-6\" href=\"#footnote-6\"><sup>6<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-6\"><a href=\"#fn-ref-6\"> 6 <\/a> - Pour Lejeune, la section initiale du texte est celle \u00ab o\u00f9 le narrateur prend des engagements vis-\u00e0-vis du lecteur en se comportant comme s\u2019il \u00e9tait l\u2019auteur, de telle mani\u00e8re que le lecteur n\u2019a aucun doute sur le fait que le \u201c je\u201d renvoie au nom port\u00e9 sur la couverture, alors m\u00eame que le nom n\u2019est pas r\u00e9p\u00e9t\u00e9 dans ce texte \u00bb. Ibid., p. 27.<\/span>\u00bb de Lejeune. Gonzalez-Torres ne se nommant jamais, ni dans ses \u0153uvres, ni dans les titres de celles-ci, le pacte n\u2019est jamais sugg\u00e9r\u00e9 de mani\u00e8re patente. Toutefois, les noms propres que l\u2019artiste utilise sont les noms v\u00e9ritables des personnes auxquelles il se r\u00e9f\u00e8re, et cela contribue \u00e0 renforcer ce pacte.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1875\" height=\"1500\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO08_Garneau_Gonzales-Torres_MarcelBrient.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-178388\" srcset=\"https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO08_Garneau_Gonzales-Torres_MarcelBrient.jpg 1875w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO08_Garneau_Gonzales-Torres_MarcelBrient-300x240.jpg 300w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO08_Garneau_Gonzales-Torres_MarcelBrient-600x480.jpg 600w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO08_Garneau_Gonzales-Torres_MarcelBrient-768x614.jpg 768w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO08_Garneau_Gonzales-Torres_MarcelBrient-1536x1229.jpg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1875px) 100vw, 1875px\" \/><figcaption>Felix Gonzalez-Torres, <em>Untitled (Portrait of Marcel Brient)<\/em>, 1992.<br>photo\u202f: Marc Domage \/ Tutti \u00a9 The Felix Gonzalez-Torres Foundation. Courtoisie de la Andrea Rosen Gallery, New York et de la galerie Jennifer Flay, Paris.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Les propos de Gonzalez-Torres ont donc op\u00e9r\u00e9 sur le mode d\u2019un tel pacte. En d\u00e9clarant \u00e0 plusieurs reprises qu\u2019il existait une symbiose entre sa vie et sa production et qu\u2019un lien bien r\u00e9el, voire physique, l\u2019unissait non seulement \u00e0 ses autoportraits mais \u00e0 l\u2019ensemble de sa production, il a incit\u00e9 la critique \u00e0 interpr\u00e9ter ses \u0153uvres par le biais de sa biographie. De ce fait, les auteurs n\u2019ont pas eu \u00e0 chercher ou \u00e0 constituer dans son \u0153uvre une intentionnalit\u00e9. L\u2019artiste, en confirmant qu\u2019une veine autobiographique nourrissait son \u0153uvre, contr\u00f4lait pour une large part les interpr\u00e9tations que l\u2019on faisait \u2013 et que l\u2019on fait toujours \u2013 de sa production. Deitcher Elger mentionne avec justesse \u00ab\u202fson extraordinaire degr\u00e9 de contr\u00f4le qu\u2019il maintient jusqu\u2019\u00e0 la fin sur chaque d\u00e9tail de la cr\u00e9ation, de l\u2019installation allant jusqu\u2019\u00e0 informer la r\u00e9ception critique de son <span style=\"white-space: nowrap;\">art\u202f<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-7\" href=\"#footnote-7\"><sup>7<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-7\"><a href=\"#fn-ref-7\"> 7 <\/a> - David Deitcher, \u00ab Contradictions and Containment \u00bb, dans <em>Felix Gonzalez-Torres\u202f: Text<\/em>, Ostfildern-Ruit, Cantz Verlag, 1997, p. 110.<\/span>\u00bb. [Trad. libre] Rares ainsi sont les auteurs, avant ou apr\u00e8s la mort de l\u2019artiste, qui n\u2019ont pas puis\u00e9 \u00e0 m\u00eame sa biographie pour interpr\u00e9ter son \u0153uvre\u202f: la critique a ainsi suivi \u00e0 la lettre le programme dict\u00e9 par l\u2019artiste. Comme le projet de Gonzalez-Torres englobe toute sa production, toutes ses \u0153uvres se sont vues en quelque sorte transmu\u00e9es en autoportraits, quel que soit le sujet qu\u2019elles abordent. Pour reprendre les termes de Philippe Lejeune, Gonzalez-Torres est devenu la \u00ab\u202fr\u00e9ponse\u202f\u00bb \u00e0 la question que pose son \u0153uvre\u202f:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019auteur est, par d\u00e9finition, quelqu\u2019un qui est absent. Il a sign\u00e9 le texte que je lis \u2013 il n\u2019est pas l\u00e0. Mais si ce texte me pose des questions, il est bien tentant pour moi de d\u00e9river en une curiosit\u00e9 sur l\u2019auteur, et en un d\u00e9sir de faire sa connaissance, l\u2019\u00e9tat de trouble, d\u2019incertitude ou d\u2019\u00e9veil engendr\u00e9 par la lecture. C\u2019est ce que j\u2019appellerai l\u2019illusion biographique\u200a: l\u2019auteur appara\u00eet comme la \u00ab<\/em>\u202f<em>r\u00e9ponse<\/em>\u202f<em>\u00bb \u00e0 la question que pose son texte. Il en <\/em>a<em> la v\u00e9rit\u00e9<\/em>\u202f<em>: on aimerait lui demander ce qu\u2019il a <\/em>voulu<em> dire\u2026 Il en <\/em>est<em> la v\u00e9rit\u00e9<\/em>\u202f<em>: son \u0153uvre \u00ab<\/em>\u202f<em>s\u2019explique<\/em>\u202f<em>\u00bb par sa vie. Au moment o\u00f9 je produis ma lecture, je vais m\u2019imaginer remonter vers une source qui la garantit, et m\u2019enfoncer dans un mirage plus ou moins tautologique, puisque le plus souvent la \u00ab<\/em>\u202f<em>vie<\/em>\u202f<em>\u00bb est reconstruite \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019\u0153uvre qu\u2019elle doit expliquer. Mirage d\u2019autant plus insidieux qu\u2019il n\u2019est pas tout \u00e0 fait un mirage<\/em>\u202f<em>: on est souvent encourag\u00e9 \u00e0 r\u00e9agir ainsi par l\u2019auteur lui-m\u00eame, qui tend plus ou moins directement \u00e0 se repr\u00e9senter dans son \u0153uvre, ou donne \u00e0 penser qu\u2019il s\u2019y est <\/em><span style=\"white-space: nowrap;\"><em>repr\u00e9sent\u00e9<\/em><a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-8\" href=\"#footnote-8\"><sup>8<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-8\"><a href=\"#fn-ref-8\"> 8 <\/a> - Philippe Lejeune, <em>Moi aussi<\/em>, Paris, Seuil, 1986, p. 87.<\/span><em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Gonzalez-Torres, par son refus de s\u2019auto-repr\u00e9senter, \u00e9pargne au spectateur, \u00e0 la critique, le jeu de la reconnaissance, leur \u00e9vite d\u2019entrer dans une dynamique o\u00f9 ils auraient \u00e0 trouver les ressemblances et les dissemblances entre l\u2019\u0153uvre et son auteur. Le spectateur est plac\u00e9 devant des informations li\u00e9es \u00e0 la personnalit\u00e9 et \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue de l\u2019artiste. Comment dire, alors, que le portrait n\u2019est pas ressemblant\u2009? Impossible\u202f: ces informations sont incontestables. Par la m\u00e9taphore, Gonzalez-Torres r\u00e9alise des portraits, des autoportraits qui ne peuvent qu\u2019\u00eatre accept\u00e9s comme \u00ab\u202fvrais\u202f\u00bb. On a ainsi toujours un effet de sinc\u00e9rit\u00e9 et d\u2019authenticit\u00e9. Cela ne demeure n\u00e9anmoins qu\u2019un effet. Il devient tout aussi incontestable, et un consensus g\u00e9n\u00e9ral en t\u00e9moigne, que la biographie est cette r\u00e9ponse aux questions que l\u2019\u0153uvre pose. Pourtant, les \u0153uvres de Gonzalez-Torres r\u00e9v\u00e8lent tr\u00e8s peu leur contenu biographique. Elles nomment, dans les portraits en mots, dans les titres entre parenth\u00e8ses, des \u00e9l\u00e9ments de la biographie de l\u2019artiste, mais ne les expliquent pas et ne les mettent pas en relation les uns avec les autres, de sorte qu\u2019aucun ordre, aucune progression, \u00e9volution ou transformation ne peut \u00eatre comprise par le spectateur. Les \u0153uvres qui sont ouvertement et intentionnellement autobiographiques demeurent donc bien souvent imp\u00e9n\u00e9trables. Certaines permettent de conna\u00eetre certains fragments de la vie de l\u2019artiste, mais ces parcelles sont trop minces pour qu\u2019un spectateur obtienne une image claire et coh\u00e9rente de l\u2019artiste. Gonzalez-Torres pr\u00e9tend mettre sa vie dans son \u0153uvre, mais celle-ci demeure inaccessible. Devant l\u2019\u0153uvre, la critique est limit\u00e9e \u00e0 affirmer que l\u2019\u0153uvre est autobiographique \u2013 et elle le fait constamment \u2013, sans pouvoir dire ce qui est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 de la biographie de l\u2019artiste. La biographie comme r\u00e9ponse aux questions que pose l\u2019\u0153uvre demeure ainsi une r\u00e9ponse illusoire, un \u00ab\u202fmirage tautologique\u202f\u00bb. Les \u0153uvres de Gonzalez-Torres contribuent bien davantage \u00e0 \u00ab\u202fl\u2019aveuglement du spectateur\u202f\u00bb, la critique comprise, qu\u2019elles ne servent \u00e0 l\u2019\u00e9clairer, et cr\u00e9ent cette boucle sans issue o\u00f9 \u00ab\u202fl\u2019apparence renvoie sans cesse \u00e0 l\u2019apparence\u202f\u00bb. Les \u0153uvres de Gonzalez-Torres \u00ab\u202ffeignent la description\u202f\u00bb, procurent un \u00ab\u202feffet de <span style=\"white-space: nowrap;\">pr\u00e9sence\u202f<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-9\" href=\"#footnote-9\"><sup>9<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-9\"><a href=\"#fn-ref-9\"> 9 <\/a> - Les quatres derni\u00e8res citations sont tir\u00e9es de\u200a, Payant, op. cit, p. 105 et 110.<\/span>\u00bb qui a somme toute tr\u00e8s peu \u00e0 voir avec la r\u00e9alit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n<div style='display: none;'>Felix Gonzalez-Torres, Nathalie Garneau<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":178408,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[4332],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[4465],"artistes":[4466],"thematiques":[],"type_post":[319],"class_list":["post-178591","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archive","category-post","numeros-58-extimite-ou-le-desir-de-sexposer-en","statuts-archive","auteurs-nathalie-garneau-en","artistes-felix-gonzalez-torres-en","type_post-principal"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178591","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=178591"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178591\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/178408"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=178591"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=178591"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=178591"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=178591"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=178591"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=178591"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=178591"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=178591"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=178591"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=178591"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=178591"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}