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{"id":178610,"date":"2006-09-01T19:10:00","date_gmt":"2006-09-02T00:10:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/gerald-ou-la-vie-dartiste\/"},"modified":"2022-10-31T12:57:32","modified_gmt":"2022-10-31T17:57:32","slug":"gerald-ou-la-vie-dartiste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/gerald-ou-la-vie-dartiste\/","title":{"rendered":"G\u00e9rald ou la vie d\u2019artiste"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le hall d\u2019entr\u00e9e du Palais de Tokyo, G\u00e9rald a pos\u00e9 son v\u00e9lo, son sac \u00e0 dos, sa tente. Il a \u00e9tal\u00e9 ses classeurs sur de petites tables en bois.<\/p>\n\n\n\n<p>Le visiteur se d\u00e9chausse, s\u2019assied, tourne une \u00e0 une les chemises en plastique : notes, photographies, dessins, plans, cartes de visite, lettres administratives, d\u00e9clarations d\u2019imp\u00f4t, plaquettes publicitaires, phrases d\u2019auteurs illustrent et commentent la biographie de l\u2019artiste. Pos\u00e9s sur un surface, quelques bijoux fabriqu\u00e9s \u00e0 partir d\u2019objets glan\u00e9s dans des fonds de poubelles. G\u00e9rald est \u00e0 c\u00f4t\u00e9, il s\u2019agite, se d\u00e9place, h\u00e8le les passants. Lorsque quelqu\u2019un s\u2019arr\u00eate, il lui raconte sa travers\u00e9e du Japon \u00e0 bicyclette accomplie deux ans plus t\u00f4t, son m\u00e9tier de P\u00e8re No\u00ebl, celui de concierge-r\u00e9ceptionniste-standardiste au conservatoire de musique d\u2019Annecy, ses activit\u00e9s de disque-jockey, son service militaire. G\u00e9rald expose sa vie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La vie con\u00e7ue comme une \u0153uvre d\u2019art\u200a: une id\u00e9e aussi vieille que la boh\u00e8me, n\u00e9e en France durant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, dans les milieux artistiques et litt\u00e9raires d\u2019avant-garde. Marc Partouche la d\u00e9crit comme \u00ab\u202fune forme de sociabilit\u00e9 in\u00e9dite dont l\u2019une des caract\u00e9ristiques est de fondre en une m\u00eame temporalit\u00e9 vie et \u0153uvre, attitude et mode de vie, conception artistique et <span style=\"white-space: nowrap;\">existence<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Marc Partouche, <em>La lign\u00e9e oubli\u00e9e (boh\u00e8me, avant-gardes et art contemporain de 1830 \u00e0 nos jours),<\/em> Paris, Al Dante, 2004, p. 13.<\/span>.\u202f\u00bb En 1845, avec ses <em>Sc\u00e8nes de la vie de boh\u00e8me<\/em>, M\u00fcrger racontera le quotidien de ces hommes sans moyens qui refont l\u2019art et le monde sous des mansardes mal chauff\u00e9es. L\u2019esprit boh\u00e8me traverse la seconde moiti\u00e9 du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, puis se prolonge jusqu\u2019au 20<sup>e<\/sup> avec Dada, le surr\u00e9alisme, le situationnisme, Fluxus. Chacun de ces mouvements r\u00e9affirme, \u00e0 sa mani\u00e8re, le refus de consid\u00e9rer l\u2019art comme une pratique s\u00e9par\u00e9e de la vie, d\u2019embrocher le g\u00e9nie des formes sur les cimaises des galeries et des mus\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ces temps de mondialisation, la boh\u00e8me de G\u00e9rald est sortie des p\u00e9rim\u00e8tres urbains o\u00f9 se confinaient ses pairs, pour renouer avec des espaces plus vastes\u202f: horizon du peuple sans terre qui lui a donn\u00e9 son nom. Derri\u00e8re le v\u00e9lo qui le d\u00e9place d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de la France, de l\u2019Italie ou du Japon, il accroche un chariot \u00e0 provisions dans lequel il entasse des rebuts r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s dans des poubelles. Ce chiffonnier nomade ne se contente pas d\u2019arborer les signes de la pauvret\u00e9, il en subit aussi parfois les risques. Au Japon, il apprend que la r\u00e9cup\u00e9ration de canettes vides, pratiqu\u00e9e par les sans-abri de la capitale, a \u00adr\u00e9cemment \u00e9t\u00e9 interdite par certaines municipalit\u00e9s d\u2019arrondissements, qui ont ainsi cr\u00e9\u00e9 un d\u00e9lit de \u00ab\u202fvol de poubelles\u202f\u00bb. Loi absurde que l\u2019artiste s\u2019amuse \u00e0 consigner, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une photographie o\u00f9 on le voit \u00e0 l\u2019\u0153uvre, au sommet d\u2019une benne \u00e0 ordures dans un quartier de Kyoto. Les objets r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s lors de ces voyages n\u2019ont pas pour seule destination d\u2019encombrer les salles des galeries et des mus\u00e9es. La transfiguration du banal ch\u00e8re \u00e0 Arthur Danto op\u00e8re souvent, sur eux, de mani\u00e8re bien imparfaite. Lors de ses \u00e9tapes dans les pays qu\u2019il visite, il arrive \u00e0 G\u00e9rald d\u2019improviser une exposition dans la rue ou sur une place de march\u00e9, livrant ainsi ses objets au regard des passants priv\u00e9s des signes conventionnels du \u00ab Monde de l\u2019art \u00bb. Au Japon, il pr\u00e9sente ces fonds de poubelles devant la vitrine d\u2019un magasin d\u2019articles m\u00e9nagers. Un dialogue de sourd s\u2019instaure, un moment, entre la marchandise et le rebut, entre l\u2019activit\u00e9 du commer\u00e7ant et celle de l\u2019artiste. Puis G\u00e9rald remballe ses affaires, chevauche son v\u00e9lo et poursuit sa route.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Portrait de l\u2019artiste au travail<\/h2>\n\n\n\n<p>Chacune de ces actions est photographi\u00e9e et parfois comment\u00e9e au moyen d\u2019une petite phrase. Celle-ci, tir\u00e9e d\u2019une conversation, met en \u00e9vidence le malentendu sur lequel repose, au regard des normes habituelles, l\u2019activit\u00e9 d\u2019un homme qui ne semble pas avoir d\u2019autre souci que de r\u00e9pertorier les menus d\u00e9tails de son existence\u202f: \u00ab\u202fLa nouvelle serveuse me demande si j\u2019ai un but dans la vie \u00bb. Le but principal de G\u00e9rald, dans la vie, c\u2019est de vivre et d\u2019en rendre compte\u202f: tautologie que ne pourront jamais comprendre ni appr\u00e9cier ceux qui pensent devoir amasser de l\u2019argent, des titres, s\u2019accomplir dans des projets professionnels. G\u00e9rald se lance dans les exp\u00e9riences comme il plonge dans les poubelles, sans rechercher l\u2019exception ni le moment de gr\u00e2ce. Il se contente de peu. Quelles que soient ses activit\u00e9s,<br>chacun de ces instants de vie ordinaire peut trouver sa place dans les dossiers qu\u2019il constitue.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019il se fait embaucher comme disque-jockey dans un palace genevois, il n\u2019a pas d\u2019autre ambition que d\u2019accomplir, au mieux, la t\u00e2che qui lui est assign\u00e9e. On comparera sa d\u00e9marche \u00e0 celle d\u2019une Sophie Calle, qui se fait employer comme femme de chambre afin de se d\u00e9tourner de ses fonctions en photographiant, \u00e0 leur insu, l\u2019intimit\u00e9 des clients qu\u2019elle est sens\u00e9e servir. Rien de semblable dans la mani\u00e8re dont G\u00e9rald aborde son travail\u202f: il sera disque-jockey, c\u2019est tout&#8230; ou presque. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 des photographies officielles de l\u2019\u00e9tablissement, qui repr\u00e9sentent les espaces somptueux dans lesquels vaque une client\u00e8le riche, quelques clich\u00e9s maladroits montrent une cuill\u00e8re enfonc\u00e9e dans une bo\u00eete de conserve\u200a: le repas de l\u2019artiste. Constat anodin, pour ne pas dire trivial, sur l\u2019in\u00e9gale r\u00e9partition des richesses, mais qui suffit \u00e0 rappeler que quelqu\u2019un est l\u00e0 qui ne vit pas seulement de son emploi, mais observe et r\u00e9pertorie aussi les menus faits du quotidien. La diff\u00e9rence entre l\u2019employ\u00e9 mod\u00e8le et l\u2019artiste qui loue ainsi ses services est infime, mais importante\u200a: tandis que l\u2019un se contente d\u2019empocher son salaire, l\u2019autre accumule des documents et des images. Il fait de sa vie une repr\u00e9sentation. Le geste pourrait sembler insignifiant s\u2019il ne modifiait, par le simple d\u00e9placement qu\u2019il op\u00e8re, la vision que l\u2019artiste porte lui-m\u00eame sur son existence, vision qui lui fournit \u00e0 son tour l\u2019\u00e9nergie n\u00e9cessaire de poursuivre son \u0153uvre. Jeu dialectique entre une vie qui se repr\u00e9sente et une repr\u00e9sentation qui nourrit et enrichit la vie. On pense \u00e9videmment \u00e0 la phrase fameuse de Robert Filliou\u202f: \u00ab\u202fL\u2019art c\u2019est ce qui rend la vie plus int\u00e9ressante que l\u2019art.\u202f\u00bb<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"2000\" height=\"1333\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO10_Buffet_Gerald_La-cabane-du-Pavillon.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-178412\" srcset=\"https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO10_Buffet_Gerald_La-cabane-du-Pavillon.jpg 2000w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO10_Buffet_Gerald_La-cabane-du-Pavillon-300x200.jpg 300w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO10_Buffet_Gerald_La-cabane-du-Pavillon-600x400.jpg 600w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO10_Buffet_Gerald_La-cabane-du-Pavillon-768x512.jpg 768w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO10_Buffet_Gerald_La-cabane-du-Pavillon-1536x1024.jpg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 2000px) 100vw, 2000px\" \/><figcaption>&nbsp;G\u00e9rald, <em>La Cabane du Pavillon<\/em>, Notre histoire&#8230;, Palais de Tokyo, 2006.&nbsp;<br>photo\u202f: \u00a9 L\u00ea Chau Cuong\/BaSoH, courtoisie du Palais de Tokyo<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1600\" height=\"1200\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO10_Buffet_Gerald_Narita-Kara_Tokyo.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-178406\" srcset=\"https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO10_Buffet_Gerald_Narita-Kara_Tokyo.jpg 1600w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO10_Buffet_Gerald_Narita-Kara_Tokyo-300x225.jpg 300w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO10_Buffet_Gerald_Narita-Kara_Tokyo-600x450.jpg 600w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO10_Buffet_Gerald_Narita-Kara_Tokyo-768x576.jpg 768w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO10_Buffet_Gerald_Narita-Kara_Tokyo-1536x1152.jpg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1600px) 100vw, 1600px\" \/><figcaption>G\u00e9rald, <em>Narita Kara<\/em>, galerie Omotesando, Tokyo, 2006.<br>\u200aphotos\u202f: Chiaki Sakaguchi, courtoisie de l\u2019artiste<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>Par l\u2019interm\u00e9diaire de ce second degr\u00e9 qu\u2019introduit, dans sa vie, le recours \u00e0 la repr\u00e9sentation, G\u00e9rald peut entrer dans tous les r\u00f4les, aussi ordinaires et contraignants soient-ils, sans entamer sa libert\u00e9. Son ann\u00e9e de service militaire n\u2019est pas perdue, d\u00e8s lors qu\u2019une photographie le repr\u00e9sente entour\u00e9 de ses compagnons de r\u00e9giment, et qu\u2019il peut la glisser dans l\u2019un de ses classeurs. Il n\u2019h\u00e9sitera pas non plus \u00e0 se faire embaucher comme gardien de mus\u00e9e, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une exposition o\u00f9 il est lui-m\u00eame invit\u00e9, b\u00e9n\u00e9ficiant ainsi d\u2019un salaire et d\u2019un nouveau r\u00f4le \u00e0 endosser. Dans cet exercice qui consiste \u00e0 parodier les fonctions sociales tout en les ex\u00e9cutant de la mani\u00e8re la plus stricte, \u00e0 mimer la vie du quidam tout en la vivant, l\u2019artiste perd un peu de son adh\u00e9rence \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, sans toutefois s\u2019en d\u00e9tourner. \u00c0 la diff\u00e9rence de Zelig, ce personnage de Woody Allen qui, tel un cam\u00e9l\u00e9on, change d\u2019aspect en fonction de son environnement, G\u00e9rald n\u2019est jamais tout \u00e0 fait ce qu\u2019on lui demande d\u2019\u00eatre, son travail de recensement le<br>pr\u00e9servant d\u2019une identification trop compl\u00e8te aux fonctions qu\u2019il occupe. Ali\u00e9n\u00e9, Zelig adopte l\u2019apparence de son milieu\u2008; \u00e0 l\u2019inverse, revendiquant sa libert\u00e9 d\u2019artiste, G\u00e9rald se d\u00e9fend des cadres<br>identitaires que la soci\u00e9t\u00e9 lui assigne en les int\u00e9grant dans ses catalogues d\u2019images. Retournement qui fait soudain de l\u2019employeur un employ\u00e9, d\u2019une contrainte alimentaire l\u2019expression souveraine d\u2019un choix<br>artistique. Ainsi, il peut collectionner les cartes de visite,pr\u00e9senter ses services dans diff\u00e9rentes fonctions\u202f: il ne fait qu\u2019anticiper une demande qu\u2019il se plaira ensuite \u00e0 d\u00e9tourner.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le catalogue consacr\u00e9 \u00e0 sa p\u00e9riode genevoise, on peut lire cette phrase, figurant sur une couverture de bande dessin\u00e9e\u202f: \u00ab\u202fWhat do people do all the day\u2009?\u202f\u00bb (Que font les gens tous les jours\u2009?) Jour apr\u00e8s jour G\u00e9rald s\u2019emploie, par les images qu\u2019il fait ou qu\u2019il collecte, \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 cette question. D\u00e8s lors que le travail occupe la majeur partie de l\u2019existence d\u2019un homme, cette question devait n\u00e9cessairement en appeler une autre\u200a: est-il bien n\u00e9cessaire de travailler pour vivre\u2009?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Portrait de l\u2019artiste au ch\u00f4mage<\/h2>\n\n\n\n<p>Le travail salari\u00e9 a deux fonctions principales\u202f: subvenir aux besoins mat\u00e9riels des individus au moyen d\u2019une gratification financi\u00e8re et, de mani\u00e8re plus voil\u00e9e, soulager ces individus du difficile probl\u00e8me qui consiste \u00e0 savoir comment utiliser leur temps. Dans un petit livre intitul\u00e9 <em>Qu<\/em>\u2019<em>il n\u2019y a pas de probl\u00e8me de <\/em><span style=\"white-space: nowrap;\"><em>l\u2019emploi<\/em><a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Renaud Camus, <em>Qu\u2019il n\u2019y a pas de probl\u00e8me de l\u2019emploi<\/em>, Paris, POL, 1994.<\/span>, Renaud Camus aborde ce sujet de mani\u00e8re int\u00e9ressante\u200a: selon lui, la question de l\u2019emploi, qui se pose de mani\u00e8re si insistante dans les soci\u00e9t\u00e9s contemporaines, avant d\u2019\u00eatre un probl\u00e8me \u00e9conomique, est un probl\u00e8me de temps, d\u2019usage du temps. Dans un monde o\u00f9 la technologie pourrait, en partie, lib\u00e9rer l\u2019homme de la mal\u00e9diction biblique du travail, le souci dans lequel des millions d\u2019hommes se trouvent d\u2019acqu\u00e9rir un emploi devrait s\u2019effacer devant cet autre\u202f: comment utiliser mes loisirs\u2009? D\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1950, les situationnistes ont tent\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 cette question, en affirmant, par leur refus du travail, leur volont\u00e9 de rester les seuls acteurs et cr\u00e9ateurs de leur propre vie. Depuis, le probl\u00e8me r\u00e9appara\u00eet parfois, comme dans l\u2019ouvrage que je viens de citer, pour aussit\u00f4t dispara\u00eetre sous les inflexions du bon sens besogneux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019activit\u00e9 artiste est l\u2019exemple le plus caract\u00e9ristique des possibilit\u00e9s offertes \u00e0 l\u2019homme d\u2019utiliser son temps hors des grilles horaires obligatoires. Celui qui voue sa vie \u00e0 une \u0153uvre n\u2019\u00e9prouvera que rarement le besoin psychologique d\u2019ingurgiter le temps pr\u00e9m\u00e2ch\u00e9 du travail salari\u00e9. Il pr\u00e9f\u00e9rera souvent se consacrer \u00e0 son art, au risque de la pauvret\u00e9, que d\u2019avoir \u00e0 endosser un emploi d\u2019un int\u00e9r\u00eat souvent m\u00e9diocre. Nietzsche le disait\u202f: \u00ab\u202f[&#8230;] il est des hommes rares qui pr\u00e9f\u00e8rent p\u00e9rir plut\u00f4t que de travailler sans que leur travail leur procure de la joie\u200a: ils sont minutieux et difficiles \u00e0 satisfaire, ils ne se contentent pas d\u2019un gain abondant, lorsque le travail n\u2019est pas lui-m\u00eame le gain de tous les gains. De cette esp\u00e8ce d\u2019hommes rares font partie les artistes et les contemplatifs de toute esp\u00e8ce, mais aussi ces d\u00e9s\u0153uvr\u00e9s qui consacrent leur vie \u00e0 la chasse, aux voyages ou bien aux intrigues d\u2019amour et aux <span style=\"white-space: nowrap;\">aventures<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - <\/p>\n\n\n\n<p>Friedrich Nietzsche, <em>Le gai savoir<\/em>, dans <em>\u0152uvres<\/em>, Paris, Robert Laffont, 1993,<br>p. 78.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/span>.\u202f\u00bb M\u00eame si les besoins financiers l\u2019obligent parfois \u00e0 louer ses services, G\u00e9rald ne semblerait pas pouvoir se satisfaire d\u2019une vie d\u2019employ\u00e9. Il critiquera ainsi l\u2019assujettissement auquel peut mener l\u2019activit\u00e9 salariale, en rapportant cette d\u00e9claration d\u2019un directeur de syndicat patronal japonais\u202f: \u00ab\u202fJe veux des salari\u00e9s qui n\u2019aiment pas seulement faire un travail agr\u00e9able, ce qui est le cas de tout le monde, mais qui soient \u00e9galement heureux de faire le sale boulot.\u202f\u00bb Critique, plus large, de la division du travail, lorsqu\u2019il affirme lui-m\u00eame ne pas vouloir \u00ab\u202fr\u00e9duire l\u2019activit\u00e9 humaine \u00e0 un emploi, \u00e0 une place \u00bb. Quand on lui demande pourquoi il a choisi le m\u00e9tier de P\u00e8re No\u00ebl qu\u2019il exer\u00e7a dix ans, il r\u00e9pond que c\u2019est le seul qui vous laisse \u00ab tranquille les 364 jours restants \u00bb. Alors, durant les longues p\u00e9riodes de vacances qu\u2019il s\u2019offre entre deux emplois, il s\u2019inscrit au ch\u00f4mage ou au RMI. D\u00e9tournant le sigle de l\u2019ANPE qui lui envoie ses indemnit\u00e9s mensuelles, il note derri\u00e8re chaque lettre le syntagme de son propre programme\u202f: \u00ab\u202fA\u202f\u200a: agencements, N\u202f: neo, P\u202f: p\u0153tics, E\u202f: experiencents\u202f\u00bb. De la m\u00eame mani\u00e8re, il substitue au mot \u00ab\u202fch\u00f4meur\u202f\u00bb qui figure sur un courrier des ASSEDIC, celui d\u2019\u00ab\u202fexp\u00e9rienceur\u202f\u00bb. G\u00e9rald re\u00e7oit ces aides sociales comme le salaire d\u00fb au bon plaisir qu\u2019il \u00e9prouve \u00e0 vivre sa vie d\u2019artiste, attitude qu\u2019il partage<br>sans doute avec un nombre consid\u00e9rable d\u2019anciens \u00e9tudiants aux Beaux-Arts, mais qui pour une fois est d\u00e9clar\u00e9e, revendiqu\u00e9e comme telle. Ce droit de poursuivre des activit\u00e9s peu lucratives, tout en continuant \u00e0 percevoir un minimum d\u2019argent, sera affirm\u00e9 de fa\u00e7on exemplaire dans une demande de subvention adress\u00e9e \u00e0 la Drac.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En s\u2019appuyant sur une proposition d\u00e9fendue par des \u00e9conomistes, consistant \u00e0 remplacer les aides sociales par un revenu universel d\u2019existence, G\u00e9rald envoie un courrier \u00e0 la Direction R\u00e9gionale des Affaires Culturelles, lui demandant de bien vouloir lui allouer la somme de 6 000 euros. Cette somme est l\u2019\u00e9quivalent de ce revenu \u00e9tal\u00e9 sur une p\u00e9riode d\u2019un an, soit 500 euros par mois. En l\u2019absence de mesures gouvernementales, G\u00e9rald demande \u00e0 l\u2019institution une compensation symbolique que cette derni\u00e8re lui accordera. Le voici ainsi libre, durant une ann\u00e9e, de poursuivre son \u0153uvre qui est sa vie, en recevant du minist\u00e8re de la culture ce que celui des affaires sociales et du travail refuse encore de lui accorder. Ce tour de passe-passe, que l\u2019on pourrait interpr\u00e9ter comme un nouvelle manifestation de l\u2019opportunisme qui gangr\u00e8ne parfois le milieu de l\u2019art contemporain, me semble toutefois relever d\u2019une d\u00e9marche bien diff\u00e9rente. En s\u2019appuyant sur des th\u00e8ses et un programme social coh\u00e9rents, la demande de G\u00e9rald s\u2019inscrit dans le champ d\u2019une revendication utopique\u200a: celle d\u2019un monde o\u00f9 les hommes pourraient tous, s\u2019ils le souhaitaient, disposer de leur temps et acc\u00e9der ainsi \u00e0 une v\u00e9ritable autonomie.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"480\" height=\"320\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO10_Buffet_Gerald_La-cabane-du-Pavillon-2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-178410\" srcset=\"https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO10_Buffet_Gerald_La-cabane-du-Pavillon-2.jpg 480w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO10_Buffet_Gerald_La-cabane-du-Pavillon-2-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 480px) 100vw, 480px\" \/><figcaption>G\u00e9rald, <em>La Cabane du Pavillon<\/em>,<br>Notre histoire&#8230;, Palais de Tokyo, 2006.&nbsp;<br>photo\u202f: \u00a9 L\u00ea Chau Cuong\/BaSoH, courtoisie du Palais de Tokyo<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1122\" height=\"840\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO10_Buffet_Gerald_a-velo-a-Tokyo.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-178400\" srcset=\"https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO10_Buffet_Gerald_a-velo-a-Tokyo.jpg 1122w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO10_Buffet_Gerald_a-velo-a-Tokyo-300x225.jpg 300w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO10_Buffet_Gerald_a-velo-a-Tokyo-600x449.jpg 600w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/58_DO10_Buffet_Gerald_a-velo-a-Tokyo-768x575.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1122px) 100vw, 1122px\" \/><figcaption>G\u00e9rald \u00e0 v\u00e9lo \u00e0 Tokyo, 2006.<br>photo\u202f: Akira Hirayama<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019artiste en artiste<\/h2>\n\n\n\n<p>C\u2019est sans doute par ce r\u00f4le exemplaire que le travail de G\u00e9rald interpelle et s\u00e9duit. Car cette vie dont il a fait son \u0153uvre n\u2019est pas tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9e, en somme, de beaucoup qui se vivent dans le plus strict anonymat. Les images au cadrage incertain o\u00f9 il se met en sc\u00e8ne appartiennent au r\u00e9pertoire commun des photographies de souvenirs, des clich\u00e9s vacances. Une de ces photographies nous le montre en compagnie de son chat, dans son appartement\u2008; celle-l\u00e0, au bord d\u2019un lac, avec quelques ann\u00e9es de moins. Dans ces vues sans effet dont il n\u2019est pas toujours l\u2019auteur, obstin\u00e9ment semblables \u00e0 celles de l\u2019imagerie populaire, G\u00e9rald nous raconte les \u00e9tapes d\u2019une vie identique \u00e0 tant d\u2019autres. Et l\u2019on songe \u00e0 ce personnage de Kafka, Jos\u00e9phine, la cantatrice du peuple des souris, dont le chant n\u2019a pas plus de relief que le sifflement de la foule. \u00ab Mais si ce n\u2019\u00e9tait que le sifflement de tous les jours, nous dit le narrateur, on a tout de m\u00eame affaire ici d\u00e9j\u00e0 \u00e0 cette singularit\u00e9 de quelqu\u2019un qui se plante l\u00e0 en grande pompe pour ne rien faire que de banal. Casser une noix n\u2019a vraiment rien d\u2019un art, aussi personne n\u2019osera rameuter un public pour casser des noix sous ses yeux afin de le distraire. Mais si quelqu\u2019un le fait n\u00e9anmoins et qu\u2019il parvient \u00e0 ses fins, c\u2019est qu\u2019il ne s\u2019agit pas simplement de casser des noix. Ou bien il s\u2019agit en effet de cela, mais nous nous apercevons que nous n\u2019avions pas su voir qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un art, \u00e0 force de la poss\u00e9der trop bien, et qu\u2019il fallait que ce nouveau casseur de noix survienne pour nous en r\u00e9v\u00e9ler la vraie nature \u2013 l\u2019effet produit \u00e9tant peut-\u00eatre m\u00eame alors plus grand si l\u2019artiste casse un peu moins bien les noix que la majorit\u00e9 d\u2019entre <span style=\"white-space: nowrap;\">nous<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Kafka, <em>Un Je\u00fbneur et autres nouvelles<\/em>, trad. de Bernard Lortholary, Paris, GF Flammarion, p. 91.&nbsp;<\/span>.\u202f\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019il casse ses noix, G\u00e9rald ne s\u2019y prend pas toujours mieux que la plupart d\u2019entre nous. Et pourtant, avec cette maladresse digne de Jos\u00e9phine, cet anti-professionnalisme qui est son style, il explore aussi de nouvelles mani\u00e8res de briser les coquilles identitaires et temporelles sur lesquelles repose l\u2019organisation de la soci\u00e9t\u00e9. Ce faisant, on peut certes se demander si G\u00e9rald ne cherche pas \u00e0 introduire, dans le milieu de l\u2019art, des proc\u00e9d\u00e9s que la t\u00e9l\u00e9vision exploite depuis quelques ann\u00e9es. Cette recension quotidienne ne rappelle-t-elle pas les rapports journaliers sur ces personnes qui, en livrant leur intimit\u00e9 aux cam\u00e9ras, esp\u00e8rent ainsi acc\u00e9der \u00e0 une c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 sans contenu\u2009? G\u00e9rald ne ferait-il pas, en somme, son propre <em>reality show<\/em>\u2009? Soit, mais \u00e0 ceci pr\u00e8s qu\u2019il est le seul sc\u00e9nariste de sa publicit\u00e9, le seul ma\u00eetre du jeu qu\u2019il instaure, et qu\u2019il en a lui-m\u00eame choisi la forme. Cette mise en image de sa vie\u2008; les strat\u00e9gies qu\u2019il d\u00e9veloppe afin d\u2019\u00e9chapper \u00e0 toute emprise\u2008; sa volont\u00e9, par ces moyens, d\u2019explorer un espace de libert\u00e9 que la soci\u00e9t\u00e9 tendrait sinon \u00e0 lui refuser, donnent pr\u00e9cis\u00e9ment un contenu \u00e0 la publicit\u00e9 qu\u2019il se fait. G\u00e9rald invente un autre rapport \u00e0 l\u2019existence qui s\u2019exhibe sous la forme fragile, brouillonne et nomade de ces classeurs qu\u2019il transporte d\u2019un lieu \u00e0 l\u2019autre, comme un repr\u00e9sentant de commerce dont le produit serait la vie. Vie d\u2019un artiste dont l\u2019art repose sur ces simples gestes de d\u00e9placements, mais qui offre en m\u00eame temps \u00e0 chacun des clefs pour reconqu\u00e9rir la sienne. T\u00e9moignage modeste d\u2019une grande ambition\u2008: pensiez-vous r\u00e9ellement que l\u2019utopie \u00e9tait morte\u2009?&nbsp;.<\/p>\n<div style='display: none;'>G\u00e9rald, Laurent Buffet<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":178398,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[4332],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[4369],"artistes":[4468],"thematiques":[],"type_post":[319],"class_list":["post-178610","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archive","category-post","numeros-58-extimite-ou-le-desir-de-sexposer-en","statuts-archive","auteurs-laurent-buffet-en","artistes-gerald-en","type_post-principal"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178610","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=178610"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178610\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/178398"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=178610"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=178610"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=178610"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=178610"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=178610"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=178610"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=178610"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=178610"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=178610"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=178610"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=178610"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}