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{"id":178714,"date":"2006-01-01T19:40:00","date_gmt":"2006-01-02T00:40:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/dentetement-et-de-salissures-ou-de-quelques-irreverences-politico-artistiques\/"},"modified":"2022-11-03T09:48:46","modified_gmt":"2022-11-03T14:48:46","slug":"dentetement-et-de-salissures-ou-de-quelques-irreverences-politico-artistiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/dentetement-et-de-salissures-ou-de-quelques-irreverences-politico-artistiques\/","title":{"rendered":"<strong>D\u2019ent\u00eatement et de salissures ou de quelques irr\u00e9v\u00e9rences politico-artistiques<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Une id\u00e9e qui n\u2019est pas dangereuse est indigne d\u2019\u00eatre une id\u00e9e.<\/p>\n<cite>Oscar Wilde<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019irr\u00e9v\u00e9rence permet de r\u00e9fl\u00e9chir sur une attitude d\u2019art pas tout \u00e0 fait \u00ab propre \u00bb. En feraient actes ces artistes qui manquent de consi-d\u00e9ration, de respect, de politesse et de pertinence envers les conventions, la morale et les r\u00e8gles \u00e9tablies. J\u2019irais jusqu\u2019\u00e0 dire leur ent\u00eatement \u00e0 d\u00e9sob\u00e9ir. Leurs \u0153uvres s\u2019\u00e9loigneraient d\u00e8s lors de l\u2019art d\u2019ornementation et d\u2019int\u00e9gration, du divertissement et des expositions aux fins carri\u00e9ristes, au commissariat bien expliqu\u00e9 et \u00e0 la facture professionnelle compatibles avec les crit\u00e8res de promotion et diffusion des programmes existants. L\u2019optique irr\u00e9v\u00e9rencieuse d\u00e9laisse les approches conventionn\u00e9es, fonctionnelles, tol\u00e9rables et tol\u00e9r\u00e9es comme extravagances ou acceptables comme r\u00e9formes dans un syst\u00e8me soci\u00e9tal dominant dont les m\u00e9canismes de r\u00e9gulation et de r\u00e9cup\u00e9ration sont souvent sous-estim\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour peu qu\u2019elle soit de collusion avec une pens\u00e9e d\u00e9linquante, un esprit rebelle ou de r\u00e9volte, l\u2019attitude d\u2019irr\u00e9v\u00e9rence tangue vers une gamme d\u2019indisciplines politico-artistiques aux odeurs de scandale, d\u2019iconoclasmes et de frondes notamment comme art action (performances, man\u0153uvres et installactions) d\u00e9rangeant. Bref du spectaculaire contre le spectacle qui d\u00e9bouterait les r\u00e8gles convenues et convenables de biens\u00e9ance envers les institutions et les symboles du Pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme je l\u2019aborderai en conclusion, si l\u2019irr\u00e9v\u00e9rence polico-artistique \u2013 il y a des irr\u00e9v\u00e9rences psychologiques et ludiques bien s\u00fbr \u2013 flirte davantage avec la subversion que la subvention, pour paraphraser Rainer Rochlitz, les exc\u00e8s qu\u2019elle g\u00e9n\u00e8re font la plupart du temps partie autant du probl\u00e8me que de la solution.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De l\u2019ent\u00eatement irr\u00e9v\u00e9rencieux en ces temps hypermodernes\u2026<\/h2>\n\n\n\n<p>Qu\u2019en est-il donc de ce type de transgression des mod\u00e8les <span style=\"white-space: nowrap;\">r\u00e9gnants<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Richard Martel, \u00ab D\u00e9stabilisation du mod\u00e8le r\u00e9gnant et quelques d\u00e9stabilisants \u00bb, dans Art-Action, Paris, les presses du r\u00e9el, 2005, p. 109-130.<\/span> ? Mon int\u00e9r\u00eat sociologique critique pour ces irr\u00e9v\u00e9rences politico-artistiques tient au fait qu\u2019elles participent au ressac de l\u2019id\u00e9ologie dite postmoderne, ayant plut\u00f4t comme r\u00e9f\u00e9rence \u00e9thique et esth\u00e9tique l\u2019hypermodernit\u00e9 comme l\u2019aborde <span style=\"white-space: nowrap;\">Lipovetsky<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Gilles Lipovetsky et S\u00e9bastien Charles, Les temps hypermodernes, Paris, Grasset, 2004.<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Au cours des dix derni\u00e8res ann\u00e9es (1995-2005), en Occident, force a \u00e9t\u00e9 d\u2019observer dans le champ de l\u2019art cette propension aux rectitudes politiciennes multi-, trans- et interculturelles (le politically correct). En corollaire s\u2019est d\u00e9ploy\u00e9e cette multitude de fragmentations \u00ab d\u2019exp\u00e9riences \u00bb soit puisant dans les sph\u00e8res intimes et priv\u00e9es pour alimenter l\u2019omnipr\u00e9sent courant, pertinemment nomm\u00e9 esth\u00e9tique relationnelle comme forme de vie par Nicolas Bourriaud ; soit s\u2019accolant aux nouvelles technologies num\u00e9riques pour proc\u00e9dures hyperindividualis\u00e9es \u2013 g\u00e9n\u00e9ralement isol\u00e9es devant son \u00e9cran chez soi mais, paradoxalement, se r\u00e9clamant d\u2019une interactivit\u00e9 en interfaces (homme-machine-homme). Ces tendances d\u00e9finissent d\u00e9sormais le mainstream des programmes d\u2019\u00c9tat et de la culture de consommation. D\u00e8s lors, elles sont \u00e0 mes yeux peu signifiantes pour expliquer les nouveaux changements qui se trament en soci\u00e9t\u00e9 depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans pr\u00e9tendre ici qu\u2019il y a une masse critique suffisante ou que l\u2019attitude irr\u00e9v\u00e9rencieuse de manifestations politiquement incorrectes concentre la quintessence des signaux faibles de la dissidence et du changement, notons qu\u2019il y a l\u00e0 une piste qui s\u2019inscrit dans la dynamique actuelle d\u2019hypermodernit\u00e9 plan\u00e9taire \u2013 il n\u2019y aurait eu qu\u2019un \u00e9pisode postmoderne.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui les tensions soci\u00e9tales entre mondialisation et altermondialisation sont une telle \u00e9vidence. La premi\u00e8re tendance (dominante) vise l\u2019unidimensionnalit\u00e9 culturelle d\u00e9j\u00e0 pressentie \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960 par Marcuse, et est fond\u00e9e sur l\u2019\u00e9conomie n\u00e9olib\u00e9rale de march\u00e9 dont les nouveaux empires des ma\u00eetres du monde, les USA et la Chine, sont les locomotives. La seconde tendance table sur la sauvegarde des diff\u00e9rences culturelles et s\u2019appuie sur une mosa\u00efque de regroupements et d\u2019individus aux initiatives et pratiques alternatives et dont la n\u00e9buleuse Internet est, quelque part, le reflet. \u00c0 cet \u00e9gard, la tenue simultan\u00e9e en 2001 \u00e0 Qu\u00e9bec du Sommet des Am\u00e9riques (aux chefs des \u00c9tats les plus riches barricad\u00e9s dans l\u2019enceinte du Vieux-Qu\u00e9bec bien enfum\u00e9e de gaz lacrymog\u00e8ne) et du Sommet des Peuples (au march\u00e9 du Vieux Port dans la ville-basse et dont la grande marche festive a r\u00e9uni plus de 40 000 personnes) marque en Nord-Am\u00e9rique, dans la foul\u00e9e de Porto Allegre (Br\u00e9sil) au Sud, un tournant peu <span style=\"white-space: nowrap;\">analys\u00e9<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - Autant vid\u00e9astes et photographes \u2013 je pense ici \u00e0 l\u2019excellente publication d\u2019images Le Qu\u00e9bec de la honte (Lanct\u00f4t \u00c9diteur et Les Intouchables, 2001) \u2013 ont saisi la fronde et le vacillement de la mondialisation face \u00e0 l\u2019altermondialisation en avril 2001 \u00e0 Qu\u00e9bec, autant peu d\u2019\u00e9crits ont analys\u00e9 le ph\u00e9nom\u00e8ne. Il y a cependant l\u2019exceptionnel dossier, d\u2019une grande clart\u00e9, de Gilles Drouin, \u00ab Un autre monde est possible \u00bb, dans la revue RND paru en septembre 2005.<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Or dans cette mouvance contestatrice plurielle et davantage perceptible macrosocialement, les irr\u00e9v\u00e9rences politico-artistiques qu\u2019elle rec\u00e8le se d\u00e9marquent par leurs affronts en un style qu\u2019exprime le n\u00e9ologisme en vogue glocal \u2013 penser global mais agir local. Elles ne se d\u00e9tectent pour ainsi dire qu\u2019\u00e0 micro-\u00e9chelle, par l\u2019entremise des d\u00e9linquances ponctuelles en marge ou infiltr\u00e9es dans des zones \u00e9v\u00e9nementielles o\u00f9 domine le nouvel art du bonheur&nbsp;relationnel et interactif.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2026 aux salissures des corps, physique et politique<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019attitude irr\u00e9v\u00e9rencieuse na\u00eet, cogite et prend formes, serais-je tent\u00e9 de dire, dans une zone tordue par les pulsions (inconscient), les exp\u00e9riences de l\u2019enfance (socialisation) et les conjonctures (d\u00e9terminismes \u00e9conomiques). Disons qu\u2019on en rep\u00e8re les frasques qui s\u2019alignent en un sifflement incessant produit par ces mots commen\u00e7ant par la lettre S : Sacr\u00e9, Sang, Sexe, Sacrifice, Supplici\u00e9, Souillures, Soci\u00e9t\u00e9 et $.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 des dimensions mythologiques, religieuses, morales, sexu\u00e9es des pouvoirs de vie ou de mort, des rapports de procr\u00e9ation et de plaisirs, de tabous, de morales et d\u2019exploitations, avec comme extensions les figures de Dieu, du p\u00e8re (ou de la m\u00e8re), du Chef d\u2019\u00c9tat, du Militaire, du Policier, du Politicien, et de leurs attributs (drapeaux, costumes, embl\u00e8mes, institutions). Le sacr\u00e9 argent des syst\u00e8mes financiers s\u2019av\u00e8re la mesure achev\u00e9e du triomphe de la valeur d\u2019\u00e9change (l\u2019\u00e9conomie capitaliste) ayant pris le pas une fois et pour toujours, malgr\u00e9 un combat incessant, sur les valeurs d\u2019usage (la culture) dans l\u2019aventure sociale de l\u2019homo sapiens. Au demeurant, ces cibles d\u2019irr\u00e9v\u00e9rences contre les symboles d\u2019autorit\u00e9 et les interdits institu\u00e9s semblent invariables depuis des lustres. Qui plus est, et ce trait m\u2019appara\u00eet important, l\u2019artiste, g\u00e9n\u00e9ralement, ne sort pas indemne des assauts contre le corps politique.<\/p>\n\n\n\n<p>Les id\u00e9es, m\u00eame les plus irr\u00e9v\u00e9rencieuses, ne marchent pas sur les mains ni la t\u00eate \u00e0 l\u2019envers. Ce sont toujours des femmes et des hommes qui fa\u00e7onnent la vie sociale (Marx) dont cet art action pour lequel \u00ab c\u2019est d\u2019abord o\u00f9 tu es et ce que tu fais \u00bb (Filliou) qui importe. Dans cette perspective, il n\u2019y a pas d\u2019anecdotes, que des partis pris. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment \u00e0 proximit\u00e9, quoique dans des contextes et des r\u00f4les diff\u00e9rents4, de trois manifestations d\u2019artistes qu\u00e9b\u00e9cois : Julie Andr\u00e9 T \u00e0 La Havane (2003), Istvan Kantor\/Monty Cantsin \u00e0 Qu\u00e9bec (2004) et Catherine Plaisance \u00e0 Montr\u00e9al (2005). Leurs actions, ayant en commun dissidence et salissures \u00e0 la fois du corps politique (les figures et symboles du pouvoir) et de leur personne (le corps-mat\u00e9riau) permettent de rendre plus probant mon point de vue.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9sob\u00e9ir \u00e0 la consigne dans l\u2019\u00eele r\u00e9volutionnaire<\/h2>\n\n\n\n<p>Depuis 1989, les \u00e9ditions de la Biennale de La Havane innovent par leur accueil \u00e0 l\u2019art des pays du&nbsp;tiers et du quart monde sans c\u00e9der sur la rigueur artistique des s\u00e9lections et des d\u00e9bats th\u00e9oriques. Cuba aura \u00e9t\u00e9 pour beaucoup dans l\u2019ouverture extra-occidentale des grandes manifestations comme la Documenta de Kassel et la centenaire Biennale de Venise \u00e0 partir de 1995. La naissance d\u2019autres biennales ailleurs dans le monde, dont celle de Montr\u00e9al, est aussi redevable \u00e0 l\u2019initiative du Centro Wifredo Lam. La conjoncture politique (la base am\u00e9ricaine de Guantanamo transform\u00e9e en prison des pr\u00e9sum\u00e9s terroristes d\u2019Al Qa\u00efda et la dure r\u00e9pression du r\u00e9gime castriste envers ses dissidents entra\u00eenant l\u2019opprobre des pays d\u00e9mocratiques) allait cr\u00e9er un climat tendu durant le d\u00e9roulement d\u2019El Arte con la vida (l\u2019art et la vie), \u00e9dition 2003, qui incluait un volet international d\u2019art performance.<\/p>\n\n\n\n<p>Les organisateurs avaient \u00ab sugg\u00e9r\u00e9 \u00bb \u00e0 l\u2019artiste montr\u00e9alaise Julie Andr\u00e9e T, connue pour ses performances physiques \u00e9prouvantes, d\u2019\u00e9viter la nudit\u00e9 lors de sa prestation dans la cour ext\u00e9rieure du Pabellon de Cuba, sans aucun doute l\u2019endroit culturel le plus fr\u00e9quent\u00e9 par les citoyens de la cit\u00e9 et pas seulement par le \u00ab tourisme \u00bb artistique f\u00e9ru d\u2019art bizarre. Ent\u00eat\u00e9e, non seulement passera-t-elle outre \u00e0 l\u2019interdit de se d\u00e9v\u00eatir mais encore rench\u00e9rira-t-elle par l\u2019usage de diff\u00e9rents artefacts connot\u00e9s, critique de la soumission politique du Canada \u00e0 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie de notre \u00ab voisin commun \u00bb avec Cuba, \u00e0 savoir l\u2019Oncle Sam (USA). Pour ce faire, Julie Andr\u00e9e T mettra en \u0153uvre une performance mariant \u00e9preuves corporelles \u2013 absorption rapide d\u2019une grande quantit\u00e9 de rhum et de coke, d\u00e9nudement, souillures de colorant rouge m\u00eal\u00e9 \u00e0 de la poudre d\u2019or, immersion de la t\u00eate dans une chaudi\u00e8re remplie de coca-cola et de rhum r\u00e9gurgit\u00e9, etc., et gestes de d\u00e9rision et de salissures du drapeau canadien.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette symbiose du corps-mat\u00e9riau et du corps politique pouvait \u00eatre comprise comme respectant, malgr\u00e9 la mi-nudit\u00e9, les canons performatifs connus de l\u2019art action. Va aussi pour la critique g\u00e9opolitique \u00e9vidente. Du moins jusqu\u2019au moment o\u00f9 les va-et-vient entre corps public et corps priv\u00e9 s\u2019embrouillent, cr\u00e9ant un moment privil\u00e9gi\u00e9 de la performance : au moment o\u00f9 la foule, h\u00e9b\u00e9t\u00e9e mais captiv\u00e9e par les quasi-noyades dans la chaudi\u00e8re, ressent la mutation du rythme de l\u2019action physique de la rudesse vers le gracile, du public \u00e0 l\u2019intime. L\u2019artiste mi-nue tend un long fil entre deux colonnes. Elle s\u2019y enfourche pour un parcours aller-retour, lent, pas \u00e0 pas, intense, fragile. Les yeux perplexes des regardeurs bougent au tempo quelque peu vacillant, on devine l\u2019effet de l\u2019alcool chez elle. Un rare instant, j\u2019ai ressenti le passage de l\u2019art \u00e0 la vie \u2013 th\u00e8me de la Biennale \u2013, une v\u00e9racit\u00e9 dans l\u2019ach\u00e8vement de ce genre d\u2019art action qui revendique justement du spectaculaire grin\u00e7ant, surtout de la part d\u2019une artiste qui affirme \u00ab qu\u2019il faut souffrir pour m\u00e9riter le bonheur \u00bb, ne conc\u00e9dant rien \u00e0 la r\u00e9v\u00e9rence dans ses performances \u00e0 haute viscosit\u00e9 : Sexe et Symboles Souill\u00e9s du pouvoir exhib\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La famille Kantor : se couvrir de sang et de gloire<\/h2>\n\n\n\n<p>Les gens qui se pr\u00e9sent\u00e8rent le jour de l\u2019an 2005 au Drake Underground \u00e0 Toronto n\u2019avaient sans doute pas que les festivit\u00e9s de la nouvelle ann\u00e9e en t\u00eate. Ce concert-performance-vid\u00e9o Kunst Macht Frei\/Art makes you Free, mettant en sc\u00e8ne l\u2019artiste n\u00e9o\u00efste Istvan Kantor et son MachineSexActionGroup, se voulait en effet une zone appelant \u00e0 la fois \u00e0 la poursuite de l\u2019irr\u00e9v\u00e9rence politis\u00e9e et \u00e0 la solidarit\u00e9 judiciaire.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019une part, Kantor, se plaisant \u00e0 s\u2019annoncer comme \u00ab best known for his taste of blood and crime, Adrienne Clarkson\u2019s favorite Istvan Kantor brings his newly formed Red Arm band, guest performers and machine sex conspirators\u2026 \u00bb (\u00ab mieux connu pour son go\u00fbt de sang et de crime, Istvan Kantor, le pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 d\u2019Adrienne Clarkson, pr\u00e9sente son nouveau Red Arm band, des performeurs invit\u00e9s et des conspirateurs de machine du sexe\u2026 \u00bb [trad. libre]), poursuivait sa s\u00e9rie d\u2019interventions spoliant l\u2019un des symboles post-colonialistes controvers\u00e9s des institutions politiques au pays, \u00e0 savoir la fonction de Gouverneure G\u00e9n\u00e9rale du Canada \u2013 repr\u00e9sentante officielle de la Reine d\u2019Angleterre, du Commonwealth et du Canada \u2013 ; d\u2019autre part, l\u2019artiste entendait amasser des fonds afin d\u2019assurer sa d\u00e9fense devant les tribunaux allemands \u00e0 Berlin, suite \u00e0 son arrestation et inculpation pour l\u2019action Eternal gift. L\u2019ann\u00e9e 2004 fut donc marqu\u00e9e au fer rouge sang de l\u2019irr\u00e9v\u00e9rence n\u00e9o\u00efste sur deux fronts : l\u2019iconoclasme sanguinaire du symbole de la monarchie au Canada et de la sacralisation mus\u00e9ologique des pop stars en Europe.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, partout au Canada un toll\u00e9 m\u00e9diatique sans pr\u00e9c\u00e9dent dans les journaux, sur Internet et \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision s\u2019emballa en 2004 d\u00e8s l\u2019annonce de la s\u00e9lection de Kantor pour le Prix du Gouverneur G\u00e9n\u00e9ral du Canada en arts visuels et en arts m\u00e9diatiques (la nomination \u00e9tant accompagn\u00e9e d\u2019une bourse de 15 000 $). Il faut dire que le communiqu\u00e9 officiel du Conseil des Arts du Canada ne temp\u00e9rait aucunement l\u2019attitude sulfureuse de l\u2019artiste, employant les qualificatifs \u00ab d\u2019\u00e9nergie d\u00e9moniaque, de vision subversive et de conspiration \u00bb pour pr\u00e9senter le dessein de Kantor dans son travail, \u00ab [lequel] a toujours \u00e9t\u00e9 de d\u00e9manteler les syst\u00e8mes ferm\u00e9s du pouvoir, de la politique et de l\u2019esth\u00e9tique \u00bb. Un internaute outr\u00e9 qualifia plut\u00f4t l\u2019artiste prim\u00e9 de \u00ab psychopathe dont la technique consiste \u00e0 barbouiller de sang les murs des mus\u00e9es et \u00e0 se rentrer des contenants d\u2019h\u00e9moglobine dans le derri\u00e8re \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Interdit de s\u00e9jour \u00e0 vie au Mus\u00e9e National des Beaux-Arts d\u2019Ottawa (comme dans plusieurs autres, dont le MoMA) pour avoir asperg\u00e9 de son sang un X sur le mur entre deux \u0153uvres lors de l\u2019exposition Marcel Duchamp en 1991, Kantor joua ironiquement le jeu et fut escort\u00e9 de deux gardiens pour recevoir son prix lors de la c\u00e9r\u00e9monie. Par la suite, \u00e0 la Galerie Rouje, dans le cadre de la 12e Rencontre Internationale d\u2019Art Performance (RIAP) de Qu\u00e9bec, la famille Kantor a transform\u00e9 l\u2019endroit en happening orgiaque, par une tabl\u00e9e d\u2019accumulation d\u2019objets h\u00e9t\u00e9roclites : art audio et musique, actions de destruction et salissures corporelles aux fluides sanguinaires avec parade de l\u2019effigie souill\u00e9e de la Gouverneure G\u00e9n\u00e9rale, le tout finissant enflamm\u00e9 dans la rue !<\/p>\n\n\n\n<p>En parall\u00e8le, invit\u00e9 pour une r\u00e9sidence de cr\u00e9ation au Podewil Center for Contemporary Art \u00e0 Berlin, Kantor r\u00e9cidivait avec Eternal gift au Hamburger Bahnhof Monumental Contemporary Art Museum de Berlin, un mus\u00e9e dont la collection provient du m\u00e9c\u00e8ne Christian Flick, petit fils d\u2019une ancienne famille industrielle nazie qui a fait fortune pendant la seconde guerre mondiale. Cette derni\u00e8re action de la s\u00e9rie Blood Campaign, man\u0153uvre en \u00e9volution d\u00e9marr\u00e9e en 1979 visant \u00e0 m\u00e9tamorphoser l\u2019art en or et caract\u00e9ris\u00e9e par ces marquages de mus\u00e9es d\u2019un X avec le sang de l\u2019artiste, s\u2019est faite \u00e0 proximit\u00e9 de la sculpture-statue en or Michael Jackson and Bubbles cr\u00e9\u00e9e par le sculpteur et performeur am\u00e9ricain Paul McCarthy, aussi performeur sanguignolent. Arr\u00eat\u00e9 de fa\u00e7on muscl\u00e9e par la police, Kantor fut accus\u00e9 de tentative de mutilation d\u2019\u0153uvres.<\/p>\n\n\n\n<p>Les irr\u00e9v\u00e9rences politiques et institutionnelles pars\u00e8ment l\u2019aventure du mouvement n\u00e9o\u00efste et de son mentor. Sous le sceau de l\u2019affront avec usage de sang (le corps-mat\u00e9riau) pour fr\u00f4ler les symboles somptuaires des \u00e9lites \u2013 les trac\u00e9s en X dans les mus\u00e9es \u2013 ou pour rendre d\u00e9risoire les symboles de l\u2019\u00e9lite du pouvoir, Istvan Kantor\/Monty Cantsin l\u2019artiste, n\u2019en est que rarement sorti couvert d\u2019or (couverture massm\u00e9diatique, le Prix, la bourse), subissant les r\u00e9pressions (bagarres, arrestations, proc\u00e8s, amendes et emprisonnement). Bref, il a plut\u00f4t \u00ab pay\u00e9 pour \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Mlle Blanche H Maisonneuve ou s\u2019\u00e9clabousser dans un quartier fragilis\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>Il en est de l\u2019univers des politiciens comme de celui de la publicit\u00e9 : tout ce qui semble aguichant \u00e0 prime abord ne l\u2019est pas forc\u00e9ment. La stup\u00e9faction peut en r\u00e9sulter s\u2019il y a man\u0153uvre d\u2019art \u00e9claboussant corruption politique et pouvoir ali\u00e9nant des propagandes \u00e9lectorales.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 les pr\u00e9misses qui ont pouss\u00e9 Catherine Plaisance \u00e0 transformer, en juin <span style=\"white-space: nowrap;\">2005<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Dans le cadre de la zone communautaire d\u2019art l\u2019Urbaine Urbanit\u00e9 III de la Galerie FMR, du 6 juin au 19 juin 2005.<\/span>, un balcon de l\u2019avenue Nicolet dans l\u2019arrondissement Hochelaga-Maisonneuve-Mercier de Montr\u00e9al en tribune pour une sale&nbsp;campagne \u00e9lectorale dans ce quartier populaire : celle du Parti blanc et de sa candidate Mlle Blanche H Maisonneuve.<\/p>\n\n\n\n<p>Invit\u00e9e \u00e0 n\u00e9gocier avec l\u2019occupant et \u00e0 transformer son balcon en galerie d\u2019art pouvant initier un geste d\u2019artiste, Plaisance avait un programme&nbsp;en t\u00eate. Elle a orn\u00e9 le balcon, le parterre, ainsi que les arbres de l\u2019avenue d\u2019une s\u00e9rie d\u2019affiches et de pancartes au contenu de propagande \u00e9lectorale explicite. La conjoncture politique du scandale des commandites lui \u00e9tant propice, un malaise politico-artistique \u00e9claboussera le conformisme qui \u00e9touffe bien des \u00e9diles dans ce quartier.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9alisme des images en noir et blanc laissait pointer une charge de critique ironique du monde \u00e9lectoral. Les diverses poses jumel\u00e9es \u00e0 des slogans&nbsp;se voulaient, selon l\u2019expression consacr\u00e9e, des visages \u00e0 deux faces. \u00c9taient affich\u00e9es tant\u00f4t une image s\u00e9duisante au visage ang\u00e9lique de Mlle Blanche H, casquette en coin, mais affubl\u00e9e d\u2019un \u0153il amoch\u00e9 et un \u00e9nonc\u00e9 flirtant avec l\u2019extr\u00eame droite (Volons nous aussi : On s\u2019en lave les mains ; le seul parti qui blanchit), tant\u00f4t proclam\u00e9 un propos progressiste (Pour le respect de tous et chacun) mais accompagn\u00e9 d\u2019une photographie agressive, comme cet effront\u00e9 doigt d\u2019honneur en gros plan de la candidate. De telles pancartes hostiles ne pouvaient que d\u00e9clencher les hostilit\u00e9s. D\u00e8s leur apparition elles susciteront l\u2019\u00e9tonnement des voisins. Certains artistes du quartier d\u00e9sapprouveront : de quel droit, au nom de l\u2019art, pouvait-on insulter le monde \u2013 surtout de la part d\u2019une artiste en visite, d\u2019une \u00e9trang\u00e8re ? Des jeunes se sont mis \u00e0 mimer le geste scatologique, des parents port\u00e8rent plaintes. Le pr\u00e9sident de la Galerie FMR, producteur de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, s\u2019inqui\u00e9ta. La tension montait.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019apr\u00e8s-midi du vernissage, la candidate se pr\u00e9senta \u00e0 la foule de blanc v\u00eatue. Elle avait plac\u00e9 des tomates sur la cl\u00f4ture et dans un panier \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du balcon. L\u2019attroupement eut lieu. Elle entama un virulent discours aux promesses de soumission, d\u2019exploitation et de d\u00e9placement des petites gens, au m\u00e9pris \u00e9vident de la d\u00e9mocratie. Les tomates commenc\u00e8rent \u00e0 fuser. Une campagne politique de salissures \u00e9tait en cours par volont\u00e9 d\u2019artiste ! Dans la cohue qui s\u2019ensuivit, entre les applaudissements des uns et le tumulte des autres, une nouvelle artiste apostropha Mlle Blanche H macul\u00e9e de tomates : \u00ab ne trouves-tu pas que tu reproduis exactement les dires et le comportement des vrais politiciens ? \u00bb Elle r\u00e9pondit derechef : \u00ab Tout \u00e0 fait. Par contre, je n\u2019use pas de strat\u00e9gies de camouflage, je privil\u00e9gie l\u2019honn\u00eatet\u00e9 \u00bb. Et vlan pour la classe politicienne !<\/p>\n\n\n\n<p>Que l\u2019on se choque, soit insult\u00e9, que l\u2019on porte plainte et la d\u00e9nonce, qu\u2019on la macule de rouge tomate d\u00e9goulinant, aucun doute possible : la mise en place d\u2019un simulacre installactif \u2013 installation et performance \u2013 de campagne politique ne pouvait que se retourner contre sa protagoniste. C\u2019est ce qu\u2019elle souhaitait et c\u2019est ce qui est arriv\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Entre pens\u00e9e d\u00e9linquante, id\u00e9es rebelles et esprit de r\u00e9volte : impossible de tirer sa r\u00e9v\u00e9rence<\/h2>\n\n\n\n<p>Lorsque j\u2019ai pris connaissance du th\u00e8me propos\u00e9 par la revue, j\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 une danse, plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 une valse-h\u00e9sitation. Partageant la vision du critique d\u2019art fran\u00e7ais Yves Michaud, pour qui l\u2019art contemporain s\u2019est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 dans nos soci\u00e9t\u00e9s avanc\u00e9es comme un \u00e9tat <span style=\"white-space: nowrap;\">gazeux<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - Yves Michaud, L\u2019art \u00e0 l\u2019\u00e9tat gazeux. Essai sur le triomphe de l\u2019esth\u00e9tique, \u00c9ditions Stock, 2003.<\/span>, l\u2019attitude d\u2019irr\u00e9v\u00e9rence me semble d\u2019ob\u00e9dience l\u00e9g\u00e8re, se d\u00e9lestant d\u2019ancrages \u00e9thiques substantiels. Elle s\u2019accole bien aux notions de pens\u00e9e d\u00e9linquante, telle qu\u2019envisag\u00e9e par l\u2019artiste et philosophe franco-ontarien Pierre Pelletier, ou de consommateur rebelle, telle qu\u2019introduite par Joseph Heath et Andrew Potter. Une distance manifeste l\u2019id\u00e9e de r\u00e9volte chez Albert Camus et relativise la port\u00e9e de l\u2019irr\u00e9v\u00e9rence. Question de nuances.<\/p>\n\n\n\n<p>Le percutant mais peu connu essai Petites incarnations de la pens\u00e9e d\u00e9linquante. Propos sur les arts et la culture sous la plume de Pelletier en appelle \u00e0 l\u2019insoutenable l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de la d\u00e9linquance, et par l\u00e0 de l\u2019irr\u00e9v\u00e9rence au nom de la libert\u00e9 de cr\u00e9ation individuelle : \u00ab la pens\u00e9e d\u00e9linquante op\u00e8re \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du syst\u00e8me sans v\u00e9ritablement s\u2019opposer \u00e0 lui ni m\u00eame le troubler, car elle ne veut rien renverser au niveau de la soci\u00e9t\u00e9, son champ d\u2019action se r\u00e9duisant \u00e0 celui de l\u2019individu, d\u2019un pourcentage peu \u00e9lev\u00e9 d\u2019individualistes qui se sentent \u00e0 l\u2019\u00e9troit dans un vase clos \u00bb. Pour Pelletier, \u00ab [l]a pens\u00e9e d\u00e9linquante trouve son bien o\u00f9 se trouve la pens\u00e9e cr\u00e9atrice, celle de la belle catastrophe, de la pure insolence de ceux et celles dont les amours se faufilent entre l\u2019ordinaire vie imm\u00e9diate, l\u2019empirisme et le vol b\u00e9at des nuages, des formes de la vie sans vision du dedans qui finissent toujours par <span style=\"white-space: nowrap;\">s\u2019\u00e9vaporer<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-6\" href=\"#footnote-6\"><sup>6<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-6\"><a href=\"#fn-ref-6\"> 6 <\/a> - Pierre Pelletier, Petites incarnations de la pens\u00e9e d\u00e9linquante, Les \u00e9ditions L\u2019interligne, 1994, p.13-18.<\/span> \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Heath et Potter dans R\u00e9volte consomm\u00e9e. Le mythe de la contre-culture vont dans ce sens en affirmant que \u00ab si la contre-culture avait remplac\u00e9 le socialisme comme fondement de la pens\u00e9e politique radicale, les mouvements contre-culturels, loin d\u2019\u00eatre un facteur de subversion sociale, auraient depuis longtemps \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s par le <span style=\"white-space: nowrap;\">capitalisme<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-7\" href=\"#footnote-7\"><sup>7<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-7\"><a href=\"#fn-ref-7\"> 7 <\/a> - Joseph Heath et Andrew Potter, R\u00e9volte consomm\u00e9e. Le mythe de la contre-culture, \u00c9ditions du Tr\u00e9carr\u00e9, Montr\u00e9al, 2005 (postface).<\/span> \u00bb, irr\u00e9v\u00e9rences artistiques incluses.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai tent\u00e9 de montrer qu\u2019en pratique, l\u2019ent\u00eatement d\u2019une Julie Andr\u00e9e T s\u2019\u00e9prouvant physiquement, d\u2019un Istvan Kantor incarc\u00e9r\u00e9 ou d\u2019une Catherine Plaisance se faisant admonester ont une seule finalit\u00e9 : rejouer sans cesse l\u2019arch\u00e9type du sacrifi\u00e9, de la victime consentante qui assume. \u00c0 ce titre, les irr\u00e9v\u00e9rences politico-artistiques, surtout de la part des manipulateurs de symboles que sont les artistes, apparaissent sans doute comme des attitudes et strat\u00e9gies adoucies mais sont peut-\u00eatre plus ad\u00e9quates qu\u2019on ne le pense dans la mesure o\u00f9 la violence (verbale, imag\u00e9e, sc\u00e9naris\u00e9e) se retourne en partie contre eux : l\u2019artiste paie de sa personne.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00c7a ne suffit pas.<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019attitude irr\u00e9v\u00e9rencieuse en actes pour l\u2019art n\u2019\u00e9carte pas pour autant l\u2019ali\u00e9nation inh\u00e9rente au ph\u00e9nom\u00e8ne. La d\u00e9linquance, le comportement rebelle, la fronde explicite peuvent aussi manquer de substance, de maturit\u00e9 ou de perspective. L\u2019expression d\u2019une charge subversive peut n\u2019\u00eatre qu\u2019une protestation extravertie, ponctuelle, sans lendemain. C\u2019est du moins ce que donne \u00e0 penser une comparaison avec la notion de r\u00e9volte chez Camus. Son fameux essai L\u2019Homme r\u00e9volt\u00e9, paru en 1951, n\u2019a que peu perdu de son acuit\u00e9, surtout avec la r\u00e9surgence du terrorisme en ce d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. Penseur engag\u00e9 \u00e0 la lucidit\u00e9 responsable, s\u00e9rieux, Camus n\u2019a pourtant jamais revendiqu\u00e9 le statut de philosophe, de moraliste ou d\u2019id\u00e9ologue, se d\u00e9finissant plut\u00f4t comme artiste, laissant parler ses \u0153uvres. Il en appelle \u00e0 l\u2019exigence \u00e9thique de ne point se tenir \u00e0 l\u2019\u00e9cart de l\u2019histoire en cours et hors de la communaut\u00e9 vivante. L\u2019artiste doit \u00eatre au service de la v\u00e9rit\u00e9 et de la libert\u00e9, et la r\u00e9flexion doit soutenir l\u2019action. En cela, sa notion de r\u00e9volte marque une nuance significative d\u2019avec celle d\u2019irr\u00e9v\u00e9rence lorsque appliqu\u00e9e \u00e0 la violence de la logique politique des diff\u00e9rentes formes du Pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, Camus campe gravement la raison, le pourquoi et la finalit\u00e9 de toutes intentions irr\u00e9v\u00e9rencieuses. Et ce, peu importe qu\u2019elles s\u2019incarnent dans des \u0153uvres et man\u0153uvres de d\u00e9sacralisation, de violence ou de rage comme observ\u00e9es pr\u00e9c\u00e9demment et qui font des artistes \u00e0 la fois des agitateurs et des victimes dans des strat\u00e9gies d\u2019art action. Camus questionne la l\u00e9gitimit\u00e9 de leur libert\u00e9 dans l\u2019action : \u00ab la logique du r\u00e9volt\u00e9 est de pouvoir servir la justice pour ne pas ajouter \u00e0 l\u2019injustice de sa condition [\u2026] pour cette nuance qui s\u00e9pare le sacrifice de la mystique, l\u2019\u00e9nergie de la violence, la force de la cruaut\u00e9, pour cette plus faible nuance encore qui s\u00e9pare le faux du <span style=\"white-space: nowrap;\">vrai<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-8\" href=\"#footnote-8\"><sup>8<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-8\"><a href=\"#fn-ref-8\"> 8 <\/a> - Albert Camus, R\u00e9flexions sur le terrorisme, avec la contribution de Jacqueline Levi-Valensi, Antoine Garapon et Denis Salas, \u00c9ditions Nicolas Philippe, 2002, p. 16.<\/span> \u00bb. La r\u00e9volte chez Camus n\u2019est pas seulement de savoir r\u00e9fl\u00e9chir sur le monde, mais de savoir comment s\u2019y conduire. C\u2019est dire que si Camus reconna\u00eet la part de violence dans toute r\u00e9volte, il s\u2019emploie \u00e0 d\u00e9noncer son usage.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque la pens\u00e9e d\u00e9linquante, les id\u00e9es rebelles et l\u2019esprit de r\u00e9volte c\u00f4toient l\u2019attitude d\u2019irr\u00e9v\u00e9rence en art, le ph\u00e9nom\u00e8ne ne souligne-t-il pas la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019autocritique (et de la critique) comme exercice \u00e9thique indissociable de toute esth\u00e9tique responsable, surtout en pleine hypermodernit\u00e9 capitaliste ?<\/p>\n<div style='display: none;'>Guy Sioui Durand<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[4486],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[4494],"artistes":[],"thematiques":[],"type_post":[319],"class_list":["post-178714","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archive","category-post","numeros-56-irreverence-en","statuts-archive","auteurs-guy-sioui-durand-en","type_post-principal"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178714","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=178714"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178714\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=178714"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=178714"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=178714"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=178714"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=178714"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=178714"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=178714"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=178714"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=178714"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=178714"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=178714"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}