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{"id":178723,"date":"2006-01-01T19:35:00","date_gmt":"2006-01-02T00:35:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/de-la-bonne-distance-en-art-ou-figure-de-lartiste-en-prostitue\/"},"modified":"2024-10-09T10:19:03","modified_gmt":"2024-10-09T15:19:03","slug":"de-la-bonne-distance-en-art-ou-figure-de-lartiste-en-prostitue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/de-la-bonne-distance-en-art-ou-figure-de-lartiste-en-prostitue\/","title":{"rendered":"<strong>De la bonne distance en art ou Figure de l\u2019artiste en prostitu\u00e9<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>Tous les imb\u00e9ciles de la Bourgeoisie qui prononcent sans cesse les mots : \u00ab immoral, immoralit\u00e9, moralit\u00e9 de l\u2019art \u00bb et autres b\u00eatises, me font penser \u00e0 Louise Villedieu, putain \u00e0 cinq francs, qui m\u2019accompagnant une fois au Louvre, o\u00f9 elle n\u2019\u00e9tait jamais all\u00e9e, se mit \u00e0 rougir, \u00e0 se couvrir le visage, et me tirant \u00e0 chaque instant par la manche, me demandait, devant les statues et les tableaux immortels, comment on pouvait \u00e9taler publiquement de pareilles <span style=\"white-space: nowrap;\">ind\u00e9cences<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - \u00ab Mon c\u0153ur mis \u00e0 nu \u00bb, \u0152uvres compl\u00e8tes, Paris, Gallimard (Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade), 1961, p. 1300.<\/span>.<br>&#8211; Charles Baudelaire<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a plus de dix ans, soit en 1994, un artiste fran\u00e7ais d\u2019origine italienne, Alberto Sorbelli, \u00e9tait invit\u00e9 \u00e0 pr\u00e9senter son travail \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une exposition collective qui eut lieu au Mus\u00e9e d\u2019art moderne de la ville de Paris. Intitul\u00e9e L\u2019hiver de l\u2019amour et regroupant plus de quarante artistes, cette exposition avait pour ambition de jeter un regard parfois amus\u00e9, parfois critique, sur diverses attitudes ayant trait aux relations amoureuses \u00e0 l\u2019\u00e2ge contemporain. Pour ce faire, trois d\u00e9cennies \u2013 les ann\u00e9es 1970, 1980 et 1990 \u2013 devaient r\u00e9v\u00e9ler sous diverses formes la question du d\u00e9sir \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9, comme l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 constat\u00e9 Roland Barthes, parler de l\u2019amour \u2013 de ce que aimer veut dire \u2013, semble devenu plus obsc\u00e8ne que le <span style=\"white-space: nowrap;\">sexe<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Fragments d\u2019un discours amoureux, Paris, Seuil, 1977, p. 207-211.<\/span>. C\u2019est donc dans ce contexte, celui o\u00f9 la relation \u00e0 l\u2019autre met en sc\u00e8ne de nouvelles mani\u00e8res d\u2019\u00eatre avec soi, que la proposition de Sorbelli, Club Hiver de l\u2019amour, se verra retir\u00e9e quelques jours seulement avant le vernissage. Les commissaires \u2013 \u00e9quipe form\u00e9e de deux critiques d\u2019art et de trois artistes \u2013 savaient pourtant que le travail de Sorbelli s\u2019inspirait de la relation qu\u2019\u00e9tablit le po\u00e8te Baudelaire entre l\u2019art et la prostitution. Il n\u2019emp\u00eache qu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re minute, ils ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 censurer sa participation de crainte de mettre la direction dans l\u2019embarras en acceptant dans ses murs un artiste qui, selon la rumeur, ne fait pas seulement mimer par son travestisme le m\u00e9tier de prostitu\u00e9, mais qui lui-m\u00eame dans les faits se <span style=\"white-space: nowrap;\">prostitue<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - M\u00eame si Sorbelli admettra qu\u2019il n\u2019a jamais su si les motifs de son exclusion \u00e9taient bas\u00e9s sur le fait qu\u2019il joue \u00e0 la pute dans un cadre institutionnel ou si c\u2019est parce qu\u2019il se prostitue r\u00e9ellement, toujours est-il qu\u2019il n\u2019a jamais tent\u00e9 de faire taire cette rumeur. Voir l\u2019article de Jacques Henric, \u00ab Alberto Sorbelli. Vous avez dit prostitution ? \u00bb paru dans Art Press, no 207, novembre 1995, p. 29.<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De la prostitution comme un des beaux-arts ?<\/h2>\n\n\n\n<p>Ancien danseur \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra de Rome, Sorbelli conna\u00eet bien l\u2019art de la sc\u00e8ne. Dot\u00e9 de cette exp\u00e9rience avec le public, il s\u2019inscrira, en 1989, \u00e0 l\u2019\u00c9cole Nationale Sup\u00e9rieure des Beaux-arts (ENSBA) de Paris. D\u00e8s 1990, il se fera remarquer gr\u00e2ce \u00e0 une performance intitul\u00e9e Secr\u00e9tariat du secr\u00e9taire de Monsieur Sorbelli, qu\u2019il pr\u00e9sentera lors des journ\u00e9es \u00ab Portes ouvertes \u00bb. Il d\u00e9cida d\u2019y exposer son savoir-faire en jouant le r\u00f4le du secr\u00e9taire d\u2019un suppos\u00e9 artiste c\u00e9l\u00e8bre, inconnu \u00e0 Paris. C\u2019est avec ce subterfuge que Sorbelli d\u00e9veloppera ses premiers liens avec l\u2019amateur d\u2019art. Conforme \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique relationnelle, cette mise en situation proposait non pas un travail d\u00e9j\u00e0 accompli sous forme d\u2019objet, mais une rencontre dans laquelle une tentative de s\u00e9duction aupr\u00e8s de ses interlocuteurs \u00e9tait possible. Or, c\u2019est justement ce d\u00e9sir de plaire que Sorbelli va, par la suite, chercher \u00e0 cultiver. N\u2019ayant rien de mieux \u00e0 vendre que sa \u00ab capacit\u00e9 \u00e0 satisfaire le d\u00e9sir de l\u2019autre, \u00e0 le <span style=\"white-space: nowrap;\">passionner<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Philippe Dagen, \u00ab Esth\u00e9tique de la prostitution \u00bb, Le Monde, 31 mars 1998.<\/span> \u00bb, l\u2019ancien danseur va donc poursuivre son travail dans une activit\u00e9 qui l\u2019expose physiquement. Mais puisqu\u2019il poussera l\u2019audace de se montrer en public habill\u00e9 en courtisane, la relation qu\u2019il \u00e9tablira avec son nouveau public d\u00e9passera tous les proc\u00e9d\u00e9s d\u00e9velopp\u00e9s par les pratiques o\u00f9 une interaction avec l\u2019entourage est souhait\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>En se pr\u00e9sentant comme artiste sous la figure d\u2019un prostitu\u00e9, Sorbelli n\u2019est pas le premier \u00e0 s\u2019int\u00e9resser au travestisme et \u00e0 tout ce que cela induit au niveau de l\u2019identit\u00e9 <span style=\"white-space: nowrap;\">sexuelle<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - Je pense, entre autres, \u00e0 Luciano Castelli, J\u00fcrgen Klauke, \u00dcrs Luthi, Michel Journiac, mais surtout \u00e0 Pierre Molinier qui lui-m\u00eame se qualifiait d\u2019homme-putain, et \u00e0 qui le Mus\u00e9e des Beaux-arts de Bordeaux a rendu hommage en organisant, \u00e0 l\u2019automne 2005, une exposition collective \u00e0 laquelle participait Alberto Sorbelli.<\/span>. Mais, il est probablement le seul \u00e0 jouer sans tricher sur la confusion en laissant croire qu\u2019il est vraiment ce qu\u2019il fait. C\u2019est ainsi qu\u2019\u00e0 partir de 1991 il fera para\u00eetre dans la presse artistique son num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone avec une annonce mentionnant : \u00ab vingt-quatre heures sur vingt-quatre \u00bb. Durant la m\u00eame p\u00e9riode, il distribue dans la rue ce m\u00eame num\u00e9ro inscrit sur de petites cartes et va jusqu\u2019\u00e0 montrer son cul pour plus d\u2019authenticit\u00e9. Mais puisque c\u2019est la sc\u00e8ne artistique qu\u2019il souhaite inqui\u00e9ter, c\u2019est principalement le milieu de l\u2019art qu\u2019il devra fr\u00e9quenter, notamment lors des vernissages dans les galeries chics de Paris, ou encore dans les mus\u00e9es, tels le Louvre ou le Jeu de paume, sinon lors d\u2019\u00e9v\u00e9nements tr\u00e8s courus, comme la Documenta de Kassel. \u00c0 chacune de ces sorties, le d\u00e9guisement est de mise : minijupe en latex, bas r\u00e9sille, talons aiguilles, parfois des porte-jarretelles et juste ce qu\u2019il faut de maquillage, du rouge \u00e0 l\u00e8vres, des boucles d\u2019oreille, et les cheveux retenus par un bandeau, de sorte que personne ne puisse douter de son occupation. C\u2019est, en effet, dans ce costume, que l\u2019artiste travelo a choisi de relancer le travail amorc\u00e9 avec le personnage du secr\u00e9taire. C\u2019est ainsi que l\u2019esth\u00e9tique de la rencontre devait se transformer en esth\u00e9tique du d\u00e9sir.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019esth\u00e9tique du d\u00e9sir, qu\u2019alimente le travail de Sorbelli, agit au niveau de l\u2019\u00e9rotisme. Elle concerne le d\u00e9sir \u00e9rotique qui sous-tend l\u2019\u00e9conomie libidinale. Celle qui parcourt de fa\u00e7on souterraine le tissu social. Par cons\u00e9quent, celui-ci est loin de se r\u00e9duire aux rapports limpides des besoins et des int\u00e9r\u00eats, s\u2019y joue \u00e9galement tout ce qui est de l\u2019ordre du fantasme. D\u00e8s lors, comme mode amoureux, la prostitution exerce au sein de cette esth\u00e9tique un attrait, notamment chez les litt\u00e9raires et les artistes du 19e si\u00e8cle. Intrigu\u00e9 par ces questions, Sorbelli organisera, en juin 1993, un symposium ayant pour titre Esth\u00e9tique de la prostitution, et qui eut lieu \u00e0 l\u2019ENSBA avec l\u2019aval de son directeur d\u2019alors Yves Michaud. Les sp\u00e9cialistes invit\u00e9s propos\u00e8rent des interventions sur la figure de la prostitu\u00e9e dans les \u0153uvres de Baudelaire, Mirbeau, Manet, Degas, ainsi que chez les surr\u00e9alistes. Outre le s\u00e9rieux des allocutions, l\u2019ambiance de ce symposium avait tout l\u2019air d\u2019un v\u00e9ritable <span style=\"white-space: nowrap;\">happening<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-6\" href=\"#footnote-6\"><sup>6<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-6\"><a href=\"#fn-ref-6\"> 6 <\/a> - Parmi les participants, on retrouvait Sylvana Lorenz, Alain Corbin, Claire Brunet, Charles Bernheimer, Ma\u00eetre Luc Saucier, Jean-Claude Lebensztejn, Ghislain Mollet-Vi\u00e9ville, et l\u2019artiste Marie-Ange Guilleminot qui, en habit couleur chair, faisait une performance.<\/span>. Dans un d\u00e9cor fr\u00f4lant celui des bordels d\u2019antan, l\u2019atmosph\u00e8re \u00e9tait \u00e0 la s\u00e9duction. La mise en sc\u00e8ne orchestr\u00e9e par Sorbelli soulevait \u00e9galement la question des enjeux qu\u2019entretiennent aujourd\u2019hui l\u2019art et la prostitution. Le sous titre, De l\u2019art comme prostitution et de la prostitution comme art, y faisait clairement allusion.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019il est question de d\u00e9sir cr\u00e9ateur de valeur, le march\u00e9 de l\u2019art est l\u2019un des premiers \u00e0 se laisser s\u00e9duire. D\u2019ailleurs, la structure triangulaire (artiste-galeriste-client) qui entretient ce march\u00e9 serait soumise \u00e0 ce que Jacques Henric qualifie de \u00ab putanat <span style=\"white-space: nowrap;\">g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-7\" href=\"#footnote-7\"><sup>7<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-7\"><a href=\"#fn-ref-7\"> 7 <\/a> - Jacques Henric, op. cit., p. 27.<\/span> \u00bb, de sorte que Sorbelli en jouant le r\u00f4le de la pute de l\u2019art ne fait que souligner \u00e0 gros traits les dessous d\u2019un syst\u00e8me qui n\u2019oserait montrer cr\u00fbment l\u2019infrastructure \u2013 la machine d\u00e9sirante \u2013 qui la soutient. En se promenant cul nul dans des hauts lieux de la culture, le comportement de l\u2019artiste est certes radicale et risque de ne pas plaire, mais c\u2019est ainsi qu\u2019il a choisi de se montrer comme valeur d\u2019\u00e9change. C\u2019est en mimant cette possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre \u00e0 la fois objet d\u2019art et objet sexuel qu\u2019il convoite l\u2019amateur d\u2019art, le marchand ou le collectionneur, en leur proposant, telle une vraie pute, de satisfaire leur d\u00e9sir.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019artiste comme monnaie vivante ?<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir du 19e si\u00e8cle, la figure de la prostitu\u00e9e occupe dans le domaine des beaux-arts une place significative. Baudelaire, auteur des Fleurs du mal, l\u2019associe \u00e0 la vie moderne, celle qui prend forme et s\u2019actualise dans la foule qu\u2019engendre les grandes villes. \u00c0 l\u2019apog\u00e9e du capitalisme, le po\u00e8te voit la prostitution comme une marchandise qui offre, gr\u00e2ce \u00e0 ses dons, une \u00ab communion mythique avec la <span style=\"white-space: nowrap;\">masse<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-8\" href=\"#footnote-8\"><sup>8<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-8\"><a href=\"#fn-ref-8\"> 8 <\/a> - Walter Benjamin, Charles Baudelaire. Un po\u00e8te lyrique \u00e0 l\u2019apog\u00e9e du capitalisme, Paris, Petite Biblioth\u00e8que Payot, 1982, p. 225.<\/span>. \u00bb Or, cette vision mercantile du d\u00e9sir est contemporaine de l\u2019expansion du march\u00e9 de l\u2019art. La boh\u00e8me artistique invit\u00e9e \u00e0 produire des \u0153uvres pour vivre aura tendance, au dire de Baudelaire, \u00e0 s\u2019identifier aux prostitu\u00e9es. Telle une prostitu\u00e9e qui vend son \u00e2me pour des souliers, l\u2019artiste quant \u00e0 lui vend sa pens\u00e9e pour \u00eatre auteur. Mais bien s\u00fbr, dans cette analogie, contrairement \u00e0 la prostitu\u00e9e monnayant son temps pour le service offert, l\u2019artiste marchande son temps de travail transform\u00e9 en objet d\u2019art. L\u2019activit\u00e9 artistique s\u2019inscrit alors dans un syst\u00e8me d\u2019\u00e9changes dans lequel l\u2019artiste est comme un simple producteur. Mais pour produire il devra s\u00e9duire, il devra se faire, comme Baudelaire le dira de lui-m\u00eame, \u00ab un peu catin \u00bb. D\u00e9barqu\u00e9 \u00e0 Paris, alors que le march\u00e9 de l\u2019art est de plus en plus un \u00ab march\u00e9 dollar \u00bb, un march\u00e9 o\u00f9 la passion pour l\u2019art se compte en valeur mon\u00e9taire, Sorbelli, inspir\u00e9 par Baudelaire, n\u2019avait plus qu\u2019\u00e0 se travestir en putain, exposer sa marchandise, pour qu\u2019on sp\u00e9cule aussi sur lui, alors qu\u2019il s\u2019offrait g\u00e9n\u00e9reusement comme objet de d\u00e9sir. Un objet de d\u00e9sir sexuel qui a plus \u00e0 offrir que le soi-disant plaisir esth\u00e9tique. Un d\u00e9sir de plaisir qui s\u2019offre concr\u00e8tement comme une monnaie <span style=\"white-space: nowrap;\">vivante<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-9\" href=\"#footnote-9\"><sup>9<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-9\"><a href=\"#fn-ref-9\"> 9 <\/a> - Je prends cette expression du livre de Pierre Klossowski, La monnaie vivante, Paris, Payot &amp; Rivages (Rivages poche\/Petite Biblioth\u00e8que), 1994.<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Un des exemples les plus \u00e9loquents de cette relation o\u00f9 l\u2019artiste Sorbelli confronte sa valeur esth\u00e9tique \u00e0 celle des chefs d\u2019\u0153uvre des ma\u00eetres anciens, ceux pour qui le march\u00e9 des grands collectionneurs ne cesse de s\u2019emballer, est sans doute ses deux tentatives de rapport effectu\u00e9es en 1994 et en 1997 au c\u00e9l\u00e8bre Mus\u00e9e du Louvre avec notamment l\u2019\u0153uvre la plus admir\u00e9e du monde, la Joconde. En 1994, parmi la foule consid\u00e9rable de touristes, Sorbelli, accompagn\u00e9 d\u2019un photographe, s\u2019\u00e9tait balad\u00e9 afin d\u2019\u00e9taler son art. Mais sa pr\u00e9sence, on s\u2019en doute, a surtout fait monter de quelques degr\u00e9s la nervosit\u00e9 du service de s\u00e9curit\u00e9 qui rapidement l\u2019a expuls\u00e9 du mus\u00e9e. Pour sa deuxi\u00e8me tentative, il obtint une permission \u00e9crite afin de faire une s\u00e9rie de photographies devant le c\u00e9l\u00e8bre tableau peint par de Vinci, et que Duchamp a pastich\u00e9 en y ajoutant une moustache et ce, \u00e0 partir de sa reproduction sur une carte postale baptis\u00e9e pour l\u2019occasion L.H.O.O.Q. Au geste cynique de l\u2019artiste dada \u2013 c\u2019\u00e9tait en 1919 \u2013 Sorbelli va pousser le cynisme jusqu\u2019\u00e0 exhiber son derri\u00e8re devant cette ic\u00f4ne. Ainsi, malgr\u00e9 l\u2019accord de l\u2019administration, un membre du personnel n\u2019a pas appr\u00e9ci\u00e9 et de nouveau il sera chass\u00e9 de ce lieu reconnu comme un temple de l\u2019art. Tol\u00e9rance ou pas \u00e0 l\u2019\u00e9gard de certains gestes artistiques hors du commun, toujours est-il qu\u2019un artiste travesti en putain et outrageusement v\u00eatu se faisant photographier le derri\u00e8re devant une \u0153uvre exceptionnelle n\u2019est pas convenable. En effet, les promenades \u00e9rotiques de Sorbelli d\u00e9fient les conventions, m\u00eames celles, plus lib\u00e9rales, auxquelles ont est en droit de s\u2019attendre des gens du milieu de l\u2019art.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, depuis le d\u00e9but, Sorbelli reconna\u00eet les risques que comportent ses op\u00e9rations commandos, d\u2019autant que la confusion r\u00e8gne la plupart du temps sur son identit\u00e9 en tant qu\u2019artiste. \u00c0 chaque endroit qu\u2019il fr\u00e9quente, ses prestations entra\u00eenent des r\u00e9primandes, des injures, voire m\u00eame des coups. Plus d\u2019une fois, il a eu affaire \u00e0 des gardes de s\u00e9curit\u00e9 ou \u00e0 des policiers qui ne se sont pas g\u00ean\u00e9s pour le molester afin de lui signaler physiquement que sa pr\u00e9sence \u00e9tait indigne du milieu dans lequel il se trouvait. Lui qui veut, sous le mode de la parodie, redonner le change au milieu, en offrant ses services amoureux, c\u2019est plut\u00f4t une bonne dose d\u2019agressivit\u00e9 qu\u2019il doit absorber. Dans son livre Le triple jeu de l\u2019art contemporain, la sociologue Nathalie Heinich parle \u00e0 ce sujet d\u2019\u00ab effet <span style=\"white-space: nowrap;\">boomerang<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-10\" href=\"#footnote-10\"><sup>10<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-10\"><a href=\"#fn-ref-10\"> 10 <\/a> - Nathalie Heinich, Paris, Les \u00c9ditions de Minuit, 1998, p. 146.<\/span> \u00bb. Du moment o\u00f9 il y a malentendu, o\u00f9 un public non initi\u00e9 renvoie une interpr\u00e9tation morale \u00e0 une proposition consid\u00e9r\u00e9e comme immorale, il y a un rejet, une sorte de censure qui peut aller jusqu\u2019\u00e0 la violence. Cela survient surtout lorsque l\u2019artiste transgresse les limites entre art et non-art et que, par cons\u00e9quent, sa strat\u00e9gie n\u2019est pas comprise.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, c\u2019est justement parce que son personnage fera de plus en plus l\u2019objet d\u2019une m\u00e9prise, qu\u2019en 1999 Sorbelli d\u00e9laissera d\u00e9finitivement son r\u00f4le de prostitu\u00e9. Il le remplacera toutefois par celui de l\u2019agress\u00e9. L\u2019agression physique qu\u2019il subissait en tant que pute de l\u2019art deviendra donc pour lui une nouvelle mati\u00e8re \u00e0 performance puisque d\u00e9sormais il va mettre en sc\u00e8ne, gr\u00e2ce \u00e0 la complicit\u00e9 d\u2019ami(e)s, des agressions sur sa personne. Deux de ces performances ont \u00e9t\u00e9 produites \u00e0 la Biennale de Venise en 1999, et au Guggenheim Museum de New York en 1998. Par cons\u00e9quent, en th\u00e9\u00e2tralisant ainsi l\u2019obscur objet du d\u00e9sir, celui o\u00f9 l\u2019amour peut se transformer en haine, Sorbelli poursuit sa mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la sc\u00e8ne artistique et la distance qu\u2019elle requiert entre l\u2019artiste et le public.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des bons rapports sociaux : question de distance ?<\/h2>\n\n\n\n<p>La plupart du temps, les titres des interventions de Sorbelli ne trompent pas. Que ce soit Tentative d\u2019un rapport avec un chef-d\u2019\u0153uvre (1994-1997), Donner, recevoir, c\u00e9l\u00e9bration d\u2019un rapport (1998), ou encore Tentatives de rapport avec la soci\u00e9t\u00e9 (1989-2004), il s\u2019agit toujours d\u2019exp\u00e9rimenter les liens de proximit\u00e9 entre lui et le spectateur, sinon avec les champs d\u2019autorit\u00e9 tels le milieu institutionnel de l\u2019art ou encore la police. Par exemple, lors de l\u2019exposition F\u00e9tiches et F\u00e9tichismes qui eut lieu \u00e0 l\u2019H\u00f4tel du Retz en 1998 la proposition de Sorbelli avait pour but de c\u00e9l\u00e9brer un rapport d\u2019intimit\u00e9 avec le public \u00e0 qui il demandait soit de le gifler, de le caresser, de lui cracher au visage, sinon de prendre, par t\u00e9l\u00e9phone, un rendez-vous pour voir jusqu\u2019o\u00f9 l\u2019artiste prostitu\u00e9 pouvait aller dans le priv\u00e9. Ces formes de partage d\u2019affects, o\u00f9 des passants sont invit\u00e9s \u00e0 explorer diverses interactions passionnelles, vont bien au-del\u00e0 des \u00e9changes socialement acceptables, o\u00f9 l\u2019estime, la d\u00e9f\u00e9rence, le respect, sont requis. S\u2019y trouve davantage mis en sc\u00e8ne ce qu\u2019on peut appeler, avec Georges Bataille, une \u00e9conomie du don o\u00f9 le commerce avec l\u2019autre ne s\u2019effectue plus uniquement au niveau des biens et des services, mais aussi au niveau de <span style=\"white-space: nowrap;\">l\u2019exc\u00e8s<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-11\" href=\"#footnote-11\"><sup>11<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-11\"><a href=\"#fn-ref-11\"> 11 <\/a> - \u00ab L\u2019histoire de l\u2019\u00e9rotisme \u00bb, \u0152uvres compl\u00e8tes VIII, Paris, Gallimard, 1976, p. 123.<\/span>. C\u2019est, en effet, dans ce d\u00e9bordement que les performances de Sorbelli explorent depuis ses d\u00e9buts les relations intersubjectives.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exposition Tentatives d\u2019un rapport avec la soci\u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e en 2004 \u00e0 la Galerie Maisonneuve (Paris) en t\u00e9moigne. Elle donnait \u00e0 voir des documents s\u2019\u00e9talant sur neuf ans (1990-1999) et d\u00e9crivant de mani\u00e8re \u00e9clat\u00e9e les exp\u00e9riences performatives de l\u2019artiste. Des photographies, des dessins, des notes de travail, des \u00e9changes administratifs, des articles de presse, des proc\u00e8s verbaux, des notifications d\u2019ordonnance p\u00e9nale, des avis de poursuite judiciaire montraient les traces d\u2019une pratique artistique qui investit \u00e0 ses risques certaines zones d\u2019incertitude entre l\u2019art et la r\u00e9alit\u00e9. Zones qui troublent \u00e9videmment ce que l\u2019on pourrait appeler la distance respectueuse inh\u00e9rente aux relations humaines. Or, justement, le philosophe Emmanuel Kant a soulign\u00e9 l\u2019importance du respect entre les personnes au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 de droit. Selon lui, le respect structure le monde humain en une intersubjectivit\u00e9 r\u00e9gl\u00e9e. Respecter l\u2019autre, c\u2019est en effet limiter mon propre vouloir en consid\u00e9rant autrui non seulement comme un moyen, mais aussi comme une fin en <span style=\"white-space: nowrap;\">soi<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-12\" href=\"#footnote-12\"><sup>12<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-12\"><a href=\"#fn-ref-12\"> 12 <\/a> - Fondements de la m\u00e9taphysique des m\u0153urs (1785), trad. Victor Delbos, Paris, \u00c9d. Delagrave, 1967, p. 148.<\/span>. C\u2019est ainsi que le respect instaure une distance favorable entre les personnes. C\u2019est ainsi \u00e9galement que l\u2019autre sera consid\u00e9r\u00e9 comme un sujet moral avant d\u2019\u00eatre vu comme un objet de d\u00e9sir. Par cons\u00e9quent, cette relation impose une proximit\u00e9 qui n\u2019en est pas moins distante, ce qui a \u00e9galement pour but de mettre hors circuit l\u2019\u00e9conomie libidinale. Mais alors, qu\u2019en est-il de cette distance du moment o\u00f9 l\u2019on se trouve dans le domaine artistique ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque de Kant, les diff\u00e9rents domaines de l\u2019art ob\u00e9issent \u00e0 une esth\u00e9tique qui est r\u00e9gie par une exp\u00e9rience commune du beau. Il faudra attendre les avant-gardes pour que les r\u00e8gles esth\u00e9tiques \u00e9clatent sous des activit\u00e9s qui \u00e9largissent le champ de l\u2019art jusqu\u2019\u00e0 vouloir se fondre dans la vie m\u00eame. C\u2019est ainsi, par exemple, que depuis les ann\u00e9es 1960, certaines interventions d\u2019artistes ont pu susciter la controverse sur le plan moral ou juridique. Sur ce point, les performances de Sorbelli ne font pas exception. On pourrait m\u00eame dire, que ses actions s\u2019inscrivent dans ce que certains appellent la tradition de la <span style=\"white-space: nowrap;\">transgression<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-13\" href=\"#footnote-13\"><sup>13<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-13\"><a href=\"#fn-ref-13\"> 13 <\/a> - Nathalie Heinich, dans l\u2019ouvrage d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, donne quelques exemples o\u00f9 des gestes d\u2019artistes ont eu maille \u00e0 partir avec les repr\u00e9sentants de la loi. Voir \u00ab Aux fronti\u00e8res de la morale \u00bb et \u00ab Aux fronti\u00e8res du droit \u00bb, op. cit., p. 146-173.<\/span>. Pour la sociologue Heinich, la transgression qui pr\u00e9vaut dans le monde de l\u2019art contemporain appartient essentiellement \u00e0 un jeu. Alors qu\u2019elle fut source de cr\u00e9ation au d\u00e9but de la modernit\u00e9, celle-ci est devenue avec l\u2019aide des institutions ce qu\u2019elle nomme une partie de mains chaudes dans laquelle la transgression est indissociable du rejet par le public et de l\u2019int\u00e9gration par les institutions. Parmi les artistes qui ont outrepass\u00e9 les bornes en ce qui a trait au respect de leur propre personne, Heinich mentionne ceux qui font partie de l\u2019actionnisme viennois. Elle aurait pu, tout aussi bien me semble-t-il, signaler les actions de Sorbelli qui, depuis 1993, d\u00e9frayaient souvent la manchette. Mais peut \u00eatre que l\u2019irrespect, dont fait preuve ce putain d\u2019artiste, permettait aussi de d\u00e9jouer le suppos\u00e9 triple jeu de l\u2019art contemporain.<\/p>\n\n\n\n<p>On l\u2019a vu, Sorbelli joue la plupart du temps \u00e0 ne pas jouer. Par cons\u00e9quent, la distance qui s\u00e9pare l\u2019artiste de sa proposition est souvent annul\u00e9e. Entre lui et les personnages qu\u2019il met en sc\u00e8ne il n\u2019y a pas de distance. Pour d\u00e9crire ce jeu, il parle lui-m\u00eame de <span style=\"white-space: nowrap;\">camouflage<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-14\" href=\"#footnote-14\"><sup>14<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-14\"><a href=\"#fn-ref-14\"> 14 <\/a> - Florence Louppe \u00ab Alberto Sorbelli. Au risque de l\u2019esth\u00e9tique \u00bb, Art Press, no 292.<\/span>. De sorte que, lorsqu\u2019il fait le secr\u00e9taire, la pute ou encore l\u2019agress\u00e9, il ne joue plus, il l\u2019est vraiment. L\u2019avantage de jouer \u00e0 ce jeu, c\u2019est que le public r\u00e9agit naturellement comme dans la vraie vie. Pour le r\u00f4le de la pute, par exemple, il n\u2019est pas un artiste travesti en pute, il est vraiment une pute offrant ses services. Par contre, pour le milieu de l\u2019art qui devait accueillir la plupart du temps involontairement ses interventions, ce camouflage ne peut \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9. Les mus\u00e9es acceptent sans difficult\u00e9 de montrer des \u0153uvres ou des performance ayant fait scandale, ils se font un honneur de pr\u00e9senter au public des \u0153uvres peintes pour lesquelles des courtisanes ont servi de mod\u00e8le, mais il est impensable d\u2019accepter un artiste qui joue si bien son jeu qu\u2019il n\u2019est pas pris pour un artiste, mais pour une putain qui semble avoir perdu son chemin. Cette attitude d\u2019\u00eatre au plus pr\u00e8s du r\u00e9el d\u00e9fie les r\u00e8gles de l\u2019art. C\u2019est pourquoi la censure, \u00e0 laquelle a eu droit Sorbelli, ne s\u2019explique pas uniquement par la provocation, mais aussi par l\u2019irr\u00e9v\u00e9rence dont il fait preuve lorsque, habill\u00e9 en prostitu\u00e9, il transgresse au nom de l\u2019inavouable d\u00e9sir la distance respectueuse.<\/p>\n\n\n<div style='display: none;'>Andr\u00e9-Louis Par\u00e9<\/div><div style='display: none;'>Andr\u00e9-Louis Par\u00e9<\/div><div style='display: none;'>Andr\u00e9-Louis Par\u00e9<\/div><div style='display: none;'>Andr\u00e9-Louis Par\u00e9<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[4486],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[3482],"artistes":[],"thematiques":[],"type_post":[],"class_list":["post-178723","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archive","category-post","numeros-56-irreverence-en","statuts-archive","auteurs-andre-louis-pare-en"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178723","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=178723"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178723\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":256310,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178723\/revisions\/256310"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=178723"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=178723"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=178723"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=178723"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=178723"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=178723"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=178723"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=178723"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=178723"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=178723"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=178723"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}