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{"id":178814,"date":"2005-09-01T19:45:00","date_gmt":"2005-09-02T00:45:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/delabyrinther-les-consciences\/"},"modified":"2022-11-03T13:22:20","modified_gmt":"2022-11-03T18:22:20","slug":"delabyrinther-les-consciences","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/delabyrinther-les-consciences\/","title":{"rendered":"<strong>D\u00e9labyrinther les consciences<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Dans le labyrinthe, je ne cours pas \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, je la parcours ind\u00e9finiment, la soup\u00e7onnant d\u2019\u00eatre un <span style=\"white-space: nowrap;\">mensonge<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Jean-Marc Desgent, \u00abJe ne reviendrai jamais du labyrinthe\u00bb, Les herbes rouges, no 123-124, 1984, p. 32.<\/span>.<\/p>\n<cite>Jean-Marc Desgent<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Le labyrinthe tout en perdant <span style=\"white-space: nowrap;\">retrouve<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Michel Foucault, \u00abLa m\u00e9tamorphose et le labyrinthe\u00bb, Nouvelle revue fran\u00e7aise, col. XXI, no 124, avril 1963, p. 651.<\/span>.<\/p>\n<cite>Michel Foucault<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>Comment se fait-il que le mus\u00e9e, malgr\u00e9 ses enfilades de pi\u00e8ces de plus en plus nombreuses et ses entrelacs confondants, apparaisse si rarement \u00e0 ses visiteurs comme un labyrinthe? Une partie de la r\u00e9ponse r\u00e9side tr\u00e8s certainement dans les solutions retenues quant \u00e0 son organisation d\u00e8s son invention \u00e0 la fin du 18e si\u00e8cle. Alors que l\u2019on s\u2019entend rapidement sur son mandat p\u00e9dagogique, les discussions quant \u00e0 la disposition des oeuvres dans l\u2019espace sont beaucoup plus <span style=\"white-space: nowrap;\">ardues<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - Cf. Dominique Poulot, Mus\u00e9e, nation, patrimoine, 1789-1815, Paris, Gallimard (Biblioth\u00e8que des histoires), 1997, 406 p.<\/span>. Comment devait-on proc\u00e9der pour d\u00e9terminer la place des oeuvres les unes par rapport aux autres? Fallait-il s\u2019en remettre \u00e0 une pr\u00e9sentation chronologique? Ne valait-il pas mieux recourir \u00e0 une organisation par p\u00e9riode et par \u00e9cole, afin de permettre au visiteur, au fil de sa d\u00e9ambulation, de suivre la marche de l\u2019histoire? Dans tous les cas, ce dernier \u00e9tait invit\u00e9 \u00e0 une promenade balis\u00e9e constitu\u00e9e d\u2019une suite de stations oblig\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019ailleurs, encore aujourd\u2019hui, les plans mis \u00e0 la disposition du visiteur semblent moins servir \u00e0 identifier les salles et les oeuvres expos\u00e9es qu\u2019\u00e0 lui indiquer continuellement la configuration des lieux qu\u2019il parcourt afin de le rassurer en lui confirmant qu\u2019il n\u2019a pas d\u00e9riv\u00e9 hors des sentiers arpent\u00e9s. Pourtant, j\u2019aimerais bien pouvoir m\u2019y \u00e9garer, me croire, par exemple, dans le mus\u00e9e d\u00e9crit par Serge Brussolo dans sa nouvelle de science-fiction Trajets et itin\u00e9raires de <span style=\"white-space: nowrap;\">l\u2019oubli<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Serge Brussolo, Trajets et itin\u00e9raires de l\u2019oubli, Paris, Deno\u00ebl (Folio), 2002, p. 28.<\/span>, gigantesque labyrinthe \u00e0 \u00e9tages si grand que, pour en faire le tour et en sortir, il faut pr\u00e9voir quelques ann\u00e9es. Je m\u2019imagine, tels les personnages de la nouvelle, p\u00e9n\u00e9trant dans cet \u00e9difice o\u00f9 des machines dispos\u00e9es un peu partout fournissent des aliments et des boissons, o\u00f9 l\u2019on peut dormir, la nuit venue, sur les banquettes, apr\u00e8s avoir fait sa toilette en utilisant des cabines pr\u00e9vues \u00e0 cet effet.<\/p>\n\n\n\n<p>Si une telle exp\u00e9rience est si difficilement imaginable, c\u2019est que l\u2019on a trop peu m\u00e9dit\u00e9 ce vers de l\u2019Inscription pour un labyrinthe de Daniel Caspar von Lohenstein : \u00abMais qui erre raisonnablement \u00e0 travers l\u2019\u00e9difice, celui-l\u00e0 trouvera le chemin de son salut, le fil conducteur de la <span style=\"white-space: nowrap;\">v\u00e9rit\u00e9<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - Cit\u00e9 par Gustav Ren\u00e9 Hocke, Labyrinthe de l\u2019art fantastique. Le mani\u00e9risme dans l\u2019art europ\u00e9en, Paris, Deno\u00ebl\/Gonthier (M\u00e9diations), 1967, p. 136.<\/span>.\u00bb Voil\u00e0 aussi pourquoi certains artistes, voulant contester la sc\u00e9nographie mus\u00e9ale habituelle et sa promenade plaisante, vont recourir \u00e0 la formule du labyrinthe.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le labyrinthe critico-ludique<\/h2>\n\n\n\n<p>En 1959, dans le cadre d\u2019une exposition qui devait leur \u00eatre consacr\u00e9e par le Stedelijk Museum d\u2019Amsterdam, les situationnistes vont \u00e9laborer un projet de <span style=\"white-space: nowrap;\">labyrinthe<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-6\" href=\"#footnote-6\"><sup>6<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-6\"><a href=\"#fn-ref-6\"> 6 <\/a> - Pour un compte rendu partisan de cette aventure, cf. Anonyme, \u00abDie welt als Labyrinth\u00bb, Internationale situationniste, no 4, juin 1960, p. 5-7.<\/span>. V\u00e9ritable manifestation anti-mus\u00e9e, les membres du groupe avaient pr\u00e9vu faire construire un mur, dans lequel une porte aurait \u00e9t\u00e9 am\u00e9nag\u00e9e afin que l\u2019on puisse acc\u00e9der au labyrinthe sans avoir \u00e0 traverser le mus\u00e9e et \u00e9viter ainsi d\u2019\u00eatre contamin\u00e9 par son principe d\u2019ordonnance.<\/p>\n\n\n\n<p>Devant occuper les salles 36 et 37, le labyrinthe se d\u00e9ployait sur un parcours de pr\u00e8s de 3 kilom\u00e8tres et s\u2019opposait au caract\u00e8re contr\u00f4l\u00e9 et aseptis\u00e9 de l\u2019institution, en comportant \u00abdes \u00e9l\u00e9ments d\u2019atmosph\u00e8re <span style=\"white-space: nowrap;\">ludiques<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-7\" href=\"#footnote-7\"><sup>7<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-7\"><a href=\"#fn-ref-7\"> 7 <\/a> - Anonyme, \u00abProchains travaux situationnistes\u00bb, Potlatch, no 30, Nouvelle S\u00e9rie, no 1, 15 juillet 1959.<\/span> \u00bb; c\u2019est-\u00e0-dire que le visiteur devait s\u2019y d\u00e9placer en affrontant de la pluie, du vent et du brouillard. La pr\u00e9sence de ces \u00e9l\u00e9ments climatiques laisse \u00e0 penser que le but de l\u2019exercice \u00e9tait de permettre aux visiteurs de faire l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une d\u00e9rive. En ce sens, cette situation construite appartient aux tentatives du groupe pour r\u00e9aliser le d\u00e9passement de l\u2019art.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, les situationnistes avaient aussi pr\u00e9vu jouer avec les intensit\u00e9s lumineuses et les ambiances sonores, tout en utilisant le tunnel de peinture industrielle de Pinot-Gallizio et les palissades d\u00e9tourn\u00e9es de Maurice Wyckaert comme obstacles \u00e0 la progression de la d\u00e9ambulation, d\u00e9sacralisant encore un peu plus la pratique artistique susceptible de transpara\u00eetre \u00e0 travers ces oeuvres. L\u2019ensemble de l\u2019organisation s\u2019articulait autour d\u2019un jeu de portes maniables d\u2019un seul c\u00f4t\u00e9, interdisant les retours en arri\u00e8re et favorisant les possibilit\u00e9s d\u2019\u00e9garement. Malgr\u00e9 son caract\u00e8re ludique, le labyrinthe n\u2019est cependant jamais un simple divertissement; l\u2019objectif r\u00e9el \u00e9tant de subvertir le domaine de l\u2019art.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que le projet s\u2019int\u00e8gre admirablement dans leur pratique, les situationnistes vont tout de m\u00eame renoncer \u00e0 sa r\u00e9alisation, trouvant que les conditions de production rel\u00e8vent justement trop du \u00abstyle <span style=\"white-space: nowrap;\">\u201cMus\u00e9e\u201d<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-8\" href=\"#footnote-8\"><sup>8<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-8\"><a href=\"#fn-ref-8\"> 8 <\/a> - Debord et Wyckaert, lettre aux membres de la section allemande dat\u00e9e du 15 avril 1960, reproduite dans Guy Debord, Correspondance, volume 1, Paris, Arth\u00e8me Fayard, 1999, p. 330.<\/span> \u00bb et que, sur ce point, ils ne veulent faire aucun compromis. Pendant un temps, ils exploreront la possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9riger le labyrinthe dans un autre b\u00e2timent ou encore sur un terrain vague, afin de mieux l\u2019int\u00e9grer \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 urbaine et mettre en valeur son v\u00e9ritable caract\u00e8re critique, soit l\u2019inclusion de l\u2019art dans la vie quotidienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970, on r\u00e9alise un projet similaire \u00e0 Montr\u00e9al. Intitul\u00e9 Vive la rue Saint-Denis, il s\u2019inscrit, comme l\u2019indique Marcel Saint-Pierre, dans une s\u00e9rie d\u2019actions qui \u00abconcourent \u00e0 la transformation de la vie quotidienne et de son d\u00e9cor urbain. Plus encore, ces interventions tendent \u00e0 modifier un \u00e9tat social et, par extension, la conscience politique et culturelle d\u2019une <span style=\"white-space: nowrap;\">collectivit\u00e9<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-9\" href=\"#footnote-9\"><sup>9<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-9\"><a href=\"#fn-ref-9\"> 9 <\/a> - Marcel Saint-Pierre, \u00abA Quebec Art Scenic Tour\u00bb, Opus International, no 35, mai 1972, p. 21.<\/span>.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Install\u00e9 dans le gymnase de l\u2019\u00e9cole secondaire Jean-Jacques Olier, le labyrinthe visait \u00e0 amener son utilisateur \u00e0 prendre conscience de l\u2019environnement dans lequel il vit. Cet \u00ab<span style=\"white-space: nowrap;\">environnement-spectacle<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-10\" href=\"#footnote-10\"><sup>10<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-10\"><a href=\"#fn-ref-10\"> 10 <\/a> - L\u2019expression est utilis\u00e9e par Yves Robillard, un des initiateurs du projet. Le labyrinthe est une oeuvre collective r\u00e9alis\u00e9e, entre autres, par Yves Robillard, Yves Robert, Fran\u00e7ois Charbonneau, France Renaud et Gilles Cusson.<\/span>\u00bb, dont l\u2019imagerie porte sur la rue Saint-Denis (autant sur l\u2019architecture des b\u00e2timents que sur le mode de vie de ses habitants), est constitu\u00e9 d\u2019un diaporama pr\u00e9sent\u00e9 sur cinq \u00e9crans, de grandes photos et d\u2019un film. Se voulant une invitation \u00e0 l\u2019aventure dans un monde o\u00f9 elle n\u2019existe plus, sa travers\u00e9e \u00e9tait avant tout un moyen de rendre le visiteur disponible \u00e0 de nouvelles images et de nouvelles id\u00e9es. Contrairement \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience du mus\u00e9e, o\u00f9 l\u2019observation se fait avec les yeux apr\u00e8s un d\u00e9placement physique, le labyrinthe demande une perception de tout le corps. Le projet se voulait d\u2019ailleurs une alternative \u00e0 la faillite du mus\u00e9e quant \u00e0 son mandat p\u00e9dagogique, car comme Robillard l\u2019indique alors \u00e0 Normand Th\u00e9riault du journal La Presse, \u00able mus\u00e9e est une biblioth\u00e8que qui a, comme toutes les biblioth\u00e8ques, \u00e0 s\u2019am\u00e9liorer. Les mus\u00e9es ne peuvent que servir \u00e0 des fins \u00e9ducatives, pour l\u2019\u00e9ducation : on sait cependant qu\u2019on doit repenser <span style=\"white-space: nowrap;\">l\u2019\u00e9ducation<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-11\" href=\"#footnote-11\"><sup>11<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-11\"><a href=\"#fn-ref-11\"> 11 <\/a> - Yves Robillard, dans Normand Th\u00e9riault, \u00abL\u2019\u00e9nigme de la rue Saint-Denis\u00bb, La Presse, 27 f\u00e9vrier 1971; reproduit dans Qu\u00e9bec Underground 1962-1972, tome 1, Montr\u00e9al, M\u00e9diart, 1973, p. 307.<\/span>.\u00bb En ce sens, le labyrinthe se veut un instrument de prise de conscience des luttes sociales. Pour ses organisateurs, l\u2019\u00e9v\u00e9nement est une nouvelle forme d\u2019animation culturelle, qui est aussi une forme d\u2019intervention sociale, cherchant \u00e0 remettre en cause le fonctionnement de la soci\u00e9t\u00e9 entendue comme v\u00e9ritable machine \u00e0 ali\u00e9ner le citoyen.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, selon Marcel Saint-Pierre, ce type de labyrinthe, malgr\u00e9 le renouvellement de la vision qu\u2019il offre, repose trop exclusivement sur son exp\u00e9rimentateur. Pour peu qu\u2019il \u00abne d\u00e9passe gu\u00e8re l\u2019exp\u00e9rimentation physique de la structure labyrinthique, cela ne fait que confirmer l\u2019inadaptation croissante de la notion de spectateur \u00e0 l\u2019art d\u2019aujourd\u2019hui, l\u2019enlisement dans l\u2019habitude de l\u2019art, <span style=\"white-space: nowrap;\">l\u2019aveuglement<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-12\" href=\"#footnote-12\"><sup>12<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-12\"><a href=\"#fn-ref-12\"> 12 <\/a> - Marcel Saint-Pierre, \u00abA Quebec Art Scenic Tour and his &#8220;contradictions itin\u00e9raires&#8221;\u00bb; reproduit dans Qu\u00e9bec Underground 1962-1972, tome 1, Montr\u00e9al, M\u00e9diart, 1973, p. 465.<\/span>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le labyrinthe mus\u00e9e<\/h2>\n\n\n\n<p>La faillite de ces exp\u00e9riences, qui rel\u00e8ve, pour reprendre l\u2019expression de Jean Clair, des \u00abid\u00e9ologies <span style=\"white-space: nowrap;\">antimus\u00e9ales<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-13\" href=\"#footnote-13\"><sup>13<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-13\"><a href=\"#fn-ref-13\"> 13 <\/a> - Jean Clair, \u00abErostrate ou le mus\u00e9e en question\u00bb, dans Revue d\u2019Esth\u00e9tique, no 3-4, 1974, \u00abL\u2019art de masse n\u2019existe pas\u00bb, Paris, Union G\u00e9n\u00e9rale d\u2019\u00e9ditions (10-18), p. 185-205.<\/span>\u00bb, est particuli\u00e8rement visible dans la r\u00e9cup\u00e9ration de l\u2019id\u00e9e du labyrinthe par les services \u00e9ducatifs des mus\u00e9es, qui cherchent \u00e0 agr\u00e9menter la visite des lieux en rendant l\u2019\u00e9tablissement plus convivial et plus attractif. La proposition d\u2019Abraham Moles et d\u2019Elisabeth Rohmer pour constituer des labyrinthes mus\u00e9es, permettant de \u00abjouer avec les oeuvres existantes en les combinant entre elles de fa\u00e7on nouvelle pour les faire revivre dans un tout original sujet d\u2019une <span style=\"white-space: nowrap;\">exp\u00e9rience<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-14\" href=\"#footnote-14\"><sup>14<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-14\"><a href=\"#fn-ref-14\"> 14 <\/a> - Abraham Moles et Elisabeth Rohmer, Labyrinthes du v\u00e9cu. L\u2019espace : mati\u00e8re d\u2019actions, Paris, Librairie des M\u00e9ridiens, 1982, p. 90.<\/span>\u00bb, semble s\u2019inscrire dans une telle d\u00e9marche.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon les deux auteurs, cela devrait permettre \u00abde rem\u00e9dier \u00e0 la banalisation des chefs-d\u2019oeuvre en rendant au mus\u00e9e sa fonction premi\u00e8re, celle d\u2019\u00eatre un lieu de communication, de plaisir <span style=\"white-space: nowrap;\">esth\u00e9tique<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-15\" href=\"#footnote-15\"><sup>15<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-15\"><a href=\"#fn-ref-15\"> 15 <\/a> - Ibid., p. 91.<\/span>\u00bb. Afin que l\u2019exp\u00e9rience soit r\u00e9ussie, le labyrinthe doit \u00eatre assez complexe pour cr\u00e9er de l\u2019int\u00e9r\u00eat et inciter \u00e0 l\u2019exploration, sans donner l\u2019impression qu\u2019il peut \u00eatre difficile d\u2019en ressortir \u2013 pour ne pas \u00eatre source de stress et d\u2019angoisse \u2013, son principal objectif \u00e9tant de rendre le visiteur actif et de lui laisser croire que son d\u00e9placement suffit \u00e0 faire surgir l\u2019art. Loin d\u2019\u00eatre une simple structure servant \u00e0 exposer des oeuvres, ce labyrinthe mus\u00e9e doit constituer une v\u00e9ritable cr\u00e9ation artistique.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 premi\u00e8re vue, Robert Morris semble s\u2019\u00eatre attel\u00e9 \u00e0 un tel programme, alors qu\u2019il est invit\u00e9 par le mus\u00e9e de Lyon \u00e0 r\u00e9aliser, durant trois \u00e9t\u00e9s cons\u00e9cutifs (1998-1999-2000), une intervention \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019\u00e9tablissement. Pour sa premi\u00e8re exposition, qui consiste \u00e0 red\u00e9ployer dans l\u2019espace certaines de ses oeuvres r\u00e9alis\u00e9es depuis les ann\u00e9es <span style=\"white-space: nowrap;\">1960<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-16\" href=\"#footnote-16\"><sup>16<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-16\"><a href=\"#fn-ref-16\"> 16 <\/a> - Il s\u2019agit de Passageway (1961), Threadwaste (1968), Mirror Film (1969-1971), ainsi que William Mirrors (1977) et Portland Mirrors (1977).<\/span>, il choisit d\u2019opter pour \u00abune division de la pi\u00e8ce et un positionnement des oeuvres qui [lui] paraissaient convenir \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019architecture et aux oeuvres <span style=\"white-space: nowrap;\">[\u2026]<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-17\" href=\"#footnote-17\"><sup>17<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-17\"><a href=\"#fn-ref-17\"> 17 <\/a> - Robert Morris, From Mnemosyne to clio : The Mirror to the Labyrinth (1998-1999-2000), Lyon, Mus\u00e9e d\u2019Art contemporain \/ Milan, Skira, 2000, p. 44.<\/span>\u00bb. Bien que son statut de labyrinthe ne soit pas \u00e9vident, il appara\u00eet clairement que cette exposition est une installation, puisqu\u2019elle impose de repenser l\u2019espace architectur\u00e9 en tant que nouvelle oeuvre.<\/p>\n\n\n\n<p>De fait, si l\u2019on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 sa d\u00e9finition canonique qui pr\u00e9cise que le labyrinthe est une construction \u00e0 acc\u00e8s unique, dont le parcours peut \u00eatre simple, tortueux, voir m\u00eame en forme de spirale, mais n\u2019offrant aucun choix et se terminant le plus souvent, au centre, ce qui oblige \u00e0 reprendre le m\u00eame chemin pour en sortir, on doit reconna\u00eetre que la mise en exposition correspond \u00e0 ce mod\u00e8le sommaire; la m\u00eame porte faisant office d\u2019entr\u00e9e et de sortie, ce sera le cas pour les trois interventions, et la derni\u00e8re salle donnant l\u2019impression de se retrouver dans un cul-de-sac, l\u2019effet \u00e9tant accentu\u00e9 par la circularit\u00e9 de celle-ci, les \u00e9l\u00e9ments importants de la d\u00e9finition s\u2019y retrouve. Cependant, le refus de Morris d\u2019indiquer un parcours clair et d\u2019offrir plut\u00f4t l\u2019acc\u00e8s \u00e0 trois des oeuvres simultan\u00e9ment semble d\u00e9roger \u00e0 la r\u00e8gle. En gardant \u00e0 l\u2019esprit que pour l\u2019artiste, \u00ables labyrinthes se situent [&#8230;] quelque part entre l\u2019architecture et la <span style=\"white-space: nowrap;\">sculpture<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-18\" href=\"#footnote-18\"><sup>18<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-18\"><a href=\"#fn-ref-18\"> 18 <\/a> - Ibid., p. 46.<\/span>\u00bb et qu\u2019ils sont particuli\u00e8rement int\u00e9ressants parce que le spectateur peut y p\u00e9n\u00e9trer, on saisit mieux pourquoi la conception de l\u2019installation rel\u00e8ve du mod\u00e8le du labyrinthe.<\/p>\n\n\n\n<p>En analysant trois des oeuvres utilis\u00e9es dans ce dispositif, on per\u00e7oit nettement les diff\u00e9rentes facettes de l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019artiste pour cette forme. Pour Passageway, Morris imagine un passage incurv\u00e9 de la m\u00eame dimension que la porte, enti\u00e8rement peint en gris (plafond, sol, mur), dans lequel on entend le bruit d\u2019une montre et des battements de coeur. Plus le visiteur avance, plus il constate que le corridor se r\u00e9tr\u00e9cit, bloquant sa progression, plus ou moins rapidement selon sa corpulence, pour in\u00e9vitablement finir dans un cul-de-sac. Pour Threadwaste, constitu\u00e9 d\u2019amas de fils et de miroirs, Morris joue avec l\u2019id\u00e9e du fil d\u2019Ariane qui permet la sortie du labyrinthe. Mais ici, ce fil ressemble beaucoup plus \u00e0 un miroir aux alouettes qui, loin de nous sauver, nous perd pour notre plus grande joie. Dans Wiliams Mirrors, oeuvre centrale de l\u2019exposition \u00e0 partir de laquelle s\u2019est faite la s\u00e9lection des autres composantes, l\u2019artiste a recourt \u00e0 une variante du labyrinthe, soit le d\u00e9dale. Celui-ci se distingue du labyrinthe proprement dit en offrant plusieurs chemins qui aboutissent n\u00e9anmoins \u00e0 la m\u00eame place; l\u2019enjeu pour celui qui le parcourt \u00e9tant de trouver le chemin le plus <span style=\"white-space: nowrap;\">court<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-19\" href=\"#footnote-19\"><sup>19<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-19\"><a href=\"#fn-ref-19\"> 19 <\/a> - Sur ces distinctions, cf. Jacques Attali, Chemins de sagesse. Trait\u00e9 du labyrinthe, Paris, Fayard, coll. 1996, p. 33.<\/span>. Selon l\u2019artiste, cette oeuvre correspond \u00e0 une telle forme, parce qu\u2019elle \u00abdemande au spectateur ou \u00e0 la spectatrice de faire <span style=\"white-space: nowrap;\">l\u2019\u0153uvre<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-20\" href=\"#footnote-20\"><sup>20<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-20\"><a href=\"#fn-ref-20\"> 20 <\/a> - Robert Morris dans Rosalind Krauss, \u00abInterview avec Robert Morris. Autour du probl\u00e8me corps\/esprit\u00bb, dans Art Press, no 193, juillet-ao\u00fbt 1994, p. 30.<\/span>\u00bb en s\u2019y promenant et en faisant se r\u00e9fl\u00e9chir leur image \u00e0 l\u2019infini, brouillant les rep\u00e8res visuels et d\u00e9multipliant les points de vue cr\u00e9ant de la sorte un espace <span style=\"white-space: nowrap;\">virtuel<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-21\" href=\"#footnote-21\"><sup>21<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-21\"><a href=\"#fn-ref-21\"> 21 <\/a> - Ibid.<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019analyse de ces oeuvres nous indique que Morris utilise la notion de labyrinthe tant\u00f4t dans un sens litt\u00e9ral tant\u00f4t dans un sens m\u00e9taphorique. Comme l\u2019a fait remarquer Maurice Berger, \u00e0 partir de Passageway, il n\u2019aura de cesse d\u2019exp\u00e9rimenter les \u00e9tats provoqu\u00e9s par cette <span style=\"white-space: nowrap;\">forme<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-22\" href=\"#footnote-22\"><sup>22<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-22\"><a href=\"#fn-ref-22\"> 22 <\/a> - Maurice Berger, Labyrinths. Robert Morris, Minimalism, and the 1960s, New York, Harper &amp; Row, 1989, particuli\u00e8rement le chapitre 5, intitul\u00e9 Labyrinths : A search for the self, p. 129-166. Ce travail exploratoire l\u2019am\u00e8ne aussi \u00e0 r\u00e9aliser en 1974 un grand labyrinthe circulaire d\u2019un diam\u00e8tre de 9 m\u00e8tres pour l\u2019Institute of Contemporary Art de Philadelphie, ainsi qu\u2019un labyrinthe de forme triangulaire \u00e0 Pistolia en 1982.<\/span>. Pour l\u2019artiste, ce dispositif permet de cristalliser son int\u00e9r\u00eat pour le temps, un des \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9s de son travail, int\u00e9r\u00eat qu\u2019il questionne \u00e0 travers celui que prend le spectateur pour explorer l\u2019oeuvre, la parcourir dans tous les sens, la traverser et en revenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le projet d\u00e9velopp\u00e9 lors de son second s\u00e9jour, Morris construit un v\u00e9ritable d\u00e9dale. D\u00e8s l\u2019entr\u00e9e de la salle, on s\u2019engouffre dans un corridor qui n\u2019est pas sans rappeler celui de Passageway, bien que l\u2019incurvation soit invers\u00e9e. Les murs de contreplaqu\u00e9 ont une hauteur de 200 cm, ce qui emp\u00eache de voir l\u2019organisation de l\u2019ensemble et de deviner le dessin du parcours. Plusieurs des trajets propos\u00e9s se terminent en cul-de-sac, mais ceux-ci sont difficilement discernables, car des ouvertures sont souvent visibles au bout du couloir, ce qui laisse \u00e0 penser qu\u2019un passage y a \u00e9t\u00e9 am\u00e9nag\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le but de cr\u00e9er un lien avec la premi\u00e8re installation, Morris d\u00e9cide de recourir de nouveau \u00e0 des projections; celles-ci, r\u00e9alis\u00e9es sur des surfaces blanches \u00e0 l\u2019aide de projecteurs d\u00e9pos\u00e9s directement sur le sol, permettent de voir des performances ant\u00e9rieures de l\u2019artiste. Bien que des fils descendant du plafond ainsi que le son indiquent la pr\u00e9sence des projections, ces oeuvres ne sont apparentes qu\u2019au moment o\u00f9 on les croise lors de la circulation dans l\u2019espace. Pr\u00e9sent\u00e9es en boucle, les performances donnent, selon l\u2019artiste, l\u2019impression de \u00abflotter\u00bb, ce qui cr\u00e9e chez le spectateur le sentiment que le temps s\u2019est <span style=\"white-space: nowrap;\">arr\u00eat\u00e9<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-23\" href=\"#footnote-23\"><sup>23<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-23\"><a href=\"#fn-ref-23\"> 23 <\/a> - Robert Morris, op. cit., p. 50.<\/span>. Cette strat\u00e9gie vise ainsi \u00e0 faire absorber les diff\u00e9rentes temporalit\u00e9s des oeuvres projet\u00e9es dans \u00abl\u2019atmosph\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019oeuvre tout <span style=\"white-space: nowrap;\">enti\u00e8re<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-24\" href=\"#footnote-24\"><sup>24<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-24\"><a href=\"#fn-ref-24\"> 24 <\/a> - Katia Baudin et Catherine Grenier, \u00abBiographie\u00bb, dans Robert Morris, Paris, Centre Georges Pompidou, 1995, p. 283.<\/span>\u00bb. L\u2019attention port\u00e9e au temps et \u00e0 son apparente dissolution cherche \u00e0 cr\u00e9er un lieu permettant la r\u00e9flexion, ce qui t\u00e9moigne, dans un contexte social o\u00f9 le temps semble tout r\u00e9genter, d\u2019une pr\u00e9occupation \u00e0 redonner \u00e0 chacun une exp\u00e9rience de la libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette utilisation du d\u00e9dale \u00e0 des fins de conscientisation se retrouve aussi dans White Nights, troisi\u00e8me intervention de l\u2019artiste \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du mus\u00e9e de Lyon. Pour celle-ci, Morris a choisi de reconstituer le dessin du parcours de l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente d\u2019apr\u00e8s les souvenirs qui lui en restaient. Cette oeuvre, constitu\u00e9e de voilages blancs de 300 cm de haut et de miroirs, reprend quelques-uns des trajets, mais en propose aussi de tout nouveaux. Aussi, loin de se limiter \u00e0 la m\u00e9moire requise du visiteur pour revenir \u00e0 son point de d\u00e9part sans faire trop de d\u00e9rives involontaires, le d\u00e9dale convoque en m\u00eame temps la m\u00e9moire collective.<\/p>\n\n\n\n<p>Contrairement aux deux premi\u00e8res interventions, Morris n\u2019a pas uniquement recours \u00e0 ses propres oeuvres pour les projections. Reprenant Mirror Film, d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent\u00e9 lors de la premi\u00e8re exposition et qui consiste en une repr\u00e9sentation de lui marchant en rond dans la neige avec dans les mains un miroir qui refl\u00e8te le paysage, l\u2019artiste utilise aussi des images d\u2019archives de l\u2019occupation, de la r\u00e9sistance et des combats pour la lib\u00e9ration de Lyon. Le dispositif de projection, une table tournante sur laquelle sont plac\u00e9s deux projecteurs \u00e0 diapositives et un projecteur vid\u00e9o, envoie les images sur le voilage, que ce dernier ne freine pas, et sur les miroirs qui les refl\u00e8tent ailleurs dans l\u2019espace, les faisant se croiser et se superposer, donnant \u00e0 l\u2019ensemble un air fantomatique.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne saurait s\u2019\u00e9tonner qu\u2019une table tournante laisse appara\u00eetre des spectres, bien que ce n\u2019est pas l\u00e0 le r\u00f4le de cette convocation des \u00e9l\u00e9ments du pass\u00e9 collectif et de l\u2019histoire de l\u2019art r\u00e9cent dans cet espace baign\u00e9 d\u2019un air de Simon Boccanegra de Verdi, qui circule d\u2019un des huit haut-parleurs \u00e0 l\u2019autre. Cette rencontre des \u00e9l\u00e9ments doit d\u00e9sorienter le visiteur sans jamais le contraindre \u00e0 une seule position, car Morris choisit d\u2019exploiter le pouvoir psychomoteur de ce tourbillon pour provoquer une exp\u00e9rience sensible de la conscience historique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le labyrinthe, comme th\u00e9\u00e2tre des op\u00e9rations de l\u2019offensive contre le mus\u00e9e, ne doit pas nous faire perdre de vue que ce dernier a, \u00e0 maintes reprises, fait preuve de \u00absouplesses institutionnelles et de flexibilit\u00e9s <span style=\"white-space: nowrap;\">spatiales<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-25\" href=\"#footnote-25\"><sup>25<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-25\"><a href=\"#fn-ref-25\"> 25 <\/a> - Bernard Deloche, Le mus\u00e9e virtuel. Vers une \u00e9thique des nouvelles images, Paris, Presses Universitaires de France (Questions actuelles), 2001, p. 108.<\/span>\u00bb, pour reprendre la belle formule de Bernard Deloche qui vise \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer ses plus virulents contestataires. Si l\u2019utilisation de la formule du labyrinthe apparut toujours comme une exp\u00e9rimentation de l\u2019espace, elle fut aussi, le plus souvent, une entreprise de conscientisation. En refusant la chronologie du mus\u00e9e, tout en pla\u00e7ant l\u2019utilisateur hors de son temps, le labyrinthe procure une exp\u00e9rience de l\u2019anachronique. C\u2019est paradoxalement \u00e0 ce prix que la circulation en ses murs, pleine d\u2019emb\u00fbches et de d\u00e9tours, oblige le visiteur \u00e0 prendre conscience de son temps et \u00e0 le questionner \u2013 pas seulement celui qu\u2019il prend pour traverser, mais celui dans lequel il vit, aussi bien sur un plan quotidien qu\u2019historique. Circuler dans son espace permet certes de varier les impressions et de complexifier les points de vue, de faire sienne l\u2019exp\u00e9rience du dispositif architectural, mais surtout de r\u00e9affirmer une fonction donn\u00e9e au mus\u00e9e \u00e0 son origine, la formation de la conscience citoyenne.<\/p>\n<div style='display: none;'>Pierre Rannou<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[4504],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[969],"artistes":[],"thematiques":[],"type_post":[],"class_list":["post-178814","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archive","category-post","numeros-55-derives-ii-en","statuts-archive","auteurs-pierre-rannou-en"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178814","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=178814"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178814\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=178814"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=178814"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=178814"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=178814"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=178814"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=178814"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=178814"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=178814"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=178814"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=178814"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=178814"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}