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{"id":178823,"date":"2005-09-01T19:40:00","date_gmt":"2005-09-02T00:40:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/flaneuse-vue-du-trottoir\/"},"modified":"2022-11-03T13:30:53","modified_gmt":"2022-11-03T18:30:53","slug":"flaneuse-vue-du-trottoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/flaneuse-vue-du-trottoir\/","title":{"rendered":"<strong>Fl\u00e2neuse. Vue du trottoir.<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019une des plus dangereuses cat\u00e9gories sociales qui existent\u2026 est la femme seule qui voyage. Elle est inoffensive, voire utile, mais parfois elle invite au crime. Elle est sans appui. Elle va d\u2019un endroit \u00e0 un autre. Elle dispose de ressources suffisantes pour vivre \u00e0 l\u2019h\u00f4tel dans n\u2019importe quel pays. Elle se perd la plupart du temps dans un labyrinthe d\u2019obscures pensions de familles. Elle ressemble au poussin \u00e9gar\u00e9 dans un monde de renards. Quand elle se fait d\u00e9vorer, on s\u2019aper\u00e7oit \u00e0 peine de sa disparition. Je redoute fort qu\u2019il ne soit arriv\u00e9 malheur \u00e0 Lady Frances <span style=\"white-space: nowrap;\">Carfax<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Sir Arthur Conan Doyle, \u00abLa disparition de Lady Frances Carfax\u00bb, Oeuvres compl\u00e8tes VII, trad. de l\u2019anglais par Bernard Tourville, Paris, Robert Laffont, 1960, p. 356-357.<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Je transporte pratiquement toujours dans mon sac \u00e0 main plusieurs articles : un stylo, un carnet, des cl\u00e9s, de l\u2019argent, une lampe de poche, du rouge \u00e0 l\u00e8vres et un livre. De tous ces objets, c\u2019est le livre que j\u2019utilise de fa\u00e7on la plus \u00e9vidente. Je m\u2019en sers souvent pour d\u00e9courager les sollicitations importunes quand je me trouve dans les quartiers de la ville reconnus pour l\u2019omnipr\u00e9sence de l\u2019industrie du sexe. Auparavant, quand je me promenais seule dans la rue, on m\u2019abordait souvent pour des services sexuels, quelle que soit la fa\u00e7on dont j\u2019\u00e9tais v\u00eatue, m\u00eame si je n\u2019avais regard\u00e9 personne dans les yeux et malgr\u00e9 tous les signes indiquant que je n\u2019\u00e9tais pas sur le march\u00e9. Un jour, exasp\u00e9r\u00e9e, j\u2019ai demand\u00e9 \u00e0 une amie comment elle faisait pour se promener seule sans se faire d\u00e9ranger. \u00abJe transporte un livre avec moi, a-t-elle r\u00e9pondu, \u00e7a marche \u00e0 tout coup.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis ce jour, j\u2019ai toujours un livre \u00e0 port\u00e9e de la main, que je sors de mon sac quand je dois attendre dans un lieu public, et il m\u2019arrive souvent de lire en marchant. Il s\u2019agit d\u2019un d\u00e9guisement \u00e0 la fois simple et brillant. Dans ses judicieuses observations des codes r\u00e9gissant la marche, mon amie avait mis le doigt sur le geste qui pouvait d\u00e9tourner les regards et faire en sorte que ma pr\u00e9sence publique solitaire n\u2019offre plus l\u2019image d\u2019une personne disponible mais plut\u00f4t celle d\u2019une personne absorb\u00e9e dans la lecture d\u2019un livre. De plus, elle a reconnu la nature intrins\u00e8quement performative de la pr\u00e9sence publique, et que les codes r\u00e9gissant le comportement, la fa\u00e7on de se v\u00eatir et le maintien sont hautement prescrits et \u00ablus\u00bb dans le cadre de la s\u00e9miotique de la ville.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi donc, nos promenades constituent autant de repr\u00e9sentations. \u00abPas le temps, le macadam m\u2019appelle pour la <span style=\"white-space: nowrap;\">repr\u00e9sentation<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Violette Leduc, La B\u00e2tarde, Paris, Gallimard, 1964, p. 202.<\/span> \u00bb, dit Violette Leduc dans son autobiographie avant d\u2019enfiler une jaquette Schiaparelli nouvellement achet\u00e9e, des escarpins anguille et un chapeau de feutre de chez Rose Descat, au son tonitruant d\u2019un roulement de tambour imaginaire. Elle sort sur les trottoirs du boulevard des Capucines \u00e0 quatre heures et demie de l\u2019apr\u00e8s-midi et aper\u00e7oit son reflet dans les vitrines des magasins, intens\u00e9ment consciente que tous les passants s\u2019arr\u00eatent pour la regarder. Elle s\u2019est cr\u00e9\u00e9 un auditoire captif. Sa promenade est interrompue pas moins de trois fois, plusieurs hommes l\u2019accostant pour lui faire des propositions galantes. Elle ne peut se payer le luxe d\u2019avancer sans se presser, en allant d\u2019un point d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 un autre, observant ce qui se passe tout autour d\u2019elle. Elle n\u2019a pas ce luxe parce que sa pr\u00e9sence attire trop les regards et qu\u2019elle est trop consciente de sa transgression. Elle est celle que l\u2019on regarde, celle dont les mouvements sont \u00e9troitement observ\u00e9s. Comment ne pas voir la promenade de Violette Leduc comme une tentative de fl\u00e2nerie rat\u00e9e?<\/p>\n\n\n\n<p>La dialectique de la fl\u00e2nerie, nous dit Walter Benjamin, est la suivante : \u00abd\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019homme qui se sent regard\u00e9 par tout et par tous, comme un vrai suspect, de l\u2019autre, l\u2019homme qu\u2019on ne parvient pas \u00e0 trouver, celui qui est <span style=\"white-space: nowrap;\">dissimul\u00e9<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - Walter Benjamin, Paris, capitale du XIXe si\u00e8cle \u2013 Le livre des passages, trad. de l\u2019allemand par Jean Lacoste, Paris, Cerf, 1989, p. 438.<\/span>\u00bb. Le fl\u00e2neur est \u00e0 la fois vu et invisible, et en plus, il est capable de g\u00e9rer les conditions de sa visibilit\u00e9. L\u2019\u00e9chec de la fl\u00e2nerie de Leduc est attribuable au fait qu\u2019elle ne peut simultan\u00e9ment occuper les deux positions de visibilit\u00e9 et d\u2019invisibilit\u00e9; elle n\u2019est pas en possession de l\u2019espace public au m\u00eame titre que son homologue masculin, le fl\u00e2neur.<\/p>\n\n\n\n<p>La figure paradigmatique et moderne du fl\u00e2neur du 19e si\u00e8cle existe avant tout en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne litt\u00e9raire, dont font \u00e9tat les \u00e9crits de Baudelaire et de Benjamin. Le fl\u00e2neur est un promeneur qui erre dans les rues et les passages de Paris et qui prend plaisir \u00e0 d\u00e9ambuler dans la ville au hasard, sans se presser. Fl\u00e2ner sans but pr\u00e9cis est sa plus grande ambition. \u00abUne ivresse s\u2019empare de celui qui a march\u00e9 longtemps sans but dans les rues. \u00c0 chaque pas, la marche acquiert une force nouvelle; les magasins, les bistrots, les femmes qui sourient ne cessent de perdre de leurs attraits et le prochain coin de rue, une masse lointaine de feuillage, un nom de rue exercent une attraction toujours plus <span style=\"white-space: nowrap;\">irr\u00e9sistible<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Ibid., p. 434-435.<\/span>.\u00bb Le fl\u00e2neur est une figure marginale, mais dans la tradition litt\u00e9raire moderne, il est une figure h\u00e9ro\u00efque qui pose son regard sur la ville, absorbant tous les menus d\u00e9tails qu\u2019offre le spectacle de la m\u00e9tropole moderne. Son oisivet\u00e9 se manifeste dans le contexte du syst\u00e8me de production capitaliste, et ses promenades constituent non seulement une exploration de l\u2019espace, mais un d\u00e9tournement temporel. On songe ici \u00e0 la c\u00e9l\u00e8bre anecdote de Benjamin : \u00abEn 1839, il \u00e9tait \u00e9l\u00e9gant d\u2019emmener une tortue quand on allait se promener. Cela donne une id\u00e9e du rythme de la <span style=\"white-space: nowrap;\">fl\u00e2nerie<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - Ibid., p. 441.<\/span>\u2026\u00bb En effet, les promenades p\u00e9ripat\u00e9tiques du fl\u00e2neur sont lentes. La forme et le rythme de ses d\u00e9ambulations r\u00e9v\u00e8lent qu\u2019il s\u2019estime en droit de revendiquer l\u2019espace public; ses promenades sont celles d\u2019un privil\u00e9gi\u00e9. Ce tempo, qui constitue l\u2019h\u00e9ritage du fl\u00e2neur, est pr\u00e9cis\u00e9ment ce \u00e0 quoi ne peut pr\u00e9tendre son homologue f\u00e9minine. Car une femme qui se prom\u00e8ne sans \u00eatre accompagn\u00e9e, en particulier si elle marche lentement, est n\u00e9cessairement une femme qui racole.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les arts visuels, la fl\u00e2nerie a trouv\u00e9 ses premi\u00e8res expressions dans les errances document\u00e9es des dada\u00efstes et des surr\u00e9alistes, et plus tard dans les d\u00e9rives al\u00e9atoires de Fluxus et des situationnistes. Le ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019errance urbaine, ou d\u00e9rive, connote une investigation spatiale et conceptuelle syst\u00e9matique de la ville qui repose sur l\u2019affect, l\u2019\u00e9veil de la conscience et le hasard, dans une d\u00e9marche visant \u00e0 relire et \u00e0 cartographier \u00e0 nouveau l\u2019espace urbain en fonction de ses utilisateurs.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9cemment, une autre figure est venue s\u2019ajouter \u00e0 la longue tradition du fl\u00e2neur en art contemporain, bien que sa trajectoire soit plus difficile \u00e0 retracer. Il serait erron\u00e9 de qualifier ses mouvements de d\u00e9rives, car elle a eu trop de difficult\u00e9 \u00e0 passer inaper\u00e7ue. Nous ne pouvons l\u2019appeler fl\u00e2neuse, car le tempo de ses mouvements ne correspond pas \u00e0 celui du fl\u00e2neur. Elle proc\u00e8de rapidement, tant\u00f4t accompagn\u00e9e, tant\u00f4t seule. Elle se d\u00e9place en sachant que sa pr\u00e9sence dans l\u2019espace public est toujours et d\u2019embl\u00e9e suspecte\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>En consid\u00e9rant la fa\u00e7on dont la marche est abord\u00e9e aujourd\u2019hui dans la pratique d\u2019artistes qui reconnaissent la nature intrins\u00e8quement performative de leurs d\u00e9ambulations sur la sc\u00e8ne publique, nous nous proposons d\u2019examiner ici plusieurs d\u00e9marches artistiques dont la marche constitue un aspect fondamental tout en demeurant compl\u00e8tement invisible.<\/p>\n\n\n\n<p>Bank Job, de Janice Kerbel, est un plan expliquant comment cambrioler une banque. Apr\u00e8s avoir surveill\u00e9 pendant presque deux ans le prestigieux \u00e9tablissement bancaire Coutts &amp; Co., \u00e0 Londres, l\u2019artiste explique en d\u00e9tail toutes les \u00e9tapes \u00e0 suivre pour r\u00e9ussir le parfait vol \u00e0 main arm\u00e9; les documents pr\u00e9sent\u00e9s comprennent les devis des syst\u00e8mes de s\u00e9curit\u00e9 de la banque, une description du d\u00e9roulement chronologique de l\u2019op\u00e9ration \u00e0 la minute pr\u00e8s, une liste compl\u00e8te de l\u2019\u00e9quipement et du mat\u00e9riel n\u00e9cessaires, des cartes expliquant comment s\u2019enfuir apr\u00e8s le coup et indiquant l\u2019emplacement d\u2019endroits o\u00f9 se cacher. Les m\u00e9ticuleuses observations de Kerbel, r\u00e9unies dans un assemblage de photographies, de cartes et de listes imprim\u00e9es (qui peuvent toutes \u00eatre transport\u00e9es dans un petit porte-documents noir et \u00eatre affich\u00e9es sur un tableau mural pour consultation), ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es dans un livre de 100 pages intitul\u00e9 15 Lombard St. Le travail de reconnaissance de Kerbel consistait \u00e0 r\u00e9diger quotidiennement un rapport de surveillance de la banque et de sa p\u00e9riph\u00e9rie : elle a photographi\u00e9 et not\u00e9 l\u2019emplacement de cam\u00e9ras cach\u00e9es, pris note des all\u00e9es et venues du personnel et des quarts de travail des agents de s\u00e9curit\u00e9, inscrit les heures de passage des v\u00e9hicules blind\u00e9s et compt\u00e9 le nombre de pas s\u00e9parant un endroit d\u2019un autre. Le plan du crime parfait \u00e9labor\u00e9 par Kerbel est l\u2019indice d\u2019une fa\u00e7on de marcher qui, invisible, sugg\u00e8re une transgression et une intention criminelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans Good for You, Christy Thompson a plac\u00e9 100 troph\u00e9es de la victoire un peu partout dans les villes de Toronto et de Vancouver, \u00e0 des endroits tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9s par les pi\u00e9tons. Des chemins familiers, des cabines t\u00e9l\u00e9phoniques, des vitrines de commerces, des bancs publics et des kiosques sont transform\u00e9s en socles pour les troph\u00e9es, brisant du m\u00eame coup la monotonie des trajets emprunt\u00e9s par les pi\u00e9tons dans la ville; de fa\u00e7on anonyme, un prix est d\u00e9cern\u00e9 au passant vigilant. Sur chaque troph\u00e9e sont grav\u00e9s les mots Good for You [bravo]. Que le troph\u00e9e soit examin\u00e9 ou non, abandonn\u00e9 ou vol\u00e9, les spectateurs sont d\u00fbment f\u00e9licit\u00e9s. Les troph\u00e9es de Thompson constituent un t\u00e9moignage de sa travers\u00e9e furtive des rues de la ville. De plus, elle a pris soin de placer chaque troph\u00e9e sans se faire remarquer afin de pr\u00e9server le caract\u00e8re anonyme du geste.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans Doorstop, Colleen Brown intervient dans un lieu particuli\u00e8rement controvers\u00e9, qu\u2019elle d\u00e9crit en ces termes : \u00abDans le centre-ville de Vancouver, il y a une petite alc\u00f4ve qui abrite une sortie de secours. On trouve aussi dans ce recoin une bouche de chaleur reli\u00e9e \u00e0 un syst\u00e8me de chauffage. Dans cette alc\u00f4ve, la temp\u00e9rature reste confortable \u00e0 l\u2019ann\u00e9e longue gr\u00e2ce \u00e0 ce conduit. Or, pour dissuader quiconque de se tenir ou de dormir dans l\u2019alc\u00f4ve, un concepteur a incorpor\u00e9 une fontaine d\u2019eau dans l\u2019architecture du lieu. Ainsi, \u00e0 toutes les dix minutes, un intense jet d\u2019eau froide est propuls\u00e9 dans le recoin, s\u2019\u00e9levant \u00e0 peu pr\u00e8s jusqu\u2019\u00e0 la hauteur des <span style=\"white-space: nowrap;\">genoux<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-6\" href=\"#footnote-6\"><sup>6<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-6\"><a href=\"#fn-ref-6\"> 6 <\/a> - Colleen Brown, site Web de l\u2019artiste : www3.telus.net\/colleenbrown\/doorstop-text.htm.<\/span>.\u00bb La pure perversit\u00e9 de ce geste n\u2019a d\u2019\u00e9gale que la r\u00e9ponse apport\u00e9e par l\u2019artiste. Brown a plac\u00e9 dans l\u2019alc\u00f4ve des objets pouvant profiter avantageusement de la pr\u00e9sence de l\u2019eau : une plante n\u00e9cessitant un arrosage fr\u00e9quent, un \u00e9gouttoir rempli de vaisselle sale et un tas de linge sale saupoudr\u00e9 de d\u00e9tergent \u00e0 lessive. Brown renverse de fa\u00e7on frappante la fonction du lieu : con\u00e7u pour d\u00e9courager tout usage de l\u2019espace \u00e0 titre d\u2019abri de fortune, il devient (\u00e9trangement), par un geste de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 subversive, un lieu qui invite \u00e0 ce type d\u2019usage. Les objets choisis par l\u2019artiste \u00e9voquent de fa\u00e7on manifeste la d\u00e9coration ou le travail domestique, et son intervention brouille les fronti\u00e8res entre l\u2019espace priv\u00e9 et l\u2019espace public. Le renversement habile effectu\u00e9 par Brown se fonde sur les observations p\u00e9n\u00e9trantes d\u2019un sujet en marche, et son travail t\u00e9moigne de ses d\u00e9placements \u00e0 travers la ville.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces trois projets sugg\u00e8rent un sujet invisible et en transgression qui se d\u00e9place continuellement dans la ville. Dans tous les cas, les artistes se donnent beaucoup de mal pour camoufler l\u2019acte de marcher, bien que celui-ci soit essentiel au processus. Ces projets nous surprennent parce qu\u2019ils se d\u00e9roulent dans la plus grande discr\u00e9tion; les artistes se servent de leur compr\u00e9hension des codes li\u00e9s \u00e0 la marche afin de se soustraire au regard public.<\/p>\n\n\n\n<p>La question d\u2019une homologue f\u00e9minine au fl\u00e2neur, la fl\u00e2neuse, a fait l\u2019objet d\u2019une quantit\u00e9 consid\u00e9rable de r\u00e9flexions savantes. Selon Janet Wolff, il \u00e9tait impossible pour les femmes d\u2019habiter le r\u00f4le du fl\u00e2neur en raison de leur invisibilit\u00e9 dans la litt\u00e9rature de la modernit\u00e9, dont le fl\u00e2neur constitue une figure <span style=\"white-space: nowrap;\">centrale<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-7\" href=\"#footnote-7\"><sup>7<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-7\"><a href=\"#fn-ref-7\"> 7 <\/a> - Voir Janet Wolff \u00abThe Invisible Fl\u00e2neuse: Women and the Literature of Modernity\u00bb, Feminine Sentences: Essays on Women and Culture, Cambridge, Polity Press, 1990, p. 34-50.<\/span>. Au 19e si\u00e8cle, la fl\u00e2neuse n\u2019aurait jamais pu se promener avec insouciance comme le faisait le fl\u00e2neur parce qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque, une femme sans escorte dans un lieu public \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme une femme perdue, abandonn\u00e9e, ou comme une prostitu\u00e9e \u00e0 la recherche d\u2019un client. Susan Buck-Morss, en parlant des politiques relatives \u00e0 la fl\u00e2nerie, fait remarquer que \u00abla prostitution \u00e9tait en fait la version f\u00e9minine de la <span style=\"white-space: nowrap;\">fl\u00e2nerie<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-8\" href=\"#footnote-8\"><sup>8<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-8\"><a href=\"#fn-ref-8\"> 8 <\/a> - Susan Buck-Morss, \u00abThe Flaneur, the Sandwichman and the Whore: The Politics of Loitering\u00bb, New German Critique 39, 1988, p. 119.<\/span> \u00bb. Cela ne veut pas dire que les prostitu\u00e9es devraient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme les fl\u00e2neuses oubli\u00e9es de l\u2019\u00e8re moderne, mais plut\u00f4t qu\u2019une prise en compte des diff\u00e9rences entre les sexes permet de voir les in\u00e9galit\u00e9s en mati\u00e8re d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la vie publique et r\u00e9v\u00e8le la position privil\u00e9gi\u00e9e qu\u2019occupent les hommes dans l\u2019espace public. \u00abLe fl\u00e2neur \u00e9tait simplement le nom qu\u2019on attribuait \u00e0 un homme qui fl\u00e2nait, alors que toutes les femmes qui fl\u00e2naient risquaient d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme des filles de <span style=\"white-space: nowrap;\">joie<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-9\" href=\"#footnote-9\"><sup>9<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-9\"><a href=\"#fn-ref-9\"> 9 <\/a> - Ibid., p. 119.<\/span>\u2026\u00bb \u00c0 un degr\u00e9 extr\u00eame, une femme seule dans la rue est per\u00e7ue non seulement comme un \u00eatre d\u00e9prav\u00e9, mais sa pr\u00e9sence sans surveillance constitue une menace potentielle (songeons \u00e0 la citation de Doyle figurant au d\u00e9but du pr\u00e9sent essai, qui nous rappelle que la femme \u00abseule qui voyage\u00bb, si elle est inoffensive, peut inviter au crime). Ces pr\u00e9conceptions, il va sans dire, ont pour effet de nier le pouvoir des femmes en limitant leurs libert\u00e9s sociales et en restreignant leur participation \u00e0 la sph\u00e8re publique <span style=\"white-space: nowrap;\"><a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-10\" href=\"#footnote-10\"><sup>10<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-10\"><a href=\"#fn-ref-10\"> 10 <\/a> - Ibid., p. 119.<\/span>. Griselda Pollock abonde dans ce sens quand elle dit que \u00ables femmes ne jouissent pas de la libert\u00e9 de se promener incognito dans la foule. Elle n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 dans la position des occupants normaux de la sph\u00e8re publique. Elles n\u2019avaient pas le droit de regarder, de fixer, d\u2019inspecter ou d\u2019observer. Comme le montre le texte baudelairien, les femmes ne regardent pas. Elles occupent la position de l\u2019objet du regard du <span style=\"white-space: nowrap;\">fl\u00e2neur<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-11\" href=\"#footnote-11\"><sup>11<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-11\"><a href=\"#fn-ref-11\"> 11 <\/a> - Griselda Pollock, \u00abModernity and the Spaces of Femininity\u00bb, Vision and Difference: Femininity, Feminism and Histories of Art, Londres et New York, Routledge, 1988, p. 71.<\/span>.\u00bb En effet, le fl\u00e2neur poss\u00e8de une ma\u00eetrise visuelle et voyeuriste sur l\u2019espace de la ville; le regard moderne est sa sph\u00e8re d\u2019attribution. Le fl\u00e2neur dispose de la libert\u00e9 d\u2019observer et d\u2019\u00eatre observ\u00e9, sans pour autant entrer en interaction avec les autres.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres ont propos\u00e9 certains moyens par lesquels les femmes pourraient habiter le r\u00f4le de la fl\u00e2neuse, mais en sugg\u00e9rant invariablement des activit\u00e9s autres que la marche, comme faire des emplettes ou aller au <span style=\"white-space: nowrap;\">cin\u00e9ma<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-12\" href=\"#footnote-12\"><sup>12<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-12\"><a href=\"#fn-ref-12\"> 12 <\/a> - Voir Elizabeth Wilson, \u00abThe Invisible Fl\u00e2neur\u00bb, Postmodern Cities and Spaces, sous la dir. de Sophie Watson et Katherine Gibson, Cambridge, MA: Blackwell, 1995, p. 59-79.<\/span>. Avec l\u2019ouverture des premiers grands magasins au milieu du 19e si\u00e8cle, la femme issue de la classe moyenne pouvait confortablement investir ce qui constituait alors des espaces de consommation semi-publics et semi-priv\u00e9s. Mais il est peu probable qu\u2019elle ait pu occuper ces espaces en \u00e9prouvant le type de plaisir et d\u2019insouciance qui caract\u00e9risaient la fl\u00e2nerie : elle \u00e9tait essentiellement une consommatrice; ses emplettes repr\u00e9sentaient probablement autant un travail qu\u2019un loisir, et sa visibilit\u00e9 \u00e9tait souvent un reflet du statut social de son <span style=\"white-space: nowrap;\">mari<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-13\" href=\"#footnote-13\"><sup>13<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-13\"><a href=\"#fn-ref-13\"> 13 <\/a> - Christel Hollevoet, \u00abWandering in the City\u00bb, The Power of the City\/The City of Power, New York, Whitney Museum of American Art, 1992, p. 49.<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelles formes cet h\u00e9ritage prend-il aujourd\u2019hui? Et de quelles fa\u00e7ons les artistes perturbent-elles les conditions et les perceptions des codes relatifs \u00e0 l\u2019espace public qui d\u00e9coulent de leurs ant\u00e9c\u00e9dents historiques? Deux projets viennent \u00e0 l\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour r\u00e9aliser The Specialists, Judy Radul a lanc\u00e9 un appel de candidatures demandant des acteurs de sexe masculin. Apr\u00e8s avoir fait passer des entrevues aux candidats, elle a engag\u00e9 cinq hommes pour jouer le r\u00f4le de son conjoint h\u00e9t\u00e9rosexuel \u2013 son compagnon, son petit ami ou son mari. La performance se d\u00e9roulait \u00e0 Banff, ville reconnue pour son importante industrie touristique et ses arm\u00e9es de petits couples au comble du bonheur arpentant les rues v\u00eatus de tenues de sport en laine polaire. Tous les jours, elle parcourait la principale art\u00e8re commerciale au bras d\u2019un homme diff\u00e9rent, en ex\u00e9cutant les gestes clich\u00e9s caract\u00e9ristiques d\u2019un couple h\u00e9t\u00e9rosexuel : d\u00e9ambuler c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, faire des achats, manger de la cr\u00e8me glac\u00e9e, se tenir par la main, s\u2019embrasser. V\u00eatue \u00e0 chaque fois de la m\u00eame \u00e9l\u00e9gante robe noire courte, Radul renversait les pr\u00e9suppos\u00e9s traditionnels relatifs \u00e0 l\u2019h\u00f4tesse fournie par une agence; elle \u00abportait\u00bb avec d\u00e9sinvolture ses diff\u00e9rents partenaires. En chor\u00e9graphiant sa pr\u00e9sence dans les rues de Banff, Radul nous rappelle la nature intrins\u00e8quement performative de l\u2019espace public tout en attirant l\u2019attention sur la sexualit\u00e9 en tant que construit social; elle se porte ainsi radicalement \u00e0 faux contre les imp\u00e9ratifs dominants qui \u00abnaturalisent\u00bb les unions h\u00e9t\u00e9rosexuelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans Mannequin Impossible, Diane Borsato se rend \u00e0 une soir\u00e9e accompagn\u00e9e d\u2019un mannequin du mus\u00e9e du Coll\u00e8ge militaire royal du Canada \u00e0 Kingston. \u00abMortimer\u00bb, car c\u2019est son nom, est v\u00eatu de l\u2019uniforme bleu des officiers des cadets, qu\u2019il porte en fait depuis pr\u00e8s de 30 ans. Feignant l\u2019empathie et d\u00e9bordant de pr\u00e9tendue affection, Borsato emm\u00e8ne le mannequin poussi\u00e9reux aux festivit\u00e9s du week-end et l\u2019accompagne aux c\u00e9r\u00e9monies de collation des grades du CMR, \u00e0 un d\u00e9fil\u00e9 militaire et m\u00eame au bal des finissants. Le compagnon de Borsato \u00e9tant ind\u00e9niablement maladroit, elle est oblig\u00e9e d\u2019appuyer, de soutenir ou de transporter sa silhouette de pl\u00e2tre rigide, qu\u2019elle tient souvent par la taille en la hissant sur sa hanche. Dans le document visuel, on la voit d\u00e9valer avec lui en tr\u00e9buchant une rue achaland\u00e9e, ou se tenir en souriant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019autres dipl\u00f4m\u00e9s qui soutiennent le mannequin en position debout, ou encore poser pour la traditionnelle photographie du bal des finissants en tenant Mortimer en \u00e9quilibre sur sa chaussure. Borsato s\u2019approprie le rituel de la sortie romantique et le pousse jusqu\u2019\u00e0 son extr\u00eame limite, le transformant en spectacle. Radul et Borsato font toutes deux appel \u00e0 un compagnon de sexe masculin, respectivement un acteur et un mannequin, qu\u2019elles utilisent \u00e0 titre de leurre. Ce faisant, elles impriment \u00e0 leur comportement public une th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 servant \u00e0 mettre en \u00e9vidence le fait que chaque activit\u00e9 constitue une repr\u00e9sentation ainsi que les pr\u00e9somptions qui les sous-tendent.<\/p>\n\n\n\n<p>En examinant ces projets, on repense \u00e0 la dialectique de la fl\u00e2nerie selon Benjamin : le fl\u00e2neur en tant qu\u2019occupant visible et invisible des rues. Il glisse dans les rues sans entraves, et avec une infinie lenteur. Si le fl\u00e2neur, qui se prom\u00e8ne sans but pr\u00e9cis, sans inhibitions et sans se presser, repr\u00e9sente un rejet du mode de production capitaliste de l\u2019espace, alors les oeuvres de Janice Kerbel, Christy Thompson, Colleen Brown, Judy Radul et Diane Borsato appartiennent sans doute \u00e0 une autre g\u00e9n\u00e9alogie de la marche.<\/p>\n\n\n\n<p>Leurs mouvements sont ex\u00e9cut\u00e9s soit de fa\u00e7on inaper\u00e7ue, soit au grand jour, mais jamais les deux simultan\u00e9ment. Dans tous les cas, elles marchent avec un objectif; chaque pas est intentionnel \u2013 ce qui est bien loin des d\u00e9ambulations p\u00e9ripat\u00e9tiques sans but, caract\u00e9ristiques de la fl\u00e2nerie. On qualifie leurs d\u00e9placements au moyen de termes tels que furtif, rapide, clandestin, \u00e0 la d\u00e9rob\u00e9e ou encore \u00e0 d\u00e9couvert, mis en sc\u00e8ne, th\u00e9\u00e2tral. Elles ne proc\u00e8dent pas selon une opposition aux codes prescrits en mati\u00e8re de comportement public, mais travaillent avec eux comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une sorte de script, dans le but de r\u00e9\u00e9crire et de reconstituer les param\u00e8tres hautement codifi\u00e9s de l\u2019espace public qui, autrement, confineraient leurs mouvements. Qu\u2019elle soit visible ou non, leur marche constitue une transgression, elle est chor\u00e9graphi\u00e9e et pr\u00e9sent\u00e9e dans le th\u00e9\u00e2tre de la rue.<\/p>\n<div style='display: none;'>Kathleen Ritter<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[4504],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[3531],"artistes":[],"thematiques":[],"type_post":[319],"class_list":["post-178823","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archive","category-post","numeros-55-derives-ii-en","statuts-archive","auteurs-kathleen-ritter-en","type_post-principal"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178823","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=178823"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178823\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=178823"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=178823"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=178823"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=178823"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=178823"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=178823"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=178823"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=178823"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=178823"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=178823"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=178823"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}