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{"id":178832,"date":"2005-09-01T19:35:00","date_gmt":"2005-09-02T00:35:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/par-hasard-et-en-passant-sur-quelques-oeuvres-rencontrees-en-marchant\/"},"modified":"2022-11-03T13:44:52","modified_gmt":"2022-11-03T18:44:52","slug":"par-hasard-et-en-passant-sur-quelques-oeuvres-rencontrees-en-marchant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/par-hasard-et-en-passant-sur-quelques-oeuvres-rencontrees-en-marchant\/","title":{"rendered":"<strong>Par hasard et en passant. Sur quelques oeuvres rencontr\u00e9es en marchant.<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>Un matin d\u2019automne, en sortant de chez moi pour faire des courses, j\u2019aper\u00e7us une ligne blanche trac\u00e9e \u00e0 la craie sur le trottoir. Soigneusement tendue au centre de l\u2019all\u00e9e, elle semblait se poursuivre tout le long du p\u00e2t\u00e9 de maisons; sa longueur trahissait une intention bien d\u00e9termin\u00e9e et, d\u00e8s ce moment-l\u00e0, intrigu\u00e9 par la pr\u00e9sence de ce signe inusit\u00e9, par la nettet\u00e9 \u00e9l\u00e9gante avec laquelle il se d\u00e9tachait sur le b\u00e9ton, je me surpris \u00e0 penser qu\u2019il s\u2019agissait peut-\u00eatre d\u2019un geste <span style=\"white-space: nowrap;\">artistique<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - \u00c0 l\u2019\u00e9poque, en novembre 2004, je terminais, dans le cadre de ma participation au projet de recherches AGGLO, la r\u00e9daction d\u2019un journal dans lequel je consignais l\u2019observation de tout d\u00e9tail ou objet insolite dont le sens m\u2019\u00e9chappait, et dont je pouvais me demander s\u2019il ne s\u2019agissait pas d\u2019un geste artistique. Mon but \u00e9tait d\u2019examiner le champ des interventions furtives par l\u2019autre bout de la lorgnette que celui du critique qui, parce qu\u2019il est au fait des projets des artistes, est toujours un spectateur averti de ces manifestations, mais se voit en cons\u00e9quence priv\u00e9 de la surprise ou de la perplexit\u00e9 r\u00e9ellement v\u00e9cue par l\u2019observateur lambda de telles interventions. Il s\u2019agissait donc pour moi, en \u00e9tant vigilant, de me donner l\u2019occasion d\u2019\u00e9prouver ce que pouvait \u00eatre l\u2019exp\u00e9rience vive du t\u00e9moin non pr\u00e9venu qui tombe sur tel ou tel d\u00e9tail sans \u00eatre au fait de la nature de ce qu\u2019il per\u00e7oit. En me pr\u00e9parant ainsi, paradoxalement, \u00e0 me laisser surprendre, je voulais aussi tester la visibilit\u00e9, ou l\u2019effectivit\u00e9, de ce type de pratiques : en d\u2019autres termes, ces interventions parviennent-elles \u00e0 \u00eatre vues et remarqu\u00e9es, arrivent-elles \u00e0 surprendre, ou se perdent-elles tout simplement dans l\u2019indiff\u00e9rence et la non-visibilit\u00e9? La d\u00e9couverte d\u2019une ligne blanche trac\u00e9e juste au pied de mon immeuble ne fut qu\u2019une preuve parmi plusieurs autres que les interventions furtives parviennent bel et bien \u00e0 se manifester aupr\u00e8s d\u2019observateurs un tant soit peu attentifs. On pourra lire le compte rendu de cette observation dans le site AGGLO (<a href=\"http:\/\/www.agglo.info\/\">www.agglo.info<\/a>), au titre RADAR.<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pris mon v\u00e9lo et partis mais, deux coins de rue plus loin, en arrivant \u00e0 l\u2019avenue Mont-Royal et en constatant que la ligne courait toujours sur le trottoir, la curiosit\u00e9 fut trop forte : je d\u00e9cidai de la suivre pour voir o\u00f9 elle me m\u00e8nerait. De chez moi, rue Fullum, o\u00f9 je l\u2019avais aper\u00e7ue, la ligne filait jusqu\u2019\u00e0 la rue Gilford, tournait pour prendre Chabot, montait vers le nord jusqu\u2019\u00e0 Masson, se dirigeait vers Papineau qu\u2019elle traversait pour se rendre rue Saint-Gr\u00e9goire, empruntait ensuite la rue Saint-Andr\u00e9 en tournant vers le sud, pour prendre les rues Boucher, puis Henri-Julien. Le trac\u00e9 semblait traverser le Plateau Mont-Royal et faisait maintenant quelques kilom\u00e8tres; j\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 assez \u00e9tonn\u00e9 par cette d\u00e9couverte, amus\u00e9 aussi par l\u2019aventure dont elle me fournissait l\u2019occasion quand, arrivant au coin de la rue Henri-Julien, en suivant la ligne des yeux, j\u2019eus la surprise d\u2019apercevoir une jeune femme qui \u00e9tait justement en train de la tracer, accompagn\u00e9e d\u2019une amie.<\/p>\n\n\n\n<p>En les abordant, je leur racontai que je suivais la ligne depuis mon domicile, et l\u2019instigatrice du projet, Michelle Lacombe, me dit r\u00e9aliser ce travail dans le cadre d\u2019un de ses cours d\u2019arts visuels \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Concordia. Son action, m\u2019explique-t-elle, consiste \u00e0 effectuer \u00e0 pied un trajet qu\u2019elle fait habituellement par les transports en commun : partie de chez elle, coin Frontenac et Ontario (dans le quartier Centre-Sud), elle se rend au domicile de son ami, avenue du <span style=\"white-space: nowrap;\">Parc<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Je l\u2019interromps alors qu\u2019elle n\u2019a pas encore achev\u00e9 son itin\u00e9raire; pour moi, \u00abobservateur incident\u00bb combl\u00e9 par ce deus ex machina providentiel \u2013 tomber sur l\u2019initiatrice d\u2019une manoeuvre au moment m\u00eame o\u00f9 je suis en train de la d\u00e9couvrir \u2013, comme ayant remont\u00e9 le cours de l\u2019\u00e9nigme jusqu\u2019\u00e0 sa source, j\u2019en go\u00fbte le sens par anticipation, et je cesserai l\u00e0 mon trajet. Pour elle, auteure de la manoeuvre, cette r\u00e9troaction montre que son geste a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 de vivre et de produire des effets avant m\u00eame d\u2019\u00eatre termin\u00e9.<\/span>; ce trajet, elle a d\u00e9cid\u00e9 de le marcher pour en \u00e9prouver physiquement la distance et le mat\u00e9rialiser par une ligne trac\u00e9e au sol. L\u2019itin\u00e9raire emprunt\u00e9 n\u2019est \u00e9videmment pas le plus court chemin, et elle me dit improviser sa route en \u00e9vitant les rues commerciales ou trop passantes, pour maintenir, tout au long du parcours, l\u2019intimit\u00e9 du lien qui le sous-tend, sans trop attirer l\u2019attention. Mais sans doute aussi pour le simple plaisir de marcher sans but, de multiplier les zigzags et les d\u00e9tours, comme si elle jouait \u00e0 s\u2019\u00e9garer, \u00e0 errer \u00e0 travers la ville et \u00e0 se distraire de sa route tout en se rendant \u00e0 destination. Le trac\u00e9 qui en r\u00e9sulte rappelle \u00e9videmment les trois lignes de peinture que j\u2019avais pu observer deux ans <span style=\"white-space: nowrap;\">auparavant<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - Voir le compte rendu de cette observation dans le Coranto 2, \u00abDe myst\u00e9rieuses lignes peintes apparues sur les trottoirs de Montr\u00e9al\u00bb (d\u00e9cembre 2002).<\/span>, mais sans tracer comme elles de silhouettes \u00e0 l\u2019\u00e9chelle des quartiers; la ligne \u00e0 la craie s\u2019en distingue par la visibilit\u00e9 un peu plus nette que lui conf\u00e8re le contraste du blanc; elle ne se laisse pas seulement percevoir en plong\u00e9e mais peut \u00eatre vue \u00e0 une certaine distance.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">En marchant<\/h2>\n\n\n\n<p>Cette simple ligne blanche, aper\u00e7ue \u00e0 l\u2019improviste dans des circonstances tout \u00e0 fait quotidiennes et ayant r\u00e9ussi \u00e0 me d\u00e9tourner de ma route, montre bien la capacit\u00e9 de cette sorte d\u2019interventions, aussi anodines puissent-elles sembler, \u00e0 ouvrir des voies de traverses fortuites. Elle participe aussi, je pense, d\u2019une certaine actualit\u00e9. Car si l\u2019oeuvre cr\u00e9\u00e9e en marchant, ou consistant dans l\u2019acte m\u00eame de d\u00e9ambuler, n\u2019est pas nouvelle (en t\u00e9moignent, au cours du dernier demi-si\u00e8cle, ces multiples pr\u00e9c\u00e9dents qui vont des situationnistes \u00e0 Francis Al\u00ffs en passant par le land art), elle conna\u00eet aujourd\u2019hui un engouement renouvel\u00e9. Pensons, en nous limitant \u00e0 la seule cr\u00e9ation qu\u00e9b\u00e9coise, aux Promenades que Sylvie Cotton accomplit avec des inconnus dans des villes qu\u2019elle visite (actions qui consistent \u00e0 se faire conduire par un passant choisi au hasard); aux activit\u00e9s de l\u2019Atelier S\u00ffn- qui, sans prendre la forme expresse de la marche, impliquent fr\u00e9quemment un d\u00e9placement p\u00e9destre dans la ville, comme en t\u00e9moigne leur r\u00e9cent Prospectus \u2013 Randonn\u00e9e dans l\u2019hyperb\u00e2timent, r\u00e9alis\u00e9 pour le Centre canadien d\u2019architecture et pr\u00e9sent\u00e9 lors de la derni\u00e8re Biennale de Montr\u00e9al; \u00e0 cette travers\u00e9e en largeur de l\u2019\u00eele de Montr\u00e9al qu\u2019effectuait Loly Darcel en 2004 (Trait d\u2019union, du fleuve \u00e0 la rivi\u00e8re, centre Optica), en arpentant dans toute sa longueur le boulevard Saint-Laurent, art\u00e8re centrale de la ville, du nord au sud; ou enfin aux d\u00e9ambulations avec objet ou sculpture de Virginie Chr\u00e9tien, qui provoquent souvent un t\u00e9lescopage entre territoires urbain, naturel et r\u00e9gional.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, bien que ce type de pratiques soit d\u00e9j\u00e0 l\u2019objet d\u2019investigations <span style=\"white-space: nowrap;\">th\u00e9oriques<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Je pense entre autres aux travaux de Thierry Davila (Marcher, cr\u00e9er, Paris, Flammarion, 2003) et \u00e0 ceux de Paul Ardenne sur les pratiques contextuelles (notamment Un art contextuel, Paris, Flammarion, 2002).<\/span>, celles-ci se fondent le plus souvent sur le projet et le discours de leurs auteurs comme source d\u2019information premi\u00e8re, voire exclusive, si bien qu\u2019elles laissent curieusement dans l\u2019ombre l\u2019un des traits les plus sp\u00e9cifiques de leur objet d\u2019\u00e9tude : le fait que de telles oeuvres cr\u00e9\u00e9es en marchant sont justement aper\u00e7ues et d\u00e9couvertes par des observateurs eux-m\u00eames en train de marcher, au hasard de la promenade ou de trajets journaliers. (Il n\u2019y aurait qu\u2019un pas \u00e0 franchir pour dire que ces oeuvres font marcher leurs observateurs&nbsp;: litt\u00e9ralement, en les entra\u00eenant \u00e0 cheminer dans la ville, et m\u00e9taphoriquement, en les incitant \u00e0 accorder cr\u00e9dit \u00e0 la fiction qu\u2019elles projettent sur le corps concret de la cit\u00e9.) C\u2019est justement au hasard de mes trajets journaliers que j\u2019ai d\u00e9couvert (en ignorant alors tout de leurs tenants et aboutissants) les interventions dont j\u2019aimerais parler ici \u2013 outre la ligne blanche de Lacombe que je viens d\u2019\u00e9voquer, le mot \u00abamour\u00bb tagu\u00e9 dans Paris par Jean-Luc Duez, et les pochoirs du Montr\u00e9alais Roadsworth.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces trois initiatives ont pour trait commun de marquer la chauss\u00e9e ou le trottoir, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019exploiter les voies pi\u00e9tonni\u00e8res de la ville, comme pour surgir inopin\u00e9ment sous les pas des promeneurs et des citadins. Une part cardinale de la signification de ces oeuvres s\u2019accomplit dans l\u2019exp\u00e9rience qu\u2019en feront leurs \u00abobservateurs incidents\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire dans l\u2019\u00e9tonnement qu\u2019elles suscitent, avant de les appr\u00e9cier comme formes ou discours dot\u00e9s d\u2019un quelconque sens. Nombre d\u2019entre eux les \u00e9prouveront imm\u00e9diatement comme des esp\u00e8ces d\u2019hapax ou de morph\u00e8mes r\u00e9calcitrants \u00e0 toute int\u00e9gration \u00e0 la syntaxe urbaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Or ce qui fait le plus souvent d\u00e9faut dans la connaissance de ces pratiques, c\u2019est la r\u00e9ponse effective \u2013 dans toute son ind\u00e9termination \u2013 du contexte \u00e0 leur pr\u00e9sence, c\u2019est l\u2019histoire vivante de la r\u00e9ception dont ces oeuvres sont faites, d\u00e8s lors qu\u2019on les envisage comme dispositifs pragmatiques aptes \u00e0 catalyser des turbulences cognitives passag\u00e8res, \u00e0 m\u00e9nager des occasions de d\u00e9rives et de digressions au sein des espaces publics. Si le projet des artistes a jusqu\u2019ici \u00e9t\u00e9 bien mis en lumi\u00e8re par l\u2019histoire et la critique r\u00e9centes, en revanche la part du r\u00e9cepteur effectif \u2013 ce t\u00e9moin passager gr\u00e2ce auquel ces initiatives prennent vie et s\u2019actualisent \u2013 s\u2019est peu <span style=\"white-space: nowrap;\">manifest\u00e9e<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - Et pour cause : en raison de leurs modalit\u00e9s d\u2019ex\u00e9cution (anonymat relatif, furtivit\u00e9, \u00e9ph\u00e9m\u00e9rit\u00e9) et de r\u00e9ception (r\u00e9ception impromptue, anonyme et entropique, atomis\u00e9e en une myriade de perceptions et de r\u00e9ponses cognitives pour la plupart \u00e9vanescentes, qui \u00e9chappent au cadre de m\u00e9diation), il est difficile d\u2019observer ou de mesurer leur port\u00e9e et leurs r\u00e9sultantes. Il faudrait pour cela emprunter \u00e0 l\u2019anthropologie ou aux techniques de sondage, sans pour autant interf\u00e9rer avec l\u2019exp\u00e9rience elle-m\u00eame. Les rapports p\u00e9riodiques que fournit, dans son site Internet, le collectif S\u00ffn- de l\u2019\u00e9tat des diff\u00e9rentes tables de pique-nique qu\u2019il a diss\u00e9min\u00e9es dans Montr\u00e9al en 2001 pour le projet Hypoth\u00e8ses d\u2019amarrage, en est un bon exemple (<a href=\"http:\/\/www.amarrages.com\/\">www.amarrages.com<\/a>).<\/span>. Or c\u2019est pourtant ce r\u00e9cepteur multiple et anonyme qu\u2019interpellent des initiatives comme celles de Michelle Lacombe, de Roadsworth ou de Jean-Luc Duez; c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cet \u00abhomme de la rue\u00bb qu\u2019elles vont rejoindre dans le lieu et les circonstances m\u00eames de ses activit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Public\/domestique<\/h2>\n\n\n\n<p>Non seulement font-elles saillie au coeur du temps v\u00e9cu le plus banal, mais une intervention comme celle de Lacombe, par exemple, est rencontr\u00e9e dans un environnement urbain qui reste \u00e9minemment familier et proche : c\u2019est en sortant de mon appartement que j\u2019aper\u00e7ois son trac\u00e9 et que je me mets \u00e0 le suivre, et cela sans quitter des rues r\u00e9sidentielles; c\u2019est pour aller de chez elle au domicile de son ami que l\u2019artiste l\u2019a accompli. \u00c0 la diff\u00e9rence de maints projets in situ qui investissent les centre-ville ou les zones denses pour optimiser leur visibilit\u00e9, l\u2019extra-muros th\u00e9matis\u00e9 par cette ligne, c\u2019est le quartier en tant qu\u2019espace quotidien et int\u00e9rieur de la cit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ancrage de la manoeuvre au domestique peut rappeler cette performance d\u2019\u00c9ric L\u00e9tourneau, qui, le matin du 10 octobre 2000, entreprenait de d\u00e9vider un fil de nylon noir depuis le lit de sa chambre jusqu\u2019au sommet du <span style=\"white-space: nowrap;\">Mont-Royal<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-6\" href=\"#footnote-6\"><sup>6<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-6\"><a href=\"#fn-ref-6\"> 6 <\/a> - Cette action \u00e9tait r\u00e9alis\u00e9e dans le cadre d\u2019un \u00e9v\u00e9nement diffus\u00e9 par Articule; sous le commissariat de Rachel Echenberg, Sept heures quatre rassemblait cinq artistes autour du th\u00e8me du lever du soleil pr\u00e9vu \u00e0 cette heure ce jour-l\u00e0.<\/span>. Tentant d\u2019effectuer le trajet le plus rectiligne possible entre ces deux points (ce que les g\u00e9om\u00e8tres qualifient de \u00abtransect\u00bb, comme nous le rappelle Thierry Davila dans Marcher, cr\u00e9er), L\u00e9tourneau suspendait ce fil \u00e0 divers \u00e9l\u00e9ments de mobilier urbain, de fa\u00e7on \u00e0 ce que, tout en \u00e9tant presque invisible, il donne lieu \u00e0 une exp\u00e9rience tactile en surprenant le promeneur ou le travailleur qui en d\u00e9couvrait la pr\u00e9sence quand il s\u2019accrochait \u00e0 lui et en \u00e9prouvait momentan\u00e9ment la r\u00e9sistance. Dans cette action, le lieu priv\u00e9 (la chambre comme point de d\u00e9part) est li\u00e9 \u00e0 un lieu naturel (le point le plus \u00e9lev\u00e9 d\u2019une montagne) par la m\u00e9diation de l\u2019espace public (la ville et le r\u00e9seau des rues, lui-m\u00eame th\u00e9matis\u00e9 par l\u2019heure comme lieu de circulation des travailleurs).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Vignes, lassos et barbel\u00e9s<\/h2>\n\n\n\n<p>M\u00eame p\u00e9n\u00e9tration de l\u2019environnement quotidien et r\u00e9sidentiel avec les pochoirs de Roadsworth. R\u00e9alis\u00e9s entre 2001 et 2004 sur la chauss\u00e9e ou les trottoirs du centre-ville, des quartiers du Mile-End et du Plateau \u00e0 Montr\u00e9al, ces interventions visuelles se destinent elles aussi \u00e0 la d\u00e9couverte par pi\u00e9tons, cyclistes et, peut-\u00eatre, automobilistes attentifs ou immobilis\u00e9s au coin de <span style=\"white-space: nowrap;\">rue<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-7\" href=\"#footnote-7\"><sup>7<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-7\"><a href=\"#fn-ref-7\"> 7 <\/a> - Pour plus de d\u00e9tails, voir T\u2019cha Dunlevy, \u00abArtist gets his show on the road\u00bb, The Gazette, jeudi, 21 octobre 2004, p. D10;&nbsp;<a href=\"http:\/\/zekesgallery.blogspot.com\/2004\/12\/free-roadsworth\/.html\">http:\/\/zekesgallery.blogspot.com\/2004\/12\/free-roadsworth\/.html<\/a>; Nathalie de Blois, \u00abRoadsworth : un enlumineur public au banc des accus\u00e9s, Coranto 17 (f\u00e9vrier-mars 2005).<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Les motifs que prise Roadsworth (pseudonyme par lequel Peter Gibson a sign\u00e9 plusieurs d\u2019entre eux) sont nombreux, mais on peut les subdiviser en deux groupes : certaines images sont des repr\u00e9sentations d\u2019objets (barri\u00e8res d\u2019attente, appareils \u00e9lectrom\u00e9nagers, prises de courant, etc.), alors que d\u2019autres tendent vers le d\u00e9coratif (vignes ou fils barbel\u00e9s qui se greffent aux passages pi\u00e9tonniers ou aux lignes blanches ou jaunes du milieu des rues). Alors que les premiers jouent souvent d\u2019un humour du d\u00e9placement ou du jeu de mots visuel, l\u2019effet des seconds est davantage ornemental. Ainsi de ces lassos qui, aux coins des rues Saint-Laurent\/Prince-Arthur (nord-ouest) et Prince-Arthur\/Sainte-Famille, paraissent sortir de bouches d\u2019\u00e9gout ou les entourer. Apparition loufoque et insolite d\u00e8s qu\u2019on la remarque, clin d\u2019oeil lanc\u00e9 au promeneur attentif, ils insufflent vie \u00e0 un \u00e9l\u00e9ment du d\u00e9cor urbain en transgressant sa fonctionnalit\u00e9 prosa\u00efque.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019inverse, un motif r\u00e9current comme celui des vignes s\u2019\u00e9carte de la repr\u00e9sentation pour tendre \u00e0 l\u2019ornement : en s\u2019enroulant autour des lignes blanches ou jaunes des rues, il se greffe \u00e0 un d\u00e9tail de l\u2019environnement urbain pour rimer formellement avec lui et en dynamiser la perception. Le caract\u00e8re organique et harmonieux du motif peut faire penser \u00e0 la sensibilit\u00e9 arts and crafts d\u2019un William Morris \u2013 mais r\u00e9apparaissant ici dans le champ du tag postmoderne. Le succ\u00e8s du travail de Roadsworth r\u00e9side assur\u00e9ment dans sa capacit\u00e9 \u00e0 faire surgir le plaisir serein de la beaut\u00e9 au coeur d\u2019une pratique caract\u00e9ris\u00e9e par sa clandestinit\u00e9 et son insubordination \u00e0 la loi; \u00e0 conjuguer l\u2019audace d\u2019une appropriation rebelle de l\u2019espace public avec la qu\u00eate d\u2019une int\u00e9gration harmonieuse qui, dans les meilleurs cas, contribue \u00e0 un surprenant embellissement du d\u00e9cor urbain; \u00e0 d\u00e9router le citadin en parvenant \u00e0 faire du bitume le lieu d\u2019une d\u00e9lectation esth\u00e9tique impr\u00e9vue.<\/p>\n\n\n\n<p>Loin de nuire \u00e0 la signalisation ou de d\u00e9parer la voie publique, comme pourrait le faire croire la malencontreuse poursuite judiciaire de la Ville \u00e0 l\u2019endroit de Roadsworth, ces pochoirs s\u2019en font les commensaux : ils coexistent avec elle sans contrarier sa fonctionnalit\u00e9, ils l\u2019exploitent et la rehaussent, provoquant \u00e9tonnement et jubilation face \u00e0 la mani\u00e8re par laquelle un fragment du r\u00e9el est simultan\u00e9ment soulign\u00e9 et m\u00e9tamorphos\u00e9 par le geste artistique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019\u00e0 suivre<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019exp\u00e9rience que nous avons d\u2019interventions urbaines comme celles de Roadsworth ou de Lacombe, d\u00e8s lors qu\u2019elles induisent quelque curiosit\u00e9 ou perplexit\u00e9 un tant soit peu durable, peut se prolonger au-del\u00e0 de la seule observation ponctuelle de l\u2019occurrence, et subsister au long d\u2019une certaine dur\u00e9e mentale. En d\u2019autres termes, toute observation, m\u00eame ponctuelle et anodine, est susceptible d\u2019engendrer une intrigue; en perdurant comme curiosit\u00e9 vigilante dans l\u2019esprit de l\u2019observateur, elle se poursuit comme attente (d\u2019un sens et d\u2019une \u00e9lucidation) et peut donner lieu \u00e0 une histoire d\u00e8s lors que la d\u00e9couverte subs\u00e9quente d\u2019indices vient alimenter ses conjectures ou l\u2019\u00e9clairer de quelque mani\u00e8re. (L\u2019industrie publicitaire ne fait pas autre chose qu\u2019exploiter cette dynamique de l\u2019attention mise en alerte lorsqu\u2019elle fait para\u00eetre des \u00abr\u00e9clames-\u00e9nigmes\u00bb.) Apparaissent ici les th\u00e8mes de l\u2019aventure, de l\u2019enqu\u00eate, voire de la filature sous l\u2019angle de laquelle peut \u00eatre v\u00e9cue la d\u00e9couverte de ces signes. On pourra distinguer ici, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00e0 suivre spatial (du trac\u00e9 que l\u2019on entreprend de suivre, par exemple), un \u00e0 suivre temporel, celui de l\u2019attente et de l\u2019anticipation, voire de la recherche active.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019amour<\/h2>\n\n\n\n<p>De la m\u00eame fa\u00e7on que les pochoirs de Roadsworth, mais de mani\u00e8re \u00e0 la fois plus discr\u00e8te et plus obsessive, peut-\u00eatre, le mot \u00abamour\u00bb a colonis\u00e9 l\u2019espace d\u2019une ville, en \u00e9tant quotidiennement tagu\u00e9 \u00e0 Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019intervention (dont j\u2019ai remarqu\u00e9 quelques occurrences lors d\u2019un s\u00e9jour en France \u00e0 l\u2019automne 2003) frappe par son caract\u00e8re furtif et insistant \u00e0 la fois; le mot est de taille r\u00e9duite (pas plus de 8 ou 10 cm de long), le blanc de la peinture s\u2019estompe rapidement, et de surcro\u00eet il peut passer inaper\u00e7u parmi les marques et taches multiples de la chauss\u00e9e; par contre, l\u2019intervention, en \u00e9tant constamment reproduite et en essaimant dans toute la ville, acquiert une quasi-ubiquit\u00e9. L\u2019uniformit\u00e9 de l\u2019\u00e9criture en fait une marque reconnaissable, et par ailleurs, le A majuscule avec lequel il est orthographi\u00e9, le point qui le suit, et le fait d\u2019\u00eatre soulign\u00e9, conf\u00e8rent au mot une accentuation d\u00e9clarative.<\/p>\n\n\n\n<p>Le geste, anonyme et illicite (on a arr\u00eat\u00e9 son instigateur \u00e0 quelques reprises), a suscit\u00e9 une curiosit\u00e9 et un int\u00e9r\u00eat croissants, jusqu\u2019\u00e0 ce que des blogues et des articles en fassent mention et d\u00e9voilent le pot aux <span style=\"white-space: nowrap;\">roses<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-8\" href=\"#footnote-8\"><sup>8<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-8\"><a href=\"#fn-ref-8\"> 8 <\/a> - Voir l\u2019article d\u2019Ondine Millot, \u00abPetits maux d\u2019amour\u00bb, paru dans la rubrique \u00abPortraits\u00bb de Lib\u00e9ration, 3 d\u00e9cembre 2003. Merci \u00e0 Isabelle Vodjdani qui m\u2019en transmit la r\u00e9f\u00e9rence.<\/span>. L\u2019action, amorc\u00e9e depuis la fin de 2001, est le fait de Jean-Luc Duez qui, \u00e0 la suite d\u2019une d\u00e9convenue sentimentale, a fait de ce tag quotidiennement r\u00e9p\u00e9t\u00e9 une m\u00e9thode de catharsis. Duez, un ancien d\u00e9corateur-lettreur commercial, raconte que, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, incapable de se voir quitt\u00e9 par celle qu\u2019il aimait, s\u2019est d\u2019abord obstin\u00e9 \u00e0 se rappeler \u00e0 son souvenir en peignant des \u00abJe t\u2019aime\u00bb aux abords de son domicile et le long de ses trajets familiers. Puis, condamn\u00e9 pour harc\u00e8lement \u00e0 la suite d\u2019une plainte de sa malheureuse \u00e9lue, mais n\u00e9anmoins encourag\u00e9 par tous ces pi\u00e9tons lui t\u00e9moignant leur plaisir de trouver ces mots sur leur route, il d\u00e9cida d\u2019\u00e9crire pour les autres, en multipliant cette fois le seul mot \u00abamour\u00bb dans toute la ville.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le geste tire son origine d\u2019une expression priv\u00e9e, \u00e0 l\u2019instar du graffiti, il s\u2019en distingue en ceci que le scripteur, ici, se borne \u00e0 reproduire un mot de la langue sans prof\u00e9rer un discours, sans v\u00e9hiculer de message. En supprimant le je et le tu de son \u00e9nonc\u00e9 initial, Duez ne renvoie plus \u00e0 des personnes pr\u00e9cises et \u00e0 une situation particuli\u00e8re, mais r\u00e9it\u00e8re le mot dans ce qu\u2019il a de plus abstrait et universel. L\u2019espace \u00e9minemment anonyme et collectif qu\u2019est la rue est donc ici investi pour v\u00e9hiculer \u00e0 l\u2019endroit de tous (de tous, c\u2019est-\u00e0-dire de la collectivit\u00e9 dans son ensemble autant que de tout un chacun pris isol\u00e9ment comme confident \u00e9ventuel) une \u00e9nonciation \u00e9manant de l\u2019\u00e9motion la plus personnelle qui soit \u2013 la d\u00e9tresse de la perte de l\u2019\u00eatre aim\u00e9, le sentiment de l\u2019absence \u2013 mais laiss\u00e9e ouverte et en suspens pour que quiconque puisse y projeter son sens. Le travail du deuil donne donc lieu \u00e0 un arpentage quotidien de la ville, comme si la m\u00e9lancolie de la rumination et de la pulsion de r\u00e9p\u00e9tition se n\u00e9gociait par une d\u00e9ambulation tonique, convertissant en don offert \u00e0 tous l\u2019expression initiale d\u2019un d\u00e9sir adress\u00e9 d\u2019abord \u00e0 une seule.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que nous apprennent les quelques textes publi\u00e9s sur le sujet, par ailleurs, c\u2019est la fa\u00e7on dont les observateurs du tag relaient l\u2019intervention dans l\u2019ordre de l\u2019oralit\u00e9 par la rumeur et le bouche \u00e0 oreille; \u00e0 quel point aussi le geste a vu son int\u00e9r\u00eat ent\u00e9rin\u00e9 par la reconnaissance d\u2019autrui \u2013 certains se sont m\u00eame mis \u00e0 en chercher l\u2019auteur, voire \u00e0 diss\u00e9miner eux-m\u00eames des signes afin d\u2019entrer en contact avec lui. La pr\u00e9sence furtive du tag dans le film Les Messagers de Helen Doyle (Canada, 2003), un documentaire qu\u00e9b\u00e9cois sur des artistes engag\u00e9s, participe de cette fortune critique de l\u2019intervention : au d\u00e9tour d\u2019une vue des rues de Paris, on voit appara\u00eetre le mot \u00abAmour\u00bb au bas du plan, sans qu\u2019il soit mentionn\u00e9 par la narratrice ni que le film ne s\u2019attarde sur lui de quelque mani\u00e8re \u2013 comme si la r\u00e9alisatrice avait justement laiss\u00e9 le soin au spectateur de le remarquer par lui-m\u00eame et de le lier au propos du film. Pour quiconque a d\u00e9j\u00e0 aper\u00e7u le tag, ce \u00abd\u00e9tail incident\u00bb ne manquera pas d\u2019\u00e9veiller \u00e0 la fois la charge du souvenir et un sentiment de connivence, proche de ce plaisir d\u2019\u00eatre initi\u00e9, de partager un secret, dont parlait Huizinga dans Homo Ludens.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Pragmatique<\/h2>\n\n\n\n<p>On le constate, ces interventions se vivent dans une relative proximit\u00e9 corporelle : on les aper\u00e7oit en marchant, sous nos pas. \u00c0 l\u2019inverse de maints monuments ou sculptures publiques occupant la troisi\u00e8me dimension et se voyant de loin, ces interventions impliquent plut\u00f4t une vue proche et en plong\u00e9e; \u00e0 la rigueur, elles se destinent au promeneur qui se regarde les pieds en marchant \u2013 curieusement, celui-l\u00e0 a toutes les chances de les apercevoir. Ces interventions, que n\u2019annonce nulle m\u00e9diation signal\u00e9tique (tels le socle ou le mat\u00e9riau pour la sculpture publique par exemple), ont donc tendance \u00e0 pr\u00e9senter un caract\u00e8re de survenue pour qui les aper\u00e7oit.<\/p>\n\n\n\n<p>Leur signification en tant que signes est pr\u00e9cis\u00e9ment indissociable de la surprise relative qu\u2019ils provoquent le plus souvent (dimension pragmatique, donc), due \u00e0 cette fa\u00e7on de s\u2019imposer \u00e0 l\u2019oeil de pr\u00e8s. Si le monument ou la sculpture ext\u00e9rieure ont traditionnellement impliqu\u00e9 une distance publique, les interventions dont nous parlons ont, elles, tendance \u00e0 investir et intensifier une distance prox\u00e9mique et intime. Elles ont donc pour propri\u00e9t\u00e9 d\u2019aviver la perception du corps au sein m\u00eame d\u2019un espace ext\u00e9rieur et collectif; elles ouvrent, au sein de l\u2019espace de la cit\u00e9, un apart\u00e9 momentan\u00e9 entre le passant et la rue.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette dimension pragmatique de l\u2019oeuvre \u2013 susciter une exp\u00e9rience plut\u00f4t qu\u2019\u00eatre un objet ponctuel \u00e0 simplement contempler \u2013 n\u2019est nulle part plus patente qu\u2019avec cette ligne blanche trac\u00e9e par Lacombe : ce trac\u00e9 continu n\u2019a pas d\u2019autre sens que celui d\u2019\u00eatre l\u2019indice, au double sens de cl\u00e9 et d\u2019index, d\u2019un trajet que le \u00abspectateur incident\u00bb est invit\u00e9, au fond, \u00e0 parcourir \u00e0 son tour. L\u2019efficacit\u00e9 particuli\u00e8re de telles initiatives serait donc de conjoindre le visuel au corporel, l\u2019image \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience : regarder, cela devient aussi marcher.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces interventions, comme maintes autres pratiques actuelles, th\u00e9matisent un prisme plus large de probl\u00e9matiques contemporaines : nouveaux usages de l\u2019urbanit\u00e9 et mutations de la notion d\u2019espace public; conflit entre le Droit et la libert\u00e9 de la cr\u00e9ation, entre investissement clandestin de l\u2019espace public et l\u00e9gitimit\u00e9 du don de sens offert par l\u2019oeuvre d\u2019art; et peut-\u00eatre aussi affirmation d\u2019une pratique pi\u00e9tonni\u00e8re de la cit\u00e9 r\u00e9sistant \u00e0 la logique de la circulation automobile, encore et toujours dominante. Mais nul doute aussi qu\u2019en induisant des d\u00e9tournements de routine, en semant dans la cit\u00e9 des occasions de digression, de pause et de d\u00e9tour, ces initiatives visent \u00e0 intensifier l\u2019exp\u00e9rience vive, et cela, au sens litt\u00e9ral et fondamental d\u2019une \u00e9preuve de l\u2019espace et des signes au ras du corps m\u00eame.<\/p>\n<div style='display: none;'>\u00c9ric L\u00e9tourneau, Patrice Loubier<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[4504],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[958],"artistes":[4513],"thematiques":[],"type_post":[],"class_list":["post-178832","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archive","category-post","numeros-55-derives-ii-en","statuts-archive","auteurs-patrice-loubier-en","artistes-eric-letourneau-en"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178832","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=178832"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178832\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=178832"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=178832"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=178832"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=178832"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=178832"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=178832"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=178832"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=178832"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=178832"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=178832"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=178832"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}