<br />
<b>Notice</b>:  Function _load_textdomain_just_in_time was called <strong>incorrectly</strong>. Translation loading for the <code>woocommerce-shipping-per-product</code> domain was triggered too early. This is usually an indicator for some code in the plugin or theme running too early. Translations should be loaded at the <code>init</code> action or later. Please see <a href="https://developer.wordpress.org/advanced-administration/debug/debug-wordpress/">Debugging in WordPress</a> for more information. (This message was added in version 6.7.0.) in <b>/var/www/staging.esse.ca/htdocs/wp-includes/functions.php</b> on line <b>6131</b><br />
<br />
<b>Notice</b>:  Function _load_textdomain_just_in_time was called <strong>incorrectly</strong>. Translation loading for the <code>complianz-gdpr</code> domain was triggered too early. This is usually an indicator for some code in the plugin or theme running too early. Translations should be loaded at the <code>init</code> action or later. Please see <a href="https://developer.wordpress.org/advanced-administration/debug/debug-wordpress/">Debugging in WordPress</a> for more information. (This message was added in version 6.7.0.) in <b>/var/www/staging.esse.ca/htdocs/wp-includes/functions.php</b> on line <b>6131</b><br />
{"id":178865,"date":"2005-09-01T19:25:00","date_gmt":"2005-09-02T00:25:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/marcher-sans-avancer-lart-recent-de-michal-rovner\/"},"modified":"2023-03-05T21:07:25","modified_gmt":"2023-03-06T02:07:25","slug":"marcher-sans-avancer-lart-recent-de-michal-rovner","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/marcher-sans-avancer-lart-recent-de-michal-rovner\/","title":{"rendered":"<strong>Marcher sans avancer : l\u2019art r\u00e9cent de Michal Rovner<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>Le travail r\u00e9cent de Michal Rovner nous place devant une modalit\u00e9 de l\u2019errance fort singuli\u00e8re. Dans l\u2019oeuvre Time Left (2002), des milliers de personnages marchent. En groupe, ils circulent, mais ne cheminent pas; ils ne le peuvent tout simplement pas. Sans avoir d\u2019endroits o\u00f9 se rendre, ils refusent pourtant d\u2019arr\u00eater leur mouvement.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis des ann\u00e9es, le travail de Rovner montre en d\u00e9placement des individus \u00e0 divers degr\u00e9s esseul\u00e9s. En cela, et malgr\u00e9 que ses marcheurs soient le plus souvent r\u00e9duits \u00e0 la d\u00e9ambulation dans des contextes de conflits arm\u00e9s, les oeuvres de Rovner soutiennent la comparaison avec une conception relativement canonique du marcheur, du moins si l\u2019on accepte de les comparer \u00e0 la figure du philosophe ou du po\u00e8te <span style=\"white-space: nowrap;\">promeneurs<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, les chemins de la promenade sont emprunt\u00e9s en solitaire. Les r\u00e9cits d\u2019errances philosophiques se d\u00e9clinent \u00e0 la premi\u00e8re personne et fr\u00e9quemment trouvent leur sens moins dans les d\u00e9placements r\u00e9ellement effectu\u00e9s que parce qu\u2019ils invitent aux voyages int\u00e9rieurs et aux vagabondages de la pens\u00e9e. Pour ne donner qu\u2019un exemple, Henry David Thoreau ch\u00e9rit l\u2019isolement que lui procurent ses marches dans les bois qui le m\u00e8nent hors des sentiers agit\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9. \u00c0 l\u2019inverse, l\u2019actualit\u00e9 tend \u00e0 le d\u00e9montrer, la marche en groupe est le plus clair du temps affaire d\u2019engagement politique. Le prouvent les r\u00e9centes marches pour la paix dans le monde comme les actuelles protestations contre l\u2019administration publique et les gouvernements, en Europe et en Am\u00e9rique du Nord. Ainsi, semble-t-il, marcher en nombre tient de la revendication. Les r\u00e9volutions se font \u00e0 pied et dans ce contexte, il est juste de remarquer que les parades, les d\u00e9monstrations et les protestations font partie de l\u2019histoire culturelle de la marche comme un espace o\u00f9 s\u2019exprime peut-\u00eatre le mieux l\u2019esprit de la d\u00e9mocratie. Voir \u00e0 ce sujet, le chapitre Citizens of the streets : Parties, Processions, and Revolutions, de l\u2019ouvrage de Rebecca Solnit, Wanderlust. A History of Walking, New York, Penguin Books, 2000, p. 214-231.<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus r\u00e9cemment dans les oeuvres de l\u2019artiste, les individus esseul\u00e9s ont laiss\u00e9 place \u00e0 des essaims d\u2019individus, dont les pas ont \u00e9t\u00e9 fig\u00e9s par la photographie ou dont le mouvement est restitu\u00e9 par la vid\u00e9o et le film. Rovner donne l\u2019impression de souvent capter ses sujets le plus souvent dans des zones o\u00f9 les fl\u00e9aux de la guerre se sont abattus. Loin des images de guerre traditionnelles, le degr\u00e9 d\u2019abstraction des images produites par l\u2019artiste peut \u00e9loigner une lecture o\u00f9 primerait le politique : les images n\u2019ont pas la pr\u00e9cision documentaire dont profitent la plupart du temps les images de guerre. Rovner photographie des soldats, mais, selon la mani\u00e8re aujourd\u2019hui associ\u00e9e \u00e0 sa signature, de fa\u00e7on \u00e0 ce que soient per\u00e7ues que des silhouettes rong\u00e9es par le traitement de l\u2019image que privil\u00e9gie l\u2019artiste.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, les premi\u00e8res images o\u00f9 Rovner dissout l\u2019iconographie des images proviennent de la s\u00e9rie Decoy, au tout d\u00e9but des ann\u00e9es 1990. Pour ce faire, elle a photographi\u00e9 au Polaro\u00efd des reportages de la Guerre du Golf persique diffus\u00e9s par la t\u00e9l\u00e9vision. Rovner n\u2019arpentait pas les champs de bataille pour prendre les images de la s\u00e9rie Decoy. De fait, elle a travaill\u00e9 \u00e0 distance, comme si la t\u00e9l\u00e9vision op\u00e9rait de la m\u00eame mani\u00e8re que le t\u00e9l\u00e9objectif que Rovner avait utilis\u00e9 dans des s\u00e9ries pr\u00e9c\u00e9dentes, c\u2019est-\u00e0-dire par la mise \u00e0 disposition d\u2019un sujet qui n\u2019est pr\u00e9sent que par et dans la distance. La commissaire d\u2019exposition Sylvia Wolf a soulign\u00e9 combien les images fournies par la t\u00e9l\u00e9vision \u00e9taient des images g\u00e9n\u00e9riques, lav\u00e9es, nettoy\u00e9es de tout contenu f\u00e2cheux. Sylvia Wolf commente ainsi la s\u00e9rie Decoy : \u00abIn the past, photographs of war have featured heroic achievement and human suffering in often graphic detail. Rovner\u2019s pictures, by contrast, are <span style=\"white-space: nowrap;\">non-specific<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Sylvia Wolf, The Space Between, New York, Whitney Museum of American Art, 2002, p. 33 et suiv.<\/span>.\u00bb [Par le pass\u00e9, les photographies de guerre montraient des sc\u00e8nes explicites d\u2019h\u00e9ro\u00efsme et de souffrance humaine. Les images de Rovner, par contraste sont plus ind\u00e9termin\u00e9es. (Trad. libre)]<\/p>\n\n\n\n<p>Ces images s\u2019engageaient d\u00e9j\u00e0 vers une r\u00e9flexion sur l\u2019\u00e9cran, nouveau site dont l\u2019artiste allait se pr\u00e9occuper de plus en plus. Les images fixes de Michal Rovner pr\u00e9sentent une iconographie \u00e0 peine reconnaissable, aux confins de la dissolution. Utilisant le Polaro\u00efd ou la vid\u00e9o pour capter des images destin\u00e9es \u00e0 \u00eatre manipul\u00e9es afin de brouiller les r\u00e9f\u00e9rents repr\u00e9sent\u00e9s, l\u2019artiste travaille sur la notion de perte dans l\u2019image. Elle table sur le caract\u00e8re indiciel de la photographie \u2013 le fait qu\u2019elle soit une trace de ce qui est nomm\u00e9 \u00able r\u00e9el\u00bb \u2013 , qu\u2019elle pousse \u00e0 son extr\u00eame pour le faire s\u2019\u00e9puiser, dans la perception, en son inverse. En dupliquant maintes fois l\u2019image de fa\u00e7on \u00e0 nous en pr\u00e9senter un reste qui s\u2019\u00e9loigne de plusieurs g\u00e9n\u00e9rations du r\u00e9f\u00e9rent, profitant du fait que chaque copie \u00e9chappe, \u00e0 chaque passage, une part de la pr\u00e9cision de sa source, l\u2019artiste aboutit \u00e0 des fant\u00f4mes d\u2019images. Dans ces conditions, des figures troubles et impr\u00e9cises se forment p\u00e9niblement devant nos yeux, les rendant presque impossibles \u00e0 identifier.<\/p>\n\n\n\n<p>Time Left a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e lors de l\u2019\u00e9dition 2003 de la Biennale de <span style=\"white-space: nowrap;\">Venise<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - L\u2019installation \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9e l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente au Whitney Museum de New York.<\/span>. Les murs du pavillon isra\u00e9lien \u00e9taient enti\u00e8rement couverts de petites silhouettes marchant \u00e0 la file indienne, selon des rubans infinis. L\u2019installation vid\u00e9o montre des milliers de petits marcheurs qui, en masse et main dans la main, ratissent le territoire restreint de la galerie, alors que chaque boucle se termine dans une nouvelle ronde sans cesse reprise. Outre l\u2019effet hypnotique de cette fourmili\u00e8re aux mouvements r\u00e9p\u00e9titifs, le sentiment qu\u2019une vaine procession se d\u00e9roule sous les yeux des spectateurs l\u2019emporte sur les consid\u00e9rations plastiques soulev\u00e9es par le travail de l\u2019artiste. Dans cette oeuvre, les 30 000 silhouettes sombres avancent (le terme revient souvent dans les commentaires autour de l\u2019art de Rovner) avec r\u00e9silience.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec Time Left, du moins en comparaison avec le travail pr\u00e9c\u00e9dent de l\u2019artiste, le sentiment que les pieds des personnages, ceux qui marchent, foulent encore le plancher des vaches, est perdu. M\u00eame dans les oeuvres pr\u00e9c\u00e9dentes, lorsque les contours des motifs port\u00e9s par l\u2019image \u00e9taient \u00e9lim\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 sembler se dissoudre dans l\u2019air \u2013 comme dans Merging in the Wind (1997) \u2013, ou lorsque les images et bandes vid\u00e9os supportent le mieux les comparaisons avec les figures filiformes d\u2019Alberto Giacometti, persistait encore l\u2019id\u00e9e d\u2019un sol garant des pas effectu\u00e9s \u00e0 sa surface. \u00c0 semblable niveau de d\u00e9sagr\u00e9gation, m\u00eame s\u2019il est \u00e9tabli que ces images sont non-specific, selon ce que soutient Sylvia Wolf, il y a tout lieu de croire que l\u2019artiste \u00e9tait encore int\u00e9ress\u00e9e par le paysage, dans la mesure o\u00f9 des traces des sites subsistaient malgr\u00e9 le sfumato agressif qui rognait tout d\u00e9tail. En effet, cet int\u00e9r\u00eat persistait et ce, malgr\u00e9 la d\u00e9solation et la solitude qui corrode les motifs photographi\u00e9s, notamment une maison de b\u00e9douin, photographi\u00e9e sur deux ann\u00e9es d\u00e8s 1990, un processus que la Guerre du Golfe puis la destruction de la maison ont radicalement frein\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec Time Left, le terrain se d\u00e9robe. Les personnages qui circulent sont \u00e9gar\u00e9s sur un site qui n\u2019existe plus. Cette installation a r\u00e9cemment \u00e9t\u00e9 analys\u00e9e par la th\u00e9oricienne de l\u2019art Christine Ross comme \u00e9tant le lieu d\u2019une r\u00e9flexion sur la disparition de <span style=\"white-space: nowrap;\">l\u2019\u00e9cran<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Voir Christine Ross, \u00abL\u2019\u00e9cran en voie de disparition (toujours inachev\u00e9e)\u00bb, dans Parachute (th\u00e9matique \u00c9crans num\u00e9riques), no 113, p. 15-29.<\/span>. Dans son essai, Ross fait remarquer que le travail photographique et vid\u00e9ographique de Rovner propose \u00abdes images qui affirment la persistance de l\u2019\u00e9cran comme lieu de projection, mais qui l\u2019affirment en d\u00e9signant sa pr\u00e9carit\u00e9 et la fictionnalisation croissante du r\u00e9el qui <span style=\"white-space: nowrap;\">s\u2019ensuit<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - Ibid., p. 20<\/span>.\u00bb Pour Ross, cette \u00abfictionnalisation\u00bb passe notamment par la rencontre, voire la fusion des figurines, \u00abcomme si elles devaient leur existence au processus de balayage <span style=\"white-space: nowrap;\">\u00e9cranique<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-6\" href=\"#footnote-6\"><sup>6<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-6\"><a href=\"#fn-ref-6\"> 6 <\/a> - Ibid., p. 22.<\/span> \u00bb, avec les signaux \u00e9lectroniques. Or, d\u00e8s l\u2019instant o\u00f9 la jonction est r\u00e9alis\u00e9e, les personnages sont en effet d\u00e9port\u00e9s du site \u00e0 partir duquel ils ont \u00e9t\u00e9 film\u00e9s. Condition de possibilit\u00e9 de l\u2019espace de fiction plac\u00e9 devant nos yeux, pour que les files d\u2019\u00eatres humains puissent en venir \u00e0 sugg\u00e9rer la trame d\u2019un \u00e9cran qui aurait pris de l\u2019expansion au point de se confondre avec les quatre murs de la salle, il a fallu d\u2019abord les extraire de leur site. Ainsi, plus qu\u2019\u00e0 travers une simple h\u00e9sitation entre abstraction et figuration, une veine qui traverse toute la production de l\u2019artiste et qu\u2019identifie Christine Ross, c\u2019est d\u2019abord par d\u00e9racinement qu\u2019op\u00e8re Time Left. De fait, il s\u2019agit d\u2019un de ses premiers travaux dans lesquels aucun \u00e9l\u00e9ment de paysage <span style=\"white-space: nowrap;\">n\u2019intervient<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-7\" href=\"#footnote-7\"><sup>7<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-7\"><a href=\"#fn-ref-7\"> 7 <\/a> - Sylvia Wolf, op. cit., p. 139.<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>La production de Rovner est enti\u00e8rement engag\u00e9e dans une pens\u00e9e des lieux, d\u2019une g\u00e9ographie. Cette g\u00e9ographie peut \u00eatre celle, diffuse, du d\u00e9sert isra\u00e9lien, mais elle pourrait tout aussi bien, et de fa\u00e7on plus concluante comme le sugg\u00e8re Christine Ross, \u00eatre celle de l\u2019\u00e9cran vid\u00e9o, pris \u00e0 partie dans les oeuvres de Rovner, m\u00eame si ce dernier devait dispara\u00eetre en bout de ligne. Aussi ses marcheurs ont-ils eu, jusqu\u2019\u00e0 maintenant, une terre \u00e0 se mettre sous les pieds. Par contre, avec Time Left, c\u2019est moins la notion de d\u00e9placement qui compte, que celle de circulation.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces marcheurs ne sont plus des soldats qui fouleraient du pied une terre \u00e0 conqu\u00e9rir ou d\u00e9j\u00e0 vaincue, comme c\u2019\u00e9tait le cas des militaires photographi\u00e9s par Rovner il y a dix ans. L\u2019\u00e9l\u00e9ment guerrier est \u00e9radiqu\u00e9 totalement, mais vu la pr\u00e9sence des soldats dans les images pass\u00e9es de Rovner et la prolif\u00e9ration des marcheurs, des images de guerre viennent \u00e0 l\u2019esprit en regardant Time Left : parades militaires, d\u00e9portations, <span style=\"white-space: nowrap;\">etc.<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-8\" href=\"#footnote-8\"><sup>8<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-8\"><a href=\"#fn-ref-8\"> 8 <\/a> - Au rang des images de marches en groupe \u00e0 avoir le plus marqu\u00e9 l\u2019imaginaire du 20e si\u00e8cle sont certes celles des grands rassemblements politiques nazis ou celles des troupes allemandes marchant triomphalement dans les rues des villes conquises. Ainsi, \u00e0 travers ces images de marches bien ordonn\u00e9es des fid\u00e8les et disciplin\u00e9s membres du parti, avan\u00e7ant rigidement au pas cadenc\u00e9 ou, encore, par ces d\u00e9fil\u00e9s exprimant la victoire, nous voyons la barbarie en marche dessinant ses propres voies vers l\u2019expression d\u2019un ordre impos\u00e9 par des moyens d\u2019une abjecte violence.<\/span> Par contre, il n\u2019est plus pensable de se rattacher \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019un exil, puisque les d\u00e9placements ne se font pas entre deux endroits; ni \u00e0 l\u2019id\u00e9e de nomadisme, puisque la marche n\u2019a malgr\u00e9 tout rien d\u2019incertain. En fin de compte, cette marche partage peu de choses avec l\u2019errance. Au contraire, les chemins, lin\u00e9aires et toujours semblables, ici sont trac\u00e9s d\u2019avance.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que l\u2019artiste pr\u00e9f\u00e8re ne pas voir son travail rapproch\u00e9 des horreurs de <span style=\"white-space: nowrap;\">l\u2019Holocauste<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-9\" href=\"#footnote-9\"><sup>9<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-9\"><a href=\"#fn-ref-9\"> 9 <\/a> - Voir Mordechai Omer, \u00abPeople Walking \u2013 Where are they going?\u00bb, dans Michal Rovner. Against Order? Against Disorder?, catalogue d\u2019exposition, Biennale de Venise, Pavillon d\u2019Isra\u00ebl, 2002, p. 9.<\/span>, il ne serait pas tout \u00e0 fait faux de dire que c\u2019est malgr\u00e9 les d\u00e9sastres des guerres successives qui ont marqu\u00e9 l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 que les marcheurs de Rovner continuent d\u2019avancer. L\u2019impression demeure toutefois que ces marcheurs sont pouss\u00e9s en avant par une force irr\u00e9sistible. Ils avancent, mais sur des chemins qui ont disparu et dont l\u2019\u00e9clipse, n\u00e9anmoins, ne mine en rien le d\u00e9sir de progresser.<\/p>\n\n\n\n<p>Time Left finit-il par sugg\u00e9rer, puisque tant de chemins ont \u00e9t\u00e9 parcourus, tant de d\u00e9placements orchestr\u00e9s, que m\u00eame l\u2019id\u00e9e de chemin tend \u00e0 s\u2019\u00e9vanouir? Errant \u00e0 la recherche de rien, ces personnages tiennent bon dans leur perp\u00e9tuel mouvement. L\u2019absence de territoire constitue le manque qui fait que jamais le mouvement de ces gens ne s\u2019interrompt. Pour parler comme Blanchot, c\u2019est leur d\u00e9sir de ne pas marcher qui, dans l\u2019espoir, la main dans la main, les fait avancer. Aussi, ces personnages avancent-ils comme si jamais le repos n\u2019allait leur \u00eatre accord\u00e9. Ils avancent comme par anticipation du prochain d\u00e9racinement.<\/p>\n<div style='display: none;'>Bernard Lamarche, Michal Rovner<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[4504],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[4291],"artistes":[5742],"thematiques":[],"type_post":[],"class_list":["post-178865","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archive","category-post","numeros-55-derives-ii-en","statuts-archive","auteurs-bernard-lamarche-en","artistes-michal-rovner-en"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178865","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=178865"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178865\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=178865"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=178865"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=178865"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=178865"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=178865"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=178865"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=178865"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=178865"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=178865"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=178865"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=178865"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}