<br />
<b>Notice</b>:  Function _load_textdomain_just_in_time was called <strong>incorrectly</strong>. Translation loading for the <code>woocommerce-shipping-per-product</code> domain was triggered too early. This is usually an indicator for some code in the plugin or theme running too early. Translations should be loaded at the <code>init</code> action or later. Please see <a href="https://developer.wordpress.org/advanced-administration/debug/debug-wordpress/">Debugging in WordPress</a> for more information. (This message was added in version 6.7.0.) in <b>/var/www/staging.esse.ca/htdocs/wp-includes/functions.php</b> on line <b>6131</b><br />
<br />
<b>Notice</b>:  Function _load_textdomain_just_in_time was called <strong>incorrectly</strong>. Translation loading for the <code>complianz-gdpr</code> domain was triggered too early. This is usually an indicator for some code in the plugin or theme running too early. Translations should be loaded at the <code>init</code> action or later. Please see <a href="https://developer.wordpress.org/advanced-administration/debug/debug-wordpress/">Debugging in WordPress</a> for more information. (This message was added in version 6.7.0.) in <b>/var/www/staging.esse.ca/htdocs/wp-includes/functions.php</b> on line <b>6131</b><br />
{"id":178912,"date":"2005-05-01T19:55:00","date_gmt":"2005-05-02T00:55:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/une-cineplastique-generalisee\/"},"modified":"2023-12-08T08:30:16","modified_gmt":"2023-12-08T13:30:16","slug":"une-cineplastique-generalisee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/une-cineplastique-generalisee\/","title":{"rendered":"<strong>Une cin\u00e9plastique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<pre class=\"wp-block-verse\">[In French]<\/pre>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">L\u2019histoire de la pens\u00e9e est pleine d\u2019exemples illustres qui montrent combien une certaine forme de r\u00e9flexion est li\u00e9e \u00e0 une certaine forme de d\u00e9ambulation. Ainsi l\u2019\u00e9cole aristot\u00e9licienne dite p\u00e9ripat\u00e9ticienne \u2013 du grec p\u00e9ripate\u00een, qui signifie se promener \u2013 pratiquait l\u2019enseignement de la philosophie en marchant, liant l\u2019apprentissage de la pens\u00e9e et la n\u00e9cessit\u00e9 du d\u00e9placement. Plus proche de nous, Rousseau faisait des r\u00eaveries du promeneur solitaire un des ferments de la philosophie et du rapport id\u00e9alis\u00e9 \u00e0 la nature. Nietzsche \u00e9tait un grand marcheur. Dans le sud-est de la France existe toujours le chemin dit du philosophe : il conduit le promeneur des bords de la M\u00e9diterran\u00e9e au sommet du village d\u2019Eze. C\u2019est en arpentant cette voie que Nietzsche confie avoir con\u00e7u la premi\u00e8re partie de son Zarathoustra. D\u2019ailleurs, au d\u00e9but du 19e si\u00e8cle, Karl Gottlob Schelle, philosophe, ami de Kant, n\u2019a-t-il pas r\u00e9dig\u00e9 L\u2019art de se <span style=\"white-space: nowrap;\">promener<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Karl Gottlob Schelle, L\u2019art de se promener [1802], pr\u00e9face et traduction P. Deshusses, Payot&amp;Rivages, Paris, 1996.<\/span>, un texte bref dans lequel il d\u00e9cline diff\u00e9rents types de d\u00e9ambulation ?<\/pre>\n\n\n\n<p>Ces quelques exemples historiques suffisent \u00e0 montrer combien le d\u00e9placement physique conditionne aussi un certain type de d\u00e9placement psychique : penser c\u2019est se d\u00e9placer. Cette relation d\u2019\u00e9quivalence entre le mouvement et une certaine forme de production, entre la marche et la cr\u00e9ation, a \u00e9t\u00e9 explor\u00e9e par les artistes en Occident depuis bien longtemps. On peut sch\u00e9matiquement diviser cette exploration en deux moments bien distincts dans l\u2019histoire. Le premier, qui prend place de la Renaissance \u00e0 la fin du 19e si\u00e8cle, traite la figure du marcheur pour elle-m\u00eame, c\u2019est-\u00e0-dire comme un sujet \u00e0 illustrer dans des images qui repr\u00e9sentent l\u2019action de l\u2019arpenteur. C\u2019est alors, de Masaccio \u00e0 Rodin, un traitement all\u00e9gorique de la figure de l\u2019homme qui marche qui est propos\u00e9 \u00e0 travers plusieurs de ses figures (le p\u00e8lerin, le manifestant, le juif errant&#8230;).<\/p>\n\n\n\n<p>Cette histoire conna\u00eet, \u00e0 la fin du 19e si\u00e8cle, un bouleversement majeur. La chronophotographie (\u00c9tienne-Jules Marey, Edward Muybridge) \u2013 qui fait de la figure de l\u2019homme qui marche un de ses th\u00e8mes de recherche majeurs \u2013 tente de saisir le mouvement m\u00eame de la marche, la loi du d\u00e9placement des corps dans le temps et dans l\u2019espace. \u00c0 ce titre, elle s\u2019\u00e9loigne franchement d\u2019un traitement all\u00e9gorique du sujet au profit d\u2019une vision plus ph\u00e9nom\u00e9nologique du transport, qui capte le d\u00e9ploiement du d\u00e9placement pour lui-m\u00eame. Et c\u2019est bien la marche comme ph\u00e9nom\u00e8ne qui est ici trait\u00e9e et qui motive les recherches de Marey et de Muybridge, et non pas la d\u00e9ambulation comme th\u00e8me. Ces recherches sont tr\u00e8s t\u00f4t prises en compte par les artistes. Duchamp \u2013 Nu descendant un escalier, 1912 \u2013, les futuristes int\u00e8grent dans la r\u00e9alisation de leurs propres images les acquis photographiques qui s\u2019efforcent de rendre compte de la mobilit\u00e9 en tant que telle.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait qualifier ces recherches de cin\u00e9plastiques, mot qui synth\u00e9tise la prise en compte du mouvement \u2013 la Kin\u00e9sis grecque \u2013 et sa transformation plasticienne, sa prise de forme. Ce terme a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 1920 par l\u2019historien de l\u2019art \u00c9lie Faure, dans un article consacr\u00e9 au cin\u00e9ma dont le propos \u00e9tait notamment de souligner la dignit\u00e9 artistique du septi\u00e8me art, comparable, selon lui, \u00e0 celle des beaux-arts. Aujourd\u2019hui nous vivons \u2013 esth\u00e9tiquement mais aussi au quotidien \u2013 sous le r\u00e8gne d\u2019une cin\u00e9plastique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, sous la loi, mondaine, du d\u00e9placement producteur de formes de vie et celle, artistique, de la d\u00e9rive comme outil d\u2019invention de formes plastiques \u00e0 tel point que l\u2019on peut qualifier la cin\u00e9plastique, en reprenant la formule de la philosophe fran\u00e7aise Catherine Malabou (qui elle-m\u00eame a pens\u00e9 ce concept \u00e0 partir de Bergson), de \u00absch\u00e8me herm\u00e9neutique <span style=\"white-space: nowrap;\">moteur<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Catherine Malabou, La plasticit\u00e9 au soir de l\u2019\u00e9criture. Dialectique, destruction, d\u00e9construction, L\u00e9o Scheer, Paris, 2005, p. 33.<\/span>\u00bb. Cela signifie que le d\u00e9placement comme processus de mise en forme, de prise de forme, est aujourd\u2019hui la loi de notre rapport au monde, qu\u2019il en est un moyen de lecture et de description.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s les ann\u00e9es 1920, les surr\u00e9alistes ont entrepris des marches hasardeuses pour perdre pied avec la ville, imaginer un autre rapport au monde environnant. Dans les ann\u00e9es 1950, les situationnistes ont pratiqu\u00e9 les d\u00e9rives psychog\u00e9ographiques \u2013 terme qui exprime d\u2019embl\u00e9e le lien entre le d\u00e9placement physique et sa traduction psychique \u2013 pour cr\u00e9er un rapport diff\u00e9rent avec la m\u00e9tropole construite et cartographi\u00e9e, pour d\u00e9payser le contexte et inventer une distance v\u00e9cue avec ce qui est le plus proche, le plus imm\u00e9diat, le plus quotidien mais aussi (et pour cette raison, le plus m\u00e9connu). Mais de telles exp\u00e9riences de d\u00e9placement concernaient une poign\u00e9e d\u2019individus isol\u00e9s, des groupuscules en marche.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1960, une g\u00e9n\u00e9ration enti\u00e8re d\u2019artistes fait du transport le moyen de construire des \u0153uvres dans des espaces naturels (d\u00e9sert, montagne), le moyen d\u2019investir le paysage, loin des villes et des lieux historiques de la modernit\u00e9. Land Art, Earth Art, c\u2019est \u00e0 chaque fois partir ailleurs pour marcher et pour cr\u00e9er qui est en <span style=\"white-space: nowrap;\">jeu<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - Pour une histoire de la marche depuis la Renaissance jusqu\u2019\u00e0 la p\u00e9riode actuelle, voir le catalogue de l\u2019exposition du mus\u00e9e Picasso d\u2019Antibes, Un si\u00e8cle d\u2019arpenteurs. Les figures de la marche, RMN, 2001. Pour une analyse plus d\u00e9taill\u00e9e de la p\u00e9riode contemporaine, voir Thierry Davila, Marcher, cr\u00e9er. D\u00e9placements, fl\u00e2neries, d\u00e9rives dans l\u2019art de la fin du XXe si\u00e8cle, \u00c9ditions du Regard, Paris, 2003. Pour une histoire de la marche d\u2019un point de vue plus litt\u00e9raire, voir Rebecca Solnit, L\u2019art de marcher [2000], trad. O. Bonis, Actes Sud, Arles, 2002.<\/span>, \u00abla nature\u00bb fournissant l\u2019\u00e9crin dans lequel prend place la d\u00e9ambulation productrice de formes. Ici, l\u2019action du corps mobile est le ferment d\u2019un investissement \u00e0 grande \u00e9chelle du contexte dans lequel l\u2019art a lieu, un art qui s\u2019exprime alors dans ce que Rosalind Krauss a appel\u00e9 un \u00abchamp <span style=\"white-space: nowrap;\">\u00e9largi<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Rosalind Krauss, \u00abLa sculpture dans le champ \u00e9largi\u00bb, L\u2019originalit\u00e9 de l\u2019avant-garde et autres mythes modernistes [1985], trad. J-P Criqui, Macula, Paris, 1993, p. 111-128.<\/span>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es 1980 et 1990, la cin\u00e9plastique confirme son emprise sur les pratiques artistiques les plus contemporaines, lesquelles s\u2019expriment \u00e0 pr\u00e9sent exclusivement dans les villes, dans les m\u00e9gapoles de la plan\u00e8te. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une \u00e9volution importante dans la mesure o\u00f9 elle signe une mani\u00e8re de retour \u00e0 la d\u00e9ambulation telle que Benjamin, \u00e0 la suite de Baudelaire, a pu la penser et pour laquelle la figure du fl\u00e2neur \u00abqui va herboriser sur le <span style=\"white-space: nowrap;\">bitume<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - Walter Benjamin, Charles Baudelaire. Un po\u00e8te lyrique \u00e0 l\u2019apog\u00e9e du capitalisme [1955], trad. J. Lacoste, Payot, Paris, 1979, p.57.<\/span>\u00bb reste essentielle, m\u00eame si des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la d\u00e9rive situationniste existent. Ici, \u00abla ville est le terrain v\u00e9ritablement sacr\u00e9 de la <span style=\"white-space: nowrap;\">fl\u00e2nerie<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-6\" href=\"#footnote-6\"><sup>6<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-6\"><a href=\"#fn-ref-6\"> 6 <\/a> - Walter Benjamin, Paris, capitale du XXe&nbsp;si\u00e8cle. Le livre des passages [1982], trad. J. Lacoste, Cerf, Paris, 1989, p. 439.<\/span>\u00bb, et c\u2019est cette situation urbaine qui pr\u00e9vaut largement aujourd\u2019hui, au point que l\u2019on peut parler de l\u2019existence d\u2019un pi\u00e9ton plan\u00e9taire dans ces pratiques qui m\u00ealent d\u00e9placement et production de formes \u00e0 m\u00eame le tissu urbain et la ville globale, \u00e0 m\u00eame les battements, les pulsations de la m\u00e9gapole.<\/p>\n\n\n\n<p>De Gabriel Orozco \u00e0 Francis Al\u00ffs et au groupe italien Stalker qui, dans la lign\u00e9e des situationnistes, explore la marche comme pratique collective, la cin\u00e9plastique est une exploration syst\u00e9matique des possibilit\u00e9s de d\u00e9placement : d\u00e9placements du regard, d\u00e9placements des protocoles artistiques, d\u00e9placements des perceptions du quotidien le plus imm\u00e9diat, pour amener l\u2019art vers des zones interstitielles dans lesquelles une autre ville existe et se construit, dans lesquelles une autre r\u00e9alit\u00e9 actuelle est en train d\u2019\u00e9merger. D\u2019autres cr\u00e9ateurs utilisent aussi la marche dans leur travail (Mona Hatoum, Sophie Calle, Fabrice Hyber, Dennis Adams, Laurent Malone&#8230;) mais d\u2019une mani\u00e8re plus ponctuelle, plus circonstancielle, faisant du d\u00e9placement un moment dans des processus g\u00e9n\u00e9raux de production et non pas un sch\u00e8me herm\u00e9neutique porteur et exclusif. L\u2019oeuvre de Janet Cardiff occupe une place \u00e0 part dans ce panorama. Ses Walks sont des d\u00e9ambulations sonores propos\u00e9es au spectateur dans des paysages donn\u00e9s et dont elle fixe le protocole qui am\u00e8ne tout un chacun \u00e0 suivre les pas de l\u2019artiste dans des espaces qu\u2019elle a pr\u00e9alablement arpent\u00e9s. \u00c0 chacun donc de mettre en \u0153uvre sa <span style=\"white-space: nowrap;\">cin\u00e9plastique<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-7\" href=\"#footnote-7\"><sup>7<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-7\"><a href=\"#fn-ref-7\"> 7 <\/a> - Pour une pr\u00e9sentation g\u00e9n\u00e9rale de cet aspect du travail de Janet Cardiff, voir l\u2019article de Andrea Urlberger, \u00abWalk in my footsteps\u2026\u00bb, Cheminements. Les carnets du paysage, n\u00b011, Actes Sud et l\u2019\u00c9cole nationale sup\u00e9rieure du paysage, p. 170-183.<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment, d\u2019ailleurs, synth\u00e9tiser en quelques mots au moins un des \u00e9l\u00e9ments qui structurent cette prise de forme du mouvement comme marche, cette invention de formes dans et comme d\u00e9placement ? Comme le fl\u00e2neur baudelairien, le pi\u00e9ton plan\u00e9taire actuel arpente la m\u00e9gapole en prenant son temps \u2013 n\u2019oublions pas que Benjamin cite l\u2019exemple de fl\u00e2neurs qui, \u00e0 Paris, dans les passages, autour de 1840, circulent en promenant des tortues, signe distinctif et preuve d\u2019un rapport inou\u00ef \u00e0 la dur\u00e9e \u2013, en s\u2019abandonnant au rythme propre \u00e0 la d\u00e9couverte buissonni\u00e8re de l\u2019univers, ce qui lui permet de fixer son attention sur un monde horizontal \u00e9mergeant au ras du sol, ce qui lui donne le loisir de baisser les yeux. Et parce qu\u2019il est disponible \u00e0 un tempo non marchand, socialement et \u00e9conomiquement improductif, il est, plus que quiconque, incit\u00e9 \u00e0 regarder ce tissu urbain bas, situ\u00e9 dans des zones de circulation qui d\u00e9classent l\u2019univers \u00e9lev\u00e9 des constructions dominantes.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u00e0 une position tr\u00e8s diff\u00e9rente de celle, verticale et un brin triomphale, habituellement accord\u00e9e \u00e0 tout cr\u00e9ateur et \u00e0 tout spectateur. Par ce biais, le fl\u00e2neur d\u00e9couvre une ville ignor\u00e9e et n\u00e9glig\u00e9e \u2013 une sorte d\u2019amn\u00e9sie urbaine \u2013 dont il enregistre les humeurs et les soubresauts, les m\u00e9tamorphoses et les \u00e9tats. Une m\u00e9gapole pulv\u00e9ris\u00e9e, fragmentaire, voire en lambeaux, incarn\u00e9e dans des restes, dans des d\u00e9bris, s\u2019offre alors aux circonvolutions de la fl\u00e2nerie dont l\u2019artiste entreprend de dresser le panorama imparfait, microscopique et bricol\u00e9. Ainsi Orozco a-t-il, avec sa pi\u00e8ce Yielding Stone (1992) \u2013 une boule de plastiline, \u00e9quivalent \u00e0 son propre poids, qu\u2019il&nbsp;pousse devant lui avec ses pieds lorsqu\u2019il arpente les rues de New York, et qui enregistre toutes les asp\u00e9rit\u00e9s du sol mais aussi qui r\u00e9colte les menus objets ignor\u00e9s peuplant plus ou moins discr\u00e8tement le bitume \u2013, invent\u00e9 un outil de m\u00e9moire qui r\u00e9capitule ses marches en faisant l\u2019inventaire hasardeux du paysage urbain travers\u00e9. De m\u00eame, Al\u00ffs avec The Collector (1991-1992), un petit chien en fer pos\u00e9 sur quatre roulettes tir\u00e9 par l\u2019artiste, au bout d\u2019une corde, et qui renferme un aimant puissant, lequel attire \u00e0 lui tous les d\u00e9bris m\u00e9talliques rencontr\u00e9s durant la fl\u00e2nerie, peut-il dresser l\u2019\u00e9tat des lieux qu\u2019il arpente en conservant les restes de ses escapades, leurs portraits \u00e0 travers des fragments trouv\u00e9s. Ici, le pi\u00e9ton plan\u00e9taire est au plus pr\u00e8s du fl\u00e2neur baudelairien et benjaminien : il devient l\u2019archiviste voire l\u2019historien de la ville ignor\u00e9e, d\u00e9class\u00e9e et r\u00e9duite en miettes; il est l\u2019entomologiste de la m\u00e9gapole horizontale, muette, basse. Dans cette m\u00e9moire r\u00e9activ\u00e9e, la cit\u00e9 moderniste se trouve mise \u00e0 distance au profit d\u2019un rapport diff\u00e9rent au contexte urbain que seul le d\u00e9placement, la d\u00e9ambulation, rendent possible. Une autre histoire \u2013 de l\u2019art \u2013 et un autre regard \u2013 plastique \u2013 sont alors inaugur\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Telle est la cin\u00e9plastique : une fa\u00e7on de red\u00e9couvrir l\u2019imm\u00e9diat, ce qui est \u00e0 port\u00e9e de main, ou plut\u00f4t une autre mani\u00e8re d\u2019inventer \u2013 de d\u00e9couvrir et de produire \u2013 la ville globale, la m\u00e9gapole actuelle, \u00e0 partir de circuits et de trajets singuliers. Ce sont ces gestes qui habitent massivement la cr\u00e9ation contemporaine, des actes discrets mais qui n\u2019en sont pas moins intenses et tranchants, d\u00e9cisifs et uniques. John Brinckerhoff Jackson a d\u00e9velopp\u00e9, dans son oeuvre, l\u2019id\u00e9e d\u2019une \u00abhodologie\u00bb \u2013 terme forg\u00e9 initialement par le psychologue Kurt Lewin \u2013, qui est chez lui une science ou une \u00e9tude des <span style=\"white-space: nowrap;\">routes<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-8\" href=\"#footnote-8\"><sup>8<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-8\"><a href=\"#fn-ref-8\"> 8 <\/a> - Sur l\u2019hodologie, voir Gilles A. Tiberghien et Jean-Marc Besse, \u00abHodologique, suivi de quatre notes conjointes\u00bb, Cheminements. Les carnets du paysage N\u00b011, op. cit., p. 6-33. De John Brinckerhoff Jackson existent plusieurs ouvrages dont Landscapes. Selected Writings, \u00e9dit\u00e9 par E. H. Zube, The University of Massachusetts Press, 1970; The Necessity for Ruins and Other Topics, The University of Massachusetts Press, 1980; Discovering the Vernacular Landscape, Yale University Press, New Haven et Londres, 1984; A Sense of Place, a Sense of Time, Yale University Press, New Haven et Londres,1994.<\/span>. La cin\u00e9plastique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e invente son savoir sur des voies qui ne peuvent pas \u00eatre connues, qui ne peuvent pas \u00eatre \u00e9tudi\u00e9es par une science, sur des routes qui sont des trac\u00e9s toujours renouvel\u00e9s, toujours \u00e0 reprendre : des chemins qui n\u2019existent qu\u2019au moment o\u00f9 nous en faisons l\u2019exp\u00e9rience et qui ne livrent d\u2019eux-m\u00eames que des humeurs inframinces.<\/p>\n\n\n<div style='display: none;'>Thierry Davila<\/div>\n<div style='display: none;'>Thierry Davila<\/div>\n<div style='display: none;'>Thierry Davila<\/div><div style='display: none;'>Thierry Davila<\/div><div style='display: none;'>Thierry Davila<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[4536],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[902],"artistes":[],"thematiques":[],"type_post":[],"class_list":["post-178912","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archive","category-post","numeros-54-derives-en","statuts-archive","auteurs-thierry-davila-en"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178912","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=178912"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178912\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=178912"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=178912"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=178912"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=178912"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=178912"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=178912"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=178912"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=178912"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=178912"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=178912"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=178912"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}