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{"id":178977,"date":"2005-05-01T19:20:00","date_gmt":"2005-05-02T00:20:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/portrait-de-lartiste-en-touriste\/"},"modified":"2024-03-07T11:45:46","modified_gmt":"2024-03-07T16:45:46","slug":"portrait-de-lartiste-en-touriste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/portrait-de-lartiste-en-touriste\/","title":{"rendered":"<strong>Portrait de l\u2019artiste en touriste<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<pre class=\"wp-block-verse\">[In French]<\/pre>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Le \u00abtourisme\u00bb, entendu comme le \u00abfait de voyager, de parcourir pour son plaisir un lieu autre que celui o\u00f9 l\u2019on vit habituellement\u00bb, tire son nom du \u00abGrand Tour\u00bb d\u2019Europe (Gr\u00e8ce, Italie, etc.) effectu\u00e9 par les jeunes Britanniques de la haute soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 partir de 1700 pour parfaire leur \u00e9ducation. Le terme appara\u00eet aux environs de 1830 et se teinte assez vite d\u2019une connotation p\u00e9jorative dans la litt\u00e9rature de <span style=\"white-space: nowrap;\">voyage<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Vers 1830-1840, le tourisme s\u2019intensifie tout en se massifiant : en t\u00e9moigne, en 1841, la cr\u00e9ation de l\u2019agence Cook, la premi\u00e8re agence de tourisme. Aujourd\u2019hui, le ph\u00e9nom\u00e8ne touristique s\u2019est diffus\u00e9 dans le corps social puisqu\u2019en France, par exemple; il est le fait d\u2019environ 80 % de la population.<\/span>. \u00c0 l\u2019inverse de l\u2019aventurier ou de l\u2019explorateur, le touriste est rapidement assimil\u00e9 \u00e0 celui qui voyage sans \u00e9preuve ou sans danger. S\u2019il souffre aujourd\u2019hui encore d\u2019une r\u00e9putation peu glorieuse, les biens et les richesses qu\u2019il g\u00e9n\u00e8re font de lui une figure attendue, accueillie voire courtis\u00e9e.<\/pre>\n\n\n\n<p>Touristiques ? Les d\u00e9ambulations de Francis Al\u00ffs, Stephen Wilks, Laurent Tixador, Abraham Poincheval, Nicolas Pinier et Michael Blum s\u2019y apparentent. Fond\u00e9es sur la mobilit\u00e9 naturellement associ\u00e9e au tourisme et en reprenant <span style=\"white-space: nowrap;\">l\u2019apanage<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Ses diff\u00e9rentes formes de mobilit\u00e9 (le voyage, la promenade, la randonn\u00e9e, etc.), ses accessoires (guides, sac \u00e0 dos, etc.) et ses codes.<\/span>, leurs pratiques artistiques s\u2019en \u00e9cartent l\u00e9g\u00e8rement en ce qu\u2019elles pastichent tout autant qu\u2019elles subliment la figure du nomade de la soci\u00e9t\u00e9 des loisirs et de la consommation. Ce qui caract\u00e9rise ces artistes avant tout : l\u2019absence de crainte ou de peur du ridicule et donc, de fait, la propension \u00e0 se d\u00e9complexer doublement vis-\u00e0-vis de la figure de l\u2019artiste d\u2019une part et de celle du touriste de l\u2019autre. Tout est pour eux pr\u00e9texte ou support au d\u00e9placement, question qu\u2019ils abordent de mani\u00e8re quelque peu iconoclaste : nous sommes l\u00e0 bien loin d\u2019une quelconque esth\u00e9tisation de la marche ou de la d\u00e9rive, telle que la pratiquaient par exemple les artistes du Land Art dans les ann\u00e9es 1960 et 1970 ou encore les situationnistes, qui l\u2019avaient m\u00eame th\u00e9oris\u00e9e. Les artistes de notre corpus s\u2019\u00e9cartent encore de l\u2019attitude nonchalante ou du dandysme que l\u2019on pr\u00eate au fl\u00e2neur baudelairien et exploitent au contraire la veine burlesque ou maladroite qui caract\u00e9rise assez bien le touriste.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son travail, l\u2019artiste belge Francis Al\u00ffs explore de multiples fa\u00e7ons les tenants et aboutissants de ce que recouvre le principe de tourisme. \u00c0 Mexico, o\u00f9 il vit et travaille depuis 1987 et o\u00f9 il passe lui-m\u00eame pour \u00abtouriste de longue dur\u00e9e\u00bb (l\u2019expression \u00e9tant habituellement r\u00e9serv\u00e9e aux ch\u00f4meurs&#8230;), l\u2019artiste, partant de constats sociaux et g\u00e9opolitiques, poursuit entres autres des r\u00e9flexions sur les notions d\u2019activit\u00e9 et d\u2019inactivit\u00e9, de temps de travail et de temps de loisir. Intronis\u00e9 \u00e0 sa demande \u00abtouriste professionnel\u00bb sous forme contractuelle par les organisateurs de l\u2019exposition In Site 97 \u00e0 Tijuana (Mexique) et San Diego (\u00c9tats-Unis) sur la th\u00e9matique de la fronti\u00e8re, Al\u00ffs conf\u00e8re \u00e0 ce statut, par d\u00e9finition \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et saisonnier, \u00abune raison d\u2019\u00eatre, un acte social \u00e0 part enti\u00e8re, un <span style=\"white-space: nowrap;\">travail<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - Thierry Davila, Marcher, Cr\u00e9er. D\u00e9placements, fl\u00e2neries, d\u00e9rives dans l\u2019art de la fin du XXe si\u00e8cle, \u00c9ditions du Regard, Paris, 2002, p.18.<\/span>\u00bb. Pour aller d\u2019une ville \u00e0 l\u2019autre, l\u2019artiste r\u00e9alise une boucle autour du monde afin de ne pas franchir, mais de contourner, la fronti\u00e8re entre les deux pays. Par cette action, il souligne les niveaux de r\u00e9alit\u00e9 \u00e9loign\u00e9s de chacune de ces nations et met l\u2019accent sur une disparit\u00e9 que la proximit\u00e9 g\u00e9ographique n\u2019emp\u00eache en rien. Pour ce faire, il se camoufle en touriste afin de soulever les consciences et sublime de la sorte ce statut. Lorsqu\u2019en 1995, il s\u2019\u00e9quipe d\u2019une pancarte Turista et se range aux c\u00f4t\u00e9s de travailleurs mexicains munis d\u2019\u00e9criteaux (\u00ab\u00e9lectricien\u00bb, \u00abplombier\u00bb, \u00abpeintre\u00bb) dans l\u2019espoir d\u2019\u00eatre recrut\u00e9s \u00e0 la vol\u00e9e, il semble faire de l\u2019activit\u00e9 touristique, g\u00e9n\u00e9ralement associ\u00e9e \u00e0 l\u2019inactivit\u00e9 et au temps de loisir, une profession digne de susciter l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019un employeur. Alignement du tourisme sur ce \u00e0 quoi il est cens\u00e9 s\u2019opposer ou bien r\u00e9habilitation des notions de farniente, luxe et oisivet\u00e9 ? \u00c0 Copenhague, en 1997, l\u2019artiste se d\u00e9place dans la ville pendant une semaine, chaque jour sous l\u2019emprise d\u2019une drogue diff\u00e9rente. Cette performance, intitul\u00e9e Narcotourism, met en branle les aptitudes de d\u00e9placement propres au touriste et teste la r\u00e9sistance de l\u2019artiste \u00e0 toutes sortes de substances illicites. On peut voir, en cet acte ambigu, la critique d\u2019un certain mode de tourisme exp\u00e9riment\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, car peu ou moins envisageable dans le pays de r\u00e9sidence (la drogue dans le cas pr\u00e9cis, mais il pourrait tout aussi bien s\u2019agir de tourisme sexuel), une remise en question de la notion d\u2019hyperactivit\u00e9 li\u00e9e au tourisme culturel en g\u00e9n\u00e9ral ou bien une sorte de sublimation de la condition du touriste en proie \u00e0 diff\u00e9rents types d\u2019\u00e9tats hallucinatoires, loin donc de son quotidien banal.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns alignfull is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:66.66%\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1259\" height=\"1920\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/00Motard_Alys-narcotourism.jpg\" alt=\"Alys-narcotourism\" class=\"wp-image-247901\" srcset=\"https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/00Motard_Alys-narcotourism.jpg 1259w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/00Motard_Alys-narcotourism-300x458.jpg 300w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/00Motard_Alys-narcotourism-600x915.jpg 600w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/00Motard_Alys-narcotourism-768x1171.jpg 768w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/00Motard_Alys-narcotourism-1007x1536.jpg 1007w\" sizes=\"auto, (max-width: 1259px) 100vw, 1259px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Francis Al\u00ffs<\/strong><br><em>Narcotourism<\/em>, 1996.<br>Photo : permission de Lisson Gallery, Londres<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:33.33%\"><\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>Si on reconna\u00eet le touriste \u00e0 son bob, sa banane, son short et son appareil photo, on identifie Stephen Wilks \u00e0 son \u00e2ne, mani\u00e8re peu discr\u00e8te et facilement rep\u00e9rable, commune aux deux, d\u2019arpenter l\u2019espace. Mais l\u00e0 o\u00f9 le touriste affectionne le monument, le quartier historique et les rues commer\u00e7antes, Wilks \u00e9lit le terrain vague et la friche comme lieux de pr\u00e9dilection&#8230; L\u2019artiste anglais t\u00e9moigne d\u2019un attrait pour les d\u00e9chets, les r\u00e9sidus de la ville, ou encore pour les zones ind\u00e9termin\u00e9es qui la composent, d\u2019o\u00f9 son int\u00e9r\u00eat pour Berlin, qui, du fait de l\u2019am\u00e9nagement urbain particulier qui la caract\u00e9rise, est un terreau fertile au sein duquel le photographe trouve \u00e0 loisir les paysages urbains qu\u2019il affectionne. En 2000, il y r\u00e9alise une s\u00e9rie photographique, o\u00f9 il se met en sc\u00e8ne avec un \u00e2ne de feutre fabriqu\u00e9 et rembourr\u00e9 par ses soins. Dans ses p\u00e9r\u00e9grinations p\u00e9destres, Wilks ne se s\u00e9pare jamais de son compagnon l\u2019\u00ab\u00e2ne de Troie\u00bb, comme il l\u2019a surnomm\u00e9, faisant ainsi r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la ruse employ\u00e9e par Ulysse et ses hommes dans l\u2019Odyss\u00e9e d\u2019Hom\u00e8re. De la m\u00eame mani\u00e8re que le cheval g\u00e9ant en bois permet aux Grecs de prendre Troie, l\u2019animal factice de Wilks autorise l\u2019artiste \u00e0 s\u2019immiscer partout, sa pr\u00e9sence lui servant de pr\u00e9texte \u00e0 l\u2019exploration de la ville sous toutes les coutures. Dans sa pratique d\u00e9rivative, Wilks troque accessoires et attributs touristiques types contre son \u00e2ne et utilise ainsi la mobilit\u00e9 de mani\u00e8re aussi bien m\u00e9taphorique que parodique.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns alignfull is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:33.33%\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:66.66%\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1920\" height=\"1600\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/00Motard_SW00-134.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-247903\" srcset=\"https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/00Motard_SW00-134.jpg 1920w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/00Motard_SW00-134-300x250.jpg 300w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/00Motard_SW00-134-600x500.jpg 600w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/00Motard_SW00-134-768x640.jpg 768w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/00Motard_SW00-134-1536x1280.jpg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1920px) 100vw, 1920px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Stephen Wilks<\/strong><br><em>Sans titre<\/em>, 2000.<br>Photo : permission de la Galerie Nelson, Paris<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>Chez les artistes Laurent Tixador et Abraham Poincheval, le tourisme peut \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9 comme vecteur critique d\u2019une certaine inertie du monde de l\u2019art. Pour eux, \u00abl\u2019aventure c\u2019\u00e9tait plus de quitter le milieu de l\u2019art contemporain. Non pas en explorateurs civilisateurs, mais vraiment pour voir d\u2019autres endroits, parce qu\u2019un artiste se d\u00e9place ordinairement de galerie en centre d\u2019art et peut voyager beaucoup sans jamais sortir de son <span style=\"white-space: nowrap;\">milieu<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Laurent Tixador, \u00abJournal de bord de Laurent Tixador\u00bb, dans L\u2019Inconnu des grands horizons, michel baverey \u00e9diteur (antipodes), mai, Paris, 2003, p. 7.<\/span>\u00bb. Habill\u00e9s comme pour une exp\u00e9dition, les apprentis aventuriers quittent Nantes le mardi 1er octobre 2002 au soir pour rallier Metz via Caen, \u00e0 pied, en ligne droite, avec pour seul outil une boussole. \u00c0 l\u2019inverse de nombre d\u2019acteurs du monde de l\u2019art actuel, lesquels, \u00e0 coup d\u2019avions, de trains, et de taxis se rendent aux quatre coins du monde en un rien de temps, courant biennales et autres expositions internationales, Tixador et Poincheval choisissent d\u2019exploiter, en v\u00e9ritables \u00abtouristes de l\u2019art\u00bb, les notions d\u2019improductivit\u00e9, de temps faible, de retard, dans un milieu qui pr\u00f4ne de plus en plus la rentabilit\u00e9, l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 et la flexibilit\u00e9. Le r\u00e9cit de leur \u00e9pop\u00e9e rurale d\u00e9marre ainsi : \u00abL\u2019odeur que nous laissons dans notre sillage est celle des centres commerciaux, et notre exp\u00e9rience de la marche, tr\u00e8s th\u00e9orique, se r\u00e9sume en trois mots : plut\u00f4t le <span style=\"white-space: nowrap;\">m\u00e9tro<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - Laurent Tixador, \u00abJournal de bord de Laurent Tixador\u00bb, op. cit., p. 21. Tixador et Poincheval font figures d\u2019exception au sein des d\u00e9rives, fl\u00e2neries et d\u00e9placements artistiques actuels puisque le nomadisme contemporain s\u2019effectue le plus souvent dans un contexte urbain. En revanche, leur aventure refl\u00e8te bien la diversification dont le tourisme a \u00e9t\u00e9 l\u2019objet tout au long du 20e si\u00e8cle : les th\u00e9matiques du voyage d\u2019agr\u00e9ment, de nature culturelle jusqu\u2019alors, se sont en effet consid\u00e9rablement multipli\u00e9es, en tourisme baln\u00e9aire, de montagne, \u00e0 la campagne&#8230;<\/span>\u00bb. Les \u00e9pisodes de cette grande marche, tels que Tixador les relate dans son journal de bord, L\u2019Inconnu des grands horizons, s\u2019inscrivent \u00e0 la fois dans la tradition du r\u00e9cit d\u2019aventure et en marge de ce dernier. Deux passages du r\u00e9cit de nos anti-h\u00e9ros les rapprochent du genre en question. Celui o\u00f9 la travers\u00e9e de l\u2019autoroute de l\u2019Est est racont\u00e9e comme un v\u00e9ritable exploit : \u00abil est environ quinze heures et nous venons juste de traverser l\u2019autoroute de Lille \u00e0 hauteur du parc Ast\u00e9rix. Nous sommes maintenant \u00e0 l\u2019Est, aussi fiers que si nous avions pass\u00e9 le Cap <span style=\"white-space: nowrap;\">Horn<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-6\" href=\"#footnote-6\"><sup>6<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-6\"><a href=\"#fn-ref-6\"> 6 <\/a> - Ibid., p. 41.<\/span>\u00bb. Celui aussi, typique du \u00abprincipe d\u2019inversion&nbsp;\u00bb notable \u00e0 partir de l\u2019Entre-deux-<span style=\"white-space: nowrap;\">guerres<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-7\" href=\"#footnote-7\"><sup>7<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-7\"><a href=\"#fn-ref-7\"> 7 <\/a> - Sylvain Venayre dans L\u2019Inconnu des grands horizons, michel baverey \u00e9diteur (antipodes), mai, Paris, 2003, p. 7 : \u00abEn th\u00e9orie, l\u2019aventure consiste \u00e0 partir pour voir un spectacle inou\u00ef. Mais aux alentours de 1930 tout se renverse et, par exemple chez Fleming, l\u2019aventure devient le fait de prendre un bain au retour d\u2019Asie Centrale\u00bb.<\/span>, o\u00f9 Tixador s\u2019\u00e9meut devant les \u00e9talages d\u2019une station-service lors d\u2019un brusque retour \u00e0 la civilisation : \u00abdans la boutique, tout \u00e9tait merveilleux. Les rayonnages d\u2019\u00e9quipements pour les voitures m\u2019ont paru si invraisemblables que je suis rest\u00e9 plusieurs minutes \u00e0 contempler les essuie-glaces, les ampoules et autres gadgets <span style=\"white-space: nowrap;\">d\u2019allume-cigares<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-8\" href=\"#footnote-8\"><sup>8<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-8\"><a href=\"#fn-ref-8\"> 8 <\/a> - Laurent Tixador, \u00abJournal de bord de Laurent Tixador\u00bb, op. cit., p. 49.<\/span>\u00bb. D\u2019autres \u00e9l\u00e9ments, en revanche, les en excluent. Comme le fait remarquer Sylvain Venayre, historien du d\u00e9sir d\u2019aventure (un titre qui laisse songeur&#8230;), \u00abpour moi, l\u2019\u00e9l\u00e9ment le plus original dans votre r\u00e9cit, car je ne l\u2019ai encore vu nulle part, c\u2019est cette id\u00e9e de ligne droite. [\u2026] l\u2019aventure est par d\u00e9finition, tout sauf la ligne droite. C\u2019est au contraire le <span style=\"white-space: nowrap;\">d\u00e9tour<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-9\" href=\"#footnote-9\"><sup>9<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-9\"><a href=\"#fn-ref-9\"> 9 <\/a> - Sylvain Venayre dans L\u2019Inconnu des grands horizons, michel baverey \u00e9diteur (antipodes), mai, Paris, 2003, p. 7.<\/span>\u00bb. Tixador explique que l\u2019id\u00e9e de la ligne droite leur permettait simplement d\u2019\u00e9viter les routes. Les artistes raisonnaient en termes de perc\u00e9e : il s\u2019agissait pour eux de rejoindre au plus vite Metz o\u00f9 les attendait le vernissage de leur exposition, le 17 d\u00e9cembre. Selon Venayre toujours, la ligne droite fait quand m\u00eame traverser \u00e0 Tixador et Poincheval les paysages les plus sinistres de France. Sur ce point encore, les deux artistes se positionnent aux antipodes de l\u2019imaginaire v\u00e9hicul\u00e9 par les r\u00e9cits de voyage \u00e0 savoir le go\u00fbt pour des paysages extraordinaires, contraires \u00e0 ceux que \u00abMalraux appelle \u201c[des] paysage[s] tr\u00e8s con[s] genre <span style=\"white-space: nowrap;\">picard[s]\u201d<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-10\" href=\"#footnote-10\"><sup>10<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-10\"><a href=\"#fn-ref-10\"> 10 <\/a> - Ibid.<\/span>\u00bb. La chronologie adopt\u00e9e pour le r\u00e9cit du voyage est elle aussi \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 du convenu du genre puisque Tixador utilise dans son carnet de bord le compte \u00e0 rebours (J-10, J-2, J-1). Le r\u00e9cit s\u2019arr\u00eate d\u2019ailleurs la veille du jour J : nous n\u2019aurons pas vent du vernissage de l\u2019exposition, comme si ce moment \u00e9tait superflu. L\u00e0 o\u00f9 Al\u00ffs et Wilks introduisaient par l\u2019art la figure du touriste, Tixador et Poincheval, jouant d\u2019un principe de r\u00e9versibilit\u00e9, injectent un peu de tourisme dans le champ de l\u2019art&#8230;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns alignfull is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:66.66%\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1920\" height=\"1600\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/0Motard_1928.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-247899\" srcset=\"https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/0Motard_1928.jpg 1920w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/0Motard_1928-300x250.jpg 300w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/0Motard_1928-600x500.jpg 600w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/0Motard_1928-768x640.jpg 768w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/0Motard_1928-1536x1280.jpg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1920px) 100vw, 1920px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Nicolas Pinier<\/strong><br><em>Schillingstr. \/ 11-11-03 \/ Berlin<\/em>, 2003.<br>Photo : permission de l&#8217;artiste<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:33.33%\"><\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>Guid\u00e9s par deux objectifs aussi diff\u00e9rents que futiles mais non moins d\u00e9pourvus de sens, Nicolas Pinier et Michael Blum, en parfaits touristes, partent eux aussi mener l\u2019enqu\u00eate en terres inconnues : le premier \u00e0 Berlin, le second \u00e0 Jakarta. \u00c0 la mani\u00e8re d\u2019un d\u00e9tective, travail qui pour Walter Benjamin est \u00abl\u2019un des devenirs sociaux possibles du fl\u00e2neur <span style=\"white-space: nowrap;\">[\u2026]<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-11\" href=\"#footnote-11\"><sup>11<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-11\"><a href=\"#fn-ref-11\"> 11 <\/a> - Walter Benjamin, Charles Baudelaire, Un po\u00e8te lyrique \u00e0 l\u2019apog\u00e9e du capitalisme [1955], trad. J. Lacoste, Payot, Paris, 1979, p. 102.<\/span>\u00bb, Pinier traque les motifs floraux du paysage culturel berlinois lors d\u2019une r\u00e9sidence dans la m\u00e9tropole allemande (2003-2004). L\u00e0-bas, il arpente la ville \u00e0 la recherche de repr\u00e9sentations florales dans le but de constituer un herbier qu\u2019il qualifie de culturel. \u00c0 Berlin, Pinier ne se d\u00e9leste pas plus de sa condition de touriste que du titre d\u2019\u00abexplorateur en botanique culturelle\u00bb qu\u2019il s\u2019est attribu\u00e9 d\u2019embl\u00e9e de mani\u00e8re volontairement cocasse. Cette profession fictive lui permet d\u2019amuser ses interlocuteurs, de les amadouer et de les rendre serviables : c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 eux qu\u2019il recueille les informations n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de son plan de route. En parlant de son projet, il se tisse en effet un v\u00e9ritable r\u00e9seau d\u2019indics non avares en tuyaux floraux&#8230; Touriste, Pinier l\u2019est d\u00e9finitivement, il fait m\u00eame figure de touriste assist\u00e9&#8230; Perm\u00e9ables aux questions de l\u2019artiste, les Berlinois deviennent \u00e0 leur tour fatalement les touristes de leur propre ville : l\u2019artiste leur communique sa lubie des fleurs et leur regard vis-\u00e0-vis d\u2019un paysage urbain qu\u2019ils ont beau conna\u00eetre s\u2019en trouve chang\u00e9. La qu\u00eate de Pinier est suffisamment po\u00e9tique, ing\u00e9nue et transparente pour les pousser \u00e0 collaborer. \u00c0 travers ce projet, l\u2019artiste s\u2019approprie pleinement le statut de touriste et le th\u00e9matise puisque c\u2019est par son biais qu\u2019il transmet et communique sa vision toute particuli\u00e8re de la ville.<\/p>\n\n\n\n<p>La vid\u00e9o My <span style=\"white-space: nowrap;\">Sneakers<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-12\" href=\"#footnote-12\"><sup>12<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-12\"><a href=\"#fn-ref-12\"> 12 <\/a> - My Sneakers, 2001, 37\u201930\u2019\u2019, son, couleur.<\/span> de Blum relate son enqu\u00eate men\u00e9e en Indon\u00e9sie afin de d\u00e9couvrir l\u2019origine et les conditions de fabrication d\u2019une paire de baskets Nike achet\u00e9e \u00e0 Paris. Avant m\u00eame de d\u00e9barquer dans le pays, l\u2019artiste sait qu\u2019il ne trouvera l\u00e0-bas \u00abni certitude, ni v\u00e9rit\u00e9 [\u2026], juste les fragments d\u2019une biographie impossible \u00e0 \u00e9crire dans son <span style=\"white-space: nowrap;\">entier<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-13\" href=\"#footnote-13\"><sup>13<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-13\"><a href=\"#fn-ref-13\"> 13 <\/a> - Michael Blum, extrait de l\u2019intervention au Centre Pompidou, le 8 novembre 2004 dans le cadre du cycle \u00abVid\u00e9o et apr\u00e8s\u00bb.<\/span>\u00bb. Formellement (aspect brut et amateur du montage, images en mouvement, saccad\u00e9es, absence de qualit\u00e9 des plans, probl\u00e8mes de mise au point), My Sneakers renoue \u00e0 la fois avec le genre du documentaire d\u2019investigation et celui du film de vacances. \u00c0 l\u2019aide d\u2019une mini-cam\u00e9ra, l\u2019artiste filme ses chaussures et leur environnement. Le plan de ses pieds en train de marcher revient trois fois dans la vid\u00e9o. Pour Blum, il s\u2019agit simplement de \u00abchercher pour comprendre ou au moins pour apprendre \u00e0 chercher, et lever quelques li\u00e8vres au passage, l\u2019air de <span style=\"white-space: nowrap;\">rien<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-14\" href=\"#footnote-14\"><sup>14<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-14\"><a href=\"#fn-ref-14\"> 14 <\/a> - Ibid.<\/span> \u00bb. Et qui dit chercher, dit marcher. Les recherches de l\u2019artiste se passent \u00e0 Jakarta, une ville qui, comme il la d\u00e9crit lui-m\u00eame, \u00abn\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 planifi\u00e9e, est chaotique, ne poss\u00e8de ni route r\u00e9guli\u00e8re, ni transport en commun et dont il n\u2019existe quasiment pas de <span style=\"white-space: nowrap;\">carte<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-15\" href=\"#footnote-15\"><sup>15<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-15\"><a href=\"#fn-ref-15\"> 15 <\/a> - Ibid.<\/span> \u00bb. \u00c0 pied ou en taxi, il proc\u00e8de par approximations, par rapprochements successifs\u2026 Souvent aussi, il se d\u00e9chausse et l\u2019on ausculte ses Nike pour en d\u00e9finir la provenance. D\u00e8s son arriv\u00e9e dans le <span style=\"white-space: nowrap;\">pays<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-16\" href=\"#footnote-16\"><sup>16<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-16\"><a href=\"#fn-ref-16\"> 16 <\/a> - Le projet a \u00e9t\u00e9 pes\u00e9, \u00e9tudi\u00e9 et discut\u00e9 plus d\u2019un an avant le tournage de la vid\u00e9o, en collaboration avec un collectif d\u2019artistes indon\u00e9siens, bas\u00e9 \u00e0 Jakarta.<\/span> et ce, in\u00e9vitablement, Blum se retrouve dans la position habituelle du touriste du fait qu\u2019il ne parle pas la langue locale : l\u2019artiste se fait d\u2019ailleurs accompagner d\u2019un guide-interpr\u00e8te d\u00e8s qu\u2019il le peut. Ce faisant, il r\u00e9ussit \u00e0 contrecarrer sa possible mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019humour et la dimension personnelle de sa qu\u00eate : aux yeux des Indon\u00e9siens, il passe en effet pour na\u00eff et sympathique. \u00abL\u2019\u00e9cart qu\u2019il y a entre moi et Jakarta, c\u2019est l\u2019\u00e9cart qu\u2019il y a entre la production et la consommation des sneakers\u00bb, analyse-t-il r\u00e9trospectivement. L\u00e0-bas, il interroge la population pour tenter de trouver d\u2019o\u00f9 vient sa paire de baskets : \u00abmon but \u00e9tait bien s\u00fbr de toucher du doigt les conditions de travail dans les [usines] indon\u00e9siennes, tout en en corrigeant l\u2019image d\u2019\u00c9pinal, mais je tenais aussi \u00e0 \u00e9viter de mettre en sc\u00e8ne ma mauvaise conscience et de parler mondialisation en termes g\u00e9n\u00e9raux. C\u2019est pourquoi, j\u2019ai port\u00e9 mon regard sur ma propre paire de chaussures, un mod\u00e8le totalement immettable pour n\u2019importe quel amateur de chaussures de sport, lequel, comme le fait remarquer une des ouvri\u00e8res interrog\u00e9es dans le film, s\u2019est tr\u00e8s mal vendu <span style=\"white-space: nowrap;\">[\u2026]<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-17\" href=\"#footnote-17\"><sup>17<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-17\"><a href=\"#fn-ref-17\"> 17 <\/a> - Michael Blum, extrait de l\u2019intervention au Centre Pompidou, le 8 novembre 2004 dans le cadre du cycle \u00abVid\u00e9o et apr\u00e8s\u00bb.<\/span> \u00bb, raconte-t-il. L\u2019ambition de Blum est de d\u00e9couvrir ce qui se passe \u00abderri\u00e8re le logo\u00bb&#8230; En essayant d\u2019approcher au plus pr\u00e8s de \u00abl\u2019interdit supr\u00eame de la relation <span style=\"white-space: nowrap;\">marchande<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-18\" href=\"#footnote-18\"><sup>18<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-18\"><a href=\"#fn-ref-18\"> 18 <\/a> - Ibid.<\/span>\u00bb \u00e0 savoir du rapport direct du consommateur au producteur, il conscientise les esprits et met quelque part en accusation la figure du touriste, en montrant qu\u2019on ne voyage pas impun\u00e9ment&#8230; Afin d\u2019\u00e9viter de f\u00e9tichiser ses chaussures \u00e0 son retour en Europe et pour les laisser dans leur pays de fabrication, Blum les abandonne \u00e0 la fin de la vid\u00e9o. La derni\u00e8re sc\u00e8ne nous montre un Indon\u00e9sien les ramasser. \u00ab\u00c0 Jakarta, mes Nike couleur framboise doivent continuer \u00e0 marcher quelque <span style=\"white-space: nowrap;\">part<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-19\" href=\"#footnote-19\"><sup>19<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-19\"><a href=\"#fn-ref-19\"> 19 <\/a> - Ibid.<\/span>\u00bb, se pla\u00eet \u00e0 penser l\u2019artiste.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la vid\u00e9o de Blum, les baskets sont pr\u00e9textes \u00e0 l\u2019enqu\u00eate, l\u2019enqu\u00eate \u00e9tant elle-m\u00eame support de la rencontre et de l\u2019\u00e9change\u2026 De la m\u00eame mani\u00e8re fonctionnent la pancarte Turista d\u2019Al\u00ffs, l\u2019\u00e2ne de Troie de Wilks, la qu\u00eate botanique de Pinier ou encore le d\u00e9fi que se lancent Tixador et Poincheval. Finalement, chacun d\u2019entre eux se distingue de la figure du touriste au sens conventionnel du terme dans la mesure o\u00f9 les pratiques sus-d\u00e9crites restent en marge de toute question de consommation alors que \u00able ph\u00e9nom\u00e8ne touristique s\u2019appr\u00e9hende avant tout par ses <span style=\"white-space: nowrap;\">consommations<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-20\" href=\"#footnote-20\"><sup>20<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-20\"><a href=\"#fn-ref-20\"> 20 <\/a> - Claude Origet du Cluzeau, Le tourisme culturel, Que sais-je?, puf, Paris, 2000, p. 6.<\/span> \u00bb. Leur position alternative vis-\u00e0-vis des questions \u00e9conomiques d\u00e9montre une fois de plus le c\u00f4t\u00e9 irr\u00e9ductible de l\u2019artiste, qui demeure dans tous ces exemples une figure alternative et presque romantique du \u00abtouriste\u00bb. Cette identit\u00e9 dont chacun d\u2019entre eux s\u2019empare, les d\u00e9placements, marches, d\u00e9rives qu\u2019induit ce statut, leur permettent d\u2019aller \u00e0 la rencontre d\u2019autres cultures (m\u00eame dans leur propre pays), de dialoguer avec des inconnus et, plus simplement, de r\u00e9fl\u00e9chir. Car marcher, c\u2019est aussi penser.<\/p>\n\n\n<div style='display: none;'>Abraham Poincheval, Alice Motard, Francis Al\u00ffs, Laurent Tixador, Nicolas Pinier, Stephen Wilks<\/div>\n<div style='display: none;'>Abraham Poincheval, Alice Motard, Francis Al\u00ffs, Laurent Tixador, Nicolas Pinier, Stephen Wilks<\/div>\n<div style='display: none;'>Abraham Poincheval, Alice Motard, Francis Al\u00ffs, Laurent Tixador, Nicolas Pinier, Stephen Wilks<\/div><div style='display: none;'>Abraham Poincheval, Alice Motard, Francis Al\u00ffs, Laurent Tixador, Nicolas Pinier, Stephen Wilks<\/div><div style='display: none;'>Abraham Poincheval, Alice Motard, Francis Al\u00ffs, Laurent Tixador, Nicolas Pinier, Stephen Wilks<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[4536],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[4335],"artistes":[4549,2685,4550,4551,4552],"thematiques":[],"type_post":[319],"class_list":["post-178977","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archive","category-post","numeros-54-derives-en","statuts-archive","auteurs-alice-motard-en","artistes-abraham-poincheval-en","artistes-francis-alys-en","artistes-laurent-tixador-en","artistes-nicolas-pinier-en","artistes-stephen-wilks-en","type_post-principal"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178977","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=178977"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/178977\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=178977"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=178977"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=178977"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=178977"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=178977"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=178977"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=178977"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=178977"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=178977"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=178977"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=178977"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}