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{"id":179001,"date":"2005-05-01T19:05:00","date_gmt":"2005-05-02T00:05:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/ni-pres-ni-loin-loly-darcel-a-la-galerie-optica\/"},"modified":"2022-11-04T13:48:57","modified_gmt":"2022-11-04T18:48:57","slug":"ni-pres-ni-loin-loly-darcel-a-la-galerie-optica","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/ni-pres-ni-loin-loly-darcel-a-la-galerie-optica\/","title":{"rendered":"<strong>Ni pr\u00e8s, ni loin : Loly Darcel \u00e0 la galerie Optica<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>Trait d\u2019union, du fleuve \u00e0 la rivi\u00e8re, exposition pr\u00e9sent\u00e9e par Loly Darcel en 2004 \u00e0 la galerie Optica, \u00e0 Montr\u00e9al, marque le temps pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019imperceptible distance comprise entre deux limites. Les rives oppos\u00e9es de l\u2019\u00eele de Montr\u00e9al servent d\u2019enceinte physique \u00e0 l\u2019oeuvre, de point de d\u00e9part et de point d\u2019arriv\u00e9e. En parcourant l\u2019\u00eele dans le sens de la largeur et en marchant pendant toute la dur\u00e9e de l\u2019exposition, Loly Darcel marie les limites et les infinis, apparente contradiction contenue ici dans une action constitu\u00e9e par une succession de pas. Et, comme dans la plupart des cas o\u00f9 il est question de fin, la distance n\u2019est pas fixe, et la destination semble plus proche ou plus lointaine selon la fa\u00e7on dont elle est per\u00e7ue \u00e0 diff\u00e9rents moments.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exposition comprend peu de choses \u00e0 part un grand \u00e9cran suspendu au plafond, au milieu de la salle. Une image est projet\u00e9e au recto et au verso de l\u2019\u00e9cran; d\u2019un c\u00f4t\u00e9, un banc a \u00e9t\u00e9 install\u00e9, rendant l\u2019espace plus confortable, tandis que de l\u2019autre, le spectateur doit emprunter un passage plus \u00e9troit. Sur l\u2019\u00e9cran, deux images se rencontrent. D\u2019abord dissimul\u00e9e derri\u00e8re une colonne de la galerie, l\u2019artiste marche sur place \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00e9cran, qui lui restera jumel\u00e9 tout au long d\u2019une distance consid\u00e9rable. Au d\u00e9but, nous la voyons de dos, et son visage est cach\u00e9, mais sur l\u2019\u00e9cran, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle, nous voyons ce qu\u2019elle voit ou du moins ce qu\u2019elle a vu lorsqu\u2019elle a march\u00e9 d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de l\u2019\u00eele de Montr\u00e9al en captant les images de son parcours.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le premier \u00e9cran, celui que nous apercevons en p\u00e9n\u00e9trant dans la galerie, une image vid\u00e9o est projet\u00e9e, vue int\u00e9grale et en temps r\u00e9el d\u2019un parcours le long du boulevard Saint-Laurent s\u2019\u00e9chelonnant de l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 sud de l\u2019\u00eele de Montr\u00e9al, Qu\u00e9bec, jusqu\u2019\u00e0 la rive nord \u2013 une distance d\u2019environ 11 kilom\u00e8tres. Sur les images cahotantes qui d\u00e9filent \u00e0 l\u2019\u00e9cran, on voit des rues, des terrains occup\u00e9s ou vacants, des personnes qui prennent part sans le savoir \u00e0 la performance \u2013 bref, le monde environnant, dont il serait impossible de transporter les diverses composantes ici, dans cet espace constitu\u00e9 de quatre murs blancs et dot\u00e9 d\u2019une porte s\u2019ouvrant sur l\u2019ext\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le document visuel, des changements se produisent, et certaines diff\u00e9rences ne deviennent apparentes qu\u2019avec le temps. Le cadre produit un \u00e9v\u00e9nement caract\u00e9ris\u00e9 par un ordre et une dur\u00e9e fixes. Le spectateur, t\u00e9moin de ce p\u00e9riple, est invit\u00e9 \u00e0 se reposer quelque temps sur le banc, pendant que l\u2019artiste, vue de dos, chemine simultan\u00e9ment, juxtapos\u00e9e \u00e0 l\u2019image, \u00e0 la fois proche et lointaine. Elle marche aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019une pr\u00e9sence sugg\u00e9r\u00e9e, et le point de vue capt\u00e9 sur ruban constitue une position que le spectateur peut adopter, un endroit o\u00f9 il peut s\u2019immiscer. Sans avancer, l\u2019artiste poursuit son chemin. \u00c0 cette \u00e9tape, elle tourne le dos au spectateur; elle n\u2019est pas enti\u00e8rement en prestation, et il ne s\u2019agit pas tout \u00e0 fait d\u2019une performance. En raison de la dur\u00e9e de l\u2019exposition, et du fait que l\u2019image est double, le spectateur perd de vue le caract\u00e8re performatif de l\u2019action ex\u00e9cut\u00e9e par l\u2019artiste et en vient presque \u00e0 consid\u00e9rer les projections comme deux documents distincts. L\u2019action de l\u2019artiste \u2013 marcher \u2013 est si famili\u00e8re qu\u2019elle pourrait presque se fondre dans l\u2019invisibilit\u00e9 du quotidien. Proximit\u00e9 et environnement imm\u00e9diat constituent deux espaces tr\u00e8s diff\u00e9rents : ici et maintenant et, en m\u00eame temps, le contraire.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faudrait probablement pr\u00e9ciser que si l\u2019on s\u2019en tient aux d\u00e9finitions g\u00e9n\u00e9rales de la performance, l\u2019action \u00e0 laquelle s\u2019adonne l\u2019artiste dans le cadre de l\u2019exposition constitue assur\u00e9ment une performance. Mais \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de cette vaste cat\u00e9gorie, l\u2019id\u00e9e de performance \u2013 l\u2019artiste ex\u00e9cutant une action dans le cadre d\u2019une exposition \u2013 peut changer et sugg\u00e9rer quelque chose de plus ou moins performatif. Ainsi, \u00e0 ce stade de l\u2019exposition, l\u2019action de l\u2019artiste est moins performative. Cette oeuvre pr\u00e9sente un grand int\u00e9r\u00eat dans la mesure o\u00f9 elle s\u2019inscrit dans un dialogue sur les limites per\u00e7ues et r\u00e9elles, sur ce qui peut sembler proche ou lointain selon le point de vue. \u00abPas tout \u00e0 fait une performance\u00bb : voil\u00e0 qui est loin de pouvoir s\u2019appliquer \u00e0 ce que voit le spectateur \u00e0 partir de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la galerie, o\u00f9 l\u2019activit\u00e9 soutenue de l\u2019artiste, plus visible, poss\u00e8de d\u2019embl\u00e9e un caract\u00e8re plus performatif. Alors que cette dichotomie entre plus et moins prend forme pour le spectateur dans ces deux moments, elle est en m\u00eame temps bris\u00e9e. Ce n\u2019est que la perspective qui change : l\u2019artiste n\u2019a pas boug\u00e9 et occupe les deux positions, tant\u00f4t presque invisible, et tant\u00f4t plus grande que nature.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que tr\u00e8s familier, le geste consistant \u00e0 marcher d\u2019un endroit \u00e0 un autre tout en n\u2019allant nulle part acquiert ici, en tant que document et qu\u2019action r\u00e9p\u00e9t\u00e9e tous les jours, une complexit\u00e9 qui ne saurait \u00eatre sous-estim\u00e9e. La distance qui s\u00e9pare un c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00eele de Montr\u00e9al de l\u2019autre est longue, et le parcours n\u2019est pas particuli\u00e8rement pittoresque dans le sens conventionnel du terme. Si la destination importait, on pourrait certainement s\u2019y rendre par d\u2019autres moyens. Ainsi, le d\u00e9part et l\u2019arriv\u00e9e forment la structure de l\u2019oeuvre, tout en laissant place \u00e0 l\u2019inattendu \u2013 pens\u00e9es, regards, gestes.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019image projet\u00e9e est un document vid\u00e9o relatant une action, un parcours entre une limite et une autre, mais elle constitue aussi un cadre qui inclut certaines choses et en exclut d\u2019autres. Si ce processus de s\u00e9lection est pratiquement toujours \u00e0 l\u2019oeuvre lorsqu\u2019il est question de regard, le couplage de Darcel et de l\u2019image projet\u00e9e \u2013 une structure anonyme superpos\u00e9e \u00e0 une exp\u00e9rience individuelle \u2013, o\u00f9 l\u2019artiste est d\u00e9nu\u00e9e de contexte (dans la mesure o\u00f9 une galerie d\u2019art peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une absence de contexte) et l\u2019image de personnage (c\u2019est-\u00e0-dire un personnage qui s\u2019inscrirait dans la trajectoire d\u2019une intrigue, d\u2019une action et d\u2019un suspense), sugg\u00e8re que la perspective de l\u2019une s\u2019\u00e9tablit au profit ou au d\u00e9triment de l\u2019autre. L\u2019inclusion d\u2019un document en temps r\u00e9el d\u00e9crivant un parcours \u00e0 pied et d\u2019une action similaire ex\u00e9cut\u00e9e simultan\u00e9ment par l\u2019artiste elle-m\u00eame dans la galerie vient compliquer la pr\u00e9tendue simplicit\u00e9 de l\u2019acte consistant \u00e0 marcher en ligne droite d\u2019une extr\u00e9mit\u00e9 \u00e0 une autre. Elle introduit aussi une confusion dans notre compr\u00e9hension du \u00abr\u00e9el\u00bb, lequel, ici, est \u00e0 la fois une activit\u00e9 qui se produit vraiment et l\u2019authentification d\u2019une activit\u00e9 autre. Les deux pr\u00e9sences parcourent la m\u00eame distance tous les jours, mais alors que l\u2019une se propulse vers l\u2019avant, l\u2019autre se dirige dans une autre direction : peut-\u00eatre vers l\u2019int\u00e9rieur ou selon une trajectoire verticale, vers le haut ou vers le bas.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour clarifier, pr\u00e9cisons que \u00abdeux\u00bb renvoie ici \u00e0 une pr\u00e9sence duelle : celle que sugg\u00e8re cependant le parcours capt\u00e9 sur bande vid\u00e9o et celle de la marcheuse \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la galerie. Or, dans l\u2019oeuvre de Loly Darcel, il est impossible de les s\u00e9parer de mani\u00e8re d\u00e9finitive. L\u2019artiste occupe les deux positions, qui n\u2019en constituent en fait qu\u2019une seule. Consid\u00e9r\u00e9es s\u00e9par\u00e9ment, chacune est un document incomplet relatant une action; mais ensemble, elles r\u00e9v\u00e8lent quelque chose d\u2019autre sur l\u2019exp\u00e9rience. La pr\u00e9sence des deux engendre une sorte de perspective d\u00e9doubl\u00e9e, comme si on voyait double ou qu\u2019on regardait en arri\u00e8re ou de nouveau, le regard plein de nostalgie, ou encore qu\u2019on consid\u00e9rait le pass\u00e9 \u00e0 partir du pr\u00e9sent, d\u00e9calage marquant la distance entre ici et maintenant. Le rapport entre la marcheuse et le document visuel pourrait s\u2019expliquer de bien des fa\u00e7ons : une personne qui repense \u00e0 ses souvenirs, ou qui vit quelque chose \u00e0 travers les yeux d\u2019une autre, par exemple. Jour apr\u00e8s jour, de l\u2019ouverture \u00e0 la fermeture de la galerie, regard et point de vue, performance et projection engendrent, en tandem, un processus apparemment infini de r\u00e9p\u00e9titions constitu\u00e9 d\u2019actions qui, comme toutes les actions r\u00e9it\u00e9r\u00e9es, se ressemblent tout en \u00e9tant diff\u00e9rentes. Deux corps, un corps, vus et sugg\u00e9r\u00e9s \u00e0 travers un cadre : pratique et r\u00e9flexion sont rendues \u00e9videntes par une association gestuelle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 un certain moment, le son change, et le bruit ambiant du boulevard Saint-Laurent c\u00e8de la place au vrombissement des bateaux \u00e0 moteur et au silence tranquille d\u2019une \u00e9tendue d\u2019eau. L\u2019image qui appara\u00eet au verso de l\u2019\u00e9cran est celle de la rive oppos\u00e9e de l\u2019\u00eele. Il s\u2019agit aussi d\u2019une simple image de l\u2019horizon, o\u00f9 l\u2019eau et le ciel se rencontrent. Ici encore, nous avons un autre point de vue, qui cette fois-ci est dirig\u00e9 vers le d\u00e9but du parcours, tra\u00e7ant du regard une ligne droite, un trait d\u2019union visuel reliant un c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00eele \u00e0 l\u2019autre. Dans ce panorama statique, la destination du regard est interrompue par l\u2019obscurit\u00e9 de l\u2019horizon, et la simplicit\u00e9 du parcours d\u2019ici \u00e0 l\u00e0-bas se complique au point de rencontre entre l\u2019eau et le ciel. Ainsi, le parcours d\u2019un c\u00f4t\u00e9 \u00e0 l\u2019autre de l\u2019\u00eele \u2013 la marche sur place \u2013 tend vers une destination qui n\u2019est ni proche ni loin. C\u2019est comme si la distance d\u2019une limite \u00e0 l\u2019autre \u00e9tait plus grande qu\u2019on l\u2019aurait cru, et en m\u00eame temps plus petite. Selon l\u2019endroit o\u00f9 l\u2019on se place, la marcheuse qui \u00e9volue \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la projection semble juste sur le point d\u2019arriver ou venir \u00e0 peine de partir. Projet\u00e9es recto verso et s\u00e9par\u00e9es par la largeur de l\u2019\u00e9cran, les deux images restent malgr\u00e9 tout s\u00e9par\u00e9es par une distance d\u2019une intangible immensit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019artiste se prom\u00e8ne entre deux espaces s\u00e9par\u00e9s l\u2019un de l\u2019autre par une distance indicible. Chacune des rives d\u00e9finit un entre-deux, un troisi\u00e8me espace impossible \u00e0 situer g\u00e9ographiquement. Dans cet espace d\u00e9cal\u00e9, l\u2019artiste pivote sur une ligne qui s\u00e9pare l\u2019anonymat de la sociabilit\u00e9. Vue de dos, elle ne s\u2019\u00e9loigne pas mais tend plut\u00f4t vers quelque chose, spectacle construit comme un non-spectacle, ses pas marquant le temps et la distance sur une surface \u00e0 la profondeur ambigu\u00eb. Vue de devant, face \u00e0 face, elle reconna\u00eet notre pr\u00e9sence et poursuit sa performance. De face, c\u2019est l\u2019humilit\u00e9 et la fragilit\u00e9 d\u2019un corps en mouvement qui ressortent. Le spectacle de l\u2019effort physique, de la dislocation, de l\u2019entre-deux, est implicite dans cet instant de reconnaissance. Et c\u2019est l\u00e0 que le spectateur p\u00e9n\u00e8tre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du cadre. Il choisit bien s\u00fbr sa propre action; il peut se joindre \u00e0 l\u2019artiste pendant quelque temps et marcher \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, ou parler avec elle de ce que suscite en lui chaque moment pris individuellement. Il peut aussi observer et maintenir la relation prescrite entre artiste et spectateur. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0, dans la simplicit\u00e9 de la reconnaissance, que le spectateur prend conscience de ses propres actions.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a un autre point dans l\u2019espace et dans le temps o\u00f9 survient un effet de pivot : il se produit le long d\u2019un trait d\u2019union, lequel constitue une ligne de jonction, un signe de ponctuation servant \u00e0 relier ou \u00e0 diviser. Le fait de marcher d\u2019un c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00e9cran \u00e0 l\u2019autre, ce qui, dans cet environnement, \u00e9quivaut \u00e0 circonscrire l\u2019\u00eele, provoque un affaissement de l\u2019espace entre les deux rives. L\u2019artiste n\u2019a pas boug\u00e9 : elle est sur le point d\u2019arriver ou vient de partir, selon la position du spectateur. Et le parcours dure le temps qu\u2019il dure : cinq heures pour traverser l\u2019\u00eele, cinq heures pour parcourir moins de deux centim\u00e8tres; quand le spectateur passe d\u2019un c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00e9cran \u00e0 l\u2019autre, sa perception de la distance change. \u00c0 tout moment, la destination se rapproche en m\u00eame temps qu\u2019elle s\u2019\u00e9loigne. Si, d\u2019une part, le d\u00e9but et la fin sont clairement d\u00e9finis g\u00e9ographiquement, d\u2019autre part, l\u2019action ex\u00e9cut\u00e9e chaque jour \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un document sugg\u00e9rant cette m\u00eame action ne peut avoir de fin. Anticipatoire et r\u00e9p\u00e9titif, chaque pas accompli vers la destination marque un pr\u00e9sent infini.<\/p>\n\n\n\n<p>Certaines choses n\u2019ont pas de fin. Bien s\u00fbr, les gens sont attir\u00e9s ou d\u00e9rout\u00e9s pour des raisons diff\u00e9rentes, mais il est certain que pour chacun d\u2019entre nous, il y a des choses qui durent ind\u00e9finiment. L\u2019artiste poss\u00e8de sa propre \u00e9ternit\u00e9, situ\u00e9e avec pr\u00e9cision ou non, mais ici rendue abstraite par l\u2019action de placer un pied devant l\u2019autre. Chaque pas r\u00e9v\u00e8le un pr\u00e9sent infini r\u00e9sidant dans un maintenant prolong\u00e9 ou peut-\u00eatre dans une potentialit\u00e9 d\u2019action. Le parcours \u00e0 pied d\u2019un c\u00f4t\u00e9 \u00e0 l\u2019autre d\u2019une \u00eele marque une aspiration ou du moins l\u2019id\u00e9e d\u2019une finalit\u00e9, mais c\u2019est la marche sur place et sa r\u00e9p\u00e9tition quotidienne qui le place hors de port\u00e9e et qui le situe \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur d\u2019une trame narrative comportant un d\u00e9but, un milieu et une fin. La marche cr\u00e9e un espace qui ne se pr\u00eate \u00e0 aucune conclusion. Il s\u2019agit de moments, de lieux : aucun n\u2019est stabilis\u00e9 au moyen des structures traditionnelles de la narration, qui servent g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 donner un sens aux moments et aux lieux. En tant qu\u2019action, elle persiste \u00e0 s\u2019inscrire dans le moment pr\u00e9sent. Sa r\u00e9p\u00e9tition quotidienne pourrait se multiplier \u00e0 l\u2019infini. Encore et encore, et ainsi de suite. Le temps pass\u00e9 est encore \u00e0 venir, et chaque instant se prolonge suffisamment longtemps pour qu\u2019il soit possible de tout exp\u00e9rimenter.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet espace, comme c\u2019est presque toujours le cas, est construit : une enceinte d\u00e9limit\u00e9e par un cadre, malgr\u00e9 son immensit\u00e9. Dans cette oeuvre, Loly Darcel cherche \u00e0 \u00e9voquer des limites imm\u00e9diates et multiples. Le cadre sert de point de d\u00e9part et de point d\u2019arriv\u00e9e, et la profondeur de la surface vient compliquer la clart\u00e9 du geste consistant \u00e0 marcher en ligne droite d\u2019une extr\u00e9mit\u00e9 \u00e0 une autre. La distance entre les deux c\u00f4t\u00e9s n\u2019est pas n\u00e9cessairement fixe, et le chemin qui se d\u00e9ploie devant ne m\u00e8ne pas n\u00e9cessairement \u00e0 une destination. Dans cette oeuvre, les fins sont singuli\u00e8res, parce qu\u2019elles \u00e9tablissent un espace qui reste non d\u00e9fini, \u00e0 partir duquel l\u2019artiste per\u00e7oit une limite. En un sens, le d\u00e9doublement engendre des espaces \u00e0 la fois d\u00e9finis et non d\u00e9finis, qui introduisent une distinction entre l\u2019artiste et ce qu\u2019elle sugg\u00e8re. Il cr\u00e9e aussi un autre espace ou du moins l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un espace, o\u00f9 la stase et le mouvement sont relatifs, o\u00f9 le temps est \u00e0 la fois abr\u00e9g\u00e9 et \u00e9tir\u00e9. C\u2019est un espace marqu\u00e9 par la perception, qui est aussi volumineux et aussi petit, aussi long et aussi bref que n\u00e9cessaire. Au milieu des choses, Loly Darcel met un pied devant l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>[Traduction : Isabelle Chagnon]<\/p>\n<div style='display: none;'>Loly Darcel, Sarah Greig<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[4536],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[4561],"artistes":[4562],"thematiques":[],"type_post":[],"class_list":["post-179001","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archive","category-post","numeros-54-derives-en","statuts-archive","auteurs-sarah-greig-en","artistes-loly-darcel-en"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179001","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=179001"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179001\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=179001"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=179001"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=179001"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=179001"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=179001"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=179001"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=179001"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=179001"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=179001"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=179001"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=179001"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}