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{"id":179108,"date":"2005-01-01T19:30:00","date_gmt":"2005-01-02T00:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/detroit-ville-resiliente\/"},"modified":"2022-11-07T10:01:20","modified_gmt":"2022-11-07T15:01:20","slug":"detroit-ville-resiliente","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/detroit-ville-resiliente\/","title":{"rendered":"<strong>Detroit, ville r\u00e9siliente<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>Pour tout nouveau visiteur \u00e0 Detroit, l\u2019arriv\u00e9e dans cette ville est un choc, une exp\u00e9rience d\u00e9stabilisante et incompr\u00e9hensible. On a beau se documenter avant de partir et conna\u00eetre quelques statistiques sur la ville, on reste perturb\u00e9 en se faisant accueillir par une imposante gare abandonn\u00e9e. L\u2019impression d\u2019\u00e9tranget\u00e9 s\u2019accro\u00eet au fur et \u00e0 mesure qu\u2019on d\u00e9couvre une impressionnante et presque s\u00e9duisante s\u00e9rie d\u2019\u00e9difices d\u00e9saffect\u00e9s, mais devient troublante \u00e0 l\u2019apparition des premi\u00e8res maisons br\u00fbl\u00e9es et des D peints en jaune sur celles vou\u00e9es \u00e0 la destruction.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s la perte de plus de 200 000 domiciles en 50 ans, Detroit est ravag\u00e9e chaque jour par des incendies : maisons, voitures, barils de d\u00e9chets \u2013 sur une superficie presque \u00e9quivalente \u00e0 celle de l\u2019\u00eele de Montr\u00e9al. Portrait sombre, fr\u00f4lant le cataclysme. Si la situation de Detroit se pr\u00eate trop facilement aux comparaisons d\u2019apocalypse et de d\u00e9vastation, le fait qu\u2019elle \u00e9chappe \u00e0 toute logique lui conf\u00e8re un caract\u00e8re tragique.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame apr\u00e8s plusieurs tentatives de relance centr\u00e9es sur le Renaissance Center \u2013 monolithique complexe immobilier en verre miroir parachut\u00e9 au centre-ville \u2013, le tissu social et urbain de Detroit continue de s\u2019\u00e9tioler. Depuis l\u2019\u00e8re post-industrielle, la mondialisation, les r\u00e9voltes pour les droits civils de 1967, l\u2019exode de plus d\u2019une personne sur deux \u2013 en majorit\u00e9 des blancs \u2013, la population de Detroit se situe aujourd\u2019hui sous le cap du million \u2013 dont 85 % de noirs \u2013 et d\u00e9cro\u00eet toujours, alors que les villes p\u00e9riph\u00e9riques continuent de prosp\u00e9rer. La population augmente dans les banlieues, qui figurent parmi les plus riches de tout le pays. La rupture entre le centre et la p\u00e9riph\u00e9rie est parfaitement d\u00e9tectable et son ascendance est d\u2019autant plus grande qu\u2019elle r\u00e9sulte du refus de tout projet collectif.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019il est vrai que, depuis quelques ann\u00e9es, les promoteurs et les entreprises r\u00e9investissent le centre-ville avec la promesse de retomb\u00e9es int\u00e9ressantes pour tous, les casinos, stades et multiples nouveaux parcs de stationnement \u00e0 niveaux \u2013 sous leurs projecteurs illuminant leur esth\u00e9tique douteuse \u2013 semblent s\u2019adresser davantage aux touristes du Super Bowl en qu\u00eate d\u2019environnements disneyifi\u00e9s qu\u2019\u00e0 la population locale souvent d\u00e9munie et perplexe face \u00e0 la n\u00e9gligence et \u00e0 l\u2019abandon qui lui reviennent. Car les formules pr\u00e9con\u00e7ues et traditionnelles de d\u00e9veloppement ne r\u00e9pondent en rien aux exigences et \u00e0 l\u2019urgence de la situation des habitants de Detroit.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9sultat : les absurdit\u00e9s et les exc\u00e8s se multiplient de toute part, le d\u00e9veloppement alimentant la destruction, la destruction encourageant le d\u00e9veloppement. L\u2019utopie et la dystopie s\u2019engendrent l\u2019une l\u2019autre dans le m\u00eame mouvement. Au-del\u00e0 de l\u2019imposition des go\u00fbts, des besoins, des attentes des banlieues, l\u2019enjeu r\u00e9el qui pointe ici concerne l\u2019Am\u00e9rique enti\u00e8re : le United-Statian Dream, le monde id\u00e9al gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019automobile. Puisque Detroit \u2013 The Motor City est et doit demeurer le symbole de l\u2019efficacit\u00e9 automobile, la ville tient lieu de laboratoire pour tout le continent.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans transport public ad\u00e9quat, Detroit se fait la capitale des autoroutes; les labyrinthes asphalt\u00e9s sous-utilis\u00e9s dans le centre et congestionn\u00e9s dans les banlieues consternent m\u00eame les r\u00e9sidants qui s\u2019\u00e9garent par manque d\u2019indications. On croirait le r\u00e9seau con\u00e7u pour procurer un sentiment de libert\u00e9 associ\u00e9 au mouvement plut\u00f4t que pour se rendre \u00e0 destination.<\/p>\n\n\n\n<p>Autoroutes, bungalows, centres commerciaux&#8230; Une ville en perp\u00e9tuelle construction et croissance, toujours en phase de d\u00e9molition, de reconstruction. Une ville toujours en mouvement, toujours red\u00e9finie, toujours nouvelle. Dans cet id\u00e9al de la ville nord-am\u00e9ricaine, patrimoine, environnement et r\u00e9alit\u00e9s sp\u00e9cifiques et contextuelles (topographiques, ethniques) sont per\u00e7us comme des obstacles potentiels au profit et au d\u00e9veloppement g\u00e9n\u00e9rique.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette r\u00e9alit\u00e9 fait l\u2019objet d\u2019une explication fictive mais \u00e9trangement vraisemblable avanc\u00e9e par l\u2019artiste et architecte Kyong Park dans The Urban Conspiracy of <span style=\"white-space: nowrap;\">Detroit<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Le texte, disponible \u00e0 l\u2019adresse Internet en fin d\u2019article, fut publi\u00e9 dans le catalogue Archilab (Orl\u00e9ans, France), 2001.<\/span>. Son texte de fiction d\u00e9voile les ententes secr\u00e8tes entre l\u2019industrie automobile et les promoteurs immobiliers pour transformer la ville, d\u2019abord par le d\u00e9placement des richesses vers la p\u00e9riph\u00e9rie, ensuite par la mise en place d\u2019un processus de d\u00e9t\u00e9rioration du tissu urbain qui encourage la violence et l\u2019alcoolisme chez une population d\u00e9munie dans un monde o\u00f9 les responsabilit\u00e9s morales et civiles disparaissent \u00e0 petit feu. Une fois d\u00e9vast\u00e9e, la ville centrale pourrait \u00eatre rachet\u00e9e \u00e0 rabais et un nouveau cycle de d\u00e9veloppement immobilier lucratif d\u00e9buterait au profit d\u2019une minorit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui inqui\u00e8te tout nouveau visiteur \u00e0 Detroit, c\u2019est que les vestiges des zones habit\u00e9es, la disparition des commerces et la construction nouvelle de casinos et de stades semblent donner raison \u00e0 la l\u00e9gende de Park. La fiction et la r\u00e9alit\u00e9 convergent et rendent la ville toujours plus insaisissable. L\u2019auteur de The Conspiracy use d\u2019un r\u00e9alisme efficace et inqui\u00e9tant pour d\u00e9noncer \u2013 la fiction le lib\u00e9rant de certaines contraintes l\u00e9gales \u2013 les usurpateurs de la richesse de Detroit. Plut\u00f4t que de contribuer \u00e0 une parano\u00efa d\u00e9j\u00e0 existante, le texte d\u00e9voile et d\u00e9crie les probl\u00e8mes bien r\u00e9els du capitalisme absolu, de la mono-\u00e9conomie et du racisme; le concept d\u2019une conspiration, lui, pr\u00e9cise tout le tragique d\u2019une situation excessive. The Urban Conspiracy of Detroit s\u2019inscrit dans un mouvement de r\u00e9sistance contre le d\u00e9faitisme ambiant : provoquer une r\u00e9action de critique et de remise en question. Une fois les choses nomm\u00e9es, le non-dit expos\u00e9, la r\u00e9alit\u00e9 resurgit de fa\u00e7on cruelle et cinglante; les \u00e9checs du pass\u00e9 et la pr\u00e9sente pr\u00e9carit\u00e9 doivent c\u00e9der la place \u00e0 une nouvelle approche.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019o\u00f9 la conviction de certains individus, artistes et penseurs, qu\u2019il est possible, par des actions cibl\u00e9es et contextualis\u00e9es, de modifier les perceptions, de red\u00e9finir la ville. Parfois conceptualis\u00e9s en vue d\u2019un travail de repr\u00e9sentation visuelle, ces actions ou projets, peut-\u00eatre infond\u00e9s ailleurs, sont indissociables, dans leur d\u00e9termination et leur r\u00e9v\u00e9lation, de la compr\u00e9hension du contexte de Detroit.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis 1986, l\u2019artiste Tyree Guyton a progressivement pris d\u2019assaut les maisons abandonn\u00e9es autour de sa r\u00e9sidence avec le Heidelberg Project. La maison est le support de l\u2019expression d\u2019un d\u00e9sir d\u2019affirmation et de critique sociale qui utilise un langage visuel identitaire \u00e0 la fois ludique et sadique. Dans sa forme g\u00e9n\u00e9rale, le Heidelberg Project est la r\u00e9-appropriation des maisons et l\u2019\u00e9mergence apr\u00e8s l\u2019anonymat. Alors que partout ailleurs les maisons \u00e9ventr\u00e9es et vid\u00e9es pr\u00e9sentent le triste tableau de l\u2019\u00e9talage d\u2019objets abandonn\u00e9s, le Heidelberg Project int\u00e8gre ces m\u00eames objets intimes et domestiques \u00e0 ses installations.<\/p>\n\n\n\n<p>Indispos\u00e9e par le projet, la ville de Detroit a ras\u00e9 \u00e0 deux reprises (1991 et 1999) plusieurs maisons du Heidelberg, dont une appartenant \u00e0 l\u2019artiste. Pour contester les d\u00e9molitions parfois sans logique, parfois strat\u00e9giques, Guyton a diss\u00e9min\u00e9 sur l\u2019ensemble du territoire de Detroit des pastilles de couleur peintes sur des maisons inhabitables mais qui, pourtant, n\u2019\u00e9taient pas destin\u00e9es \u00e0 la destruction. Les pastilles interrogent la logique de la proc\u00e9dure de localisation des D num\u00e9rot\u00e9s de d\u00e9molition. L\u2019action subjective de l\u2019artiste relativise l\u2019action objective de la ville, justifi\u00e9e par des normes de s\u00e9curit\u00e9 et de salubrit\u00e9. Par cette action, l\u2019artiste a voulu r\u00e9v\u00e9ler un des plus importants facteurs d\u2019incertitude face aux d\u00e9cisions municipales et les obstacles \u00e0 l\u2019engagement des citoyens.<\/p>\n\n\n\n<p>La maison de Detroit, ic\u00f4ne du d\u00e9clin, est devenue au fil des ann\u00e9es le support privil\u00e9gi\u00e9 d\u2019expression personnelle et de revendications sociales. La maison comme foyer de r\u00e9sistance est le lieu par excellence de dialogue avec la communaut\u00e9 et d\u2019exorcisme. Dan Pitera, directeur du Detroit Collaborative Design Center, a r\u00e9alis\u00e9 plusieurs \u00e9v\u00e9nements-installations \u00e0 partir de maisons br\u00fbl\u00e9es sur le th\u00e8me de l\u2019\u00e9change et de la rencontre. Les interventions, impliquant les r\u00e9sidants, repr\u00e9sentent une phase de transition entre l\u2019\u00e9tat d\u2019abandon et l\u2019\u00e9tape de d\u00e9molition. Si le geste comm\u00e9moratif semble empreint de nostalgie, il vise essentiellement \u00e0 cr\u00e9er un espace de dialogue o\u00f9 les r\u00e9sidants peuvent enfin exorciser leurs peurs. Ritualiser la destruction d\u2019une maison br\u00fbl\u00e9e et d\u00e9blayer et nettoyer le lot permettent de donner un sens \u00e0, et de reprendre le contr\u00f4le sur ces \u00e9v\u00e9nements quotidiens. Cela cr\u00e9e une solidarit\u00e9 parmi ceux qui restent et r\u00e9sistent.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019orchestration de Pitera modifie la perception des d\u00e9molitions pour contribuer \u00e0 un imaginaire unique et propre \u00e0 Detroit. La ville est d\u2019ailleurs en flottement constant entre le r\u00e9el et le surr\u00e9el, submerg\u00e9e par des mythes, des l\u00e9gendes et des r\u00e9alit\u00e9s absurdes. Certaines maisons affichent maintenant les panneaux This building is being watched; stop Halloween arson (Cet \u00e9difice est surveill\u00e9, stoppez les incendies criminels de l\u2019Halloween) pour contrecarrer l\u2019h\u00e9morragie d\u2019incendies qui surgit lors du Devil\u2019s Night, cette veille d\u2019Halloween pendant laquelle les villes nord-am\u00e9ricaines sont aux prises avec des actes de vandalisme qui, \u00e0 Detroit, prennent des proportions d\u00e9mesur\u00e9es. Ou encore, \u00e0 l\u2019instar de la ville o\u00f9 les vivants abandonnent leur maison, les morts d\u00e9laissent leur tombe pour les terres plus s\u00e9curitaires des cimeti\u00e8res de banlieue, \u00e0 proximit\u00e9 de leur famille. Jusqu\u2019\u00e0 trois exhumations par jour&#8230; Au comble, le centre-ville devient lui-m\u00eame un cimeti\u00e8re d\u2019automobiles arriv\u00e9es de partout au pays pour \u00eatre incin\u00e9r\u00e9es et abandonn\u00e9es dans leur lieu de naissance.<\/p>\n\n\n\n<p>Detroit engendre les ambigu\u00eft\u00e9s et sa configuration actuelle les alimente davantage. Quels sont nos rep\u00e8res quand on se retrouve dans un champ en pleine ville, entre des lignes \u00e9lectriques sans courant, parmi les hautes herbes et les faisans sauvages nouvellement revenus? Cette r\u00e9alit\u00e9 particuli\u00e8re a incit\u00e9 un regroupement d\u2019activistes, d\u2019architectes, et de citoyens \u00e0 \u00e9laborer leur propre plan de r\u00e9organisation de la ville. Le projet Adamah propose un nouvel imaginaire collectif urbain qui pr\u00f4ne le retour de terres agricoles en ville, le d\u00e9terrement de ruisseaux enfouis, l\u2019autonomie alimentaire et \u00e9nerg\u00e9tique de Detroit. L\u2019hybridation de la ville \u00e9limine les distinctions entre les inner et outer cities et complexifie les \u00e9changes entre le rural, la banlieue et le centre. Cette vision nouvelle de la ville s\u2019oppose ind\u00e9niablement aux d\u00e9fenseurs d\u2019un urbanisme traditionnel et dense, \u00e0 l\u2019esprit de conqu\u00eate de l\u2019artificiel sur le naturel et aux ambitions des sp\u00e9culateurs immobiliers.<\/p>\n\n\n\n<p>Loin d\u2019\u00eatre une chim\u00e8re, Adamah s\u2019insinue \u00e0 Detroit et devient un point de convergence d\u2019actions pos\u00e9es par certains individus ou micro-groupes. Projet \u00e0 grande \u00e9chelle, englobant, agissant sur plusieurs plans, il s\u2019inscrit comme rassembleur des actes individuels de r\u00e9sistance. Parce qu\u2019il existe par et pour les r\u00e9sidants, le projet semble \u00eatre une synth\u00e8se des solutions amorc\u00e9es jusque-l\u00e0. Avec le collectif Adamah, Detroit passe de la ville d\u00e9vast\u00e9e \u00e0 la ville o\u00f9 tout semble possible.<\/p>\n\n\n\n<p>Par sa particularit\u00e9 extr\u00eame, sa situation excessive de d\u00e9sarroi, Detroit attire l\u2019attention locale et internationale et offre un terrain propice au d\u00e9bat et un espace pour repenser la ville. Comme les Berlin, Manchester, Ivanovo et autres shrinking cities (villes qui r\u00e9tr\u00e9cissent) en vedette \u00e0 l\u2019exposition \u00e9ponyme de Berlin depuis septembre 2004, Detroit est aujourd\u2019hui le r\u00e9sultat d\u2019une culture et d\u2019un mode de vie fond\u00e9s sur le principe de la croissance \u00e0 priori. Shrinking Cities expose les probl\u00e9matiques impopulaires et les r\u00e9alit\u00e9s de vie peu connues des villes en d\u00e9croissance ou en voie de disparition, longtemps ignor\u00e9es, laiss\u00e9es \u00e0 leur sort, et sans grand int\u00e9r\u00eat pour les m\u00e9dias et les professionnels captiv\u00e9s par les m\u00e9galopoles en pleine expansion. Car vivre \u00e0 Detroit aujourd\u2019hui implique une conceptualisation alternative de nos liens \u00e0 l\u2019espace, au corps et \u00e0 l\u2019autre. Assister \u00e0 la d\u00e9t\u00e9rioration progressive de sa rue jusqu\u2019\u00e0 n\u2019y \u00eatre plus que le seul r\u00e9sidant parmi les ruines incendi\u00e9es et les terrains vacants demande une d\u00e9termination \u00e0 toute \u00e9preuve.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que la transparence soit recherch\u00e9e dans la plupart des villes occidentales, l\u2019opacit\u00e9 et le camouflage dominent \u00e0 Detroit. Au lieu d\u2019exposer leurs particularit\u00e9s, les commer\u00e7ants et les habitants de Detroit optent pour la discr\u00e9tion, acceptent l\u2019opacit\u00e9 dans leur mode de vie. Les commerces actifs arborent un open en n\u00e9on rouge pour se distinguer de leurs voisins vacants. Impossible parfois de savoir quel lieu est habit\u00e9 ou occup\u00e9 sans cogner aux portes, sans annoncer sa pr\u00e9sence. Une fois admis \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une maison ou d\u2019un commerce d\u00e9saffect\u00e9 et hostile en apparence, le visiteur se sent privil\u00e9gi\u00e9 dans un environnement souvent tr\u00e8s intime. Car derri\u00e8re ces fen\u00eatres placard\u00e9es, ces rev\u00eatements d\u00e9lav\u00e9s et us\u00e9s, vivent des familles, travaillent des artistes. La sp\u00e9cificit\u00e9 dans le cloisonnement d\u00e9fend la non-ing\u00e9rence et la non-violation. Avec l\u2019h\u00e9ritage de l\u2019isolement qui a fait na\u00eetre le Detroit Sound, la ville continue \u00e0 carburer sur elle-m\u00eame, propice \u00e0 la contre-culture, invitant au choc des rencontres fortuites et parfois exceptionnelles.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"http:\/\/architettura.supereva.it\/image\/festival\/2000\/en\/texts\/park.htm\">http:\/\/architettura.supereva.it\/image\/festival\/2000\/en\/texts\/park.htm<\/a><br>(The Urban Conspiracy of Detroit)<br><a href=\"http:\/\/www.shrinkingcities.com\/\">www.shrinkingcities.com<\/a><br><a href=\"http:\/\/www.adamah.org\/press\/MT-2001.html\">www.adamah.org\/press\/MT-2001.html<\/a><br><a href=\"http:\/\/www.arch.udmercy.edu\/dcdc.htm\">http:\/\/www.arch.udmercy.edu\/dcdc.htm<\/a><\/p>\n<div style='display: none;'>Frank Nobert, Jean-Fran\u00e7ois Prost<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[4574],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[4601,4602],"artistes":[],"thematiques":[],"type_post":[319],"class_list":["post-179108","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archive","category-post","numeros-53-utopie-et-dystopie-en","statuts-archive","auteurs-frank-nobert-en","auteurs-jean-francois-prost-en","type_post-principal"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179108","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=179108"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179108\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=179108"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=179108"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=179108"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=179108"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=179108"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=179108"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=179108"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=179108"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=179108"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=179108"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=179108"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}