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{"id":179141,"date":"2005-01-01T19:05:00","date_gmt":"2005-01-02T00:05:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/lutopie-de-demain\/"},"modified":"2024-10-09T10:31:20","modified_gmt":"2024-10-09T15:31:20","slug":"lutopie-de-demain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/lutopie-de-demain\/","title":{"rendered":"<strong>L\u2019utopie de demain<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>L\u2019utopie a \u00e9t\u00e9 la forme mentale, litt\u00e9raire et rh\u00e9torique d\u2019un certain colonialisme occidental imaginaire : elle nous a servi \u00e0 projeter la r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure de notre soci\u00e9t\u00e9 sur notre imaginaire et \u00e0 ext\u00e9rioriser nos r\u00eaves int\u00e9rieurs sur des lieux <span style=\"white-space: nowrap;\">\u00e9loign\u00e9s<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Peter Sloterdijk, \u00abl\u2019utopie a perdu son innocence\u00bb, propos recueillis par Fabrice Zimmer, Le Magazine litt\u00e9raire, no 387, mai 2000, p. 54.<\/span>.<\/p>\n<cite>Peter Sloterdijk<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>Pour la majorit\u00e9 des cin\u00e9philes, la notion d\u2019utopie, lorsqu\u2019elle est appliqu\u00e9e au cin\u00e9ma, est associ\u00e9e aux p\u00e9riodes o\u00f9 fleurissent les films contestataires. On pense certes aux r\u00e9alisations associ\u00e9es au Front Populaire fran\u00e7ais des ann\u00e9es 1930, telles Le jour se l\u00e8ve de Marcel Carn\u00e9, La belle \u00e9quipe de Julien Duvivier ou Le crime de M. Lange de Jean Renoir, mais surtout \u00e0 la production du nouveau cin\u00e9ma des ann\u00e9es 1960 et 1970, aux films d\u2019Alain Tanner, de Ren\u00e9 Allio, d\u2019Agn\u00e8s Varda, de Gilles Carle, de Milos Forman, de Glauber Rocha, de Rainer Werner Fassbinder, parmi tant d\u2019autres, qui tentaient de proposer un monde diff\u00e9rent. Que ce soit \u00e0 travers des \u0153uvres de fiction ou des documentaires, une red\u00e9finition des modalit\u00e9s du vivre ensemble se faisait alors jour. Les films s\u2019int\u00e9ressant aux conditions mat\u00e9rielles de l\u2019existence commune (travail, loisir, \u00e9changes \u00e9conomiques, organisation urbaine, etc.) dessinaient tr\u00e8s nettement les contours d\u2019une autre organisation de la vie collective, alors que ceux se penchant sur les relations hommes-femmes et les relations parents-enfants apparaissaient comme des repr\u00e9sentations d\u2019utopie concr\u00e8te. Cependant, de nombreux amateurs de cin\u00e9ma situent la repr\u00e9sentation de l\u2019utopie au cin\u00e9ma du c\u00f4t\u00e9 de la science-fiction. Lieu de projection d\u2019un monde futur toujours \u00e0 d\u00e9finir, le genre, croit-on, permettrait la cristallisation de nos hantises contemporaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette distinction entre une conception de l\u2019utopie relevant d\u2019un \u00abici-maintenant\u00bb et une autre la projetant dans un \u00abfutur ind\u00e9termin\u00e9\u00bb est importante. Cette perception diff\u00e9rente du lieu d\u2019\u00e9mancipation de l\u2019utopie au cin\u00e9ma questionne la capacit\u00e9 m\u00eame de ce m\u00e9dium \u00e0 pr\u00e9senter des univers utopiques. Certes, une ambivalence similaire existe en litt\u00e9rature. Alors qu\u2019au d\u00e9part l\u2019action des r\u00e9cits utopiques \u00e9crits \u00e9tait situ\u00e9e dans un espace g\u00e9ographique terrestre \u00e9loign\u00e9, on a graduellement eu recours \u00e0 une projection de l\u2019histoire dans un futur plus ou moins lointain. Selon Raymond Trousson, cette modification correspondrait \u00e0 une r\u00e9orientation de la perspective utopique : \u00abCe qui est d\u00e9sormais au centre de ces utopies lointaines, c\u2019est le devenir psycho-biologique de l\u2019homme, son histoire en tant qu\u2019\u00eatre <span style=\"white-space: nowrap;\">social<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Raymond Trousson, \u00abSciences et techniques en Utopie : du r\u00eave au cauchemar\u00bb, D\u2019Utopie et d\u2019utopistes, L\u2019Harmattan, 1998, Paris\/Montr\u00e9al, p. 70.<\/span>.\u00bb Le d\u00e9placement que l\u2019on constate dans la repr\u00e9sentation de l\u2019utopie au cin\u00e9ma r\u00e9v\u00e8le un glissement similaire du questionnement et nous aurons \u00e0 y revenir. Pour l\u2019instant, il faut nous attaquer \u00e0 quelques \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9finition.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un texte intitul\u00e9 \u00abEutopie, dystopie, para-utopie et <span style=\"white-space: nowrap;\">p\u00e9ri-utopie<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - Guy Bouchard, \u00abEutopie, dystopie, para-utopie et p\u00e9ri-utopie\u00bb, dans L\u2019Utopie aujourd\u2019hui, PUM\/Sherbrooke, EUS, Montr\u00e9al, 1985, p. 133-227.<\/span>\u00bb, Guy Bouchard a propos\u00e9 une terminologie que nous ferons n\u00f4tre. Ainsi, nous utiliserons le terme d\u2019eutopie pour d\u00e9signer l\u2019utopie positive et dystopie pour identifier l\u2019utopie n\u00e9gative. En plus de redonner au terme utopie une valeur neutre, ce choix permet de souligner que la d\u00e9signation d\u2019une situation par les termes eutopie ou dystopie d\u00e9pend des valeurs en vigueur dans la soci\u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e et non de la perception que peut en avoir le <span style=\"white-space: nowrap;\">spectateur<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Sur ce point, Guy Bouchard, Les 42 210 univers de la science-fiction, Le passeur, Sainte-Foy, 1993, p. 156-160.<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est important de noter que les cin\u00e9astes militants et les cin\u00e9astes les plus engag\u00e9s des ann\u00e9es 1960-1970 n\u2019envisagent jamais que le r\u00eave utopique puisse tourner au cauchemar. Pour eux, l\u2019utopie est un r\u00eave politique, \u00e9conomique et social \u00e0 r\u00e9aliser, un projet de soci\u00e9t\u00e9 meilleure, sinon parfaite, \u00e0 concr\u00e9tiser, \u00e0 construire, donc n\u00e9cessairement eutopique. Pourtant, il est ind\u00e9niable qu\u2019un glissement vers la dystopie soit possible, mais il semble que l\u2019euphorie et l\u2019optimisme militant qui les animent leur aient fait n\u00e9gliger cette possibilit\u00e9. Ce ne sera cependant pas le cas des cin\u00e9astes \u0153uvrant dans le genre de la science-fiction. Pour eux, le monde du futur aura tr\u00e8s souvent des relents de dystopie lorsqu\u2019il ne sera pas carr\u00e9ment concentrationnaire. Avant de passer \u00e0 l\u2019\u00e9tude particuli\u00e8re de ces repr\u00e9sentations, interrogeons-nous sur les modalit\u00e9s de la repr\u00e9sentation de l\u2019utopie dans le cin\u00e9ma de science-fiction.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Limite inh\u00e9rente \u00e0 la repr\u00e9sentation de l\u2019utopie au cin\u00e9ma<\/h2>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on op\u00e8re une lecture \u00e9tymologique du terme utopie, donc en l\u2019entendant comme un non-lieu ou un endroit qui n\u2019existe pas, nous nous retrouvons avec un corpus de films extr\u00eamement limit\u00e9. Art de l\u2019image, le cin\u00e9ma repr\u00e9sente g\u00e9n\u00e9ralement des lieux pr\u00e9cis. Dans certains films, on parlera d\u2019une plan\u00e8te lointaine, d\u2019une galaxie jusqu\u2019alors inconnue, des confins de l\u2019univers, ce qui suffira \u00e0 situer, m\u00eame si c\u2019est d\u2019une fa\u00e7on tr\u00e8s vague, le lieu de l\u2019action. Rares sont les films de science-fiction qui parviennent \u00e0 se passer d\u2019un lieu d\u00e9termin\u00e9. Il y a bien des films comme Tron, dont l\u2019action se d\u00e9roule en partie dans un ordinateur, lieu dont l\u2019exp\u00e9rience physique nous est impossible; ou encore Cube, o\u00f9 les personnages errent dans une structure non identifiable et inconnue aussi bien des protagonistes que des spectateurs; sans parler de la pl\u00e9iade de films qui proposent des univers virtuels qui nous sont encore inaccessibles. Certes, lorsqu\u2019il re\u00e7oit ces films, le spectateur perd pour un court instant ses rep\u00e8res spatio-temporels habituels. Toutefois, la narration lui permettra rapidement de resituer ces espaces \u00e9tranges et inqui\u00e9tants dans le monde r\u00e9el qu\u2019il conna\u00eet, ce qui r\u00e9duit \u00e0 n\u00e9ant l\u2019effort d\u00e9ploy\u00e9 pour construire ces non-lieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Si nous consid\u00e9rons la notion d\u2019utopie plut\u00f4t comme un moteur permettant de passer \u00e0 l\u2019action ou encore d\u2019esp\u00e9rer un <span style=\"white-space: nowrap;\">changement<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - Cette proposition reprend celle de Karl Mannheim \u00e0 l\u2019effet d\u2019entendre, \u00e0 la suite de Landauer, la topie comme \u00abtout ordre social r\u00e9ellement existant et pratiqu\u00e9\u00bb et donc l\u2019utopie comme des \u00abchim\u00e8res qui prennent une fonction r\u00e9volutionnaire\u00bb. Karl Mannheim, Id\u00e9ologie et utopie, traduit de l&#8217;\u00e9dition anglaise par Pauline Rollet, Paris, Marcel Rivi\u00e8re, 1956; \u00e9dition \u00e9lectronique disponible \u00e0 l\u2019adresse :&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.uqac.uquebec.ca\/zone30\/Classiques_des_sciences_sociales\/index.html\">www.uqac.uquebec.ca\/zone30\/Classiques_des_sciences_sociales\/index.html<\/a><\/span>, nous \u00e9largissons consid\u00e9rablement notre corpus. Malgr\u00e9 cet \u00e9largissement de la notion, le nombre d\u2019eutopie cin\u00e9matographique reste mince. Une des raisons mises de l\u2019avant pour expliquer cet \u00e9tat de fait est qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une forme qui offre peu de possibilit\u00e9s dramatiques; dans un monde o\u00f9 tout va bien, il y a absence de tension et donc de situations dramatiques fortes. L\u2019int\u00e9r\u00eat du spectateur repose alors exclusivement sur le plaisir qu\u2019il prend \u00e0 d\u00e9couvrir cette soci\u00e9t\u00e9 id\u00e9ale. Dans le r\u00e9cit litt\u00e9raire de type eutopique, l\u2019action se r\u00e9sume bien souvent \u00e0 la simple visite d\u2019une communaut\u00e9 parfaite par un individu (voyageur, explorateur ou journaliste) comme s\u2019il \u00e9tait un simple <span style=\"white-space: nowrap;\">spectateur<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-6\" href=\"#footnote-6\"><sup>6<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-6\"><a href=\"#fn-ref-6\"> 6 <\/a> - Dans ce contexte, il est accessoire que ce tour guid\u00e9 soit permis par un voyage dans l\u2019espace ou encore dans le temps, l\u2019enjeu \u00e9tant de donner \u00e0 voir une fa\u00e7on diff\u00e9rente de vivre.<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour son film Zardoz, qui reprend ce mod\u00e8le classique de la visite guid\u00e9e, John Boorman a recours \u00e0 une astuce narrative pour dramatiser son r\u00e9cit d\u2019un monde eutopique. Alors que Zed, le personnage interpr\u00e9t\u00e9 par Sean Connery, effectue sa visite et constate le fonctionnement de la cit\u00e9, ses h\u00f4tes en profitent pour r\u00e9aliser une \u00e9tude de sa psych\u00e9 \u00e0 partir de la projection de ses souvenirs sur un \u00e9cran. Ce stratag\u00e8me vise moins \u00e0 souligner les performances intellectuelles et technologiques des membres de cette soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019\u00e0 permettre au r\u00e9alisateur d\u2019incorporer \u00e0 son film des sc\u00e8nes d\u2019action (massacre de civils; viol d\u2019une femme), afin de le faire correspondre \u00e0 l\u2019horizon d\u2019attente des spectateurs de ce type de <span style=\"white-space: nowrap;\">production<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-7\" href=\"#footnote-7\"><sup>7<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-7\"><a href=\"#fn-ref-7\"> 7 <\/a> - Conscient du geste qu\u2019il pose, Boorman fera dire \u00e0 un membre de la communaut\u00e9 qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 de sc\u00e8nes bien divertissantes. On peut \u00e9videmment entendre cette r\u00e9plique comme un clin d\u2019\u0153il adress\u00e9 aux spectateurs assis dans la salle.<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le faible potentiel dramatique de l\u2019eutopie ne suffit pourtant pas \u00e0 expliquer \u00e0 lui seul le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat pour ce type d\u2019univers. Deux autres facteurs sont aussi avanc\u00e9s par les auteurs s\u2019\u00e9tant pench\u00e9s sur cette question. Le premier rel\u00e8ve de l\u2019\u00e9volution du r\u00e9cit utopique lui-m\u00eame. Malgr\u00e9 le d\u00e9veloppement constant des th\u00e8mes et des angles abord\u00e9s par les textes utopiques r\u00e9dig\u00e9s entre le 16e et le 19e si\u00e8cle, le r\u00e9cit brossait le plus souvent le portrait d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 eutopique, alors qu\u2019\u00e0 partir du 20e si\u00e8cle, on ne croise pratiquement que des <span style=\"white-space: nowrap;\">dystopies<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-8\" href=\"#footnote-8\"><sup>8<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-8\"><a href=\"#fn-ref-8\"> 8 <\/a> - On explique g\u00e9n\u00e9ralement cette r\u00e9orientation par la multiplication des conflits arm\u00e9s et l\u2019apparition du monde industriel, o\u00f9 une vision moins na\u00efve de la technique se met alors en place. Jacques Goimard situe plut\u00f4t cette r\u00e9orientation en synchronie avec l\u2019implantation des cit\u00e9s utopiques au 19e si\u00e8cle. Jacques Goimard, Critique de la science-fiction, s.l., Pocket, 2002, p. 74.<\/span>. Ainsi, le cin\u00e9ma de science-fiction \u00e0 caract\u00e8re utopique aurait simplement pris le train en marche et adopt\u00e9 la fa\u00e7on de voir qui s\u2019imposait \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Le second facteur est le mod\u00e8le de production des films. Il faut garder \u00e0 l\u2019esprit que le syst\u00e8me hollywoodien, le plus grand producteur de films de ce genre, pr\u00e9f\u00e8re les h\u00e9ros individuels aux h\u00e9ros <span style=\"white-space: nowrap;\">collectifs<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-9\" href=\"#footnote-9\"><sup>9<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-9\"><a href=\"#fn-ref-9\"> 9 <\/a> - Sur ce point, on ne peut que renvoyer \u00e0 l\u2019ouvrage de Anne-Marie Bidaud, Hollywood et le R\u00eave am\u00e9ricain. Cin\u00e9ma et id\u00e9ologie aux \u00c9tats-Unis, Masson (Langue et civilisation anglo-am\u00e9ricaines), Paris, 1994, particuli\u00e8rement le chapitre 4 de la troisi\u00e8me partie, intitul\u00e9 \u00abGlorification de l\u2019individualisme\u00bb, p. 137-144.<\/span>. Or, dans un monde utopique, \u00abchacun [a] un r\u00f4le bien d\u00e9termin\u00e9 et un comportement \u00e0 adopter, le but \u00e9tant de faire cause commune pour l\u2019am\u00e9lioration de la vie de chacun : l\u2019individualisme n\u2019a pas sa place en <span style=\"white-space: nowrap;\">Utopie<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-10\" href=\"#footnote-10\"><sup>10<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-10\"><a href=\"#fn-ref-10\"> 10 <\/a> - Patrick J. Gyger, \u00abPav\u00e9 de bonnes intentions : d\u00e9tournements d\u2019utopies et pens\u00e9e politique dans la science-fiction\u00bb, dans De Beaux Lendemains ? Histoire, soci\u00e9t\u00e9 et politique dans la science-fiction, Antipodes (M\u00e9dias et Histoire), Lausanne, 2002, p. 17.<\/span>.\u00bb Affirmant encore une fois son refus visc\u00e9ral de prendre une collectivit\u00e9 comme figure h\u00e9ro\u00efque d\u2019un film, Hollywood pr\u00e9f\u00e9rera fabriquer des dystopies, o\u00f9 le h\u00e9ros, souvent seul au monde, tente d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la collectivit\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e comme un oppresseur r\u00e9el dont il devra r\u00e9v\u00e9ler la v\u00e9ritable nature.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier facteur semble effectivement devoir \u00eatre pris en compte, mais ce n\u2019est pas le cas du second. Ce deuxi\u00e8me facteur n\u2019explique en rien le recours \u00e0 des univers dystopiques par des cin\u00e9astes identifi\u00e9s comme des auteurs et \u0153uvrant dans diff\u00e9rents contextes de production \u00e0 travers le monde. Si pour Andrei Tarkovsky et son Stalker on peut tenter d\u2019expliquer ce choix \u00e0 partir du contexte politique sovi\u00e9tique, si pour Truffaut et son Fahrenheit 451, ainsi que pour Godard et son Alphaville, on peut avancer une explication \u00e0 partir des affinit\u00e9s des jeunes turcs de la Nouvelle Vague fran\u00e7aise avec les th\u00e8ses de la droite et leur fascination pour le cin\u00e9ma am\u00e9ricain, l\u2019explication ne saurait tenir pour ce qui est de Robert Kramer et son Ice, Peter Watkins et son Gladiatorerna ou encore Kubrick et son A Clockwork Orange. Ces films, qui sont \u00e0 la fois des d\u00e9nonciations d\u2019abus et des prises de position politique, nous forcent \u00e0 admettre que les choses sont beaucoup plus complexes.<\/p>\n\n\n\n<p>Chose certaine cependant, cette surabondance de r\u00e9cits de dystopie a lentement impos\u00e9 une codification du genre. Il s\u2019agira donc tr\u00e8s souvent d\u2019un h\u00e9ros solitaire qui se r\u00e9volte contre la soci\u00e9t\u00e9 totalitaire dans laquelle il vit et qui devra choisir entre lutter contre ce syst\u00e8me ou le fuir. Son choix sera d\u2019ailleurs fortement marqu\u00e9 par ce qui a d\u00e9clench\u00e9 sa prise de conscience. Plus sa d\u00e9couverte sera li\u00e9e \u00e0 une exp\u00e9rience physique \u2013 la passion amoureuse et les relations sexuelles se r\u00e9v\u00e9leront des catalyseurs puissants \u2013, plus il aura envie de fuir cette soci\u00e9t\u00e9 froide et d\u00e9shumanis\u00e9e. Plus la prise de conscience sera intellectuelle, plus il cherchera \u00e0 lutter pour parvenir \u00e0 informer les autres membres de la communaut\u00e9. Il ne faut cependant pas se leurrer : dans les deux cas, il s\u2019agira d\u2019affirmer l\u2019individualit\u00e9 comme la valeur fondamentale et de pr\u00e9senter la masse comme sa n\u00e9gation. La morale du genre devenant invariablement un \u00e9loge de l\u2019\u00e9go\u00efsme et une condamnation du conformisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce travail de codification se retrouve aussi dans les choix esth\u00e9tiques du film. Afin de cristalliser et d\u2019accentuer \u00e0 l\u2019\u00e9cran l\u2019\u00e9cart entre la figure du rebelle et la soci\u00e9t\u00e9 dystopique, on jouera sur l\u2019apparence physique des gens (m\u00eame type de v\u00eatement, souvent de la m\u00eame couleur, m\u00eame coupe de cheveux), sur la fa\u00e7on de les identifier (simple num\u00e9ro ou code alphanum\u00e9rique plut\u00f4t que nom propre), et sur leurs activit\u00e9s de loisir (\u00e9mission de t\u00e9l\u00e9vision violente, spectacle de la mort en direct, usage de drogue ou d\u2019imagerie virtuelle), tout en les situant dans des d\u00e9cors typiques (m\u00e9tropole surpeupl\u00e9e et pollu\u00e9e) et des contextes politiques bas\u00e9s sur l\u2019id\u00e9e d\u2019une menace ext\u00e9rieure (guerre, radioactivit\u00e9, cataclysme naturel). On peut alors se demander quelle forme rev\u00eatira la notion d\u2019utopie dans un tel mode dystopique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Quelle sera l\u2019utopie du monde futur?<\/h2>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Les utopies apparaissent comme bien plus r\u00e9alisables qu\u2019on ne le croyait autrefois. Et nous nous trouvons actuellement devant une question bien autrement angoissante : comment \u00e9viter leur r\u00e9alisation d\u00e9finitive ?\u2026 Les utopies sont r\u00e9alisables. La vie marche vers les utopies. Et peut-\u00eatre un si\u00e8cle nouveau commence-t-il, un si\u00e8cle o\u00f9 les intellectuels et la classe cultiv\u00e9e r\u00eaveront aux moyens d\u2019\u00e9viter les utopies et de retourner \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 non utopique, moins \u00abparfaite\u00bb et plus libre.<\/p>\n<cite>Nicolas <span style=\"white-space: nowrap;\">Berdiaeff<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-11\" href=\"#footnote-11\"><sup>11<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-11\"><a href=\"#fn-ref-11\"> 11 <\/a> - Exergue au Meilleur des mondes d\u2019Aldous Huxley.<\/span><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Il semble que le programme anticip\u00e9 par Berdiaeff se soit r\u00e9alis\u00e9, du moins dans le cin\u00e9ma de science-fiction. La grande utopie du monde futur semble \u00eatre de retrouver une soci\u00e9t\u00e9 moins \u00abparfaite\u00bb, mais pas n\u00e9cessairement plus libre. En scrutant attentivement les r\u00eaves <span style=\"white-space: nowrap;\">\u00e9veill\u00e9s<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-12\" href=\"#footnote-12\"><sup>12<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-12\"><a href=\"#fn-ref-12\"> 12 <\/a> - Nous empruntons ce concept \u00e0 Ernst Bloch, qui en fait la cl\u00e9 de sa pens\u00e9e de l\u2019utopie \u00e0 travers la notion de conscience anticipatrice. Ernst Bloch, Le principe Esp\u00e9rance, tome premier, Gallimard (Biblioth\u00e8que de philosophie), 1976, Paris, p.99-142.<\/span> de ces personnages \u00e9voluant dans ces univers dystopiques, r\u00eaves qui les font avancer et qui sont les raisons pour lesquelles ils se battent, on constate que les films de science-fiction regorgent de micro-utopies. Cette pr\u00e9sence d\u2019utopies priv\u00e9es est moins surprenante que la nature m\u00eame de ces r\u00eaves \u00e9veill\u00e9s. Apr\u00e8s avoir traqu\u00e9 ces utopies, on arrive \u00e0 un constat assez ahurissant : l\u2019esp\u00e9rance de l\u2019\u00eatre du futur est de renouer avec sa condition humaine, particuli\u00e8rement en ce qui a trait \u00e0 ses \u00e9motions, voire avec son animalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce d\u00e9sir prend diverses formes. Il peut s\u2019agir d\u2019exp\u00e9rimenter la douceur du baiser (la reine dans Aelita), les joies de la rencontre amoureuse (Natacha Von Braun dans Alphaville), le sentiment fusionnel (V\u2019ger dans Star Trek the Movie), l\u2019orgasme physique (Barbarella), le statut de mortel (les membres de la communaut\u00e9 visit\u00e9s par Zed dans Zardoz), le d\u00e9passement de soi pour vaincre l\u2019adversit\u00e9 (Jerome Eugene Morrow dans Gattaca) ou simplement d\u2019\u00eatre re\u00e7u dans la grande famille humaine (David dans Artificial Intelligence et Andrew Martin dans Bicentennial Man).<\/p>\n\n\n\n<p>Cette r\u00e9affirmation du caract\u00e8re humain comme forme de r\u00e9sistance \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 dystopique prend une importance encore plus grande dans certains films. Le d\u00e9sir utopique se transforme en v\u00e9ritable r\u00e9gression et se cristallise dans l\u2019adoption d\u2019un mode de vie primitif. On retourne vivre dans des cavernes (Zardoz, Planet of the Apes, Matrix), on cultive la terre, on s\u2019habille de peaux d\u2019animaux ou de haillons et on ex\u00e9cute des danses qui ressemblent \u00e0 des transes. Nul doute que l\u2019on rejette ainsi la techno-science, mais il est difficile de penser que l\u2019on n\u2019a pas jet\u00e9 le b\u00e9b\u00e9 avec l\u2019eau du <span style=\"white-space: nowrap;\">bain<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-13\" href=\"#footnote-13\"><sup>13<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-13\"><a href=\"#fn-ref-13\"> 13 <\/a> - Il faudrait aussi consid\u00e9rer les films Back to the Future et Pleasantville comme une autre facette de ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Dans ces deux cas, il ne s\u2019agit plus, comme chez Coppola, de simplement renouer avec la pr\u00e9-modernit\u00e9 cin\u00e9matographique am\u00e9ricaine, mais v\u00e9ritablement de se r\u00e9fugier dans une attitude pass\u00e9iste.<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e8re de la mondialisation, doit-on s\u2019inqui\u00e9ter que le seul mod\u00e8le que l\u2019on nous propose de communaut\u00e9s alternatives soit celui-l\u00e0 ? Contrairement \u00e0 ce qu\u2019\u00e9crit Jacques Goimard, il n\u2019est pas certain que \u00abla meilleure chance d\u2019\u00e9chapper au totalitarisme est encore de poser le probl\u00e8me \u00e0 l\u2019\u00e9chelle galactique o\u00f9 les empires les plus \u00e9touffants ne sauraient \u00e9chapper \u00e0 la diversit\u00e9, y compris celle des esp\u00e8ces intelligentes, et aux effets de l\u2019\u00e9loignement spatial, qui favorise les r\u00e9bellions et les autonomies <span style=\"white-space: nowrap;\">locales<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-14\" href=\"#footnote-14\"><sup>14<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-14\"><a href=\"#fn-ref-14\"> 14 <\/a> - Jacques Goimard, Critique de la science-fiction, Pocket, s.l., 2002, p. 533.<\/span>.\u00bb Il semble donc que dans un film de science-fiction, il soit de plus en plus difficile d\u2019imaginer un monde du futur ou s\u2019\u00e9panouirait des projets eutopiques. Peut-\u00eatre devrions-nous tout simplement changer de lunette pour observer demain ou admettre avec Valerio Evangelisti que la science-fiction est la seule forme qui nous \u00abpr\u00e9sente des descriptions r\u00e9alistes [\u2026] du monde o\u00f9 nous <span style=\"white-space: nowrap;\">vivons<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-15\" href=\"#footnote-15\"><sup>15<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-15\"><a href=\"#fn-ref-15\"> 15 <\/a> - Valerio Evangelisti, \u00abLa science-fiction en prise avec le monde r\u00e9el\u00bb, Le Monde diplomatique, ao\u00fbt 2000, p. 29; disponible \u00e0 l\u2019adresse :&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2000\/08\/evangelisti\/14127\">www.monde-diplomatique.fr\/2000\/08\/evangelisti\/14127<\/a>. Cela ne veut pas dire que les films de science-fiction sont une sorte de miroir de la soci\u00e9t\u00e9 et de ses pr\u00e9occupations. Il suffit de prendre le cas de Soylent Green r\u00e9alis\u00e9 par Richard Fleischer en 1973 pour se rendre compte que cette approche ne fonctionne pas. On associe souvent ce film aux pr\u00e9occupations \u00e9cologiques du moment, ce qui ne pose pas v\u00e9ritablement de probl\u00e8me. Cependant, si on consid\u00e8re la repr\u00e9sentation des femmes dans ce film, on constate que Fleischer n\u2019a pas tenu compte de l\u2019autre grand mouvement social de la d\u00e9cennie, la lutte des femmes et la mont\u00e9 du f\u00e9minisme. En les pr\u00e9sentant comme du mobilier r\u00eavant uniquement de continuer \u00e0 faire partie des meubles venant avec le prix de la location du loyer, il a passablement tach\u00e9 le miroir.<\/span>.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Sans chercher \u00e0 dresser un inventaire des d\u00e9couvertes scientifiques, mais simplement en s\u2019int\u00e9ressant \u00e0 la repr\u00e9sentation de ce que l\u2019on nomme les utopies <span style=\"white-space: nowrap;\">techniques<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-16\" href=\"#footnote-16\"><sup>16<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-16\"><a href=\"#fn-ref-16\"> 16 <\/a> - \u00c0 ce propos, Henri Desroches \u00e9crit : \u00abOn ne doit pas sous-estimer pourtant l\u2019existence et le nombre des utopies techniques (a\u00e9ronautiques, architecturales, m\u00e9dicales par exemple).\u00bb, Henri Desroches, \u00abLes cavalcades de l\u2019utopie\u00bb, Le Magazine litt\u00e9raire, 139, 1978, p. 26.<\/span>, on a une meilleure compr\u00e9hension de certains enjeux de notre monde. Par exemple, pour r\u00e9aliser 2001, A Space Odyssey, Stanley Kubrick a fait appel \u00e0 des gens ayant travaill\u00e9 avec la NASA pour s\u2019assurer du caract\u00e8re plausible de son vaisseau et des \u00e9l\u00e9ments de t\u00e9l\u00e9communication. Pour Minority Report, Steven Spielberg a fait appel \u00e0 des futurologues pour constituer l\u2019environnement du futur (v\u00e9hicules, appareils m\u00e9nagers, etc.) dans lequel se d\u00e9roule l\u2019action de son film afin qu\u2019il soit plus r\u00e9aliste. \u00c0 quoi servent ces efforts d\u2019exactitude dans un mode de fiction ? Certaines productions r\u00e9centes, dont Matrix et The Cell, ont d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment choisi de pas faire d\u2019effort pour cr\u00e9er une image plausible du mode futur et leurs actions prennent place dans un monde qui est d\u00e9j\u00e0 le n\u00f4tre. En partant de notre monde pour construire celui de demain, l\u2019industrie du cin\u00e9ma veut certes s\u2019assurer que l\u2019on comprenne bien que la dystopie est \u00e0 notre porte, mais surtout que ici et maintenant, tout n\u2019est pas si mal. Rappelez-vous le personnage de James Cole interpr\u00e9t\u00e9 par Bruce Willis dans Twelve Monkeys de Terry Gilliam, il n\u2019a de cesse de nous marteler qu\u2019il pr\u00e9f\u00e8re le monde des ann\u00e9es 1990 \u00e0 son monde du futur.<\/p>\n\n\n\n<p>Loin de critiquer le monde contemporain et de proposer des univers utopiques, la science-fiction serait plut\u00f4t un moyen de renforcer notre adh\u00e9sion aux normes sociales en vigueur. Au mieux, ces films permettent aux spectateurs de prendre conscience qu\u2019ils vivent dans un monde d\u2019illusion, dont le cin\u00e9ma est un rouage important. Comme dans la litt\u00e9rature du m\u00eame genre, les films de science-fiction critiquent s\u00e9v\u00e8rement le m\u00e9dium <span style=\"white-space: nowrap;\">cin\u00e9matographique<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-17\" href=\"#footnote-17\"><sup>17<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-17\"><a href=\"#fn-ref-17\"> 17 <\/a> - Dans Le meilleur des mondes, par exemple, Huxley pr\u00e9sente le \u00abcin\u00e9ma sentant\u00bb comme un succ\u00e9dan\u00e9 de la vie et des sensations r\u00e9elles.<\/span>. Le cin\u00e9ma est d\u00e9nonc\u00e9 comme objet d\u2019ali\u00e9nation (Gladiatorerna), de torture servant \u00e0 gu\u00e9rir de comportements asociaux (A Clockwork Orange) ou encore comme outil de propagande pour enr\u00e9gimenter les foules (Nineteen <span style=\"white-space: nowrap;\">Eighty-Four<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-18\" href=\"#footnote-18\"><sup>18<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-18\"><a href=\"#fn-ref-18\"> 18 <\/a> - Il faut d\u2019ailleurs rappeler que le seul contact du peuple avec Big Brother se fait par l\u2019entremise de projections sur \u00e9crans g\u00e9ants. Cette image \u00e0 elle seule suffirait \u00e0 faire comprendre que l\u2019on devrait se m\u00e9fier du pouvoir du cin\u00e9ma.<\/span>). Les films s\u2019int\u00e9ressant au monde virtuel (Strange Days, Total Recall, Matrix, Existenz) insistent, quant \u00e0 eux, sur le caract\u00e8re faux et artificiel des images, qui deviennent, peu \u00e0 peu, des drogues dont on peut difficilement se passer.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce discours simpliste, que l\u2019on a cependant souvent rapproch\u00e9 de l\u2019all\u00e9gorie de la caverne de Platon, ne cherche pas \u00e0 donner au spectateur une le\u00e7on sur son rapport au monde, mais, plus prosa\u00efquement, \u00e0 renforcer chez ce dernier l\u2019impression qu\u2019il est constamment tromp\u00e9 par tout ce qui l\u2019entoure. Cette justification d\u2019une vision parano\u00efaque du monde n\u2019est cependant pas sans porter atteinte au cin\u00e9ma lui-m\u00eame et \u00e0 le discr\u00e9diter comme moyen de prise de conscience individuelle. Car, si l\u2019on y r\u00e9fl\u00e9chit bien, comment ce cin\u00e9ma peut-il affirmer aux spectateurs \u00abm\u00e9fiez-vous de tous les films, ils ne sont que des illusions trompeuses\u00bb, et, du m\u00eame coup, soutenir qu\u2019il dit la v\u00e9rit\u00e9 ? Loin de n\u2019\u00eatre qu\u2019une nouvelle variante du paradoxe du menteur, cette contradiction apparente sert principalement \u00e0 laisser se profiler \u00e0 l\u2019horizon la c\u00e9l\u00e8bre tirade de l\u2019agent Mulder de la s\u00e9rie X-files, \u00abTrust no one\u00bb. Il ne s\u2019agit donc plus de se demander ce qui manque au cin\u00e9ma de science-fiction d\u2019aujourd\u2019hui, mais bien de reconna\u00eetre qu\u2019il n\u2019est pas le lieu propice \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de la grande utopie d\u2019aujourd\u2019hui : une r\u00e9flexion libre et critique.<\/p>\n<div style='display: none;'>Pierre Rannou<\/div><div style='display: none;'>Pierre Rannou<\/div><div style='display: none;'>Pierre Rannou<\/div><div style='display: none;'>Pierre Rannou<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[4574],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[969],"artistes":[],"thematiques":[],"type_post":[],"class_list":["post-179141","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archive","category-post","numeros-53-utopie-et-dystopie-en","statuts-archive","auteurs-pierre-rannou-en"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179141","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=179141"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179141\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":256322,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179141\/revisions\/256322"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=179141"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=179141"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=179141"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=179141"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=179141"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=179141"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=179141"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=179141"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=179141"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=179141"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=179141"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}