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{"id":179152,"date":"2005-01-01T19:00:00","date_gmt":"2005-01-02T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/lavenir-des-mots\/"},"modified":"2022-11-07T10:59:38","modified_gmt":"2022-11-07T15:59:38","slug":"lavenir-des-mots","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/lavenir-des-mots\/","title":{"rendered":"<strong>L\u2019avenir des mots<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>En 1965, Theodor Nelson, th\u00e9oricien am\u00e9ricain de l\u2019information, affirmait qu\u2019une r\u00e9volution \u00e9tait en train de se produire dans l\u2019univers des mots. L\u2019utilisation des ordinateurs pour stocker, communiquer et organiser des textes entra\u00eenait une modification de l\u2019id\u00e9e m\u00eame de textualit\u00e9. Les id\u00e9es de Nelson ont ensuite gagn\u00e9 en popularit\u00e9, tout comme le terme hypertexte, qu\u2019il a attribu\u00e9 aux structures de liens que les r\u00e9seaux informatiques avaient commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 partir des textes. Mais le raisonnement de Nelson est souvent mal compris : il ne pr\u00e9tendait pas que les ordinateurs avaient cr\u00e9\u00e9 les possibilit\u00e9s techniques pour une r\u00e9volution, mais plut\u00f4t qu\u2019ils avaient mis en lumi\u00e8re le potentiel latent de l\u2019hypertexte. En effet, selon Nelson, hypertexte \u00e9tait un nouveau mot servant \u00e0 nommer quelque chose de profond\u00e9ment ancien. Si, d\u2019une part, il offrait un moyen tout trouv\u00e9 de nommer les structures de liens qui allaient devenir caract\u00e9ristiques des documents \u00e9lectroniques, il constituait d\u2019autre part une fa\u00e7on de parler des notes de bas de page, des annotations et de tous les autres m\u00e9canismes non lin\u00e9aires qui faisaient depuis longtemps partie de la tradition li\u00e9e au texte \u00e9crit et imprim\u00e9. Au m\u00eame titre que l\u2019hypertexte \u00e9lectronique, l\u2019\u00e9crit et l\u2019imprim\u00e9 permettaient d\u00e9j\u00e0 aux lecteurs de se d\u00e9placer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des textes selon des m\u00e9thodes qui remettaient en question la notion de lin\u00e9arit\u00e9 <span style=\"white-space: nowrap;\">textuelle<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Theodor Nelson, Dream Machines, 1974, p. 50.<\/span>. En effet, comme l\u2019explique Nelson, ces types de d\u00e9placements et de sauts n\u2019exigent m\u00eame pas de m\u00e9canisme paratextuel. Ils sont d\u00e9j\u00e0 implicites dans la structure m\u00eame du discours. Voici ce qu\u2019il \u00e9crit \u00e0 ce sujet :<br>Bien des gens croient que [l\u2019hypertexte] est un concept nouveau, radical et mena\u00e7ant. Toutefois, j\u2019aimerais pr\u00e9ciser que l\u2019hypertexte est un concept fondamentalement traditionnel qui est d\u00e9j\u00e0 bien inscrit dans la tradition litt\u00e9raire. Dans le processus habituel d\u2019\u00e9criture, on choisit une s\u00e9quence d\u2019expos\u00e9s \u00e0 partir de la myriade de possibilit\u00e9s qui s\u2019offrent \u00e0 nous; l\u2019hypertexte en permet beaucoup, qui sont toutes \u00e0 la port\u00e9e du lecteur. En fait, nous nous \u00e9cartons constamment de la s\u00e9quence, citant des choses qui se trouvent dans des parties ult\u00e9rieures ou ant\u00e9rieures du texte. Des formules telles que \u00abcomme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9\u00bb et \u00abcomme nous le verrons plus tard\u00bb constituent en r\u00e9alit\u00e9 des pointeurs implicites vers des contenus se trouvant ailleurs dans la <span style=\"white-space: nowrap;\">s\u00e9quence<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Theodor Nelson, Literary Machines, 1980, 1.17<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette conception large de l\u2019hypertexte montre que l\u2019\u00e9criture \u00e9lectronique a des caract\u00e9ristiques communes avec d\u2019autres formes d\u2019\u00e9criture. \u00abL\u2019hypertexte peut englober les textes s\u00e9quentiels, et constitue par cons\u00e9quent la forme la plus g\u00e9n\u00e9rale d\u2019\u00e9criture. (Dans un sens, il constitue aussi la forme la plus g\u00e9n\u00e9rale de <span style=\"white-space: nowrap;\">langage<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - Ibid., 0.3.<\/span>.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Selon Nelson, aucune \u00e9criture ni \u00e9nonciation ne se d\u00e9place en ligne droite. Aucune n\u2019existe isol\u00e9ment. L\u2019hypertexte, dans son sens le plus large, est \u00e0 la fois le tissu d\u2019interconnexion form\u00e9 de lexias qui constitue une unit\u00e9 textuelle donn\u00e9e comme un livre, et la matrice de r\u00e9f\u00e9rences externes \u00e0 partir de laquelle tout livre doit tirer ses filaments. Selon cette perspective, la litt\u00e9rature appara\u00eet non pas comme un regroupement d\u2019\u0153uvres ind\u00e9pendantes, mais comme \u00abun syst\u00e8me continu de documents <span style=\"white-space: nowrap;\">interconnect\u00e9s<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Ibid., 2.2.<\/span>\u00bb. En d\u2019autres mots, nous lisons et \u00e9crivons dans un univers plus vaste que les livres, et Nelson fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cette dimension th\u00e9orique de pl\u00e9nitude lexicale en utilisant le terme \u00abdocuvers\u00bb. Dans le docuvers, il n\u2019y a pratiquement aucune hi\u00e9rarchie et aucun hors-texte. La totalit\u00e9 de l\u2019appareil paratextuel habite un espace horizontal et partag\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Nelson ne s\u2019est jamais priv\u00e9 d\u2019employer la rh\u00e9torique futuriste relative \u00e0 la r\u00e9volution de l\u2019information. Mais en m\u00eame temps, sa conception des possibilit\u00e9s de l\u2019informatique a autant \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9e vers le pass\u00e9 que vers l\u2019avenir. Sa profonde appr\u00e9ciation pour tout ce qui fonctionne bien dans la textualit\u00e9 traditionnelle ressort clairement dans l\u2019ensemble de ses \u00e9crits. Si on la consid\u00e8re selon une perspective \u00e9lastique, la litt\u00e9rature imprim\u00e9e offre peut-\u00eatre un portrait plus sophistiqu\u00e9 de l\u2019hypertextualit\u00e9 que les textes et les r\u00e9seaux \u00e9lectroniques tels qu\u2019on les conna\u00eet pr\u00e9sentement. Dans ses travaux plus r\u00e9cents, Nelson revient constamment \u00e0 ce qu\u2019il appelle le \u00abparadigme litt\u00e9raire\u00bb. Sa propre conception de l\u2019hypertexte, affirme-t-il, \u00ablui a \u00e9t\u00e9 sugg\u00e9r\u00e9e par le seul pr\u00e9c\u00e9dent fonctionnel que l\u2019on connaisse : la litt\u00e9rature\u00bb. Et plus loin : \u00abNous ne pouvons pas savoir comment les choses seront vues dans l\u2019avenir. Nous devons supposer qu\u2019il n\u2019y aura jamais de vision irr\u00e9vocable et d\u00e9finitive de quoi que ce soit. Et cependant ce syst\u00e8me fonctionne. LA LITT\u00c9RATURE EST <span style=\"white-space: nowrap;\">D\u00c9BOGU\u00c9E<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - Ibid., 2.9-2.11.<\/span>.\u00bb La technologie, de l\u2019avis de Nelson, nous permet de voir des dimensions de la litt\u00e9rature qui sont demeur\u00e9es cach\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019imprim\u00e9. En m\u00eame temps, la litt\u00e9rature offre un mod\u00e8le intellectuel qui s\u2019est tout de m\u00eame r\u00e9v\u00e9l\u00e9 capable d\u2019exprimer la complexit\u00e9, l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 et la responsabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Nelson, l\u2019\u00e9criture et la lecture constituent toujours des processus consistant \u00e0 retrouver quelque chose qui \u00e9tait perdu. Si, dans le sens le plus courant, tout acte de composition est un acte de cr\u00e9ation, dans le contexte du docuvers, tout acte de cr\u00e9ation revient, dans les faits, \u00e0 retracer un espace hypertextuel oubli\u00e9. \u00c0 un niveau psychique plus profond, tout acte linguistique est un acte de contact avec un corps disparu par l\u2019entremise d\u2019un \u00ablieu magique de m\u00e9moire litt\u00e9raire\u00bb. L\u2019info-discours nous procure une forme de m\u00e9moire nouvellement structur\u00e9e. Il renvoie \u00e0 la fois au stockage des syst\u00e8mes, aux liens non examin\u00e9s et retrouv\u00e9s entre les id\u00e9es et au probl\u00e8me de la conscience qui glisse hors de notre port\u00e9e. Un reporter a un jour demand\u00e9 \u00e0 Nelson si la mont\u00e9e des technologies et des pr\u00e9dispositions hypertextuelles ne serait pas symptomatique de l\u2019existence d\u2019un trouble d\u00e9ficitaire de l\u2019attention g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. La r\u00e9ponse de Nelson : \u00abNous avons besoin d\u2019un terme plus positif pour nommer ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Pens\u00e9e colibri conviendrait bien, selon <span style=\"white-space: nowrap;\">moi<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-6\" href=\"#footnote-6\"><sup>6<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-6\"><a href=\"#fn-ref-6\"> 6 <\/a> - Gary Wolf, \u00abThe Curse of Xanadu\u00bb, Wired Magazine, 3.06, 1995.<\/span>.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le projet Xanadu, syst\u00e8me hypertexte \u00e9labor\u00e9 par Nelson lui-m\u00eame, serait donc con\u00e7u pour g\u00e9rer \u00e0 la fois du texte et de la m\u00e9moire. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur de Xanadu, il est toujours possible de revenir sur ses pas quand on a pris un chemin erron\u00e9, de retrouver une r\u00e9f\u00e9rence perdue et de raviver une voix r\u00e9duite au silence. Nelson compare m\u00eame ce processus de \u00abversionnage\u00bb \u00e0 un voyage dans le temps, o\u00f9 \u00able pass\u00e9 peut \u00eatre <span style=\"white-space: nowrap;\">modifi\u00e9<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-7\" href=\"#footnote-7\"><sup>7<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-7\"><a href=\"#fn-ref-7\"> 7 <\/a> - Nelson, Dream Machines, p. 43.<\/span>\u00bb. Les utilisateurs du prototype de Xanadu constatent que le curseur a la forme d\u2019un sablier. \u00abPour d\u00e9faire quelque chose, vous n\u2019avez qu\u2019\u00e0 \u00abreculer dans le temps\u00bb en faisant glisser la partie sup\u00e9rieure du sablier au moyen du stylo optique\u2026 Vous pouvez alors continuer \u00e0 regarder l\u2019\u00e9cran et faire des changements comme si les op\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes[\u2026] n\u2019avaient jamais eu <span style=\"white-space: nowrap;\">lieu<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-8\" href=\"#footnote-8\"><sup>8<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-8\"><a href=\"#fn-ref-8\"> 8 <\/a> - Ibid., p. 49.<\/span>.\u00bb Historiquement, bien s\u00fbr, l\u2019\u00e9criture a souvent fait figure de voyage dans le temps; comme le dit Friedrich Kittler, \u00abtout livre est un livre des <span style=\"white-space: nowrap;\">morts<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-9\" href=\"#footnote-9\"><sup>9<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-9\"><a href=\"#fn-ref-9\"> 9 <\/a> - Friedrich Kittler, Gramophone, Film, Typewriter, traduit vers l\u2019anglais par Dorothea von M\u00fccke, octobre 41, 1987, p. 107.<\/span>\u00bb. \u00c0 cet \u00e9gard, l\u2019\u00e9criture \u00e9lectronique ne diff\u00e8re en rien des autres types d\u2019\u00e9criture. Mais l\u2019\u00e9criture \u00e9lectronique est aussi porteuse du phantasme selon lequel la mort pourrait ne pas \u00eatre permanente et le texte t\u00e9moignerait non seulement d\u2019activit\u00e9s pass\u00e9es, mais ces activit\u00e9s elles-m\u00eames pourraient \u00eatre r\u00e9\u00e9crites ou non encore \u00e9crites. Par le X chiasmatique de Xanadu, le sable du temps passe et repasse. Dans l\u2019imaginaire de Nelson, il y a deux mondes, le pr\u00e9sent et le pass\u00e9, r\u00e9fract\u00e9s et renvers\u00e9s \u00e0 travers le prisme chiasmatique de l\u2019\u00e9cran informatique. C\u2019est un tel miroir n\u00e9gatif que nous tend Xanadu, un miroir qui refl\u00e8te et donc qui cr\u00e9e un ailleurs temporel.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la diff\u00e9rence de la plupart de ses contemporains, Nelson consid\u00e8re que l\u2019ouverture de l\u2019horizon virtuel permet le passage dans un certain type de pass\u00e9, dans le corps-enfant de l\u2019esprit. Ce que nous voyons dans l\u2019image de l\u2019enfant riv\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cran d\u2019un ordinateur (une image qui revient souvent dans les travaux de Nelson) est une exp\u00e9rience imagin\u00e9e de communion, o\u00f9 le corps et l\u2019esprit sont r\u00e9unis dans la dimension du r\u00eave. Il s\u2019agit de l\u2019exp\u00e9rience du pr\u00e9sent vers laquelle tend tout le travail de Nelson. Hypertexte est le nom donn\u00e9 \u00e0 ce plaisir physique de la pens\u00e9e, \u00e0 un type de repr\u00e9sentation qui renforce la pens\u00e9e colibri et la rend op\u00e9rationnelle. Les efforts de Nelson ne tournent pas autour du phantasme de la dissolution du corps en une s\u00e9rie de donn\u00e9es, mais constituent plut\u00f4t une c\u00e9l\u00e9bration de la r\u00e9-accession au corps-enfant perdu et libre gr\u00e2ce au m\u00e9dium de la fantique.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 en quoi consiste la signification sp\u00e9ciale de Xanadu en tant que \u00ablieu magique\u00bb de la m\u00e9moire, dimension de cr\u00e9ativit\u00e9 d\u00e9brid\u00e9e qui est toujours hyperin\u00e9vitablement pr\u00e9sente. Xanadu est une expression de la fa\u00e7on dont Nelson imagine l\u2019avenir de l\u2019information, soit comme une hyperexp\u00e9rience de l\u2019enfance, un retour chiasmatique par le miroir de l\u2019\u00e9cran d\u2019ordinateur \u00e0 un esprit non encore fa\u00e7onn\u00e9 par les programmes scolaires. Par une esp\u00e8ce de voyage dans le temps, Xanadu (re)donne corps aux actes d\u2019imagination textuelle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 un certain \u00e9gard, on pourrait faire ce type d\u2019observations \u00e0 propos d\u2019une bonne partie des textes et de la th\u00e9orie sur l\u2019hypertexte. En effet, au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, on a assist\u00e9 \u00e0 un mouvement g\u00e9n\u00e9ral visant \u00e0 mettre en valeur le potentiel intellectuel et imaginatif de la non-lin\u00e9arit\u00e9, et l\u2019utopie litt\u00e9raire a \u00e9volu\u00e9 pour devenir des h\u00e9t\u00e9ro- ou des hypertopies. Ce qui est le plus int\u00e9ressant \u00e0 propos de Nelson n\u2019est pas le r\u00f4le ind\u00e9niable qu\u2019il a jou\u00e9 dans la naissance de ce mouvement, mais son scrupuleux examen de la probl\u00e9matique entourant une mat\u00e9rialit\u00e9 qui est souvent absente chez les autres penseurs. M\u00eame quand il met en valeur le caract\u00e8re multidimensionnel de textes en apparence traditionnels et lin\u00e9aires, il insiste sur la valeur de l\u2019\u00e9criture soi-disant traditionnelle, et sur sa n\u00e9cessaire protection de tout ce qui pourrait tenter de la supplanter ou de nuire \u00e0 l\u2019attrait qu\u2019elle exerce sur l\u2019imagination cr\u00e9ative.<\/p>\n\n\n\n<p>Telle une fable \u00e9difiante, le travail de Nelson nous aide \u00e0 faire des distinctions entre les diverses rh\u00e9toriques et pratiques relatives \u00e0 nos avenirs possibles en mati\u00e8re d\u2019information. Ces r\u00e9seaux de praxis sont cousus ensemble au moyen des tissus traditionnels du futur et du pass\u00e9&nbsp;: les tissus du progr\u00e8s, de la r\u00e9volution et du mill\u00e9naire, ainsi que ceux de la nostalgie, de la m\u00e9moire et du retour. \u00c0 cet \u00e9gard, ce qui importe dans le travail de Nelson n\u2019est pas l\u2019id\u00e9e ou la pratique de la non-lin\u00e9arit\u00e9 en soi, mais plut\u00f4t son insistance que nos avenirs n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 vraiment lin\u00e9aires. Les coutures du patchwork sont apparentes. Xanadu est peut-\u00eatre bien des choses, mais il est assur\u00e9ment un syst\u00e8me con\u00e7u pour tracer des cheminements intellectuels. Contrairement \u00e0 tant de th\u00e9oriciens de l\u2019information et de la cybern\u00e9tique, la pr\u00e9occupation premi\u00e8re de Nelson n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 la vitesse ou l\u2019envergure des syst\u00e8mes. Xanadu se distingue principalement parce qu\u2019il se pr\u00e9sente comme un patchwork. Bien s\u00fbr, certains aspects de la vision de Nelson sont utopiques, nostalgiques. Mais si son Xanadu est un phantasme, et s\u2019il est vrai que le temps ne se mettra pas \u00e0 reculer simplement parce que nous touchons un sablier avec un curseur magique, il est \u00e9galement vrai que nos avenirs n\u2019auront aucun sens si nous ne reconnaissons pas l\u2019attrait que ces possibilit\u00e9s exercent sur nous.<\/p>\n\n\n\n<p>Une version longue de cet article para\u00eetra dans le livre intitul\u00e9 Histories of the Future (sous la dir. de Daniel Rosenberg et Susan Harding, Durham, North Carolina, Duke University Press, 2005). L\u2019auteur souhaite remercier l\u2019\u00e9diteur Duke University Press pour sa g\u00e9n\u00e9reuse permission de publier cet extrait.<\/p>\n<div style='display: none;'>Daniel Rosenberg<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[4574],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[4616],"artistes":[],"thematiques":[],"type_post":[319],"class_list":["post-179152","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archive","category-post","numeros-53-utopie-et-dystopie-en","statuts-archive","auteurs-daniel-rosenberg-en","type_post-principal"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179152","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=179152"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179152\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=179152"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=179152"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=179152"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=179152"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=179152"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=179152"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=179152"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=179152"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=179152"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=179152"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=179152"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}