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{"id":179220,"date":"2004-05-01T19:55:00","date_gmt":"2004-05-02T00:55:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/lartiste-et-lengagement-politique-a-lere-du-monde-rate\/"},"modified":"2024-10-09T10:39:05","modified_gmt":"2024-10-09T15:39:05","slug":"lartiste-et-lengagement-politique-a-lere-du-monde-rate","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/lartiste-et-lengagement-politique-a-lere-du-monde-rate\/","title":{"rendered":"<strong>L\u2019artiste et l\u2019engagement politique \u00e0 l\u2019\u00e8re du monde rat\u00e9<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>Confiscation des richesses naturelles par les nations nanties, creusement tous azimuts des in\u00e9galit\u00e9s sociales, d\u00e9gradation \u00e9cologique acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e pour cause de surexploitation des milieux de vie, arrogance du G8 et impuissance onusienne r\u00e9currente, forcing int\u00e9griste ou communautariste, migrations n\u00e9es de la mis\u00e8re, banalisation du terrorisme, des guerres, des famines, des pand\u00e9mies&#8230; Bienvenue dans un monde rat\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Rat\u00e9, notre monde l\u2019est, sans aucun doute. D\u2019abord, par la catastrophe mat\u00e9rielle qu\u2019il incarne. Par cette autre catastrophe, aussi bien, culturelle celle-ci, l\u2019\u00e9chec des mises en formes modernes de l\u2019\u00abhumanit\u00e9\u00bb : le projet lib\u00e9ral des Lumi\u00e8res, le culte de l\u2019utopie possible cher au socialisme essentialiste, l\u2019un comme l\u2019autre, font long feu. Pour rat\u00e9 qu\u2019il soit, ce monde, ceci admis, n\u2019est pas perdu, et nous ne saurions longtemps y tenir le r\u00f4le passif de ces \u00abretrait\u00e9s de l\u2019histoire\u00bb dont Marcel Gauchet se pla\u00eet \u00e0 nous tailler le bl\u00e8me habit <span style=\"white-space: nowrap;\">mortuaire<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Marcel Gauchet, La d\u00e9mocratie contre elle-m\u00eame, Paris, Gallimard (Tel), 2002.<\/span>. Son ratage m\u00eame, ainsi, rend aussi propice que n\u00e9cessaire de faire retour \u00e0 la politique, en th\u00e9oricien, en praticien. La \u00abpolitique\u00bb ? Le gouvernement de la cit\u00e9, enseigne l\u2019\u00e9tymologie, sur fond de gestion n\u00e9goci\u00e9e et de ma\u00eetrise du pouvoir; par extension, le gouvernement de cette cit\u00e9 \u00e9largie qu\u2019est dor\u00e9navant, devenu notre horizon territorial, le Village global.<\/p>\n\n\n\n<p>Le sujet d\u2019\u00e9tude de ces lignes est l\u2019artiste \u00e0 l\u2019\u00e8re du monde rat\u00e9. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment dit \u2013 en vertu de la logique propre \u00e0 un cr\u00e9ateur qui est aussi citoyen de ce Village global \u2013, l\u2019artiste d\u2019abord soucieux, en ce monde rat\u00e9, de faire de la \u00abpolitique\u00bb, d\u2019adopter, par le biais de ses propres travaux, une position de principe faisant de sa cr\u00e9ation, au-del\u00e0 d\u2019une fourniture pour l\u2019esth\u00e9tique commune, un combat : combat pour plus de solidarit\u00e9 et moins d\u2019iniquit\u00e9, plus de transparence et moins de manipulation. Si toute cr\u00e9ation artistique est d\u2019essence politique (quand bien m\u00eame voudrait-elle \u00e9chapper \u00e0 cette fatalit\u00e9 ontologique : Flaubert tanc\u00e9 par Sartre pour n\u2019avoir pas \u00e9crit un mot sur la Commune de Paris, un silence \u00e9videmment <span style=\"white-space: nowrap;\">suspect<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Jean-Paul Sartre, L\u2019Idiot de la famille, Paris, Gallimard, 1988.<\/span>&#8230; ), il arrive aussi que l\u2019artiste souhaite donner \u00e0 son travail ce tour \u00abengag\u00e9\u00bb qui va d\u00e9signer l\u2019\u0153uvre d\u2019art non d\u2019abord comme forme \u00absigne\u00bb (primat de l\u2019appara\u00eetre) mais comme une forme o\u00f9 se superpose au \u00absigne\u00bb un \u00ab\u00e9nonc\u00e9\u00bb (primat du point de vue exprim\u00e9 sur les choses). Telle est au demeurant, au sens classique, de David \u00e0 Courbet et des avant-gardistes russes \u00e0 John Dugger ou \u00e0 la \u00abPeinture politique\u00bb des ann\u00e9es 1960-1970, l\u2019essence de l\u2019\u0153uvre d\u2019art \u00abpolitique\u00bb se reconnaissant sous ce label : ajouter \u00e0 la proclamation de la forme l\u2019intensit\u00e9 d\u2019une parole qui l\u2019exc\u00e8de, faisant passer l\u2019esth\u00e9tique au rang d\u2019\u00e9thique et la composition au rang de l\u2019affirmation didactique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Wide Wild World<\/h2>\n\n\n\n<p>C\u2019est autour de 1989 que se constitue le monde au sens strict contemporain, ce \u00abWide Wild World\u00bb, dit bien le chanteur altermondialiste Manu <span style=\"white-space: nowrap;\">Chao<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - Manu Chao, album Proxima Estacion : Esperanza, 2001.<\/span>, o\u00f9 nous vivons aujourd\u2019hui. Chute du mur de Berlin et faillite du communisme \u00e0 la sovi\u00e9tique, drames technologiques de Tchernobyl et de la navette spatiale Challenger, internationalisation du sida, massacre p\u00e9kinois de la place Tian An Men, premi\u00e8re guerre du Golfe, mise en phase de la bio et de la cyberculture, mondialisation \u00e9conomique d\u2019esprit n\u00e9olib\u00e9ral, retour en force du religieux sous l\u2019esp\u00e8ce de la culture New Age ou du fondamentalisme musulman, en vrac, dessinent ici le paysage d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 chaotique, aussi insaisissable <span style=\"white-space: nowrap;\">qu\u2019imprescriptible<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Sur ces donn\u00e9es, et leur histoire, P. Ardenne, dir., 1989, Paris, \u00e9ditions du Regard, 1995, notamment l\u2019introduction, \u00ab1989 et apr\u00e8s, la culture incertaine\u00bb, p. 13 et suiv.<\/span>. \u00abUne chose se montre, irr\u00e9futable, rel\u00e8ve en 1992 le prix Nobel de litt\u00e9rature \u00c9lias Canetti, on ne peut pr\u00e9voir le cours de l\u2019histoire. Celle-ci est toujours ouverte. Personne n\u2019agit sur son sens, puisque personne ne le conna\u00eet. Il est probable m\u00eame qu\u2019il n\u2019existe <span style=\"white-space: nowrap;\">pas<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - \u00c9lias Canetti, Die Fliegenpein [\u00abLe Supplice des mouches\u00bb], Munich, \u00e9ditions Hanser, 1992.<\/span>.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Jet\u00e9 dans le non-sens de l\u2019histoire contemporaine \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire confront\u00e9 \u00e0 l\u2019aberration que constitue la notion m\u00eame de sens dans un monde \u00e9volutif mais sans destin bien assur\u00e9 \u2013, l\u2019artiste \u00abpolitique\u00bb a toutes les chances de se retrouver orphelin. Orphelin d\u2019un discours et d\u2019une forme, en bloc, et priv\u00e9 du m\u00eame coup d\u2019une position esth\u00e9tico-\u00e9thique tenable en dignit\u00e9. Prix \u00e0 payer \u00e0 l\u2019impuret\u00e9 contemporaine, au m\u00e9lange ou \u00e0 la r\u00e9versibilit\u00e9, toujours accrus, des valeurs. Si l\u2019ennemi n\u2019est plus clairement d\u00e9sign\u00e9 (c\u2019est le cas apr\u00e8s la fin des Blocs et de son corollaire, la p\u00e9remption de la bipolarit\u00e9), s\u2019il l\u2019est mais si les moyens utilis\u00e9s pour le combattre s\u2019av\u00e8rent contestables ou mal appropri\u00e9s (le terrorisme et la guerre dite \u00abpr\u00e9ventive\u00bb en guise de r\u00e9plique \u00e0 ce dernier; contre l\u2019extr\u00eame-droite, la r\u00e9ponse r\u00e9publicaine autoritaire; au chevet de la mis\u00e8re du monde, la potion humanitariste&#8230;), l\u2019artiste lucide ne peut \u00e9pouser telle ou telle cause sans aussit\u00f4t faire l\u2019\u00e9preuve de son assujettissement \u00e0 une situation confuse voire contradictoire lui signifiant sa d\u00e9mission critique ou un point de vue complaisant ou trop court \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la r\u00e9alit\u00e9. Avec cette cons\u00e9quence : sa production artistique a toutes les chances de tenir de l\u2019esth\u00e9tique manipul\u00e9e (et manipulante, par rebond). Les pouvoirs publics, habiles, ne manqueront d\u2019ailleurs pas d\u2019exploiter \u00e0 leur profit, durant la p\u00e9riode consid\u00e9r\u00e9e, le d\u00e9sir activiste d\u2019artistes tout au souci de s\u2019engager pour les causes dites \u00abjustes\u00bb telles que le renforcement du lien social, la lutte contre l\u2019intol\u00e9rance, la guerre ou le fanatisme, ou encore l\u2019investissement \u00e9cologique ou humanitaire \u2013 une exploitation lourde de sens en ce qu\u2019elle se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 m\u00eame de changer l\u2019artiste de bonne volont\u00e9, outre en missionnaire d\u2019une bonne conscience de circonstance, en rouage de l\u2019id\u00e9ologie d\u2019\u00c9tat. L\u2019atteste notamment, durant les ann\u00e9es 1990, la vogue des programmes institutionnels d\u2019art public, relais souterrains de cette \u00abfabrique du consentement\u00bb (Alain Badiou) que tend \u00e0 devenir la conduite des affaires en milieu <span style=\"white-space: nowrap;\">d\u00e9mocrate<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-6\" href=\"#footnote-6\"><sup>6<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-6\"><a href=\"#fn-ref-6\"> 6 <\/a> - Alain Badiou, \u00abLe balcon du pr\u00e9sent\u00bb, in Failles, n\u00b0 1, automne 2003, p. 26-35 (p. 33, cette remarque avis\u00e9e : \u00abil est aujourd\u2019hui sentimentalement obligatoire d\u2019\u00eatre d\u00e9mocrate\u00bb).<\/span>. Jochen Gerz, de la sorte, \u00e9labore des monuments contre le fascisme, la guerre ou la pr\u00e9carit\u00e9 sociale, avec l\u2019aval, sinon les subsides, des autorit\u00e9s. Clara Halter dresse sur le Champ-de-Mars, \u00e0 Paris, un tr\u00e8s plastique Monument pour la Paix. Alfredo Jaar, sur le toit de la grande arche de la D\u00e9fense, expose des photomontages d\u2019esprit conceptuel prenant pour th\u00e8me la population souffrante du quart monde&#8230; L\u2019artiste exprime-t-il dans ce cas un sentiment de r\u00e9volte qu\u2019on croira volontiers sinc\u00e8re, ce dernier ne l\u2019absout cependant pas d\u2019une collaboration douteuse avec le pouvoir, ce pouvoir f\u00fbt-il en principe respectueux du droit humain et, en tant que tel, a priori respectable. Car l\u2019artiste, pour le reste, fait aussi de la politique-spectacle, le voici ins\u00e9rant sa production dans l\u2019\u00e9conomie symbolique de d\u00e9mocraties en panne d\u2019inspiration politique, ne sachant plus comment combattre leurs ennemis et s\u2019en remettant, faute de mieux, \u00e0 une fantasmatique du signe salvateur-r\u00e9dempteur.<br>\u2013 R\u00eaver \u00e9veill\u00e9 de ce r\u00eave pieux mais sans avenir concret possible o\u00f9 l\u2019on terrasse le fascisme, la guerre, la pr\u00e9carit\u00e9 sociale ou la mis\u00e8re en dressant \u00e7\u00e0 et l\u00e0, aussi iconiques qu\u2019ils sont vains, des monuments d\u2019artistes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9noncer, documenter<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019artiste \u00abpolitique\u00bb des ann\u00e9es 1990, le plus clair du temps, consid\u00e9rera avec perplexit\u00e9 cette embl\u00e9matique de figuration. Car les ficelles sont trop grosses, et les r\u00e9sultats nuls (le Monument de Clara Halter a du moins cette fonction sociale, \u00e0 pr\u00e9sent : il sert de pissoti\u00e8re improvis\u00e9e, la nuit, aux amants de la Tour Eiffel toute proche, et parfois de cachette aux amants tout court&#8230;). C\u2019est cette perplexit\u00e9 qui explique, contre la tentation d\u00e9clamatoire, un recentrage de l\u2019artiste sur les formules minor\u00e9es, moins emphatiques. Relevons d\u2019abord, dans la lign\u00e9e d\u2019un Hans Haacke, le recours \u00e0 un art de d\u00e9nonciation. Haacke, entre les ann\u00e9es 1980 et 1990, va multipliant les propositions esth\u00e9tiques o\u00f9 est offerte au spectateur une information de caract\u00e8re immoral sur la conduite en mati\u00e8re de droits de l\u2019Homme de tels ou tels soci\u00e9t\u00e9 ou acteur de la vie politique. Mercedes-Benz, Mobil, FN, Alcan, entre autres, seront ainsi d\u00e9masqu\u00e9s pour leurs liens avec le r\u00e9gime dirigeant l\u2019Afrique du sud, promoteur de l\u2019apartheid, et comme tels suspect\u00e9s de complicit\u00e9 avec le gouvernement raciste de Pr\u00e9toria. Continuit\u00e9, pr\u00e9sent\u00e9e en 1987 dans le hall d\u2019accueil de la Documenta 8, au rez-de-chauss\u00e9e du palais Federicianum de Kassel, adopte cette forme binaire : d\u2019une part, dans un cadre massif, la photographie grand format d\u2019obs\u00e8ques de militants anti-apartheid, barr\u00e9e d\u2019un trait noir faisant office de cr\u00e8pe de deuil et surmont\u00e9e de l\u2019\u00e9toile Mercedes tournant sur un socle; d\u2019autre part, inscrit comme un bilan d\u2019entreprise sur des pancartes plac\u00e9es de chaque c\u00f4t\u00e9 de cette image du malheur et de l\u2019oppression, le d\u00e9tail m\u00e9ticuleux des activit\u00e9s de la firme Daimler-Benz en Afrique du sud. Les \u0153uvres de Haacke, d\u2019une facture ind\u00e9cise, h\u00e9sitent entre l\u2019affichisme et le monumental, elles brocardent sans nuance tout en se positionnant de mani\u00e8re \u00e0 donner \u00e0 penser au spectateur. L\u2019artiste, toujours, s\u2019y contient \u00e0 des exemples concrets de malversation humaine sans vendre de concert un programme politique g\u00e9n\u00e9ral. Ce faisant, il \u00e9vite la pesanteur de l\u2019enr\u00f4lement et de l\u2019encartage, cette maladie infantile de l\u2019art politique (David et la Convention puis le parti imp\u00e9rial, Courbet et le mouvement r\u00e9publicain puis la Commune, Picasso et tant d\u2019autres le communisme, etc.).<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00e9volution est symptomatique. Elle ent\u00e9rine le d\u00e9clin du principe d\u2019adh\u00e9sion \u00e0 un parti, un d\u00e9clin qui s\u2019aboute pour l\u2019occasion \u00e0 cet autre d\u00e9clin concomitant, celui enregistr\u00e9 alors par les partis politiques eux-m\u00eames, et dont vont profiter, en pleine croissance, associations ou regroupements autonomes (coordinations de salari\u00e9s ou d\u2019\u00e9tudiants cr\u00e9\u00e9es \u00e0 l\u2019occasion de luttes ponctuelles, regroupements p\u00e9riph\u00e9riques, etc.). Pour qui veut s\u2019en rapprocher, l\u2019existence du parti suppose engagement ob\u00e9issant et investissement sans contestation, avec cette cons\u00e9quence pr\u00e9visible, s\u2019il s\u2019agit de l\u2019artiste encart\u00e9 : la politisation assujettie de son propos plastique. Refuser l\u2019affiliation, c\u2019est substituer au point de vue du militant aux ordres, otage de la ligne g\u00e9n\u00e9rale, celui de l\u2019observateur averti, lucide et critique. Qu\u2019il participe \u00e0 la vie politique, l\u2019artiste \u0153uvrant hors parti et selon la r\u00e8gle assum\u00e9e de la ligne particuli\u00e8re s\u2019y adonne quant \u00e0 lui \u00e0 sa mesure propre, comme individu responsable, en se tenant \u00e0 l\u2019\u00e9cart des dispositifs d\u2019appareil. Cette nouvelle donne, la confirme bient\u00f4t l\u2019expansion du documentaire d\u2019artiste, un mode cr\u00e9atif qui permet mieux qu\u2019aucun autre cette expression politique d\u00e9clin\u00e9e au nom de la ligne particuli\u00e8re, v\u00e9ritable vogue culminant entre les ann\u00e9es 1990 et 2000 et achevant de valider ce nouveau genre de l\u2019art contemporain, le \u00abdocument d\u2019exposition\u00bb (de m\u00eame qu\u2019on a pu parler de \u00abcin\u00e9ma d\u2019exposition\u00bb s\u2019agissant d\u2019\u0153uvres cin\u00e9matograhiques destin\u00e9es non \u00e0 la salle de cin\u00e9ma mais aux cimaises des centres d\u2019art). Utilisant massivement la photographie ou la vid\u00e9o, mall\u00e9able autant qu\u2019adapt\u00e9 au point de vue individuel, le documentaire d\u2019artiste est en effet le vecteur par excellence o\u00f9 mouler dans une forme la conviction politique du soi, sc\u00e9naris\u00e9e \u00e0 la mesure de l\u2019observateur lui-m\u00eame, sans dette ni loi plastique h\u00e9t\u00e9ronome. Son but le plus courant, sans surprise \u00e0 l\u2019heure advenue du monde rat\u00e9, c\u2019est de montrer les blessures, les failles du r\u00e9el tel qu\u2019on le vit au quotidien et non tel que les m\u00e9dias le travestissent, blessures et failles pr\u00e9sent\u00e9es par l\u2019artiste sans filtrage ni spectacularisation. Montrer d\u2019abord, avant d\u2019exploiter, avant de chercher \u00e0 expliquer ou proposer des solutions.<\/p>\n\n\n\n<p>Un Allan Sekula (mais alors avec beaucoup d\u2019autres : Ursula Biemann et Performing the Border, Florence Lazar et ses Femmes en noir, deux documentaires consacr\u00e9s respectivement aux maquiladoras et aux femmes dans la guerre en ex-Yougoslavie, ou encore Kendell Geers avec Suburbia, \u00e0 propos des dispositifs s\u00e9curitaires de l\u2019habitat \u00e0 Johannesburg, Chantal Akerman avec From the Other Side, sur le mur de s\u00e9paration \u00c9tats-Unis-Mexique et les migrants Chicanos clandestins, dans une longue <span style=\"white-space: nowrap;\">liste<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-7\" href=\"#footnote-7\"><sup>7<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-7\"><a href=\"#fn-ref-7\"> 7 <\/a> - Les Documenta 10 (1997) et 11 (2002) de Kassel, dont les commissaires respectifs sont Catherine David et Okwui Enwezor, offrent les meilleurs exemples de la p\u00e9riode en mati\u00e8re de ferveur pour le documentaire d\u2019exposition. Au point d\u2019affadir la port\u00e9e de ce dernier, dont l\u2019esth\u00e9tique, pour finir, ne diff\u00e8re le plus clair du temps en rien de celle du documentaire d\u2019actualit\u00e9 traditionnel.<\/span>) constituent un bon exemple de ce type de po\u00e9tique. Sekula, dans Fish Story, porte son attention au monde de la p\u00eache internationale, reflet de la mondialisation des affaires et du partage des t\u00e2ches. Et dans Dead Letter Office, \u00e0 la condition des travailleurs mexicains de la fronti\u00e8re \u00e9tasunienne, ces soutiers de l\u2019Empire. Soucieux de distanciation, Sekula n\u2019enjolive pas son propos. Rejetant la mani\u00e8re douteuse, voire obsc\u00e8ne, d\u2019un Salgado, chantre appoint\u00e9 de la mis\u00e8re du monde, il conjoint de surcro\u00eet \u00e0 la po\u00e9tique d\u2019enregistrement qui est sa signature un constant souci d\u2019informer le spectateur, par insertion de textes explicatifs ou de notices. Le documentaire d\u2019artiste, en substance, c\u2019est l\u2019\u0153uvre d\u2019art sans l\u2019offre du suppl\u00e9ment d\u2019\u00e2me, sans cette sublimit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral attendue par le spectateur. Une cr\u00e9ation refroidie, \u00e0 l\u2019image de la mani\u00e8re dont nous consid\u00e9rons le monde rat\u00e9 dans lequel nous vivons \u2013 non plus tant en enthousiastes qu\u2019en analystes dubitatifs sinon battus, en attente non de la r\u00e9volution enceinte du bonheur pour tous mais d\u2019un hypoth\u00e9tique et improbable th\u00e9rapeute.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Relativit\u00e9 et micropolitique<\/h2>\n\n\n\n<p>Une autre forme d\u2019activisme artistique politique consiste en l\u2019invite, par l\u2019artiste, \u00e0 participation. En 1988, \u00e0 New York, Krzysztof Wodiczko met au point avec les services municipaux et les principaux int\u00e9ress\u00e9s, les homeless, son V\u00e9hicule pour sans-abri. L\u2019artiste, dans ce cas, adopte le principe utilitaire, useful, dirait l\u2019artiste catalan Antoni Muntadas, celui-l\u00e0 m\u00eame qui cr\u00e9e en 1995 le File Room, un terminal \u00e9lectronique reli\u00e9 \u00e0 Internet o\u00f9 tout un chacun peut venir enregistrer un cas de censure dont il aurait eu vent ou qu\u2019il a subi. Jo\u00ebl Hubaut, au m\u00eame moment, cr\u00e9e ses CLOM-Trok, o\u00f9 le spectateur vient d\u00e9poser des objets d\u2019une couleur d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 l\u2019avance, tandis que prolif\u00e8re bient\u00f4t le troc-art (Matthieu Laurette, Jean Kerbrat, collectif Cambalache&#8230;) ou les comptoirs d\u2019artistes (Hybertmarch\u00e9 de Fabrice Hybert, Everything NT$ 20 de Surasi Kusolwong). Jose Orta, lui, met sur pied rencontres et ateliers de cr\u00e9ation autour de l\u2019id\u00e9e de vie sollicitant la participation de publics divers, dont des \u00e9coliers (Escuela 21). En termes politiques, cet art d\u2019essence d\u00e9mocratique raccourcissant la distance entre artiste et spectateur est l\u2019indice d\u2019une volont\u00e9 d\u2019agora (l\u2019art comme \u00eatre-ensemble, comme facteur transitif), outre celui d\u2019une d\u00e9-hi\u00e9rarchisation (mise \u00e0 niveau artiste-spectateur). On y d\u00e9c\u00e8le \u00e9galement l\u2019acceptation par l\u2019artiste de l\u2019action modeste, de faible impact, tournant le dos aux propositions de contenu universel.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce glissement vers la \u00abmicropolitique\u00bb est significatif. Il sugg\u00e8re la fin de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme de l\u2019art politique, plus le go\u00fbt de la relativit\u00e9. En l\u2019occurrence, l\u2019artiste adepte de l\u2019art micropolitique semble faire sienne cette appr\u00e9ciation du philosophe Jean-Paul Curnier, n\u00e9e du constat de la faillite des mod\u00e8les utopiques que portaient en leurs temps de gloire id\u00e9ologies socialiste (la fin de l\u2019Histoire constitu\u00e9e dans le cadre de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9galitaire, sans classe) comme lib\u00e9rale (la m\u00eame fin de l\u2019Histoire, mais acquise cette fois par l\u2019harmonie smithienne du don individuel librement d\u00e9velopp\u00e9, des \u00e9changes \u00e9quitables et de la souverainet\u00e9 d\u2019un Moi tol\u00e9rant, volontaire et d\u2019esprit positif) : \u00abLa culture d\u2019aujourd\u2019hui, note Curnier, reste fondamentalement la pens\u00e9e d\u2019un mod\u00e8le o\u00f9 l\u2019avenir n\u2019a pas eu lieu et auquel il ne reste de consolation que celle de se persuader qu\u2019il ne pouvait pas avoir lieu.\u00bb Agir ici et maintenant, sans se soucier du futur, voil\u00e0 du coup de quoi accepter le pr\u00e9sent pour ce qu\u2019il est, \u00e0 savoir le pr\u00e9sent et rien d\u2019autre. Agir comme on l\u2019entend, de m\u00eame, sans chercher l\u2019accord g\u00e9n\u00e9ral sur le produit artistique, voil\u00e0 aussi qui pr\u00e9munit opportun\u00e9ment contre la tentation des qu\u00eates engageant l\u2019humanit\u00e9 tout enti\u00e8re, pulsions trop ambitieuses de l\u2019esprit moderne n\u00e9es de son d\u00e9lire de soumission de l\u2019Histoire. L\u2019universel se consumant de surcro\u00eet dans le global et le global dans l\u2019homog\u00e9n\u00e9isation, la seule forme d\u2019expression apte \u00e0 d\u00e9noter dans ce paysage uniformis\u00e9 est forc\u00e9ment de nature singuli\u00e8re. L\u2019\u00e9v\u00e9nement, dans un univers globalis\u00e9, c\u2019est la singularit\u00e9. Et par voie de cons\u00e9quence, de mani\u00e8re pr\u00e9visible, l\u2019excentricit\u00e9. Or l\u2019excentricit\u00e9, par d\u00e9finition, est minoritaire. G\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, elle devient la mode, un consensus sur le style de vie, autant dire la n\u00e9gation de la politique pens\u00e9e comme acte d\u2019affirmation. L\u2019art micropolitique, en l\u2019esp\u00e8ce, ne renonce pas sans raison \u00e0 universaliser son propos. Excentrique, on capte mieux l\u2019attention de ceux-l\u00e0 que n\u2019a pas encore absorb\u00e9s la machine \u00e0 uniformiser \u00e0 grande \u00e9chelle, le capital mondialis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La technoculture, ferment r\u00e9volutionnaire ?<\/h2>\n\n\n\n<p>Sans oublier, aujourd\u2019hui de la premi\u00e8re importance en termes d\u2019art \u00abpolitique\u00bb, cette tout autre position, celle de l\u2019acte d\u2019appropriation. Une position dont la culture du sample (\u00e9chantillon) et du mix, que propulsent au sommet les ann\u00e9es 1990, va constituer la g\u00e9n\u00e9ralisation historique. La \u00abtechnoculture\u00bb en \u00e9mane, celle des video-jockeys, des disc-jockeys et de leurs aficionados, une tribu \u00e0 ce jour plan\u00e9taire adepte de l\u2019emprunt des formes et du recyclage esth\u00e9tique usant sans mod\u00e9ration de l\u2019ordinateur et des m\u00e9dias \u00e9lectroniques \u2013 le triomphe du libre usage des signes et la cons\u00e9cration de cet individu politique plus libre et s\u00e9ditieux qu\u2019il n\u2019y para\u00eet, dont on aurait pu croire que la soci\u00e9t\u00e9 de consommation en ferait un abruti, l\u2019usager.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est sans doute, mentalement, d\u2019\u00eatre rest\u00e9s modernes \u00e0 l\u2019exc\u00e8s que l\u2019on ne sait penser la politique qu\u2019en termes d\u2019affrontement, de face \u00e0 face. Jonathan Monk placardant la mention \u00abAnnul\u00e9\u00bb sur chaque annonce publique d\u2019un spectacle (Cancelled Project, 1993); Santiago Sierra murant le pavillon espagnol des Giardini de Venise, lors de la derni\u00e8re biennale, n\u2019autorisant \u00e0 y entrer que les seuls d\u00e9tenteurs d\u2019un passeport espagnol, en une lourde m\u00e9taphore des entraves mises \u00e0 la libre circulation des hommes dans le monde contemporain (Muro cerrando un espacio, 2003), voil\u00e0 qui nous para\u00eetra imm\u00e9diatement \u00abpolitique\u00bb : dans un cas, un art d\u2019infraction port\u00e9 par l\u2019id\u00e9e de d\u00e9sob\u00e9issance ou de provocation; dans l\u2019autre cas, un art d\u2019esprit altermondialiste que porte en sous-main une revendication No Border. Attention toutefois, le plus r\u00e9volutionnaire n\u2019est pas toujours forc\u00e9ment o\u00f9 on l\u2019attend. Relisons, pour partie, le manifeste Negativland (1995), dont la revendication est celle de l\u2019emprunt int\u00e9gral et, partant, une nouvelle voie \u00abpolitique\u00bb, celle du piratage, du hacking des signes, sur le mod\u00e8le d\u2019un tr\u00e8s peu solidaire mais en revanche fort r\u00e9mun\u00e9rateur \u00abJe prends aux riches et \u00e0 tout le monde\u00bb : \u00abLa libre appropriation est in\u00e9vitable, soutient Negativland, d\u00e8s l\u2019instant o\u00f9 une population bombard\u00e9e de m\u00e9dias \u00e9lectroniques rencontre des machines qui l\u2019encouragent \u00e0 les capturer[&#8230;] Artistes, notre travail consiste, entre autres, \u00e0 prendre, d\u00e9placer et r\u00e9utiliser des morceaux d\u2019\u00e9l\u00e9ments d\u2019informations disponibles publiquement et qui influencent le public, parce que ces m\u00e9dias envahissent notre environnement et qu\u2019ils affectent notre conscience[&#8230;] Le besoin de faire quelque chose \u00e0 partir d\u2019autres choses est un \u00e9lan artistiquement valable, socialement sain et tout \u00e0 fait traditionnel \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Recyclant les th\u00e9ories de Proudhon (poss\u00e9der les biens pour soi, c\u2019est en interdire l\u2019usage \u00e0 autrui, le voler : \u00abla propri\u00e9t\u00e9, c\u2019est le vol\u00bb), le principe d\u2019appropriationnisme int\u00e9gral que pr\u00f4ne Negativland n\u2019est pas sans effet politique pour peu qu\u2019il sache r\u00e9sister aux menaces en tous genres des \u00abpropri\u00e9taires\u00bb de toutes sortes flou\u00e9s ou appel\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00eatre. Aujourd\u2019hui tant et plus g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es, culture du copyleft et pratique du piratage syst\u00e9matique (sons et images, gr\u00e2ce au scanner, au graveur et \u00e0 Internet) jettent en tendance les bases d\u2019une r\u00e9volution permanente de l\u2019usage. Devenue continue et non plus marqu\u00e9e par le soubresaut de la col\u00e8re ou de la revendication urgente, cette r\u00e9volution d\u2019un nouveau genre voit l\u2019artiste se servir \u00e0 l\u2019envi et selon ses besoins de tout ce que le monde rec\u00e8le de signes. O\u00f9 pressentir que l\u2019art politique de l\u2019avenir, si s\u2019imposait \u00e0 terme l\u2019appropriationnisme int\u00e9gral, sera moins que jamais celui de h\u00e9ros ma\u00eetres d\u2019un point de vue sup\u00e9rieur, et s\u2019exprimant pour la fratrie humaine r\u00e9unie, que celui d\u2019artistes d\u2019un genre nouveau, pas propri\u00e9taires des signes o\u00f9 s\u2019\u00e9crit le monde mais occup\u00e9s pourtant d\u2019en jouir \u00e0 leur guise et selon leur humeur du moment, en locataires ne payant pas le loyer. Avec, \u00e0 la cl\u00e9, cette tout autre mani\u00e8re de faire de la \u00abpolitique\u00bb : non pas tenir l\u2019agora ou y chercher des fr\u00e9quentations mais bricoler dans son coin avec le premier signe qui passe, en indiff\u00e9rent de la chose publique.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019art politique comme jouissance onanique, individualis\u00e9e et sans souci du monde comme p\u00e9rim\u00e8tre collectif ? Curieuse voire aberrante perspective, pour le moins.<\/p>\n<div style='display: none;'>Paul Ardenne<\/div><div style='display: none;'>Paul Ardenne<\/div><div style='display: none;'>Paul Ardenne<\/div><div style='display: none;'>Paul Ardenne<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[4658],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[3656],"artistes":[],"thematiques":[],"type_post":[],"class_list":["post-179220","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archive","category-post","numeros-51-20-ans-dengagement-en","statuts-archive","auteurs-paul-ardenne-en"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179220","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=179220"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179220\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":256331,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179220\/revisions\/256331"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=179220"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=179220"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=179220"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=179220"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=179220"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=179220"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=179220"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=179220"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=179220"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=179220"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=179220"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}