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{"id":179229,"date":"2004-05-01T19:50:00","date_gmt":"2004-05-02T00:50:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/figures-de-lengagement-esthetique-de-la-resistance\/"},"modified":"2022-11-07T15:34:27","modified_gmt":"2022-11-07T20:34:27","slug":"figures-de-lengagement-esthetique-de-la-resistance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/figures-de-lengagement-esthetique-de-la-resistance\/","title":{"rendered":"<strong>Figures de l\u2019engagement, esth\u00e9tique de la r\u00e9sistance<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abAinsi, ceux qui sont experts dans l\u2019art de la guerre soumettent l\u2019arm\u00e9e ennemie sans combat. Ils prennent les villes sans donner <span style=\"white-space: nowrap;\">l\u2019assaut<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Sun Tzu, L\u2019art de la guerre, Paris, Champs Flammarion, 1972, chapitre III, \u00a710.<\/span>.\u00bb Que peut l\u2019art face au r\u00e9el ? Est-il vou\u00e9 \u00e0 n\u2019\u00eatre que son incessante r\u00e9it\u00e9ration, sous forme de repr\u00e9sentation, quelle soit figurative ou non ? Est-il tout entier d\u00e9volu au plaisir subjectif de l\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique, ou peut-il \u0153uvrer \u00e0 une \u00e9mancipation du spectateur, \u00e0 une transformation de sa subjectivit\u00e9, \u00e0 m\u00eame d\u2019ouvrir sur une praxis sociale ? Interrogations qui posent tout \u00e0 la fois la question d\u2019une fonction critique de l\u2019art, et la question de son efficacit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette derni\u00e8re question, qui a travers\u00e9 toute la modernit\u00e9, aura trouv\u00e9 en son sein, un certain nombre de r\u00e9ponses dont on conna\u00eet aujourd\u2019hui les limites et les d\u00e9rives. La figure aristocratique, teint\u00e9e d\u2019autoritarisme, de l\u2019engagement des avant-gardes, sa logique d\u2019affrontement, son assurance port\u00e9e par le sens de l\u2019histoire, ses croyances na\u00efves aussi, dont celle fondamentale d\u2019une traductibilit\u00e9 imm\u00e9diate entre exp\u00e9rience esth\u00e9tique et action politique, ont largement hypoth\u00e9qu\u00e9 \u2013 discr\u00e9dit\u00e9 \u2013 l\u2019id\u00e9e m\u00eame d\u2019un art politique ou dit \u00abengag\u00e9\u00bb, qui peine du coup \u00e0 renouveler ses formes d\u2019interventions et d\u2019actions.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour autant, la recherche et l\u2019exp\u00e9rimentation de nouvelles modalit\u00e9s de r\u00e9ponses, notamment au travers des pratiques dites \u00abd\u2019interventions\u00bb dans l\u2019espace public, en prise directe sur le r\u00e9el, ne doivent pas nous faire oublier les termes de la discussion, lesquels demeurent depuis Flaubert ou Benjamin. Le premier, \u00e9crivant par haine du r\u00e9alisme et contre ses \u00abp\u00e2les imitations\u00bb, obs\u00e9d\u00e9 par la capture esth\u00e9tique du r\u00e9el \u2013 non plus le d\u00e9crire, mais l\u2019\u00e9crire \u2013, le second se demandant comment \u00ab&nbsp;maintenir l\u2019exigence esth\u00e9tique dans un contexte strat\u00e9gique : comment d\u00e9finir une \u0153uvre d\u2019art digne de ce nom, d\u00e8s lors que le principal crit\u00e8re de la cr\u00e9ation est l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019action sur le <span style=\"white-space: nowrap;\">r\u00e9cepteur<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Rainer Rochlitz, Le d\u00e9senchantement de l\u2019art : la philosophie de Walter Benjamin, Paris, Gallimard (NRF), p.142.<\/span> ?\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Car s\u2019il s\u2019agit de pratiquer un art politique, un \u00abart engag\u00e9\u00bb, la tension et la difficult\u00e9 restent les m\u00eames, que l\u2019on se situe dans le champ strict de la repr\u00e9sentation ou dans celui, apparemment plus ouvert et f\u00e9cond, de l\u2019intervention, \u00e0 savoir une recherche d\u2019efficacit\u00e9 \u2013 qui stipule une \u00absortie\u00bb hors du champ de l\u2019art \u2013 qui n\u2019ampute pas l\u2019\u0153uvre de ses qualit\u00e9s esth\u00e9tiques \u2013 qui la maintienne donc dans son champ \u2013, au risque de la faire basculer dans la forme pauvre, car non-artistique, du t\u00e9moignage, du document, d\u2019une esth\u00e9tique r\u00e9aliste, valant comme reflet, simple consignation du r\u00e9el, ne d\u00e9passant pas le stade de l\u2019information.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9crire n\u2019est pas lutter, repr\u00e9senter n\u2019est pas capturer, d\u00e9noncer n\u2019est pas r\u00e9sister, apostropher n\u2019est pas interagir.<\/p>\n\n\n\n<p>Renouer avec un art \u00abpolitique\u00bb, faire un art en prise avec le monde social et politique, habiter un r\u00e9el chaotique, contradictoire et tenter par son intervention-situation d\u2019en modifier la trajectoire appellent donc une sortie, d\u00e9finitive, de sa repr\u00e9sentation, et paradoxalement la fin d\u2019un combat : cesser de l\u2019affronter, pour, en son c\u0153ur, lui r\u00e9sister.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Sortir du face-\u00e0-face\u2026<\/h2>\n\n\n\n<p>La posture moderne de l\u2019engagement est solidaire d\u2019une logique, moderne elle aussi, de l\u2019affrontement : positions <span style=\"white-space: nowrap;\">d\u2019ext\u00e9riorit\u00e9<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - Le propre de la logique d\u2019affrontement est de se donner une identit\u00e9 et un sens dans un \u00ab\u00eatre contre\u00bb, qui implique que l\u2019on laisse l\u2019ennemi vous d\u00e9finir et vous l\u00e9gitimer. Mouvement de pure ext\u00e9riorit\u00e9 qui puise sa raison d\u2019\u00eatre non dans sa propre construction, mais dans celle pr\u00e9cis\u00e9ment que l\u2019on voudrait combattre. Cf. sur cette question, Fran\u00e7oise Aubenas et Miguel Benasayag, R\u00e9sister, c\u2019est cr\u00e9er, La d\u00e9couverte, Paris, 2002.<\/span>, teint\u00e9es d\u2019assurance et de certitude envisageant la lutte comme un face-\u00e0-face \u2013 s\u2019engager tout comme affronter consiste \u00e0 \u00abfaire face\u00bb \u00e0 ses responsabilit\u00e9s, \u00abfaire front\u00bb \u00e0 l\u2019ennemi; elles pr\u00e9sument toutes deux une autonomie du champ d\u2019action, susceptible d\u2019interf\u00e9rer ou d\u2019empi\u00e9ter sur celui de l\u2019adversaire. Dans son versant artistique, l\u2019engagement pr\u00e9suppose que l\u2019on s\u2019est d\u00e9j\u00e0 de fait \u00e9mancip\u00e9 du champ que, pr\u00e9cis\u00e9ment par son engagement, l\u2019on souhaite <span style=\"white-space: nowrap;\">r\u00e9investir<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Ainsi que la fait remarquer pertinemment Olivier Asselin : \u00abSi la question de l\u2019engagement se pose surtout dans les milieux intellectuels et d\u2019une mani\u00e8re si tranch\u00e9e, c\u2019est bien parce que ces milieux sont plut\u00f4t d\u00e9tach\u00e9s de la vie sociale et politique. Comme l\u2019a montr\u00e9 Bourdieu (et d\u2019autres comme Greenberg et Burger), la modernit\u00e9 se caract\u00e9rise sans doute par un processus de diff\u00e9renciation et de sp\u00e9cialisation progressive des pratiques, et particuli\u00e8rement des pratiques dites intellectuelles, en des champs relativement autonomes avec des fins et des r\u00e8gles [\u2026] souvent d\u00e9finis par opposition \u00e0 d\u2019autres champs, aux champs politique et \u00e9conomique surtout.\u00bb Olivier Asselin, \u00abl\u2019engagement ou le d\u00e9tachement : postures de l\u2019intellectuel\u00bb, L\u2019art inquiet\/Motifs d\u2019engagement, Montr\u00e9al, Galerie de l\u2019UQAM, 1998, p. 113.<\/span>. Dans son versant politique, l\u2019affrontement reste tributaire de l\u2019existence possible d\u2019un contre-pouvoir \u00e0 m\u00eame de s\u2019opposer \u00e0 celui combattu.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019affrontement corr\u00e9l\u00e9 \u00e0 la posture de l\u2019engagement repose sur une m\u00eame logique, fonci\u00e8rement militaire et non politique, \u00e0 l\u2019image m\u00eame du paradigme de l\u2019avant-garde : celle d\u2019un combat fait de batailles rang\u00e9es, s\u00fbr de sa cause face \u00e0 un ennemi qu\u2019il s\u2019agit moins de d\u00e9busquer que de d\u00e9fier mim\u00e9tiquement \u2013 par reprise et r\u00e9it\u00e9ration \u2013 depuis son propre champ d\u2019action. C\u2019est l\u00e0 une des raisons pour lesquelles, au final, les avant-gardes, m\u00eame les plus radicales, n\u2019ont pas tant influ\u00e9 sur la vie sociale elle-m\u00eame mais plut\u00f4t \u0153uvr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9largissement de la pratique artistique.<\/p>\n\n\n\n<p>Outre ses pr\u00e9suppos\u00e9s contestables et des formes <span style=\"white-space: nowrap;\">tendancieuses<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - Le mim\u00e9tisme, en mati\u00e8re politique, revient \u00e0 \u00abterroriser les terroristes\u00bb selon l\u2019expression d\u00e9sormais c\u00e9l\u00e8bre d\u2019un Charles Pasqua, et selon toute vraisemblance entendue par un Georges Bush. \u00abQuand on utilise pour combattre les m\u00eames m\u00e9thodes que celui qu\u2019on combat, quelle diff\u00e9rence y a-t-il entre les uns et les autres ?;\u00bb Aubenas, Benasayag, op. cit., p. 55.<\/span>, cette logique \u0153uvre sur fond de d\u00e9testation de celui que l\u2019on combat, ce qui, en mati\u00e8re de repr\u00e9sentation esth\u00e9tique, n\u2019est pas sans soulever des ambigu\u00eft\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme le fait observer Jean Louis Comolli (remarqu\u00e9 pour ses films documentaires sur le Front National) par d\u00e9finition, l\u2019ennemi est ce \u00abcorps non aim\u00e9\u00bb avec lequel il faut bien \u00abse mettre d\u2019accord et nouer [\u2026] une relation comme avec n\u2019importe quelle autre personne <span style=\"white-space: nowrap;\">film\u00e9e<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-6\" href=\"#footnote-6\"><sup>6<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-6\"><a href=\"#fn-ref-6\"> 6 <\/a> - Jean Louis Comolli, \u00abComment filmer l\u2019ennemi\u00bb, Trafic, n\u00b024, hiver 1997.<\/span> \u00bb. Car \u00abamis ou ennemis, les personnages d\u2019un film partagent la sc\u00e8ne [&#8230;] une sorte de communaut\u00e9 cin\u00e9matographique les r\u00e9unit\u00bb. Comment conduire cette relation ? Voil\u00e0 qui engage le cin\u00e9aste et fa\u00e7onne le film. Et de fait, la posture de la d\u00e9nonciation, fond\u00e9e sur le rejet, un \u00eatre contre, conduit \u00e0 des \u00e9quivoques. Simple reflet, elle reste ind\u00e9cise et sans effet. Les photos d\u2019Andr\u00e9as Gursky sont-elles des d\u00e9nonciations de l\u2019univers capitaliste ou un hymne \u00e0 sa gloire ? Ou encore, les recyclages de la culture commerciale de Thomas Hirschhorn : quelle que soit la port\u00e9e qu\u2019on leur accorde, ils n\u2019en continuent pas moins l\u2019\u00e9conomie.<\/p>\n\n\n\n<p>Outr\u00e9e, elle am\u00e8ne le spectateur \u00e0 jouir d\u2019une horreur spectaculaire. \u00abPar exemple, quand le mod\u00e8le est expos\u00e9 comme une \u0153uvre d\u2019art alors qu\u2019il s\u2019agit de photographies de guerre. Je ne me sens pas questionn\u00e9e ou touch\u00e9e mais prise en otage [\u2026]. Ces photographies de guerre doivent \u00eatre montr\u00e9es, mais il me semble qu\u2019elles produisent plut\u00f4t de l\u2019indiff\u00e9rence que de la m\u00e9moire. [&#8230;] Rien \u00e0 voir avec l\u2019art qui se confronte avec la mort.\u00bb, constate l\u2019artiste Sylvie Blocher dont l\u2019essence m\u00eame du travail consiste \u00e0 remettre en cause cette relation \u00e9quivoque au mod\u00e8le, raison pour laquelle toute repr\u00e9sentation \u00abpolitique\u00bb du r\u00e9el est in fine ambigu\u00eb et sans efficacit\u00e9 politique.<\/p>\n\n\n\n<p>La posture f\u00e9tiche de l\u2019artiste \u2013 ou de l\u2019intellectuel \u2013 moderne engag\u00e9 reste au fond prisonni\u00e8re du <span style=\"white-space: nowrap;\">pr\u00e9suppos\u00e9<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-7\" href=\"#footnote-7\"><sup>7<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-7\"><a href=\"#fn-ref-7\"> 7 <\/a> - \u00abCe ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9finit la notion d\u2019avant-garde artistique. Sa teneur id\u00e9ologique essentielle est le lien transitif qu\u2019elle \u00e9tablit entre esth\u00e9tique et \u00e9thique. Selon les cas, la lib\u00e9ration ou la r\u00e9volution esth\u00e9tique annonce, pr\u00e9pare, d\u00e9clenche ou accompagne la lib\u00e9ration ou la r\u00e9volution \u00e9thique, \u00e0 moins qu\u2019elle n\u2019en d\u00e9coule. L\u2019implication est transitive, du genre : si libert\u00e9 esth\u00e9tique, alors libert\u00e9 morale.\u00bb Thierry de Duve, \u00abfonction critique de l\u2019art, examen d\u2019une question\u00bb, L\u2019art sans compas, Paris, \u00c9ditions du Cerf, 1992, p. 13.<\/span> qui la fonde : celui d\u2019une transitivit\u00e9 sociale de l\u2019art, d\u2019une traductibilit\u00e9 entre exp\u00e9riences esth\u00e9tiques qui autoriserait la conduite d\u2019un combat politique depuis le champ de l\u2019art. Pour sortir de cet \u00e9cueil, il faut pr\u00e9cis\u00e9ment rompre avec cette position d\u2019ext\u00e9riorit\u00e9 \u2013 d\u2019essence aristocratique \u2013 et introduire un champ d\u2019autonomie esth\u00e9tique au c\u0153ur m\u00eame de l\u2019espace social : non plus un face-\u00e0-face, mais un corps-\u00e0-corps.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u2026 S\u2019abandonner au corps-\u00e0-corps<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00abOn ne filme pas sans amour\u00bb, conclut Jean Louis Comolli, attitude revendiqu\u00e9e par les artistes pr\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la figure d\u2019un engagement contestataire, celle d\u2019une implication. Car tout combat avec le r\u00e9el suppose une adh\u00e9sion premi\u00e8re. Que celle-ci prenne la forme d\u2019un amour de ce que l\u2019on combat chez Jean Kerbrat, d\u2019une adh\u00e9sion \u00e0 la communaut\u00e9 pour Matthieu Laurette ou d\u2019un rapport affectif de l\u2019art au monde pour l\u2019artiste Sylvie Blocher, il s\u2019agit de s\u2019impliquer, c\u2019est-\u00e0-dire litt\u00e9ralement de se plier dans, s\u2019envelopper, se lover; une immersion physique dans le r\u00e9el, \u00e0 corps perdu et, \u00e0 l\u2019occasion, <span style=\"white-space: nowrap;\">dangereuse<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-8\" href=\"#footnote-8\"><sup>8<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-8\"><a href=\"#fn-ref-8\"> 8 <\/a> - Pour Living Pictures\/Why Barbie is blond, Sylvie Blocher s\u2019installe huit jours au pied d\u2019un immeuble HLM \u00e0 Dusseldorf. Pour Living-Pictures\/Them(selves), elle tourne avec des chauffeurs de taxi ill\u00e9gaux de Toronto qu\u2019elle rencontre la nuit.<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019inverse de l\u2019engagement, le terme implication est d\u00e9pourvu de toute connotation morale et d\u2019id\u00e9al noble : il n\u2019a ni prestige, ni capital symbolique, ni aura. Il peut m\u00eame, \u00e0 l\u2019occasion, avoir une valeur suspecte : impliquer, c\u2019est aussi se compromettre, m\u00ealer, d\u00e9pr\u00e9ciation qui tient pr\u00e9cis\u00e9ment de son apparentement au r\u00e9el. De m\u00eame, il ne pr\u00e9suppose ni comp\u00e9tence sp\u00e9cifique, ni position d\u2019exception : quand l\u2019engagement se fonde sur une pr\u00e9tention qui le justifie comme tel \u2013 on ne s\u2019engage que sur la foi en un savoir susceptible de voler au secours de ceux qui en sont d\u00e9munis, ce en quoi la figure de l\u2019engagement est toujours peu ou prou autoritaire et auto-proclam\u00e9e \u2013, l\u2019implication se nourrit de la rencontre de l\u2019autre, et s\u2019ouvre sur le d\u00e9cloisonnement, la d\u00e9sp\u00e9cialisation de sa propre pratique. Sans privil\u00e8ges, ni pr\u00e9rogatives, l\u2019implication consiste \u00e0 s\u2019immerger dans le r\u00e9el et \u00e0 s\u2019y amarrer\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Un tel changement de paradigme inaugure un tout autre modus operandi tant sur le plan esth\u00e9tique que politique, et une sortie &#8211; d\u00e9finitive ? &#8211; hors de la repr\u00e9sentation : coller au r\u00e9el, pour non pas le redoubler, mais le doubler.<\/p>\n\n\n\n<p>Une telle attitude, empruntant \u00e0 l\u2019occasion les formes du mim\u00e9tisme, rel\u00e8ve cette fois de la feinte et non de la <span style=\"white-space: nowrap;\">r\u00e9instanciation<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-9\" href=\"#footnote-9\"><sup>9<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-9\"><a href=\"#fn-ref-9\"> 9 <\/a> - Il est en effet important de distinguer deux formes de mim\u00e9tismes : celle, fonctionnelle, qui consiste \u00e0 produire, conform\u00e9ment au sens grec, une copie du r\u00e9el \u2013 une r\u00e9instanciation \u2013 de celle, intentionnelle, qui consiste \u00e0 le mimer, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 emprunter \u2013 reprendre et d\u00e9tourner \u2013 ses apparences \u00e0 fin de le duper.<\/span> et appelle n\u00e9cessairement des strat\u00e9gies formelles, celles dont l\u2019art d\u2019ob\u00e9dience politique croit pouvoir faire l\u2019\u00e9conomie \u2013, le souci de s\u2019\u00e9loigner de toute suspicion de formalisme l\u2019emportant sur la construction formelle, pourtant seule \u00e0 m\u00eame d\u2019\u00e9chapper \u00e0 un art reflet. Ce mouvement immanent transforme la lutte en r\u00e9sistance, laquelle pr\u00e9cis\u00e9ment \u00abconsiste \u00e0 modifier insensiblement sa position, \u00e0 inventer de nouvelles r\u00e8gles du jeu alors m\u00eame qu\u2019elle occupe la place sur l\u2019\u00e9chiquier et joue le jeu de son adversaire. [\u2026] Invention qui demande de la strat\u00e9gie : un art de l\u2019emprunt, du mime et des <span style=\"white-space: nowrap;\">doublures<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-10\" href=\"#footnote-10\"><sup>10<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-10\"><a href=\"#fn-ref-10\"> 10 <\/a> - Voir sur ce point Jean Marie Schaeffer, Pourquoi la fiction ?, Paris, Seuil, 1999.<\/span>.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9sister, c\u2019est \u00e9pouser les postures de l\u2019ennemi pour mieux les renverser, les d\u00e9s\u00e9quilibrer. C\u2019est pourquoi toute action de r\u00e9sistance doit se faire du point de vue de l\u2019ennemi : \u00abnon pas qu\u2019il faille entrer dans le jeu de l\u2019ennemi, se placer sur son territoire et ob\u00e9ir \u00e0 ses r\u00e8gles, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019inverse : il s\u2019agit de lui coller au dos et de hanter son esprit pour, le mimant et le doublant, avoir une chance de se soustraire \u00e0 son <span style=\"white-space: nowrap;\">emprise<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-11\" href=\"#footnote-11\"><sup>11<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-11\"><a href=\"#fn-ref-11\"> 11 <\/a> - Fran\u00e7oise Proust, De la r\u00e9sistance, Paris, Le Cerf, 1997, p. 12.<\/span>.\u00bb Une strat\u00e9gie que rend possible l\u2019implication.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Doubler, mimer, r\u00e9sister\u2026<\/h2>\n\n\n\n<p>Seule une capture oblique, d\u00e9cal\u00e9e, du r\u00e9el peut s\u2019av\u00e9rer \u00e0 m\u00eame d\u2019enclencher un mouvement de r\u00e9sistance, \u00e0 l\u2019instar d\u2019un travail comme celui de Matthieu Laurette, recourant \u00e0 un \u00abmim\u00e9tisme interne au milieu <span style=\"white-space: nowrap;\">investi<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-12\" href=\"#footnote-12\"><sup>12<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-12\"><a href=\"#fn-ref-12\"> 12 <\/a> - Fran\u00e7oise Proust, op. cit., p. 161.<\/span>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La s\u00e9rie des interventions autour des produits rembours\u00e9s est de ce point de vue paradigmatique, pr\u00e9f\u00e9rant initier un mode actif de la consommation, potentiellement subversif, plut\u00f4t que de fustiger de fa\u00e7on convenue un consum\u00e9risme atone. Le Citizenship Project proc\u00e8de du m\u00eame principe : \u00e0 la critique de la nationalit\u00e9 comme marchandise, Laurette substitue l\u2019acquisition en acte de ces nationalit\u00e9s, potentiellement monnayables, mettant ainsi \u00e0 nu les m\u00e9canismes qui en permettent l\u2019octroi.<\/p>\n\n\n\n<p>Mettre \u00e0 nu les m\u00e9canismes, faire voir ce qui n\u2019est pas imm\u00e9diatement perceptible\u2026 L\u00e0 achoppent bien souvent les repr\u00e9sentations du r\u00e9el qui se veulent \u00abengag\u00e9es\u00bb : si reproduire le r\u00e9el n\u2019est pas s\u2019en emparer, s\u2019en emparer physiquement n\u2019est pas encore le capturer, ni lui r\u00e9sister.<\/p>\n\n\n\n<p>Encore faut-il d\u00e9couvrir ce r\u00e9el en lui arrachant son image \u2013 et non en la refl\u00e9tant \u2013, cette vision globale et bien organis\u00e9e de l\u2019ensemble de la r\u00e9alit\u00e9 que nous en avons spontan\u00e9ment, d\u00e9voilement qui passe par la production d\u2019un autre r\u00e9el, par la cr\u00e9ation d\u2019une situation, d\u2019une fiction. La r\u00e9sistance est cr\u00e9ation : r\u00e9sister, c\u2019est produire de nouveaux agencements.<\/p>\n\n\n\n<p>Cr\u00e9er des fictions permet ainsi d\u2019introduire une distance, de rompre avec une certaine proximit\u00e9, souligne Jean Kerbrat : \u00abpour qu\u2019il y ait une efficacit\u00e9 politique, pour que cela soit un acte de r\u00e9sistance, il faut regarder Le R\u00e9el et non pas la r\u00e9alit\u00e9 : c\u2019est d\u00e9j\u00e0 un r\u00e9el transform\u00e9, une autre image du r\u00e9el. Il y a l\u00e0, selon l\u2019expression de Peter Weiss, une esth\u00e9tique de la r\u00e9sistance. C\u2019est ce travail \u00e0 partir du r\u00e9el qui fabrique un \u00e9l\u00e9ment de r\u00e9sistance, qui est du coup en soi une <span style=\"white-space: nowrap;\">esth\u00e9tique<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-13\" href=\"#footnote-13\"><sup>13<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-13\"><a href=\"#fn-ref-13\"> 13 <\/a> - \u00abJe ne m\u2019int\u00e9resse pas au mim\u00e9tisme. [\u2026] Avec la t\u00e9l\u00e9vision comme avec l\u2019\u00e9conomie, j\u2019ai recours \u00e0 une forme de mim\u00e9tisme interne au domaine investi, pas simplement symbolique ou parodique\u00bb, entretien avec l\u2019artiste, publi\u00e9 dans Parpaings, no 26, octobre 2001.<\/span>.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9sister, c\u2019est produire des situations, visions d\u00e9cal\u00e9es du r\u00e9el \u00e0 m\u00eame d\u2019en restituer la totalit\u00e9, de lui redonner son intelligibilit\u00e9 et d\u2019ouvrir sur une exp\u00e9rience esth\u00e9tique critique, ce que la saisie d\u2019un r\u00e9el non transform\u00e9 \u2013 pris comme mod\u00e8le \u2013, son pur reflet, ne produit pas \u2013 l\u2019image saisie n\u2019est qu\u2019une repr\u00e9sentation globale \u2013, ayant pour seul effet de p\u00e9trifier le spectateur ou pire de le laisser indiff\u00e9rent.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la fiction peut permettre une remise en jeu du combat avec le r\u00e9el. Invoquant Calvino et sa r\u00e9interpr\u00e9tation du mythe de la Gorgone et de <span style=\"white-space: nowrap;\">Pers\u00e9e<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-14\" href=\"#footnote-14\"><sup>14<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-14\"><a href=\"#fn-ref-14\"> 14 <\/a> - Pers\u00e9e ne tue pas, contrairement \u00e0 la l\u00e9gende, la Gorgone en l\u2019effrayant par son reflet, mais au travers du bosselage de son bouclier&#8230;<\/span>, Kerbrat capture le r\u00e9el au travers de fictions valant comme \u00abmanipulation esth\u00e9tique du r\u00e9el\u00bb. Se plongeant dans l\u2019univers du football, de ses violences et de ses int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques, l\u2019artiste choisit de rejouer \u00e0 Calais la Coupe de France, perdue \u00abselon les r\u00e8gles du baby-foot\u00bb dans l\u2019espace de la galerie, jouant de fa\u00e7on \u00e9quivoque \u2013 conform\u00e9ment \u00e0 la logique du mime et de la doublure \u2013 sur le r\u00e9el et le fictionnel : de faux gradins, une fausse pelouse, mais une vraie buvette, de vraies \u00e9quipes et supporters.<\/p>\n\n\n\n<p>De telles \u0153uvres, qu\u2019il qualifie lui-m\u00eame d\u2019avatars \u2013 figurant parfaitement l\u2019id\u00e9e de m\u00e9tamorphose \u2013, op\u00e8rent selon les prescriptions de Peter Weiss, cette transformation \u00abd\u2019une mati\u00e8re v\u00e9cue r\u00e9elle\u00bb, \u00e0 m\u00eame de lui conf\u00e9rer \u00ables fonctions d\u2019un moyen artistique\u00bb. Elles acqui\u00e8rent ainsi \u00abune pleine validit\u00e9 dans le d\u00e9bat critique que l\u2019on m\u00e8ne avec la <span style=\"white-space: nowrap;\">r\u00e9alit\u00e9<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-15\" href=\"#footnote-15\"><sup>15<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-15\"><a href=\"#fn-ref-15\"> 15 <\/a> - Peter Weiss, \u00abNotes sur le th\u00e9\u00e2tre documentaire\u00bb, 7e th\u00e8se, publi\u00e9 dans Discours sur [\u2026] la guerre du Vietnam, Paris, Seuil, 1968.<\/span>.\u00bb Impliquant \u00e0 leur tour le spectateur \u2013 contrairement encore \u00e0 la posture de l\u2019engagement qui ne stipule aucune r\u00e9ciprocit\u00e9 \u2013, protagoniste d\u2019une \u0153uvre \u00e0 jouer, celui-ci fait ainsi physiquement l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une situation, d\u00e9cal\u00e9e, ouvrant sur une perception critique.<\/p>\n\n\n\n<p>Sont r\u00e9unies les donn\u00e9es qui permettent de mettre en \u0153uvre une esth\u00e9tique de la r\u00e9sistance, que Peter Weiss fait remonter \u00e0 Guernica, Le Radeau de la m\u00e9duse, ou encore La libert\u00e9 guidant le peuple, dont la force provient de l\u2019ench\u00e2ssement de deux niveaux de r\u00e9alit\u00e9, le v\u00e9cu authentiquement ressenti et l\u2019\u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n\n\n\n<p>La conscience de cette n\u00e9cessaire transformation esth\u00e9tique du r\u00e9el \u2013 qui vaut paradoxalement comme rempart \u00e0 sa falsification \u2013 le conduit, dans son th\u00e9\u00e2tre, \u00e0 r\u00e9unir des fragments th\u00e9\u00e2tralis\u00e9s de sorte que \u00ables morceaux d\u2019histoire n\u2019apparaissent pas sous la forme de natures mortes, mais soient trait\u00e9s, int\u00e9gr\u00e9s, et ainsi vivent au pr\u00e9sent\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi d\u2019une \u0153uvre comme Nuremberg 87 de Sylvie Blocher et G\u00e9rard Haller, ayant pour pr\u00e9occupation l\u2019extermination nazie, touchant par-l\u00e0 m\u00eame \u00e0 l\u2019irrepr\u00e9sentable : la cam\u00e9ra tourne lentement autour du stade de Nuremberg en un plan unique. Une voix s\u2019\u00e9l\u00e8ve, celle de l\u2019actrice allemande Angela Winkler, pronon\u00e7ant le pr\u00e9nom de disparus. L\u2019actrice, oubliant son m\u00e9tier, s\u2019abandonnant, d\u00e9tache chaque pr\u00e9nom dans \u00abune lenteur infinie, comme si la personne \u00e9tait apparue devant <span style=\"white-space: nowrap;\">elle<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-16\" href=\"#footnote-16\"><sup>16<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-16\"><a href=\"#fn-ref-16\"> 16 <\/a> - Sylvie Blocher, Living Pictures and other human voices, catalogue de l\u2019exposition, Casino Luxembourg\/Actes Sud, 2003.<\/span>\u00bb. Une autre r\u00e9alit\u00e9 se dessine, m\u00e9moire vivante faisant brutalement irruption, en dehors de toute posture moralisante ou comm\u00e9morative : le spectateur, confront\u00e9 \u00e0 la singularit\u00e9 irr\u00e9ductible de ces corps, est touch\u00e9 et non saisi ou horrifi\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u2019agencement dynamique de ces \u00abquelques fils tir\u00e9s du r\u00e9el\u00bb, de \u00abquelques signes seulement\u00bb, \u00abfouill\u00e9s productivement\u00bb et \u00abarrach\u00e9 au flux continu de la <span style=\"white-space: nowrap;\">vie<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-17\" href=\"#footnote-17\"><sup>17<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-17\"><a href=\"#fn-ref-17\"> 17 <\/a> - Peter Weiss, Notes sur le th\u00e9\u00e2tre documentaire, 1968<\/span>\u00bb, qui font surgir des bribes d\u2019un nouveau discours, d\u2019un nouveau regard port\u00e9 sur le r\u00e9el, et fabrique une esth\u00e9tique de la r\u00e9sistance : un \u00e9l\u00e9ment irr\u00e9ductible, une force invincible qui se dresse face au spectateur<\/p>\n\n\n\n<p>Quand Sylvie Blocher dans les Living Pictures re\u00e7oit des gens du monde entier dans son studio, les invitant \u00e0 se raconter, rien au premier abord dans cette proposition n\u2019indique qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019autre chose que \u00abde faire parler les gens\u00bb. Mais les contraintes du dispositif perturbent les r\u00e8gles de la communication et viennent enrayer la m\u00e9canique des corps : \u00abLorsque les gens arrivent, je ne leur dis pas \u00absoyez \u00e0 l\u2019aise la cam\u00e9ra va vous trouver\u00bb. Je place la cam\u00e9ra de fa\u00e7on frontale, juste en face d\u2019eux, et leur explique la puissance de cet instrument. Puis, je leur demande de mettre de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de cette cam\u00e9ra un visage auquel ils vont s\u2019adresser. Moi, je me tiens \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019eux, juste hors champ. Cette contrainte constante du dispositif fait du studio improvis\u00e9 un espace \u00abinhabitable\u00bb et \u00e0 vue. C\u2019est leur r\u00e9sistance au dispositif et leur adresse \u00e0 l\u2019Autre, au travers de mes questions, qui ouvrent parfois une <span style=\"white-space: nowrap;\">br\u00e8che<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-18\" href=\"#footnote-18\"><sup>18<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-18\"><a href=\"#fn-ref-18\"> 18 <\/a> - Sylvie Blocher, entretien avec l\u2019artiste, publi\u00e9 dans Parpaings, no 33, mai 2002.<\/span>.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Que peut l\u2019art face au r\u00e9el? Si \u00abl\u2019art n\u2019est jamais une arme au sens de l\u2019action politique <span style=\"white-space: nowrap;\">concr\u00e8te<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-19\" href=\"#footnote-19\"><sup>19<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-19\"><a href=\"#fn-ref-19\"> 19 <\/a> - Peter Weiss cit\u00e9 par JM Lachaud, \u00abPeter Weiss: th\u00e9\u00e2tre documentaire et esth\u00e9tique de la r\u00e9sistance\u00bb, in Art, culture et politique, 1999, actuel Marx, p.132<\/span> \u00bb, il peut mettre en \u0153uvre une \u00abresponsabilit\u00e9 esth\u00e9tique et \u00e9thique dans son rapport au monde.\u00bb, en se faisant avant tout \u00abpar r\u00e9sistance au liss\u00e9 <span style=\"white-space: nowrap;\">social<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-20\" href=\"#footnote-20\"><sup>20<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-20\"><a href=\"#fn-ref-20\"> 20 <\/a> - Sylvie Blocher, ibid.<\/span>\u00bb.<\/p>\n<div style='display: none;'>Aline Caillet<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[882],"tags":[],"numeros":[4658],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[4577],"artistes":[],"thematiques":[],"type_post":[319],"class_list":["post-179229","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-post","numeros-51-20-ans-dengagement-en","statuts-archive","auteurs-aline-caillet-en","type_post-principal"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179229","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=179229"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179229\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=179229"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=179229"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=179229"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=179229"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=179229"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=179229"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=179229"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=179229"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=179229"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=179229"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=179229"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}