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{"id":179289,"date":"2004-05-01T19:25:00","date_gmt":"2004-05-02T00:25:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/maitres-chez-nous\/"},"modified":"2022-11-08T11:13:41","modified_gmt":"2022-11-08T16:13:41","slug":"maitres-chez-nous","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/maitres-chez-nous\/","title":{"rendered":"<strong>Ma\u00eetres chez nous<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>Une petite colle pour commencer. Combien d\u2019\u0153uvres qu\u00e9b\u00e9coises, toutes disciplines et toutes \u00e9poques confondues, sont rassembl\u00e9es dans les collections des trois grands mus\u00e9es nationaux r\u00e9unis : le Mus\u00e9e des beaux-arts de Montr\u00e9al (MBAM),le Mus\u00e9e d\u2019art contemporain de Montr\u00e9al (MACM) et le Mus\u00e9e national des beaux-arts du Qu\u00e9bec (MNBAQ) ? Plus de 10 000, plus de 30 000 ou autour de 100 000 \u0153uvres ?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9valuation doit tenir compte du fait que le MBAM accumule des tr\u00e9sors depuis pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle et demi. L\u2019ancien Mus\u00e9e du Qu\u00e9bec, lui, a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 il y a plus de 70 ans, sur la base de collections d\u2019\u00c9tat pr\u00e9existantes. Le MACM f\u00eatera, quant \u00e0 lui, en juin, son 40e anniversaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, combien ? Au dernier recensement officiel, dat\u00e9 du d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e, la collection permanente du Mus\u00e9e d\u2019art contemporain comptait environ 6 400 \u0153uvres de quelque 1 500 artistes, dont 80 % sont vivants. Les deux tiers proviennent du Qu\u00e9bec, un tiers du reste du Canada ou de l\u2019\u00e9tranger plus ou moins lointain. Le MACM se concentre exclusivement sur l\u2019art cr\u00e9\u00e9 apr\u00e8s 1945. \u00ab Pour ce qui est de l\u2019art qu\u00e9b\u00e9cois des ann\u00e9es 1940,1950 et 1960, notre collection ne comporte pas beaucoup de trous importants, dit fi\u00e8rement Paulette Gagnon, conservatrice en chef de l\u2019\u00e9tablissement de la rue Sainte-Catherine. Si nous n\u2019avons pas beaucoup de Riopelle, nous poss\u00e9dons certaines de ses \u0153uvres les plus significatives. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La situation se complique au Mus\u00e9e des beaux-arts de Montr\u00e9al. \u00ab Nous n\u2019avons pas de moyens statistiques ou cat\u00e9goriques pour distinguer l\u2019art qu\u00e9b\u00e9cois du canadien, explique St\u00e9phane Aquin, conservateur de l\u2019art contemporain de cet \u00e9tablissement. Notre structure d\u2019acquisition est fond\u00e9e sur des enveloppes budg\u00e9taires qui distinguent le canadien du non-canadien. En plus, l\u2019enveloppe canadienne regroupe l\u2019historique et le non-historique. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>N\u2019emp\u00eache M. Aquin est formel : la majorit\u00e9 des acquisitions en art canadien se fait sur le territoire qu\u00e9b\u00e9cois, de sorte qu\u2019une tr\u00e8s large part des quelque 9 900 lots de ce grand tout provient d\u2019artistes qu\u00e9b\u00e9cois. L\u2019art contemporain &#8211; entendu ici comme celui produit apr\u00e8s 1945 \u2013 totalise 3 700 inscriptions (dont 700 peintures et sculptures et 2 700 \u0153uvres sur papier) auxquelles il faut ajouter 250 objets d\u2019art d\u00e9coratif.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 sa fondation en 1933, le Mus\u00e9e du Qu\u00e9bec ratissait large, s\u2019occupant des archives nationales, de collections de sciences naturelles et de beaux-arts. Au fil des d\u00e9cennies, le mandat s\u2019est resserr\u00e9 autour des arts, et l\u2019\u00e9tablissement des Plaines d\u2019Abraham s\u2019est d\u00e9parti des autres volets. Le Mus\u00e9e de la Civilisation a h\u00e9rit\u00e9 des objets ethnologiques. Les Archives nationales ont r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 les documents. Les ours empaill\u00e9s et les autres artefacts scientifiques ont abouti \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Laval. La collection permanente de l\u2019\u00e9tablissement devenu le Mus\u00e9e national des beaux-arts du Qu\u00e9bec rassemble maintenant plus de 22 000 \u0153uvres. L\u2019immense lot se subdivise en cat\u00e9gories (art d\u00e9coratif et design ; art graphique; installation ; peinture ; photo ; sculpture ; techniques mixtes ; vid\u00e9o et film). En parall\u00e8le, la Collection Pr\u00eats d\u2019\u0153uvres d\u2019art, cr\u00e9\u00e9e en 1982, compte pr\u00e8s de 1 800 inscriptions.<\/p>\n\n\n\n<p>La tr\u00e8s grande majorit\u00e9 de ces quelque 24 000 \u0153uvres vient ainsi de la main d\u2019artistes qu\u00e9b\u00e9cois. C\u2019est le cas de la totalit\u00e9 de la Collection Pr\u00eats d\u2019\u0153uvres d\u2019art, puisque son mandat oblige \u00e0 acheter \u00ab national \u00bb, et de la majorit\u00e9 des lots de la grande collection permanente, qui ne compte qu\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s 2 000 \u0153uvres du Canada ou du monde. \u00ab Notre mission premi\u00e8re est de d\u00e9fendre l\u2019art qu\u00e9b\u00e9cois, r\u00e9sume Yves Lacasse, directeur des collections du Mus\u00e9e national des beaux-arts du Qu\u00e9bec. A tel point que si nous achetons de l\u2019art qu\u00e9b\u00e9cois, nous nous contentons des dons pour enrichir la collection en art international. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Au total, selon toute vraisemblance, les collections combin\u00e9es des trois grandes institutions nationales comptent donc maintenant plus de 30 000 \u0153uvres qu\u00e9b\u00e9coises. CQFD<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des dons \u00e0 profusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Et d\u2019o\u00f9 proviennent ces \u0153uvres qu\u00e9b\u00e9coises ? Le syst\u00e8me repose sur les dons stimul\u00e9s par des avantages sonnants et tr\u00e9buchants. Selon une enqu\u00eate r\u00e9cente de l\u2019Observatoire de la culture et des communications du <span style=\"white-space: nowrap;\">Qu\u00e9bec<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Cf.: \u00ab Les acquisitions d\u2019\u0153uvres d\u2019art des mus\u00e9es, entreprises et institutions en 2001-2002 \u00bb, dans&nbsp;<em>Statistiques en bref<\/em>, n\u00b0 3, f\u00e9vrier 2004.<\/span>, 31 institutions mus\u00e9ales ont achet\u00e9 560 \u0153uvres d\u2019art pour 5,4 millions de dollars en 2001-2002. Durant la m\u00eame p\u00e9riode, ils ont re\u00e7u des collections 3 325 \u0153uvres d\u2019art pour une valeur totale de 17,7 millions. \u00ab Ces dons permettent d\u2019enrichir substantiellement les collections des mus\u00e9es, dit le document. En fait, sans les \u0153uvres d\u2019art re\u00e7ues en dons chaque ann\u00e9e, les mus\u00e9es du Qu\u00e9bec (plus particuli\u00e8rement les mus\u00e9es d\u2019art) auraient sans doute beaucoup de difficult\u00e9 \u00e0 faire \u00e9voluer leurs collections \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Bon an mal an, l\u2019\u00e9tablissement ach\u00e8te pour un million (dont le quart pour le CPOA) et re\u00e7oit pour \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame valeur des donateurs. \u00ab Tous les mus\u00e9es montent des expositions, dit Yves Lacasse. Selon moi, \u00e0 la base, la diff\u00e9rence entre un mus\u00e9e et un autre se joue autour de la collection. Ce qui diff\u00e9rencie le Mus\u00e9e national des beaux-arts, c\u2019est sa collection unique d\u2019art qu\u00e9b\u00e9cois, la plus importante du point de vue du nombre comme de la p\u00e9riodicit\u00e9 couverte et de la vari\u00e9t\u00e9 des m\u00e9diums repr\u00e9sent\u00e9s. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le MACM a mut\u00e9 en soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00c9tat en 1983. La part r\u00e9serv\u00e9e aux acquisitions oscille sans cesse. \u00ab Nos budgets n\u2019\u00e9voluent pas, ils fluctuent, dit la conservatrice en chef. Depuis une d\u00e9cennie, le maximum pour une ann\u00e9e a \u00e9t\u00e9 de 700 000 dollars et le minimum de 100 000, la moyenne \u00e9tant de 150 000 \u00e0 200 000 dollars. \u00bb Les achats demeurent donc peu nombreux, environ une douzaine par ann\u00e9e, et il faut d\u2019autant mieux les cibler. \u00ab Depuis quelques ann\u00e9es, nous essayons de combler les lacunes par des dons plut\u00f4t que par des achats, affirme Paulette Gagnon. Plut\u00f4t que d\u2019acheter une \u0153uvre des ann\u00e9es 1940 ou 1950, nous pr\u00e9f\u00e9rons placer notre argent dans l\u2019art actuel. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>En 1999-2000, le MACM a achet\u00e9 des \u0153uvres de Genevi\u00e8ve Cadieux, St\u00e9phane La Rue, Mich\u00e8le Waquant, Marc S\u00e9guin, Roland Poulin, le dernier tableaux peint par Yves Gaucher et une installation vid\u00e9o de l\u2019artiste \u00e9trang\u00e8re Shirin Neshat. En 2001-2002, les achats ne comprenaient que des \u0153uvres qu\u00e9b\u00e9coises, sauf pour un artiste \u00e9tranger et deux Canadiens.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce contexte de disette relative, tous les dons comptent, mais certains plus que d\u2019autres. En 1971, 105 \u0153uvres majeures des ann\u00e9es 1940 \u00e0 1960 de la Collection Lortie entrent au MACM, en partie sous forme de dons; deux ans plus tard, les Mus\u00e9es nationaux l\u00e8guent le Fonds Borduas; de 1972 \u00e0 1988, la Galerie Dominion offre 87 \u0153uvres; le legs Ren\u00e9 Payant lui aussi de 1988, comprend une quarantaine de lots importants. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, l\u2019\u00e9tablissement s\u2019est enrichi de 32 \u0153uvres l\u00e9gu\u00e9es par Louis Comtois et de 29 \u0153uvres de la collection Robert-Jean Ch\u00e9nier, dont plusieurs sculptures. Pour le reste, bon an mal an, le MACM re\u00e7oit une centaine d\u2019\u0153uvres de diff\u00e9rents donateurs.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Notre collection a doubl\u00e9 en volume au cours des 10 derni\u00e8res ann\u00e9es, commente Mme Gagnon. Nous avions 3 400 \u0153uvres \u00e0 notre d\u00e9m\u00e9nagement au centre-ville, en 1992. Les dons comptent pour pr\u00e8s de mille inscriptions. C\u2019est \u00e9norme. \u00bb Les 1 324 lots de la Collection Lavalin, acquis apr\u00e8s la faillite de l\u2019entreprise, minimisent encore davantage la part des achats dans le processus d\u2019enrichissement des caves et des vo\u00fbtes du MACM.<\/p>\n\n\n\n<p>Le MBAM n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 la r\u00e8gle : dans ce mus\u00e9e priv\u00e9, la machine des acquisitions carbure \u00e9galement aux dons. \u00ab Grosso modo, notre collection avance par les dons, r\u00e9sume le conservateur Aquin. Le resserrement de notre mus\u00e9e avec la communaut\u00e9 de collectionneurs se traduit par des signes de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 croissants. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ceux des grandes corporations comptent pour beaucoup. En 2002, Power Corporation a offert&nbsp;<em>Au soleil bleu<\/em>&nbsp;de Pellan, une \u0153uvre-phare de 1946. Par contre, St\u00e9phane Aquin ne s\u2019en cache pas : la situation demeure plus difficile en art contemporain ; \u00ab II existe tr\u00e8s peu de grands collectionneurs d\u2019\u0153uvres majeures en art contemporain au Qu\u00e9bec. On pourrait en prendre plus. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La collection de cet \u00e9tablissement demeure tr\u00e8s \u00e9clectique. Le MBAM ne tombe pas \u00ab sous le phare d\u2019un mandat politique, comme le Mus\u00e9e d\u2019art contemporain ou le Mus\u00e9e national des beaux-arts \u00bb, selon les propres termes de St\u00e9phane Aquin. \u00ab Nous n\u2019avons pas \u00e0 repr\u00e9senter l\u2019ensemble des courants et des mouvements de la cr\u00e9ation qu\u00e9b\u00e9coise, ajoute-t-il. Notre mandat encyclop\u00e9diste universel comprend un volet canadien, par fid\u00e9lit\u00e9 et responsabilit\u00e9 pour ce qui se fait ici, et ce, depuis les tous d\u00e9buts du mus\u00e9e, au 19e si\u00e8cle. L\u2019Art Association achetait des artistes locaux d\u00e8s les ann\u00e9es 1860. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La bonification de la collection varie d\u2019une ann\u00e9e \u00e0 l\u2019autre, d\u2019une p\u00e9riode \u00e0 l\u2019autre. Sous la direction pr\u00e9c\u00e9dente de Pierre Th\u00e9berge, le MBAM a connu quelques ann\u00e9es exceptionnelles d\u2019achat, notamment pour le lot Borduas (assorti de dons des h\u00e9ritiers), mais la valeur des intrants oscillait g\u00e9n\u00e9ralement autour de 1,5 \u00e0 2 millions. La situation change brusquement avec la nouvelle direction, sous Guy Cogeval, \u00e0 compter de la fin du si\u00e8cle dernier : les acquisitions totalisent 1,4 million en 1997, 3,2 en 1998, 7,4 millions en 1999, puis 6,8 en 2000 et un sommet de 11 millions en 2001.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Boucher des trous<\/h2>\n\n\n\n<p>Il semble d\u2019autant plus facile \u00ab d\u2019acheter local \u00bb que les artistes nationaux ne co\u00fbtent pratiquement rien par rapport aux sommes exorbitantes n\u00e9cessaires pour engranger certaines \u0153uvres internationales. Une seule sculpture de Louise Bourgeois achet\u00e9e par le MACM a grug\u00e9 l\u2019\u00e9quivalent de deux ann\u00e9es de budget d\u2019acquisition de l\u2019\u00e9tablissement, alors que les meilleurs artistes vivants d\u2019ici r\u00e9clament tr\u00e8s rarement plus de 50 000 $ pour une pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u0153uvres historiques et modernes ne co\u00fbtent pas vraiment plus cher. L\u2019automne dernier, la saison des encans de Montr\u00e9al et de Toronto a encore d\u00e9montr\u00e9 que les artistes canadiens les plus recherch\u00e9s passent rarement la barre du million de dollars.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce contexte, il suffit d\u2019avoir du flair et les id\u00e9es claires. Le MBAM h\u00e9rite d\u2019une tr\u00e8s forte sensibilit\u00e9 pour la production des peintres montr\u00e9alais. \u00ab Les conservateurs des ann\u00e9es 1920, 1930 ou 1940 avaient un \u0153il exceptionnel et ils ont acquis des \u0153uvres d\u2019une grande qualit\u00e9, produites par les peintres de la m\u00e9tropole, dit. St\u00e9phane Aquin. Nous poursuivons ce filon, en achetant par exemple des \u0153uvres de Fran\u00e7ois Lacasse, Pierre Dorion, Marc S\u00e9guin ou Michel Boulanger. \u00bb .<\/p>\n\n\n\n<p>Le Mus\u00e9e national des beaux-arts tente aussi de combler les trous et les faiblesses dans sa trame historique au fur et \u00e0 mesure des d\u00e9couvertes des historiens de l\u2019art. Ainsi, apr\u00e8s que les travaux du professeure Esther Tr\u00e9panier de l\u2019UQAM, aient mis \u00e0 jour l\u2019importance n\u00e9glig\u00e9e des peintres juifs des ann\u00e9es 1930 \u00e0 Montr\u00e9al, l\u2019institution a multipli\u00e9 les achats dans ce cr\u00e9neau inexplor\u00e9. Le MNBAQ vient de \u00ab rapatrier \u00bb des aquarelles du g\u00e9n\u00e9ral Fisher, dat\u00e9es de la fin du 18e si\u00e8cle, d\u00e9couvertes l\u2019an dernier dans une cave de l\u2019universit\u00e9 d\u2019Oxford, en Angleterre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cela dit, tout en ratissant tr\u00e8s large, le Mus\u00e9e national ne vise pas l\u2019exhaustivit\u00e9 \u00e0 tout prix. \u00ab Un conservateur qui se satisfait de sa collection me semble m\u00fbr pour la retraite, mais il faut composer avec des contraintes et avec la r\u00e9alit\u00e9, \u00e9nonce Yves Lacasse. La collection Morrice est surtout au Mus\u00e9e des beaux-arts de Montr\u00e9al, et il serait utopique de la combler. C\u2019est la m\u00eame chose pour Borduas, qui est mieux repr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Montr\u00e9al. Par contre, pour bien des artistes qu\u00e9b\u00e9cois, nous demeurons la collection de r\u00e9f\u00e9rence. Nous pourrions faire une r\u00e9trospective Suzor-C\u00f4t\u00e9 ou Alfred Lalibert\u00e9 sans emprunter ailleurs. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>N\u2019emp\u00eache, cette faiblesse de moyens et le recours massif aux dons ne fait-il pas porter le poids de la s\u00e9lection sur les collectionneurs au d\u00e9triment du r\u00f4le attendu des conservateurs, des comit\u00e9s d\u2019acquisition, du mus\u00e9e lui-m\u00eame ? Comment r\u00e9concilier la logique du priv\u00e9 avec celle du public ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Nous tentons d\u2019appliquer les m\u00eames crit\u00e8res de s\u00e9lection pour un don ou un achat, r\u00e9pond Mme Gagnon. On refuse des dons. On ne prend pas tout, loin de l\u00e0. Nous sommes d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9troit. \u00bb Le MACM b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019espace au nouveau Centre des collections de Montr\u00e9al. Il r\u00e9am\u00e9nage aussi ses locaux en sous-sol pour gagner une nouvelle r\u00e9serve qui pourra \u00eatre combl\u00e9e au cours de la prochaine d\u00e9cennie.<\/p>\n\n\n\n<p>La conservatrice corrige aussi le clich\u00e9 voulant que les collectionneurs ne s\u2019int\u00e9ressent pas aux \u0153uvres contemporaines suppos\u00e9ment destin\u00e9es aux grandes salles des institutions. \u00ab Certaines \u0153uvres monumentales de la collection Robert-Jean Ch\u00e9nier ne pouvaient pas \u00eatre expos\u00e9es chez lui. Elles reposaient dans des caisses. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Collectionner pour exposer<\/h2>\n\n\n\n<p>La collection n\u2019est pas constitu\u00e9e pour le seul plaisir d\u2019accumuler. Elle fait \u0153uvre de m\u00e9moire collective, t\u00e9moigne des mutations de la soci\u00e9t\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise. \u00ab Ce qu\u2019on ach\u00e8te, on le montre d\u00e8s qu\u2019on peut, dit St\u00e9phane Aquin. Par contre, la proportion de l\u2019espace r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l\u2019art contemporain a diminu\u00e9 un peu ces derni\u00e8res ann\u00e9es pour des raisons circonstancielles, notamment la volont\u00e9 de consacrer une salle \u00e0 Riopelle et la cr\u00e9ation d\u2019une salle projet. Dans les ann\u00e9es \u00e0 venir, nous allons redessiner les espaces, notre collection permanente sera red\u00e9ploy\u00e9e. L\u2019art contemporain pourrait m\u00eame avoir son \u00e9tage ou un nouvel espace rien qu\u2019\u00e0 lui, qui sait ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>St\u00e9phane Aquin avoue aussi ne pas \u00eatre tout \u00e0 fait satisfait du r\u00e9cit pr\u00e9sent\u00e9 dans ses salles d\u2019art contemporain. \u00ab Au moins, nous prenons acte du fait qu\u2019\u00e0 partir de 1945 \u2013 et ce mouvement va en s\u2019amplifiant \u2013 , il y a une internationalisation des param\u00e8tres de l\u2019art contemporain, une circulation de plus en plus rapide et de plus en plus \u00e9tendue des id\u00e9es et des \u0153uvres. On ne peut isoler l\u2019\u0153uvre de Molinari de celle d\u2019autres plasticiens de son \u00e9poque. On ne divise donc plus l\u2019art qu\u00e9b\u00e9cois, canadien et non canadien. On peut retrouver sur un m\u00eame mur&nbsp;<em>Les Mercenaires<\/em>&nbsp;de Leon Golub et&nbsp;<em>Thanatos<\/em>&nbsp;de Tousignant. Dans mon esprit, les deux entretiennent des parent\u00e9s r\u00e9elles, sur le plan pictural ou th\u00e9matique. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le nouvel accrochage de la collection permanente du MNBAQ permet aussi de faire le tour de la richesse de la cr\u00e9ation qu\u00e9b\u00e9coise tout en respectant ses qualit\u00e9s propres. \u00ab Je suis agac\u00e9 quand on nous pr\u00e9sente chaque \u0153uvre comme un chef-d\u2019\u0153uvre, commente Yves Lacasse. On ne peut pas se le cacher : un Antoine Plamondon ce n\u2019est pas Van Gogh. Il faut contextualiser pour bien expliquer que l\u2019art qu\u00e9b\u00e9cois a longtemps \u00e9t\u00e9 un art colonial \u00e0 la remorque des productions des grandes m\u00e9tropoles. \u00bb Cet art historique ne sort presque jamais du pays. L\u2019art moderne ou contemporain trouve plus facilement preneur. Le MNBAQ pr\u00e9pare une r\u00e9trospective d\u2019estampes de Riopelle, tir\u00e9es de sa collection, qui doit voyager en Europe.<\/p>\n\n\n\n<p>La classification du Mus\u00e9e national demeure d\u2019une simplicit\u00e9 exemplaire : la collection est divis\u00e9e en p\u00e9riodes de 50 ans, tous m\u00e9diums confondus : art ancien avant 1850 et de 1850 \u00e0 1900; art moderne (1900-1950); art contemporain (1950-2000); art actuel, 2000 et plus. \u00ab Nous sommes les premiers \u00e0 faire cette cat\u00e9gorisation et elle me semble efficace, dit Yves Lacasse, qui a mis au point, depuis \u00e0 peu pr\u00e8s un an, cette nouvelle mani\u00e8re de trancher dans le saucisson historique. Cette classification veut moins arr\u00eater l\u2019art contemporain dans le temps que faciliter le travail des conservateurs. Ainsi, chacun re\u00e7oit une tranche d\u2019un demi-si\u00e8cle et doit s\u2019int\u00e9resser \u00e0 tout ce qui se fait et se cr\u00e9e pendant cette p\u00e9riode. C\u2019est beaucoup plus stimulant. \u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les trois mus\u00e9es ont fait des efforts sentis pour se rapprocher des jeunes cr\u00e9ateurs, par exemple, dans le cas des deux \u00e9tablissements montr\u00e9alais, en organisant chacun un solo consacr\u00e9 \u00e0 Marc S\u00e9guin. \u00ab Une partie des tensions me semble r\u00e9sorb\u00e9e, dit M. Aquin. Mais on ne peut faire plaisir \u00e0 tout le monde. Le milieu de l\u2019art contemporain est large. Il faut aussi consid\u00e9rer l\u2019action de toutes les grandes institutions pour mesurer les efforts r\u00e9els d\u00e9ploy\u00e9s pour rendre compte de l\u2019activit\u00e9 artistique qu\u00e9b\u00e9coise. \u00bb<\/p>\n<div style='display: none;'>St\u00e9phane Baillargeon<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[4658],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[4673],"artistes":[],"thematiques":[],"type_post":[],"class_list":["post-179289","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archive","category-post","numeros-51-20-ans-dengagement-en","statuts-archive","auteurs-stephane-baillargeon-en"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179289","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=179289"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179289\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=179289"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=179289"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=179289"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=179289"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=179289"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=179289"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=179289"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=179289"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=179289"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=179289"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=179289"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}