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{"id":179298,"date":"2004-05-01T19:20:00","date_gmt":"2004-05-02T00:20:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/recits-dartistesregards-sur-les-debuts-de-six-artistes-canadiens\/"},"modified":"2022-11-08T11:22:11","modified_gmt":"2022-11-08T16:22:11","slug":"recits-dartistesregards-sur-les-debuts-de-six-artistes-canadiens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/recits-dartistesregards-sur-les-debuts-de-six-artistes-canadiens\/","title":{"rendered":"<strong>R\u00e9cits d\u2019artistes<br>Regards sur les d\u00e9buts de six artistes canadiens<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019optique d\u2019une r\u00e9flexion sur le pass\u00e9, nous nous sommes interrog\u00e9s sur les premiers points d\u2019ancrage de l\u2019artiste au sein de sa profession. Nous avons donc souhait\u00e9 rencontrer six artistes install\u00e9s au Qu\u00e9bec et bien \u00e9tablis dans le paysage artistique contemporain afin de les interroger sur ce que l\u2019on serait en droit de nommer \u00ab leur naissance en tant qu\u2019artiste \u00bb, Raymonde April, Robert Saucier, Evergon, Rober Racine, David Elliott et Lyne Lapointe ont tous accept\u00e9 de se pr\u00eater \u00e0 l\u2019exercice nous racontant comment furent initialement cr\u00e9\u00e9s leurs univers artistiques. Ils portent ainsi un regard r\u00e9trospectif sur les fondements de leur personnalit\u00e9 artistique, de leur pratique, de leur art, de leur carri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Raymonde April : De la fin d\u2019un cycle jusqu\u2019\u00e0 ses d\u00e9buts<\/h2>\n\n\n\n<p>Depuis 1990 jusqu\u2019\u00e0 tout r\u00e9cemment, Raymonde April s\u2019est elle-m\u00eame pench\u00e9e sur les d\u00e9buts de sa pratique artistique, r\u00e9activant des images depuis longtemps r\u00e9alis\u00e9es lors de diff\u00e9rentes expositions comme&nbsp;<em>Les fleuves invisibles<\/em>&nbsp;et&nbsp;<em>Tout embrasser<\/em>. Cette d\u00e9marche, d\u2019autant plus int\u00e9ressante que le m\u00e9dium photographique \u00e9voque par sa nature indicielle les notions de la m\u00e9moire et du souvenir, r\u00e9pondait \u00e0 un besoin de l\u2019artiste de faire retour sur son propre pass\u00e9 artistique. \u00ab Comme photographe, \u00e0 un certain moment, on accumule tellement d\u2019images que j\u2019avais l\u2019impression de refaire sans cesse les m\u00eames. Je me suis questionn\u00e9e sur le passage du temps, sur la r\u00e9p\u00e9tition. C\u2019\u00e9tait possiblement aussi la conscience d\u2019une \u00e9volution de ma pratique et de la fin d\u2019une partie de celle-ci. Avec la technologie num\u00e9rique qui est de plus en plus pr\u00e9sente, une certaine forme de photographie devient de plus en plus obsol\u00e8te et menac\u00e9e par l\u2019\u00e9volution de la technique elle-m\u00eame. C\u2019\u00e9tait une sorte d\u2019attachement \u00e0 cette forme-l\u00e0 avant qu\u2019elle ne disparaisse de ma pratique personnelle. C\u2019est comme si, pour moi, c\u2019\u00e9tait la fin d\u2019un cycle. Je passe maintenant \u00e0 autre chose. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cela dit, ce \u00ab cycle \u00bb a ses d\u00e9buts. C\u2019est sans se \u00ab projeter dans l\u2019avenir \u00bb que Raymonde April commence ses \u00e9tudes \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Laval dans la ville de Qu\u00e9bec en 1973. Son d\u00e9sir de devenir artiste, bien ancr\u00e9 dans le pr\u00e9sent, se suffisait \u00e0 lui-m\u00eame. Parall\u00e8lement au travail r\u00e9sultant de sa formation universitaire, Raymonde April d\u00e9veloppe alors une pratique singuli\u00e8re de la photographie. C\u2019est cette pratique qui finira par \u00eatre au centre de ses int\u00e9r\u00eats artistiques. \u00ab J\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 un certain moment que ce que je faisais \u00e9tait un langage artistique. Ce n\u2019\u00e9taient pas mes professeurs qui me l\u2019avaient dit. J\u2019ai ainsi cr\u00e9\u00e9 mon espace \u00e0 moi puisque je ne peux pas dire que l\u2019enseignement que j\u2019ai re\u00e7u me parlait. \u00bb Les cours d\u2019arts visuels donn\u00e9s \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Laval sont alors largement teint\u00e9s des pratiques d\u2019art actuelles de l\u2019\u00e9poque, soit le minimalisme, l\u2019art conceptuel et la peinture formaliste. Le peu de cours en photographie dispens\u00e9s par cette institution \u00e9taient li\u00e9s aux arts appliqu\u00e9s et \u00e0 la communication graphique. C\u2019est donc dans un esprit d\u2019opposition au corpus institutionnel, comme c\u2019est le cas pour plusieurs autres artistes de l\u2019\u00e9poque, que s\u2019est d\u00e9finie a priori la pratique artistique de Raymonde April.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le cadre acad\u00e9mique n\u2019est pas d\u00e9terminant dans la formation de la jeune artiste, le milieu de vie et les gens qu\u2019elle rencontre lors de ses \u00e9tudes ont un impact important sur son parcours. En 1973, elle cofonde la Comme galerie avec d\u2019autres \u00e9tudiants de l\u2019universit\u00e9. Puis, en 1978, elle participe \u00e0 la cr\u00e9ation de la Chambre blanche, un des premiers centres d\u2019artistes autog\u00e9r\u00e9s au Qu\u00e9bec. Il se tisse alors autour d\u2019elle un r\u00e9seau, une communaut\u00e9 d\u2019artistes (entre autres, Serge Murphy, Mich\u00e8le Waquant, Pierre Gosselin, Raymond Lavoie et Gilbert Boyer) dont l\u2019influence sur sa production artistique est consid\u00e9rable. \u00ab Le milieu des centres d\u2019artistes m\u2019a permis de voir ce qui se faisait ailleurs, de participer \u00e0 des r\u00e9flexions en collectif, de c\u00f4toyer diff\u00e9rentes approches multidisciplinaires. Ce m\u00e9lange, ce confluent de toutes ces formes d\u2019art a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s f\u00e9cond pour une pratique comme la mienne qui se nourrit d\u2019une approche th\u00e9\u00e2trale, narrative, performative. \u00c7a m\u2019a aussi propos\u00e9 des sujets puisque j\u2019\u00e9tais constamment entour\u00e9e de \u201cpersonnages\u201d&#8230; \u00bb Le milieu des centres d\u2019artistes lui offre \u00e9galement une tribune pour exposer son art. Appuy\u00e9 et reconnu par les artistes qui l\u2019entourent, le travail de Raymonde April prend rapidement sa place dans le paysage artistique d\u2019alors. Quatre ans seulement apr\u00e8s sa premi\u00e8re exposition \u00e0 la galerie Powerhouse, on lui propose de pr\u00e9senter son travail au Mus\u00e9e d\u2019art contemporain de Montr\u00e9al. Si, comme chez la plupart des artistes, les premi\u00e8res \u0153uvres d\u2019\u00e9tudiantes de la photographe passent inaper\u00e7ues, le chemin de la reconnaissance ne sera pas dans son cas long et tortueux. Cette l\u00e9gitimation pr\u00e9coce par une institution artistique reconnue permettra en effet \u00e0 l\u2019artiste d\u2019\u00e9largir son espace de diffusion et d\u2019accro\u00eetre la visibilit\u00e9 de ses \u0153uvres.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, la pratique photographique de Raymonde April ne correspondait pas \u00e0 ce qui \u00e9tait \u00ab commun\u00e9ment admis \u00bb pour ce m\u00e9dium. S\u2019\u00e9cartant d\u2019une esth\u00e9tique documentaire tr\u00e8s pr\u00e9gnante \u00e0 l\u2019\u00e9poque, son travail ne s\u2019inscrivait pas non plus dans ce que le milieu des arts visuels offrait habituellement \u00e0 voir. \u00ab Mon travail \u00e9tait le r\u00e9sultat d\u2019une certaine innovation par rapport \u00e0 ce qui existait. Ma force a toujours \u00e9t\u00e9 de me cr\u00e9er un espace propre et de ne jamais me mesurer \u00e0 d\u2019autres. Je ne dis pas que c\u2019\u00e9tait facile, mais j\u2019ai \u00e9t\u00e9 tellement libre ! Je vois aujourd\u2019hui mes \u00e9tudiants \u00e0 Concordia qui sont oblig\u00e9s de composer avec tout ce qui se fait en photographie. Ils doivent \u00eatre conscients de tout cela et ils sont oblig\u00e9s de trouver leur propre langage par rapport au travail des autres. Puis apr\u00e8s, tout le monde va leur dire : \u201c\u00e7a ressemble \u00e0 telle chose ou \u00e0 telle autre\u201d. Moi, je n\u2019avais pas \u00e0 vivre ce \u201cconflit de g\u00e9n\u00e9ration\u201d Je n\u2019avais pas \u00e0 me mesurer avec personne&#8230; Il n\u2019y avait rien. La voie \u00e9tait libre. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9cipiendaire du prix Paul-\u00c9mile Borduas l\u2019automne dernier, Raymonde April avoue que cette reconnaissance lui aura permis de r\u00e9fl\u00e9chir longuement sur ses d\u00e9buts en tant qu\u2019artiste et de clore ce cycle dont elle parle. Cette \u00ab premi\u00e8re \u00e9tape \u00bb maintenant derri\u00e8re elle, l\u2019artiste, pr\u00e9sentement en r\u00e9sidence \u00e0 New York, s\u2019habitue lentement \u00e0 un nouvel espace, \u00e0 une nouvelle pratique. Elle souligne toutefois que, curieusement, les expositions de photographies pr\u00e9sentement en cours \u00e0 New York font retour sur des pratiques photographiques des ann\u00e9es 1970. Autre fa\u00e7on, encore une fois, de la ramener vers son propre pass\u00e9 artistique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Robert Saucier : Un d\u00e9tour continuel par l\u2019art<\/h2>\n\n\n\n<p>La carri\u00e8re d\u2019artiste de Robert Saucier d\u00e9coule d\u2019un acte contingent, d\u2019une d\u00e9cision fortuite. C\u2019est un peu au hasard, par curiosit\u00e9, devant choisir des cours libres au coll\u00e8ge, que lui vient l\u2019id\u00e9e de faire des \u00e9tudes en art. La d\u00e9cision du jeune artiste d\u2019Edmundston n\u2019impliquait pas \u00ab l\u2019id\u00e9e de devenir artiste \u00bb, mais tout simplement d\u2019\u00e9tudier <span style=\"white-space: nowrap;\">l\u2019art<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Voir aussi \u00e0 ce sujet l\u2019entrevue de Robert Saucier publi\u00e9e dans L\u00e9on Bernier et Isabelle Perrault,&nbsp;<em>L\u2019artiste et l\u2019\u0153uvre \u00e0 faire<\/em>, Qu\u00e9bec, Institut qu\u00e9b\u00e9cois de recherche sur la culture, 1985, p.477-489.<\/span>. La carri\u00e8re d\u2019artiste a naturellement suivi, sans faire partie d\u2019un projet d\u2019origine et sans na\u00eetre de cette id\u00e9e de vocation qui vient si souvent enjoliver les r\u00e9cits d\u2019artistes.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Moncton que s\u2019amorce le parcours artistique de Robert Saucier. Il s\u2019y inscrit, en 1969, au programme en arts visuels. \u00ab \u00c0 Moncton, il y avait seulement deux profs d\u2019art pour environ 12 \u00e9tudiants. C\u2019\u00e9tait comme une petite famille l\u00e0-bas. Un de mes professeurs \u00e9tait Yvette Bisson qui \u00e9tait tr\u00e8s active \u00e0 Montr\u00e9al \u00e0 l\u2019\u00e9poque et qui avait d\u00e9cid\u00e9 de venir enseigner \u00e0 Moncton. Elle nous a plong\u00e9s directement dans la sculpture contemporaine. \u00bb Port\u00e9 par son int\u00e9r\u00eat pour les arts, et plus particuli\u00e8rement pour la sculpture, Saucier d\u00e9cide ensuite de faire un baccalaur\u00e9at sp\u00e9cialis\u00e9 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al. Issu d\u2019une pens\u00e9e formaliste, d\u2019une approche de l\u2019objet pour l\u2019objet, l\u2019enseignement qu\u2019il y re\u00e7oit ne cadre pas avec ses int\u00e9r\u00eats plut\u00f4t li\u00e9s aux nouvelles approches \u00ab postmodernes \u00bb et \u00e0 des formes d\u2019art plus \u00e9clectiques. Il est \u00e0 remarquer \u00e0 cet effet une certaine propension chez les artistes dont les d\u00e9buts de carri\u00e8re se situent vers le milieu des ann\u00e9es 1970 \u00e0 se dissocier de l\u2019enseignement qu\u2019ils ont re\u00e7u. Pour Robert Saucier, cette cassure dans la communication d\u00e9coule d\u2019un \u00ab conflit de g\u00e9n\u00e9ration \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 travers les livres, les revues d\u2019art et surtout par les conf\u00e9rences auxquelles il assiste assid\u00fbment que Robert Saucier fait les \u00ab premiers apprentissages \u00bb venant influencer sa pratique artistique. Le Symposium tenu en 1979 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 York de Toronto, une rencontre internationale de sculpture, est pour lui une grande r\u00e9v\u00e9lation. Il y rencontre plusieurs artistes dont les int\u00e9r\u00eats peuvent \u00eatre mis en relation avec les siens. Puis il participe, de 1979 \u00e0 1982, \u00e0 la formation et au d\u00e9veloppement du centre Articule. Cette exp\u00e9rience contribue largement \u00e0 l\u2019\u00e9panouissement de la personnalit\u00e9 artistique de Saucier. L\u2019inscription d\u2019un artiste dans un r\u00e9seau d\u2019art parall\u00e8le, qui \u00e9tait \u00e0 cette \u00e9poque une donn\u00e9e relativement nouvelle dans le milieu des arts au Qu\u00e9bec, a aujourd\u2019hui largement d\u00e9montr\u00e9 son importance quant \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience formatrice qu\u2019elle offre aux artistes. Pour Saucier, le centre Articule \u00e9tait \u00ab un v\u00e9ritable bouillon de culture. On y rencontrait des gens dont les pratiques diff\u00e9raient des n\u00f4tres. Toutes ces approches et ces m\u00e9diums nous permettaient de r\u00e9fl\u00e9chir sur diff\u00e9rents aspects de l\u2019art \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1985, alors qu\u2019il est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s impliqu\u00e9 en tant qu\u2019artiste, Robert Saucier d\u00e9cide de faire des \u00e9tudes de ma\u00eetrise \u00e0 l\u2019UQAM. \u00ab II y avait un renouveau important en art. Je voulais mettre de l\u2019ordre dans les choses, travailler avec des sp\u00e9cialistes. \u00c7a me permettait de voir une approche plus globale. \u00bb L\u2019\u00e9tude des arts faisait \u00e0 cette \u00e9poque appel \u00e0 de nouvelles approches comme la sociologie, l\u2019anthropologie, les th\u00e9ories marxistes et f\u00e9ministes. Ces diff\u00e9rentes lectures des \u0153uvres et du travail des artistes du pass\u00e9 influaient sur les pratiques des artistes contemporains, questionnant la fa\u00e7on de consid\u00e9rer leur place dans l\u2019histoire de l\u2019art.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 une apparente aisance \u00e0 s\u2019int\u00e9grer dans le milieu artistique, Robert Saucier souligne que la \u00ab voie \u00bb des jeunes artistes \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre d\u00e9j\u00e0 trac\u00e9e d\u2019avance. Ses d\u00e9buts de carri\u00e8re sont en effet marqu\u00e9s par un certain sentiment mitig\u00e9 r\u00e9sultant de cette r\u00e9alit\u00e9 conflictuelle au sein du milieu artistique de la fin des ann\u00e9es 1970. \u00ab On avait un petit peu de difficult\u00e9 \u00e0 trouver notre place en tant que jeunes artistes. Ceux qui nous enseignaient avaient \u00e9t\u00e9 connus dans les ann\u00e9es 1960 et \u00e9taient beaucoup plus r\u00e9gionaux, qu\u00e9b\u00e9cois. Ils avaient \u00e9norm\u00e9ment particip\u00e9 \u00e0 la R\u00e9volution tranquille. Mais pour nous, \u00e7a ne nous disait pas grand chose quant \u00e0 leur approche artistique. La g\u00e9n\u00e9ration suivante \u00e9tait compos\u00e9e d\u2019artistes qui avaient une approche minimaliste, formaliste, et qui \u00e9tait alors tr\u00e8s forte au Qu\u00e9bec. L\u2019un des promoteurs de cette mouvance \u00e9tait Gilles Toupin du&nbsp;<em>Devoir<\/em>. C\u2019\u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s le seul critique et il faisait une promotion de cet art tr\u00e8s minimal. On se trouvait donc dans une sorte de voie de garage. Quand on allait \u00e0 New York on pouvait voir des choses diff\u00e9rentes, des approches du type arte povera, les \u0153uvres de Mertz, d\u2019Acconci&#8230; C\u2019\u00e9tait le d\u00e9but du post-modernisme d\u2019une certaine fa\u00e7on et ce n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9sent au Qu\u00e9bec, en tous cas, pas de fa\u00e7on officielle. On \u00e9tait alors un peu d\u00e9sillusionn\u00e9 du milieu qu\u00e9b\u00e9cois. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, on voyait la carri\u00e8re avec une certaine na\u00efvet\u00e9. On croyait beaucoup au pouvoir du mus\u00e9e. On avait l\u2019impression que quelque chose d\u2019avant-garde allait arriver par l\u00e0. Au niveau des galeries il n\u2019y avait absolument rien. Mais c\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9poque de l\u2019effervescence, de l\u2019\u00e9mergence. On avait le go\u00fbt de se rassembler et de faire les choses diff\u00e9remment, car il n\u2019y avait rien qui se passait. C\u2019\u00e9tait donc \u00e0 la fois le constat qu\u2019il n\u2019y a pas de place pour faire ce que l\u2019on voulait faire, mais aussi la volont\u00e9 de faire quelque chose. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La carri\u00e8re d\u2019artiste de Robert Saucier a \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment marqu\u00e9e par cette insatisfaction envers le milieu artistique de l\u2019\u00e9poque. Ce d\u00e9sir de changer les choses \u00e9mergea au c\u0153ur m\u00eame de sa pratique artistique. R\u00e9sultant d\u2019une pr\u00e9occupation consciente et affirm\u00e9e depuis ses toutes premi\u00e8res \u0153uvres, le travail de Saucier pr\u00e9sente un caract\u00e8re \u00e0 la fois technique, scientifique, ludique, voire philosophique. C\u2019est en r\u00e9ponse \u00e0 ce milieu et en \u00e9cho \u00e0 la volont\u00e9 de renouveau qui habitait alors les jeunes artistes qu\u00e9b\u00e9cois que naquit cette hybridit\u00e9, ce m\u00e9lange des champs de la connaissance exprim\u00e9 par ses installations et ses sculptures.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La cr\u00e9ation en mode continu : Rober Racine<\/h2>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre en raison d\u2019un r\u00e9flexe d\u2019\u00e9crivain, c\u2019est par \u00e9crit que Rober Racine a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 nous transmettre sa r\u00e9flexion sur ses d\u00e9buts en tant qu\u2019artiste. Auteur mais aussi musicien, compositeur, artiste multidisciplinaire, il serait plus juste \u00e0 son \u00e9gard d\u2019utiliser, comme il le propose, le terme g\u00e9n\u00e9rique de cr\u00e9ateur. Fruit d\u2019une avidit\u00e9 profonde pour l\u2019acte de cr\u00e9ation lui-m\u00eame, son parcours artistique s\u2019ancre \u00e0 des d\u00e9sirs d\u2019enfance qui ont marqu\u00e9 son imaginaire. \u00ab Enfant j\u2019aurais aim\u00e9 \u00eatre astronaute, faire partie d\u2019une mission Apollo et aller sur la lune. Ces voyages spatiaux ont \u00e9t\u00e9 les premi\u00e8res inspirations d\u00e9terminantes dans ma vie. Ils le sont toujours. Sans le savoir, il y avait l\u00e0 une qu\u00eate artistique, une part de cr\u00e9ation immense pour moi. \u00bb Lieux communs de sa propre pratique, ces r\u00e9f\u00e9rences aux espaces et aux entreprises incommensurables viendront par la suite orienter et justifier son parcours artistique. Sa pratique questionne cette notion d\u2019espace (celle du lieu, de la litt\u00e9rature, de l\u2019art visuel, de la musique), s\u2019appropriant celui des autres et de la collectivit\u00e9 pour ensuite le d\u00e9tourner \u00e0 son usage.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour mettre en paroles les commencements de son travail de cr\u00e9ateur, Racine, pour qui le mot carri\u00e8re n\u2019existe pas, pr\u00e9f\u00e8re parler de \u00ab choix de vie \u00bb. \u00ab \u00c0 l\u2019\u00e2ge de 17 ans, j\u2019ai ressenti le d\u00e9sir profond, tr\u00e8s intense, de consacrer ma vie \u00e0 la cr\u00e9ation sous toutes ses formes. C\u2019est ainsi que je souhaitais vivre. Cr\u00e9er est une mani\u00e8re de vivre pour moi, rien d\u2019autre. \u00c7a n\u2019a pas cess\u00e9 depuis. \u00c7a me passionne toujours. \u00bb \u00c9tudiant l\u2019histoire de l\u2019art et le cin\u00e9ma \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al de 1976 \u00e0 1978, Racine ne se sentait pas \u00e0 sa place dans les grands auditoriums de l\u2019institution. L\u2019urgence de la cr\u00e9ation pour laquelle il entretient une soif insatiable le poussait alors \u00e0 quitter les bancs d\u2019\u00e9cole. \u00ab Je m\u2019y suis profond\u00e9ment ennuy\u00e9. Pas tellement \u00e0 cause des professeurs ou des mati\u00e8res \u00e0 l\u2019\u00e9tude plus qu\u2019\u00e0 un \u00e9tat d\u2019esprit qui glissait sur moi \u00e0 ce moment. [&#8230;] J\u2019avais l\u2019impression d\u2019\u00eatre un exil\u00e9, que l\u2019institution \u00e9tait \u00e0 des ann\u00e9es-lumi\u00e8res de la cr\u00e9ation. J\u2019\u00e9tais en histoire de l\u2019art et en histoire du cin\u00e9ma parce que l\u2019Histoire m\u2019a toujours passionn\u00e9. J\u2019avais aussi un go\u00fbt marqu\u00e9 pour l\u2019image fixe (la peinture, la photographie) et en mouvement (le cin\u00e9ma). Pourtant j\u2019avais l\u2019impression de perdre mon temps. Alors apr\u00e8s deux ans et demi j\u2019ai pris la d\u00e9cision de laisser ces \u00e9tudes en plan (d\u2019un point de vue acad\u00e9mique) pour me consacrer totalement \u00e0 la cr\u00e9ation. Je travaillais d\u00e9j\u00e0 beaucoup avec d\u2019autres artistes et c\u2019\u00e9tait devenu impossible de concilier les \u00e9tudes et la cr\u00e9ation comme je le faisais. J\u2019ai d\u00fb quitter l\u2019universit\u00e9. C\u2019\u00e9tait imp\u00e9ratif. \u00c0 20 ans, je ne pouvais pas attendre pour faire le Satie, le Flaubert, le&nbsp;<em>Dictionnaire<\/em>, \u00e9crire, composer de la musique pour les danseurs ou pour mes autres cr\u00e9ations. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord reconnu dans le milieu des arts visuels pour les \u00ab performances \u00bb&nbsp;<em>Vexations<\/em>&nbsp;(1978) et&nbsp;<em>T\u00e9tras 1<\/em>&nbsp;(1978), Rober Racine consid\u00e8re encore une fois que ces \u0153uvres rel\u00e8vent beaucoup plus de la cr\u00e9ation en g\u00e9n\u00e9ral que de la performance en particulier. Si la performance s\u2019est ins\u00e9r\u00e9e dans sa pratique lors de son propre \u00ab moment d\u2019inscription \u00bb dans l\u2019art contemporain, c\u2019est faute de lui avoir donn\u00e9 une autre appellation. \u00ab Elle ne s\u2019est jamais inscrite en moi parce qu\u2019au tout d\u00e9but je ne savais m\u00eame pas ce que c\u2019\u00e9tait la performance comme pratique artistique. Ce que j\u2019ai fait et qui a \u00e9t\u00e9 re\u00e7u comme de la performance \u00e9tait pour moi autre chose, une image vivante. Rien d\u2019autre. Certains ont appel\u00e9 cela de la performance essentiellement, je crois, parce que cela a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 dans le milieu des arts visuels (mus\u00e9e, galeries). Si j\u2019avais pr\u00e9sent\u00e9&nbsp;<em>T\u00e9tras 1<\/em>&nbsp;ou les&nbsp;<em>Vexations<\/em>&nbsp;de \u00c9rik Satie \u00e0 la salle Pollack de l\u2019Universit\u00e9 McGill o\u00f9 \u00e9taient pr\u00e9sent\u00e9s les concerts de la SMCQ (Soci\u00e9t\u00e9 de musique contemporaine du Qu\u00e9bec) plut\u00f4t qu\u2019au Mus\u00e9e d\u2019art contemporain de Montr\u00e9al ou \u00e0 la galerie V\u00e9hicule art, sans doute aurait-on parl\u00e9 de \u201cth\u00e9\u00e2tre musical\u201d dans le premier cas et de concert dans le second. C\u2019est pour cela que j\u2019ai dit que mon passage en arts visuels tient de l\u2019accident de parcours. \u00bb Pour Racine, cet accident a un nom : le lieu o\u00f9 furent pr\u00e9sent\u00e9es certaines de ses cr\u00e9ations \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970. \u00ab Il se trouve qu\u2019\u00e0 cette \u00e9poque, poursuit l\u2019artiste, les lieux de diffusion en arts actuels, et en particulier les galeries parall\u00e8les, \u00e9taient ceux qui avaient le plus d\u2019audace et d\u2019ouverture pour pr\u00e9senter la nouvelle musique, la nouvelle danse, la vid\u00e9o, les lectures de po\u00e9sie, etc. [&#8230;] Il serait pourtant faux d\u2019affirmer que la performance est indissociable de mes pr\u00e9occupations litt\u00e9raires et musicales. Au contraire. La performance (dans mon cas) n\u2019a strictement rien \u00e0 voir avec ces deux pratiques. Tout ce que je vis, ressens, capte, pense ou imagine, j\u2019ai envie de l\u2019\u00e9crire avec des mots, des phrases pour en faire un livre qui sera \u00e9ventuellement publi\u00e9. \u00bb Peut-\u00eatre \u00e9tiquet\u00e9e \u00e0 tort comme de la performance, il faut toutefois avouer que la pratique de Racine s\u2019inscrivait alors parfaitement dans les modalit\u00e9s propres \u00e0 ce \u00ab genre \u00bb artistique. Si, pour la plupart des artistes, l\u2019\u00e9tiquette sonne faux par rapport \u00e0 leur cr\u00e9ation, il n\u2019en reste pas moins que le lieu de cette cr\u00e9ation restera souvent d\u00e9terminant dans l\u2019appellation de leur art.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est difficile de voir o\u00f9 \u00ab s\u2019arr\u00eatent \u00bb les d\u00e9buts de Racine puisque l\u2019on ne sait trop s\u2019il faut y inclure la colossale aventure du&nbsp;<em>Dictionnaire<\/em>&nbsp;et des&nbsp;<em>Pages-miroirs<\/em>&nbsp;qui, commenc\u00e9e en 1980, aura dur\u00e9e plus ou moins, 15 ans. Apr\u00e8s plusieurs \u00ab performances \u00bb (le terme colle \u00e0 la pratique de Racine, faute de mieux), il se plonge dans cette \u0153uvre infinie, d\u00e9coupant, travaillant, \u00ab enluminant \u00bb ou mettant en musique les pages du dictionnaire. Cette pratique artistique aux allures de rituel priv\u00e9 devient, en quelque sorte, une performance sans public r\u00e9alis\u00e9e pour l\u2019artiste seul. Hors de la sc\u00e8ne qui porta ses \u0153uvres pr\u00e9c\u00e9dentes, Racine est alors \u00ab coup\u00e9 de son public qui est aussi solitaire que l\u2019\u0153uvre qu\u2019il rencontre \u00bb. Le spectateur en recueillera les r\u00e9sultats sans pouvoir effacer de son esprit le travail colossal que sous-tendent ces \u0153uvres. L\u2019id\u00e9e d\u2019un acte \u00ab performatif \u00bb n\u2019est peut-\u00eatre pas voulue et clairement affirm\u00e9e dans la pratique de Racine mais sa trace, elle, reste toujours visible.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019engagement volontaire : Evergon<\/h2>\n\n\n\n<p>Initi\u00e9 \u00e0 l\u2019art depuis les premi\u00e8res ann\u00e9es de son enfance, Evergon a toujours su qu\u2019il serait artiste. \u00ab Je suis certain que tout a commenc\u00e9 avec ma m\u00e8re&#8230; Je blague mais, \u00e0 vrai dire, je suis certain que tout a vraiment commenc\u00e9 avec elle \u00bb, dit-il, comme si cette voie lui \u00e9tait initialement trac\u00e9e. Cette certitude infrangible, Evergon ne la remettait tout simplement pas en question. Il deviendrait assur\u00e9ment artiste, \u00ab peu importe ce que cela impliquait \u00bb. Cette vocation, appelant la r\u00e9surgence du mythe romantique de la figure de l\u2019artiste, prend dans sa pratique les allures d\u2019un jeu. Ce mythe fait parti des pierres d\u2019assises de sa r\u00e9flexion sur l\u2019id\u00e9e de l\u2019artiste. Questionner et se nourrir de ces \u00ab l\u00e9gendes artistiques \u00bb, tout aussi paradoxal que cela puisse para\u00eetre, rel\u00e8ve du questionnement sur l\u2019identit\u00e9 au centre des pr\u00e9occupations artistiques d\u2019Evergon.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc habit\u00e9 par cette volont\u00e9 de devenir artiste qu\u2019Evergon entreprend en 1970 des \u00e9tudes en art \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Mount Allison au Nouveau-Brunswick. On lui apprenait alors le dessin et la peinture sous une forme assez orthodoxe, lui inculquant une base solide des diff\u00e9rents proc\u00e9d\u00e9s picturaux et des techniques artistiques. C\u2019est lors de sa troisi\u00e8me ann\u00e9e dans cette institution qu\u2019il commence \u00e0 faire usage de la photographie. \u00ab Je travaillais bien, mais lentement. Tout devait \u00eatre parfait. J\u2019ai alors commenc\u00e9 \u00e0 faire de la photographie pour m\u2019en servir comme r\u00e9f\u00e9rence pour mes dessins et mes peintures. \u00c7a \u00e9vitait les trop longues poses pour les mod\u00e8les. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Suite \u00e0 ses \u00e9tudes de premier cycle, Evergon d\u00e9m\u00e9nage \u00e0 New York en 1974 pour y \u00e9tudier au Rochester Institute of Technology. II se retrouve alors dans un environnement d\u2019apprentissage qu\u2019il jugeait peu r\u00e9ceptif. Le corps enseignant \u00e9tant compos\u00e9 exclusivement d\u2019hommes h\u00e9t\u00e9rosexuels, Evergon s\u2019\u00e9puisait \u00e0 leur expliquer et \u00e0 justifier sa pratique artistique. Ses professeurs ne comprenaient pas les enjeux de l\u2019engagement homosexuel mis en \u0153uvre dans le travail d\u2019Evergon. \u00ab Je ne recevais aucun support. C\u2019\u00e9tait un continuel d\u00e9couragement. \u00c0 la deuxi\u00e8me session je leur ai simplement dit : \u201c\u00e7a s\u2019en va nulle part. Je veux que vous me signiez une permission d\u2019enseignement. Il y a quelques femmes artistes que je connais et avec qui je voudrais travailler\u201d. \u00bb C\u2019est \u00e0 travers ce r\u00e9seau de femmes, entre autres Judy Steinhauser, Betty Hahn et Bea Nettles, qu\u2019Evergon peut enfin recevoir une certaine reconnaissance pour son travail. Ces photographes new-yorkaises travaillaient alors \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un r\u00e9seau artistique marginal et exploraient les proc\u00e9d\u00e9s alternatifs de la photographie. Leurs recherches sur le m\u00e9dium photographique pr\u00e9sentaient plusieurs analogies avec le travail d\u2019Evergon. Ce dernier fut ainsi rapidement int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 un r\u00e9seau plus large qui lui offrait des opportunit\u00e9s d\u2019expositions et l\u2019occasion d\u2019\u00e9changer sur ce qu\u2019il consid\u00e8re comme l\u2019aspect le plus important de son travail: la politique et l\u2019engagement homosexuel. Cet engagement n\u2019est pas pour lui une simple composante de son art. C\u2019est \u00ab un style de vie, un devoir \u00bb qui fait aussi partie de son travail d\u2019enseignant \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Concordia. \u00ab J\u2019ai, je crois, \u00e9t\u00e9 un genre de mentor pour un grand nombre d\u2019homosexuels, de lesbiennes et de transsexuels. Et pour moi, cela est tr\u00e8s important. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a assur\u00e9ment un parall\u00e8le \u00e0 \u00e9tablir entre la \u00ab naissance \u00bb d\u2019Evergon en tant qu\u2019artiste et ce que l\u2019on pourrait nommer son bapt\u00eame. Au d\u00e9but de sa carri\u00e8re, il se fait donner puis s\u2019approprie un nouveau nom : Evergon. Ce changement est selon lui d\u2019une importance capitale dans la gen\u00e8se de toute son \u0153uvre. \u00ab \u00c0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 ce nom m\u2019a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9, j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 choisi un nom d\u2019artiste avec mon copain. Puis, il s\u2019est suicid\u00e9. Je n\u2019\u00e9tais plus la personne la plus agr\u00e9able \u00e0 c\u00f4toyer. [&#8230;] Peu apr\u00e8s, lors d\u2019une f\u00eate, une amie a traduit les termes \u201ctoujours parti\u201d en anglais. C\u2019est alors que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 utiliser Evergon. \u00bb Ce nom l\u2019autorisera ensuite \u00e0 jouer avec son identit\u00e9. Le lib\u00e9rant d\u2019un nom propre, le sien, ce nouveau nom occultait toutes r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l\u2019\u00e2ge, au sexe ou \u00e0 la nationalit\u00e9. Ce nom se transformera encore : Egon Brut, Celluloso Evergonni, Eve R. Gonzales. En devenant plusieurs personnes \u00e0 la fois, en devenant autre, Evergon transforme son image, fragmente et transgresse sa propre identit\u00e9. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9 de ce qu\u2019il a nomm\u00e9 ailleurs la \u00ab jans\u00e9nisation de <span style=\"white-space: nowrap;\">l\u2019art<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Cit\u00e9 dans Louis Cumins et Alain Laframboise, \u00ab Le commissaire, l\u2019artiste, l\u2019archiviste et l\u2019amateur \u00bb dans&nbsp;<em>Ramboys: A Bookless Novel and Other Fictions<\/em>, catalogue d\u2019exposition (Galerie d\u2019art d\u2019Ottawa, 4 mai au 18 juin 1998), Ottawa, Galerie d\u2019art d\u2019Ottawa, 1995, p,117. Note des auteurs : \u00ab H. W. Janson est l\u2019auteur de l\u2019une des histoires g\u00e9n\u00e9rales de l\u2019art les plus largement diffus\u00e9es dans le monde. Comme ses coll\u00e8gues, il va sans dire qu\u2019il reste r\u00e9serv\u00e9 quant \u00e0 la dimension et \u00e0 l\u2019impact \u00e9rotiques des \u0153uvres d\u2019art \u00bb.<\/span> \u00bb, l\u2019artiste cherche ainsi \u00e0 ouvrir sa pratique artistique \u00e0 une dimension \u00e9rotique, symbolique, mythique et fragmentaire.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9ception des \u0153uvres d\u2019Evergon, une fois sorti de l\u2019universit\u00e9, reste quelque peu ambigu\u00eb et partag\u00e9e. Le travail du jeune artiste \u00e9tait loin de faire l\u2019unanimit\u00e9. Questionnant les notions de&nbsp;<em>gender<\/em>, transgressant les normes de la photographie, la question de la signification de l\u2019art ne se posait pas \u00e0 lui; il \u00e9tait assur\u00e9ment engag\u00e9. Evergon utilisait alors des techniques inusit\u00e9es comme le cyanotype ou la gomme bichromat\u00e9e. R\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 ce qui l\u2019a incit\u00e9 \u00e0 user de ces proc\u00e9d\u00e9s marginaux, Evergon constate qu\u2019il travaille un peu par \u00ab accident \u00bb. \u00ab C\u2019est comme pour les r\u00e9centes photos que j\u2019ai prises de ma m\u00e8re par exemple. C\u2019est elle qui a insist\u00e9 pour que les photos soient faites. [&#8230;] Comme tout le reste, c\u2019\u00e9tait un cadeau de Margaret que je n\u2019aurais jamais os\u00e9 demander&#8230; \u00bb C\u2019est alors que les premiers mots prononc\u00e9s par Evergon lors de cette entrevue me sont apparus de nouveau, \u00e0 la fois diff\u00e9rents et identiques \u00e0 eux-m\u00eames : \u00ab Je suis certain que tout a commenc\u00e9 avec ma m\u00e8re&#8230; \u00bb<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Devenir peintre : David Elliott<\/h2>\n\n\n\n<p>Originaire de l\u2019Ontario, David Elliott a grandi dans la petite ville de London. C\u2019est l\u00e0, vers la fin des ann\u00e9es 1960, que se pr\u00e9cise son d\u00e9sir de devenir peintre. La d\u00e9cision du jeune artiste, dont l\u2019int\u00e9r\u00eat pour les arts est avant tout port\u00e9 par la musique, la litt\u00e9rature et le cin\u00e9ma, se manifeste par sa rencontre marquante avec le travail d\u2019un autre peintre. \u00ab II y avait alors des artistes de renomm\u00e9e internationale qui travaillaient \u00e0 London, et je croyais que c\u2019\u00e9tait normal. C\u2019\u00e9tait, entre autres, Jack Chambers et Greg Curnoe. J\u2019ai vu leurs \u0153uvres \u00e0 la biblioth\u00e8que municipale. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9mu et \u00e7a a \u00e9t\u00e9 presque une d\u00e9cision imm\u00e9diate. Je deviendrais non pas un artiste, mais un peintre. La peinture que j\u2019ai vue alors \u00e9tait&nbsp;<em>Mary and Olga Visiting<\/em>&nbsp;de Jack Chambers. J\u2019ai pris ma d\u00e9cision en regardant cette peinture. \u00bb Elliott \u00e9tait alors persuad\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait tout \u00e0 fait commun que des artistes de grande notori\u00e9t\u00e9 tels que Jack Chambers travaillent dans des localit\u00e9s sans grand r\u00e9seau de l\u00e9gitimation artistique comme London. \u00ab De fa\u00e7on un peu na\u00efve \u00bb, comme il le dit lui-m\u00eame, il croyait que chaque petite ville avait son lot de grands artistes et qu\u2019ils \u00e9taient support\u00e9s, encourag\u00e9s par leur milieu. Il r\u00e9alisa un peu plus tard comment sa vision de la carri\u00e8re d\u2019artiste \u00e9tait biais\u00e9e par la fausse id\u00e9e qu\u2019il se faisait du support des institutions et des autorit\u00e9s locales en mati\u00e8re d\u2019art.<\/p>\n\n\n\n<p>De 1972 \u00e0 1976, David Elliott fait des \u00e9tudes en arts plastiques \u00e0 Queen\u2019s University \u00e0 Kingston. \u00c0 cette \u00e9poque les institutions universitaires se questionnaient sur la pertinence d\u2019un enseignement bas\u00e9 sur des principes d\u2019ordre formel. \u00c0 l\u2019\u00e9cart du corpus habituel des \u00e9coles d\u2019arts plastiques qui ressemble encore souvent aujourd\u2019hui \u00e0 celui de l\u2019Acad\u00e9mie des si\u00e8cles pr\u00e9c\u00e9dents, Elliott n\u2019a pas eu de \u00ab cours classiques \u00bb en peinture. \u00ab Je n\u2019ai jamais eu de cours de couleurs, je n\u2019ai jamais eu de classe de mod\u00e8le vivant&#8230; Les professeurs rejetaient cela. Il y avait beaucoup de travail exp\u00e9rimental, beaucoup de collage, et j\u2019imagine que cela m\u2019a tout de m\u00eame \u00e9norm\u00e9ment influenc\u00e9 \u00bb. Plus que des \u00ab recettes d\u2019ateliers \u00bb, Elliott y apprend une m\u00e9thode de travail. Oblig\u00e9 de se pr\u00e9senter tous les jours \u00e0 l\u2019atelier, il comprend alors la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une d\u00e9marche de cr\u00e9ation soutenue et la pertinence de questionner sans cesse la validit\u00e9 de son art. Sa formation en ma\u00eetrise \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Concordia (1977-1979) le plonge ensuite dans ce qu\u2019il nomme \u00ab la communaut\u00e9 d\u2019artistes \u00bb. L\u2019enseignement est avant tout orient\u00e9 vers la th\u00e9orie artistique et le familiarise \u00e9galement avec les aspects plus pratiques du \u00ab m\u00e9tier d\u2019artiste \u00bb. David Elliott enseigne aujourd\u2019hui \u00e0 cette m\u00eame universit\u00e9 qui lui aura fait d\u00e9couvrir quelques aspects de la r\u00e9alit\u00e9 du monde de l\u2019art. Pour cet artiste qui a commenc\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 enseigner, notamment \u00e0 des personnes en milieu carc\u00e9ral et \u00e0 des classes d\u2019enfants, cette double carri\u00e8re lui appara\u00eet maintenant comme \u00e9tant le parfait accord de \u00ab sa nature de cr\u00e9ateur et d\u2019animal social \u00bb. Pour certains artistes dont Elliott, le travail d\u2019enseignement permet de porter un regard critique sur leur art et d\u2019\u00e9largir la port\u00e9e de leur questionnement artistique. Il est pour lui une v\u00e9ritable extension de la pratique artistique.<\/p>\n\n\n\n<p>Au tout d\u00e9but de la carri\u00e8re de David Elliott, le m\u00e9dium pictural avait \u00e9t\u00e9 en quelque sorte \u00ab \u00e9vinc\u00e9 \u00bb du champ de l\u2019art contemporain par des pratiques plus pr\u00e9gnantes \u00e0 cette \u00e9poque, comme la performance et l\u2019installation. \u00ab J\u2019ai toujours trouv\u00e9 tr\u00e8s dr\u00f4le que pendant 30 ans on parle de la mort de la peinture. Mais ce n\u2019est jamais arriv\u00e9. [&#8230;] Je trouvais assez bizarre le fait que je pouvais aller \u00e0 New York sans voir du tout de peinture. Je voyais les performances de Trisha Brown, les installations de Vito Acconci, le&nbsp;<em>Earth Work<\/em>&nbsp;de Walter De Maria. [&#8230;] \u00c0 ce moment je me disais : &#8220;Qu\u2019est ce que c\u2019est ? O\u00f9 est la peinture ?&#8221; Mais je crois que j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s chanceux de voir tout cela car c\u2019\u00e9tait une \u00e9poque vraiment excitante. Et je crois que ces \u00e9l\u00e9ments de performance sont pr\u00e9sents dans mes \u0153uvres. L\u2019id\u00e9e de la peinture comme un grand \u00e9cran sur lequel on performe est influenc\u00e9e par ce que j\u2019ai vu \u00e0 cette \u00e9poque. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Issu de motifs \u00ab copi\u00e9s\/coll\u00e9s \u00bb glan\u00e9s \u00e0 diff\u00e9rentes sources, le travail d\u2019Elliott s\u2019inscrit dans le retour de la peinture dans la pratique artistique contemporaine. Ses \u0153uvres sont compos\u00e9es d\u2019autant de fragments qui viennent jouer sur la surface de la toile, formant des univers hybrides o\u00f9 la question d\u2019une figuration \u00e0 caract\u00e8re priv\u00e9 reste \u00e0 demi voil\u00e9e. Mais cette figuration ne se donne pas imm\u00e9diatement \u00e0 prendre comme telle. \u00ab Je ne fais pas de peinture litt\u00e9rale. [&#8230;] C\u2019est comme \u00e7a depuis le commencement&#8230; Ce que je fais c\u2019est de la po\u00e9sie plastique, d\u2019une certaine mani\u00e8re. \u00bb Et c\u2019est ainsi, fa\u00e7on de ne pas taire ses \u00ab passions pour la musique et la litt\u00e9rature \u00bb, qu\u2019Elliott r\u00e9active toute la po\u00e9sie de ses premi\u00e8res portes d\u2019entr\u00e9e dans le domaine des arts.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Lyne Lapointe : Malgr\u00e9 les chemins battus<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019image de l\u2019artiste elle-m\u00eame, qui dit refuser de se soumettre ou d\u2019obtemp\u00e9rer, le parcours de Lyne Lapointe se pr\u00e9sente sous un mode r\u00e9fractaire. \u00c0 m\u2019entendre prononcer le mot \u00ab carri\u00e8re \u00bb, elle grimace, comme s\u2019il lui renvoyait l\u2019image d\u2019un chemin rectiligne d\u00e9j\u00e0 trac\u00e9 duquel on ne pourrait bifurquer. D\u00e9j\u00e0, au sein de son milieu familial, elle remettait en question ce monde qui lui apparaissait si ferm\u00e9. C\u2019est ce qu\u2019elle nomme en riant son \u00ab c\u00f4t\u00e9 d\u00e9linquant \u00bb. \u00ab J\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ce qu\u2019\u00e9taient la famille, l\u2019\u00e9cole, les institutions. Tr\u00e8s jeune, je questionnais ma position par rapport \u00e0 ma propre famille, \u00e0 leur monde clos, leur capitalisme, leur h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9. [&#8230;] L\u2019id\u00e9e de ce qui est ferm\u00e9 m\u2019\u00e9touffe. \u00bb Ce questionnement toujours renouvel\u00e9, inh\u00e9rent \u00e0 la plupart des r\u00e9flexions des artistes sur leur art, a profond\u00e9ment marqu\u00e9 l\u2019orientation de sa d\u00e9marche artistique.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir entrepris des \u00e9tudes en histoire pendant lesquelles elle remplissait ses recueils de notes de dessins, Lyne Lapointe s\u2019inscrit en 1977 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Ottawa en arts visuels. Une fois encore, \u00e0 ses yeux, elle se retrouvait dans un milieu clos et institutionnalis\u00e9 auquel elle tentait de se soustraire en travaillant en marge de l\u2019enseignement qu\u2019elle y recevait. \u00ab L\u2019universit\u00e9 ne m\u2019apportait pas grand-chose; elle me nuisait&#8230; \u00c0 cette \u00e9poque, l\u2019installation n\u2019\u00e9tait pas vraiment enseign\u00e9e au Canada. Alors, avec quelques amis, on travaillait \u00e0 des projets personnels les fins de semaines. Par exemple, l\u2019universit\u00e9 a un jour d\u00e9cid\u00e9 de faire des r\u00e9novations. Alors, tout ce qu\u2019ils avaient jet\u00e9 dans des \u201cconteneurs\u201d on l\u2019a rentr\u00e9 au d\u00e9partement des arts plastiques et on a fait des sculptures monumentales avec. [&#8230;] C\u2019\u00e9tait \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019universit\u00e9 que j\u2019apprenais vraiment quelque chose. \u00bb Pr\u00e9figuration insoup\u00e7onn\u00e9e des installations qu\u2019elle r\u00e9alisera plus tard dans diff\u00e9rents lieux d\u00e9saffect\u00e9s, ces projets s\u2019inscrivent dans ce discours sur l\u2019\u00e9cart et le questionnement tenu par l\u2019artiste. Lyne Lapointe confirme ce que plusieurs autres artistes ont par ailleurs exprim\u00e9 : l\u2019insoumission est une figure bien ancr\u00e9e dans l\u2019imaginaire artistique.&nbsp;<em>Topos<\/em>&nbsp;bien connu, elle n\u2019est reste pas moins une image d\u00e9terminante de la formation et de la justification du parcours des artistes.<\/p>\n\n\n\n<p>Travaillant toujours en opposition au corpus acad\u00e9mique, Lyne Lapointe d\u00e9cide d\u2019abandonner avant la fin de son baccalaur\u00e9at. L\u2019universit\u00e9 derri\u00e8re elle, l\u2019artiste loue un atelier qui \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 une chambre froide. Elle travaille \u00e0 des \u0153uvres plut\u00f4t sculpturales et fait beaucoup d\u2019exp\u00e9rimentations avec diff\u00e9rentes mati\u00e8res. Puis, un jour, elle re\u00e7oit la visite de Betty Goodwin \u00e0 son atelier. Int\u00e9ress\u00e9e par son travail, Betty Goodwin la pr\u00e9sente \u00e0 France Morin qui \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9poque sa galeriste. \u00ab \u00c0 23 ans, j\u2019exposais chez France Morin. Apr\u00e8s, j\u2019ai fait partie de&nbsp;<em>K\u00fcnstler aus Kanada<\/em>, une exposition de groupe qui repr\u00e9sentait l\u2019art canadien en Allemagne. J\u2019ai pourtant eu un sentiment d\u2019insatisfaction comme quoi ce n\u2019\u00e9tait pas assez. Je voulais trouver des voies qui \u00e9taient autres que celles du milieu de l\u2019art, autres que les voies habituelles. Ce qui me nourrissait alors \u00e9tait la pr\u00e9sence de spectateurs, leurs diverses pr\u00e9sences par rapport \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Cela correspond au d\u00e9but de ma collaboration avec Martha Fleming&#8230; \u00bb Inspir\u00e9es entre autres du travail de Gordon Matta-Clark, les installations r\u00e9alis\u00e9es par les deux artistes dans des \u00e9difices abandonn\u00e9s s\u2019inscrivent parfaitement dans ce que Lyne Lapointe cherchait \u00e0 questionner. Elles pla\u00e7aient le spectateur dans un lieu ambigu o\u00f9 il devait interroger son rapport au site, \u00e0 son histoire, aux \u0153uvres qu\u2019il contenait, aux objets qu\u2019il ne contenait plus et des gens qu\u2019il avait abrit\u00e9s. \u00ab L\u2019art faisait ainsi partie de la soci\u00e9t\u00e9, n\u2019\u00e9tait pas exclu et n\u2019excluait rien \u00e0 son tour. Le contexte social et politique permettait cela. De nos jours, \u00e7a serait vraiment plus difficile de faire ce que Martha et moi faisions. Je pense, par exemple, \u00e0 la situation politique actuelle. Je m\u2019imagine mal aujourd\u2019hui essayer de passer les douanes avec tout le mat\u00e9riel qu\u2019on avait \u00e0 l\u2019\u00e9poque quand on est all\u00e9 \u00e0 New York pour faire le projet&nbsp;<em>The Wild and the Deep<\/em>. [\u2026] Quand on a ouvert le camion pour que les inspecteurs voient ce qu\u2019il y avait dedans&#8230; Je crois que de nos jours, on n\u2019aurait pas travers\u00e9 la fronti\u00e8re. Encore aujourd\u2019hui, peut-\u00eatre m\u00eame plus qu\u2019avant, il est n\u00e9cessaire de repenser notre rapport aux choses et aux situations qui nous entourent. \u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Insistant encore et encore sur l\u2019importance de se remettre sans cesse en question par rapport \u00e0 elle-m\u00eame et \u00e0 l\u2019environnement dans lequel elle se situe, Lyne Lapointe affirme que cette attitude est \u00e0 l\u2019origine de sa personnalit\u00e9 artistique, de sa pratique, de sa vie personnelle. \u00ab Pour moi, tout est toujours mouvant, rien ne s\u2019arr\u00eate jamais. Tout est toujours \u00e0 recommencer. \u00bb Autre r\u00e9miniscence de la figure de l\u2019artiste, cette introspection perp\u00e9tuelle et ce retour incessant sur les origines d\u2019une pratique s\u2019imposent. Comme il est de mise, l\u2019artiste n\u2019opte habituellement pour rien de ce qui s\u2019offre comme \u00e9tant \u00e0 prendre.<\/p>\n<div style='display: none;'>David Elliott, Evergon, Lyne Lapointe, Marilou St-Pierre, Raymonde April, Rober Racine, Robert Saucier<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[4658],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[4678],"artistes":[2640,4679,4680,2993,5288,3947],"thematiques":[],"type_post":[319],"class_list":["post-179298","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archive","category-post","numeros-51-20-ans-dengagement-en","statuts-archive","auteurs-marilou-st-pierre-en","artistes-david-elliott-en","artistes-evergon-en","artistes-lyne-lapointe-en","artistes-raymonde-april-en","artistes-rober-racine-en","artistes-robert-saucier-en","type_post-principal"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179298","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=179298"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179298\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=179298"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=179298"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=179298"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=179298"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=179298"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=179298"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=179298"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=179298"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=179298"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=179298"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=179298"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}