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{"id":179460,"date":"2004-01-01T19:45:00","date_gmt":"2004-01-02T00:45:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/lart-et-la-faim\/"},"modified":"2024-10-09T10:35:28","modified_gmt":"2024-10-09T15:35:28","slug":"lart-et-la-faim","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/lart-et-la-faim\/","title":{"rendered":"<strong>L\u2019art et la faim<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Il \u00e9tait trois heures. La faim commen\u00e7ait \u00e0 devenir un peu terrible. J\u2019\u00e9tais ext\u00e9nu\u00e9, et j\u2019avais des naus\u00e9es. Tout en marchant je vomissais de temps \u00e0 autre \u00e0 la d\u00e9rob\u00e9e. Je descendis au restaurant populaire, lus le menu et haussai ostensiblement les \u00e9paules, comme si le petit sal\u00e9 et le lard fum\u00e9 n\u2019\u00e9taient pas du manger pour moi.<\/p>\n<cite>&#8211;&nbsp;<em>La faim<\/em>&nbsp;de Knut <span style=\"white-space: nowrap;\">Hamsun<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Le livre de poche (biblio), p. 71.<\/span><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9dig\u00e9 en 1890, <em>La faim<\/em> de l\u2019\u00e9crivain norv\u00e9gien Knut Hamsun (1859-1952) a pour seul sujet, comme son titre l\u2019indique, l\u2019exp\u00e9rience de quelqu\u2019un qui a faim et qui souffre de ce besoin, vital pour tout vivant, de manger afin de ne pas mourir. En ayant subi lui-m\u00eame la sensation de la faim jusqu\u2019\u00e0 ne plus savoir ce qu\u2019est manger, notamment lorsqu\u2019il se trouva forc\u00e9 \u00e0 errer de ville en ville \u00e0 la recherche d\u2019un gagne-pain, quelque part du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Am\u00e9rique, Hamsun devait explorer l\u2019un des aspects les plus inconcevables de l\u2019existence humaine. Il a ainsi d\u00e9crit l\u2019autre versant de l\u2019attitude moderne qui consiste, selon Baudelaire, \u00e0 \u00abl\u2019h\u00e9ro\u00efsation de la vie quotidienne\u00bb. Mis \u00e0 part ce roman, l\u2019exp\u00e9rience de la faim a \u00e9t\u00e9 peu relat\u00e9e en art. Cependant, puisqu\u2019elle s\u2019expose difficilement, surtout dans le domaine des arts visuels, cette pudeur peut aussi se comprendre. Mais faut-il, pour autant, l\u2019ignorer?<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a moins de un an, l\u2019exposition&nbsp;<em>Comer o no Comer<\/em>&nbsp;\u2013 manger ou ne pas manger \u2013, pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 Salamanque en Espagne, a eu le m\u00e9rite de poser la <span style=\"white-space: nowrap;\">question<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - L\u2019exposition&nbsp;<em>Comer o no Comer<\/em>&nbsp;a eu lieu de novembre 2002 \u00e0 janvier 2003 \u00e0 la Casa (Centre de Arte de Salamanca). Un tr\u00e8s beau et volumineux catalogue en version espagnole ou anglaise (<em>To Eat or not to Eat, or relationships of art with food in the 20th Century<\/em>, CASA, 2002, 536 p., 231 ill.) accompagnait l\u2019exposition.<\/span>. Cette exposition retra\u00e7ait diverses avenues qu\u2019entretiennent les arts visuels du 20e si\u00e8cle avec la nourriture. Y \u00e9taient expos\u00e9es les \u0153uvres de 112 artistes internationaux \u2013 Beuys, Broodtaers, Delvoye, Duchamp, General Idea, Hatoum, Lavier, Matta-Clark, Spoerri, Vostell, etc. \u2013 qui, d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre, ont repr\u00e9sent\u00e9 ou int\u00e9gr\u00e9 dans certaines de leurs propositions des substances comestibles. Parall\u00e8lement \u00e0 ces \u0153uvres, le directeur du projet et co-commissaire, l\u2019artiste Dario Corbeira, a aussi choisi d\u2019exposer, comme en exergue \u00e0 l\u2019exposition, une nature morte de Luis Mel\u00e9ndez, peintre espagnol du 18e si\u00e8cle. Intitul\u00e9e&nbsp;<em>Bodeg\u00f3n con madro\u00f1os<\/em>, cette toile montre ce que bien des \u0153uvres de ce genre ont la particularit\u00e9 de reproduire, soit des fruits, une carafe de vin accompagn\u00e9e d\u2019un petit baril et un verre \u00e0 demi rempli, le tout d\u00e9pos\u00e9 sur une vieille table de bois. Consid\u00e9r\u00e9es longtemps comme un genre mineur, les natures mortes n\u2019en repr\u00e9sentent pas moins le monde des choses terrestres et l\u2019abondance nouvelle sur le plan alimentaire, laquelle accro\u00eetra les plaisirs de la bouche. Toutefois, les raisons qui motiv\u00e8rent Corbeira \u00e0 exposer cette \u0153uvre sont ailleurs. Le tableau se trouve ici moins important que son auteur. En effet, Mel\u00e9ndez avait beau \u00eatre reconnu comme un sp\u00e9cialiste des natures mortes, il \u00e9tait aussi quelqu\u2019un qui r\u00e9guli\u00e8rement souffrait de la <span style=\"white-space: nowrap;\">faim<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - Voir le texte&nbsp;<em>Eat, Create, Think, Enjoy<\/em>&nbsp;de Dario Corbeira paru dans le catalogue (op. cit.), p. 15 et suiv.<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, le ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019est pas nouveau. Et de le soulever ici comme probl\u00e8me pourrait para\u00eetre d\u00e9plac\u00e9. Puisque l\u2019histoire de l\u2019art n\u2019a jamais consid\u00e9r\u00e9, au dire de Nicolas Bourriaud, la cr\u00e9ation de soi comme une cat\u00e9gorie <span style=\"white-space: nowrap;\">esth\u00e9tique<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Voir&nbsp;<em>Formes de vie. L\u2019art moderne et l\u2019invention de soi<\/em>, \u00c9d. Deno\u00ebl, p. 103.<\/span>; \u00e0 plus forte raison, elle n\u2019a pas cherch\u00e9 \u00e0 regarder, ou rarement, du c\u00f4t\u00e9 de la condition mat\u00e9rielle d\u2019existence. De plus, \u00e0 l\u2019\u00e9poque classique, la jonction entre l\u2019\u0153uvre et le processus artistique avait peu d\u2019importance et correspondait \u00e0 deux sph\u00e8res d\u2019activit\u00e9s tout \u00e0 fait diff\u00e9rentes. Par contre, en prenant pour r\u00e9f\u00e9rence la vie et l\u2019\u0153uvre de Mel\u00e9ndez, c\u2019est justement cette s\u00e9paration entre l\u2019art et la vie que l\u2019exposition&nbsp;<em>Comer o no Comer<\/em>&nbsp;voulait souligner. En pr\u00e9sentant l\u2019\u0153uvre d\u2019un artiste qui avait le talent de peindre \u00e0 merveille des fruits, du pain et du vin, mais qui ne pouvait trouver pour lui-m\u00eame les moyens de se les procurer, l\u2019id\u00e9e nous \u00e9tait lanc\u00e9e que le ph\u00e9nom\u00e8ne de la faim comme sensation qui parfois devient douloureuse \u2013 sinon mortelle \u2013 lorsqu\u2019elle n\u2019est pas satisfaite, a aussi son importance lorsqu\u2019il s\u2019agit de la relation entre l\u2019art et la nourriture. En somme, l\u2019exemple de Mel\u00e9ndez ouvre sur la question de la place de l\u2019\u00e9thique au sein de l\u2019esth\u00e9tique et, sans doute aussi, sur les limites de la modernit\u00e9 face \u00e0 une certaine id\u00e9e de l\u2019\u00e9thique. Je m\u2019explique.<\/p>\n\n\n\n<p>La modernit\u00e9 est d\u2019abord une attitude, un comportement, un style. Bourriaud, \u00e0 la suite de Michel Foucault, l\u2019interpr\u00e8te, en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 Baudelaire, comme \u00abpassion du pr\u00e9sent\u00bb. Mais la modernit\u00e9 n\u2019est pas qu\u2019un rapport vif au pr\u00e9sent, il est aussi un rapport \u00e0 soi. Les deux, en somme, vont de pair. C\u2019est d\u2019ailleurs ainsi que l\u2019esth\u00e9tique de l\u2019existence s\u2019associe d\u2019embl\u00e9e \u00e0 une \u00e9thique. Le projet artistique moderne \u00e9tant bien s\u00fbr de faire de sa vie une \u0153uvre d\u2019art. Or, nul doute, c\u2019est dans ce m\u00eame esprit que la liaison entre art et nourriture pouvait, au 20e si\u00e8cle, avoir lieu. Que ce soit avec les Futuristes et leurs soir\u00e9es culinaires, ou encore avec le Eat Art apparu dans les ann\u00e9es 1960, le mat\u00e9riau alimentaire associ\u00e9 au domaine de l\u2019art viendra c\u00e9l\u00e9brer, d\u2019un point de vue gastronomique, la fin d\u2019une certaine esth\u00e9tique qui concevait le produit artistique comme un objet autonome. Par cette esth\u00e9tique de la f\u00eate qui fait appel au corps h\u00e9doniste, les artistes-cuisiniers questionnaient les bases id\u00e9ologiques du jugement de go\u00fbt. En incorporant les sens du gustatif et de l\u2019odorat dans le processus artistique, ils cherchaient \u00e0 contester la puret\u00e9 du jugement esth\u00e9tique bas\u00e9 sur la contemplation d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e. Et c\u2019est ce genre d\u2019exp\u00e9rience, o\u00f9 les activit\u00e9s quotidiennes s\u2019introduisent au sein de la cr\u00e9ation, qui caract\u00e9rise, au dire de Bourriaud, l\u2019attitude moderne dans les arts visuels. Paul Val\u00e9ry avait d\u00e9j\u00e0 proph\u00e9tis\u00e9 cet art d\u2019attitude qui valorise les \u00abactivit\u00e9s ordinaires\u00bb au d\u00e9triment des \u00abarts sp\u00e9cialis\u00e9s\u00bb. Pour le po\u00e8te, toutefois, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de cette esth\u00e9tique \u00e9largie, la faim comme sensation n\u2019est pas compl\u00e8tement <span style=\"white-space: nowrap;\">d\u00e9laiss\u00e9e<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - Voir \u00abL\u2019infini esth\u00e9tique\u00bb dans&nbsp;<em>\u0152uvres<\/em>, tome II (Pl\u00e9iade), p. 1342.<\/span>. Puisque l\u2019esth\u00e9tique est dor\u00e9navant comprise comme facult\u00e9 de sentir, la faim est dans \u00abl\u2019ordre des choses esth\u00e9tiques\u00bb la premi\u00e8re sensation. D\u00e8s l\u2019instant o\u00f9 elle est combl\u00e9e, elle se transmue en plaisir de manger. Or, m\u00eame si ce plaisir nous est commun avec les animaux, \u00abpuisqu\u2019il ne suppose que la faim et ce qu\u2019il faut pour la satisfaire\u00bb, seuls les humains auront le loisir de d\u00e9velopper les plaisirs de la table \u00e0 partir desquels est pr\u00e9suppos\u00e9 l\u2019art de <span style=\"white-space: nowrap;\">manger<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-6\" href=\"#footnote-6\"><sup>6<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-6\"><a href=\"#fn-ref-6\"> 6 <\/a> - Sur cette distinction entre le plaisir de manger et les plaisirs de table, voir de Brillat-Savarin,&nbsp;<em>Physiologie du go\u00fbt<\/em>, \u00c9d. Flammarion (Champs), p. 170.<\/span>. Or, cet art de manger, que Val\u00e9ry inclut parmi les activit\u00e9s quotidiennes, contribue aussi \u00e0 l\u2019art de vivre, tel que souhait\u00e9 par la modernit\u00e9 artistique.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme on le sait, le sociologue Michel Maffesoli a \u00e9galement pour projet d\u2019analyser cet art de vivre au sein de ce qu\u2019il appelle un h\u00e9donisme au <span style=\"white-space: nowrap;\">quotidien<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-7\" href=\"#footnote-7\"><sup>7<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-7\"><a href=\"#fn-ref-7\"> 7 <\/a> - Cet h\u00e9donisme du quotidien fait l\u2019objet d\u2019un ouvrage intitul\u00e9&nbsp;<em>Au creux des apparences<\/em>.&nbsp;<em>Pour une \u00e9thique de l\u2019esth\u00e9tique<\/em>, Le livre de poche (Biblio\/essais), 1993.<\/span>. Dans le cadre des soci\u00e9t\u00e9s postmodernes, la vie comme forme d\u2019art se d\u00e9veloppe d\u00e9sormais dans diff\u00e9rents champs d\u2019activit\u00e9s sociales. Comme partage du sensible, comme sensation mutuelle, l\u2019esth\u00e9tique se trouve ainsi intimement li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9thique comme rapport \u00e0 l\u2019autre au sein de la socialit\u00e9. L\u2019\u00eatre-ensemble g\u00e9n\u00e8re des espaces communs de convivialit\u00e9, voire m\u00eame de fusion, o\u00f9 l\u2019identit\u00e9 personnelle perd sa notori\u00e9t\u00e9 au profit de l\u2019identification \u00e0 des aventures partag\u00e9es. Fait \u00e0 noter : parmi ces points de rencontre, le fait culinaire occupe une place importante puisqu\u2019il participe, dit-il, \u00e0 la \u00abcentralit\u00e9 souterraine\u00bb de nos vies. Ce qu\u2019il faut aussi retenir, c\u2019est que l\u2019union de l\u2019art avec la vie acc\u00e9l\u00e9rera la d\u00e9valorisation de la pratique artistique proprement dite. Il sp\u00e9cifiera d\u2019ailleurs qu\u2019assimil\u00e9 \u00e0 un fait existentiel, il est permis de penser que l\u2019art c\u00e9l\u00e9br\u00e9 dans les moindres choses devienne un jour \u00abnotre pain <span style=\"white-space: nowrap;\">quotidien<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-8\" href=\"#footnote-8\"><sup>8<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-8\"><a href=\"#fn-ref-8\"> 8 <\/a> - Voir&nbsp;<em>Au creux des apparences<\/em>, op. cit., p. 97.<\/span>\u00bb. \u00c0 cette vision postmoderne du lien social qui unit l\u2019art et la vie, Bourriaud aurait certaines r\u00e9serves. Faire de sa vie une \u0153uvre d\u2019art est-il vraiment devenu, comme le pense Maffesoli, une injonction de masse? M\u00eame si l\u2019art moderne du 20e si\u00e8cle invente \u00abdes points de passage entre l\u2019art et la vie\u00bb et qu\u2019il demeure intrigu\u00e9 par l\u2019id\u00e9e de l\u2019\u0153uvre d\u2019art totale au sein d\u2019une esth\u00e9tique unitaire, toute son analyse consiste \u00e9galement \u00e0 montrer que cette esth\u00e9tisation de la vie passe d\u2019abord par un travail sur soi, une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre, une attitude d\u2019artiste. Ainsi, l\u2019artiste moderne en int\u00e9grant sa vie dans un processus d\u2019invention de soi \u2013 cr\u00e9er, c\u2019est se cr\u00e9er \u2013 met en priorit\u00e9 l\u2019existence avant les \u0153uvres. Il a beau \u00eatre anim\u00e9 par la fin de l\u2019art au sein d\u2019une existence unifi\u00e9e, le geste artistique subsiste peu importe l\u2019\u0153uvre en tant que produit. Paul Ardenne dans son livre&nbsp;<em>Un art contextuel<\/em>d\u00e9veloppera des id\u00e9es <span style=\"white-space: nowrap;\">similaires<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-9\" href=\"#footnote-9\"><sup>9<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-9\"><a href=\"#fn-ref-9\"> 9 <\/a> - Paul Ardenne,&nbsp;<em>Un art contextuel<\/em>, Flammarion, 2002.<\/span>. Il s\u2019agit de rendre compte du r\u00e9el dans le contexte de la vie en soci\u00e9t\u00e9. Et m\u00eame si cela n\u00e9cessite l\u2019abandon du mythe romantique, le statut de l\u2019artiste moderne et contextuel ne dispara\u00eet pas pour autant. Chez Bourriaud, l\u2019esth\u00e9tisation de l\u2019existence assum\u00e9e par l\u2019artiste moderne produit des \u00abformes v\u00e9cues\u00bb, des personnages singuliers, qui les rapprochent des philosophes pr\u00e9-socratiques; alors que chez Ardenne l\u2019artiste contextuel se doit de conserver un lien ambigu d\u2019association et de dissociation avec la soci\u00e9t\u00e9, de sorte que toutes activit\u00e9s artistiques en tant que \u00abmorale cr\u00e9ative\u00bb g\u00e9n\u00e8rent une distance avec la vraie vie, celle o\u00f9 la faim est aussi, pour certains, une r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Faut-il s\u2019en \u00e9tonner? Ce n\u2019est pas avec l\u2019assiette futuriste que les commissaires de&nbsp;<em>Comer o no Comer<\/em>ont fait d\u00e9buter leur survol du 20e si\u00e8cle en ce qui a trait \u00e0 l\u2019art et la nourriture. Ils lui ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 des \u0153uvres d\u2019artistes associ\u00e9s au mouvement expressionniste allemand. Celles notamment de Baluschek, de Grosz, et de Dix, qui dans l\u2019ensemble rappellent la mis\u00e8re humaine dans un contexte politique et \u00e9conomique en crise mais aussi, celles de K\u00e4the Kollwitz, et tout particuli\u00e8rement&nbsp;<em>Brot!<\/em>&nbsp;et&nbsp;<em>Hunger!<\/em>&nbsp;\u2013&nbsp;<em>Du pain!<\/em>&nbsp;et&nbsp;<em>La Faim!<\/em>&nbsp;\u00c0 la m\u00eame \u00e9poque, Bertold Brecht devait soutenir en paroles ces images de souffrance et de d\u00e9sespoir par cette formule lapidaire : \u00abD\u2019abord la bouffe, ensuite la morale!\u00bb Dans certaines circonstances la faim pour certains justifie les moyens, mais la morale n\u2019est pas l\u2019\u00e9thique, surtout pas lorsqu\u2019elle s\u2019identifie aux imp\u00e9ratifs de la volont\u00e9 bourgeoise ax\u00e9e sur le travail et la propri\u00e9t\u00e9. C\u2019est que l\u2019\u00e9thique comme rapport \u00e0 l\u2019autre, comme socialit\u00e9, sous-entend d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 le droit \u00e0 <span style=\"white-space: nowrap;\">l\u2019alimentation<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-10\" href=\"#footnote-10\"><sup>10<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-10\"><a href=\"#fn-ref-10\"> 10 <\/a> - On trouve dans le catalogue de l\u2019exposition de&nbsp;<em>Comer o no Comer<\/em>&nbsp;un texte de Jean Ziegler, \u00e9crit en collaboration avec Sally-Anne Way et Christophe Golay, sur le droit \u00e0 l\u2019alimentation. Voir&nbsp;<em>The Right to Food : What Does it Mean?<\/em>, p. 53 &#8211; 72.<\/span>. Et ce droit a beau \u00eatre aujourd\u2019hui reconnu par les Nations Unies, il a d\u2019abord pour fondement l\u2019existence du corps dans sa naturalit\u00e9 brute. Manger, comme le rappelle le philosophe Hans Jonas, est \u00abune n\u00e9cessit\u00e9 ontologique absolue qui ne souffre pas <span style=\"white-space: nowrap;\">d\u2019exception<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-11\" href=\"#footnote-11\"><sup>11<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-11\"><a href=\"#fn-ref-11\"> 11 <\/a> - Voir \u00abSur le fondement ontologique d\u2019une \u00e9thique du futur\u00bb paru dans&nbsp;<em>Pour une \u00e9thique du futur<\/em>, Rivages poche, 1998, p. 73.<\/span>\u00bb. Pour Jonas, il ne s\u2019agit donc pas de manger ou de ne pas manger : nous devons manger. Il sera par cons\u00e9quent d\u00e9\u00e7u de constater que son ma\u00eetre en ph\u00e9nom\u00e9nologie, Heidegger, qui a pourtant brillamment mis en lumi\u00e8re une analytique de l\u2019\u00eatre de l\u2019homme comme souci devant la mort, a omis de consid\u00e9rer le ph\u00e9nom\u00e8ne de la faim comme donn\u00e9e fondamentale de l\u2019existence humaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Et pourtant, c\u2019est ind\u00e9niable :&nbsp;<em>il y a<\/em>&nbsp;la faim. Elle survient lorsqu\u2019il y a manque de nourriture. Elle agit en absence de l\u2019aliment susceptible de l\u2019apaiser. Elle nous presse d\u2019abr\u00e9ger cette sensation qui nous s\u00e9pare physiologiquement du monde, et qui au m\u00eame instant nous rend d\u00e9pendants des autres. Le duo fran\u00e7ais&nbsp;<em>Art Orient\u00e9 objet<\/em>, form\u00e9 de Marion Laval-Jeantet et de Beno\u00eet Mangin, nous donne \u00e0 entendre cet \u00e9v\u00e9nement par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019une \u0153uvre sonore mise sur le Web et intitul\u00e9e&nbsp;<em>Faim<\/em> <span style=\"white-space: nowrap;\">(2001)<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-12\" href=\"#footnote-12\"><sup>12<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-12\"><a href=\"#fn-ref-12\"> 12 <\/a> - <a href=\"http:\/\/www.synthesie.com\/heterophonies\/audiorama\/aootxt.html\"><em>www.synthesie.com\/heterophonies\/audiorama\/aootxt.html<\/em><\/a><em>.<\/em> de l\u2019artiste israelienne vivant \u00e0 New York a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e dans le cadre d\u2019une r\u00e9sidence artistique \u00e0 l\u2019Academy of Media Art de Cologne (Allemagne). Elle a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e en France du 19 septembre au 26 octobre 2003, et \u00e0 Oboro du 13 septembre au 19 octobre 1997, durant le&nbsp;<em>Mois de la Photo<\/em>&nbsp;(Montr\u00e9al).<\/span>. Pendant plus de trois minutes, on entend les pleurs d\u2019un enfant qui a faim. \u00c9videmment, cette banale supplication \u00e0 satisfaire le besoin d\u2019\u00eatre nourri ne se r\u00e9duit pas \u00e0 un simple enregistrement des cris d\u2019un b\u00e9b\u00e9. Avec la collaboration d\u2019une conceptrice sonore, ces plaintes ont \u00e9t\u00e9 mix\u00e9es \u00e0 ceux de deux chats eux-m\u00eames en manque de nourriture. De toute \u00e9vidence, les artistes ont pris un malin plaisir \u00e0 brouiller ici des cris humains avec ceux des f\u00e9lins; \u00e0 confondre notre faim \u00e0 celle de l\u2019animal. Soyons clair : ce qui int\u00e9resse avant tout ce duo, c\u2019est le rapport pr\u00e9dateur qu\u2019entretiennent les humains avec le monde animal par lequel s\u2019\u00e9tablit un pouvoir devenu de plus en plus pernicieux gr\u00e2ce aux nouvelles technologies, ce qui, dans certains cas, peut nous faire basculer dans une m\u00e9fiance face \u00e0 ce que nous ing\u00e9rons. Pour s\u2019en amuser, le duo avait install\u00e9, en 1993 la gigantesque photographie d\u2019une vache dans une vitrine du quartier de la prostitution \u00e0 Arnhem aux Pays-Bas, et sur laquelle \u00e9tait inscrit en n\u00e9erlandais : \u00abEn cas d\u2019empoisonnement, n\u2019absorbez rien et surtout pas de lait\u00bb. Mais si le soup\u00e7on et le d\u00e9sir de protection eu \u00e9gard \u00e0 la consommation de l\u2019autre furent ici soulign\u00e9s sous l\u2019angle de l\u2019ironie, comment aborder plus s\u00e9rieusement notre engagement face \u00e0 la faim de l\u2019autre ?<\/p>\n\n\n\n<p>Pour rendre hommage \u00e0 la pomme de terre, qui a sauv\u00e9 en temps de guerre des millions de gens condamn\u00e9s \u00e0 la famine, Ben en a sign\u00e9 une en l\u2019an 2000 et l\u2019a laiss\u00e9e se putr\u00e9fier lentement en \u0153uvre d\u2019art. Mais la faim de l\u2019autre ici n\u2019avait pas vraiment de visage. Par contre, r\u00e9cemment, l\u2019artiste Irit Batsry pr\u00e9sentait \u00e0 La Ferme du buisson situ\u00e9e \u00e0 Marne-la-Vall\u00e9e (France) une installation-vid\u00e9o intitul\u00e9e&nbsp;<em>To Leave and to Take \u2013 \u00c0 laisser et \u00e0 prendre<\/em>&nbsp;(13), o\u00f9 le probl\u00e8me de la faim de l\u2019autre \u00e9tait directement sugg\u00e9r\u00e9. D\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent\u00e9e chez Oboro en 1997, cette installation consiste d\u2019abord en un \u00e9talement sur le sol de milliers de gants de plastique transparent remplis de riz. Dans cette derni\u00e8re version, trois mille tonnes de riz ont \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaires \u00e0 la confection de ces gants transform\u00e9s en autant de mains qui s\u2019offrent au spectateur soit de fa\u00e7on \u00e9parpill\u00e9e, soit encore rassembl\u00e9es en amas, comme pour rappeler des barricades de protection en forme d\u2019abri. Mais ces gants model\u00e9s par le riz sont \u00e9videmment accompagn\u00e9s par deux vid\u00e9os projet\u00e9es en alternance. L\u2019une montre des images d\u2019une femme assise par terre, dans une rue populeuse d\u2019un pays du tiers-monde, et qui racle inlassablement le fond d\u2019un r\u00e9cipient; l\u2019autre pr\u00e9sente une main qui d\u00e9place de mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9titive, d\u2019un tas \u00e0 un autre, des grains de riz. Batsry, qui a effectu\u00e9 au moins deux voyages en Inde, est tout \u00e0 fait consciente de la difficult\u00e9 de montrer la faim dans le contexte d\u2019une exposition. Elle raconte dans une interview que son propos est bien s\u00fbr celui de la faim dont souffrent des milliers de gens dans le monde, mais que l\u2019on peut aussi y voir la question de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, du donner et du recevoir dans un contexte de mondialisation des march\u00e9s et des rapports de pouvoir entre le nord et le sud. Mais la difficult\u00e9 de son engagement persiste : le souci de la faim de l\u2019autre, parce que livr\u00e9 \u00e0 une mise en sc\u00e8ne visuelle et plastique, voire m\u00eame sonore, reste cantonn\u00e9 au domaine des sensations. Dans un article paru dans&nbsp;<em>Le Monde<\/em>&nbsp;(\u00e9dition du lundi 6 octobre 2003), Batsry reconna\u00eet son impuissance en expliquant qu\u2019avec le temps elle a appris que l\u2019art n\u2019est pas une transaction binaire, car \u00abon ne donne pas forc\u00e9ment aux gens \u00e0 qui l\u2019on a pris\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Afin de contourner ces difficult\u00e9s, les artistes fid\u00e8les aux principes de la modernit\u00e9 ont mis en place comme on l\u2019a vu des attitudes d\u2019\u00e9thique cr\u00e9atrice qui permettent de sortir du monde de l\u2019image et de favoriser par la m\u00eame occasion des espaces de rencontre qui organisent autrement la relation artiste-spectateur. La question de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 se r\u00e9sout alors sous la forme de participation ou tout au moins de proximit\u00e9 avec le dispositif d\u2019exposition de l\u2019\u0153uvre. Autrement dit, la modernit\u00e9, en favorisant de nouvelles possibilit\u00e9s d\u2019existence, invite \u00e9galement \u00e0 de nouvelles formes de relation \u00e0 autrui. C\u2019est ce que Ardenne appelle au niveau de l\u2019art contextuel, l\u2019autrisme. L\u2019autre dont il s\u2019agit alors est ce quelqu\u2019un que l\u2019on peut imm\u00e9diatement toucher, solliciter, et avec qui on peut \u00e9galement dialoguer. Par cons\u00e9quent, l\u2019\u00e9thique recherch\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019esth\u00e9tique des artistes modernes devient effective seulement au niveau du micro-politique. Les bons sentiments humanitaires, pourrait-on dire, font rarement de bonnes \u0153uvres. Comme le souligne Bourriaud, m\u00eame si les artistes sont aussi \u00abproducteurs de morale\u00bb, ils refusent par contre la morale universaliste, tout comme ils ont refus\u00e9 les pr\u00e9tentions \u00e0 l\u2019universalit\u00e9 du jugement de go\u00fbt. Le travail qu\u2019\u00e9labore Massimo Guerrera depuis les ann\u00e9es 1995 avec&nbsp;<em>Cantine, redistribution et transformation de nourritures terrestres<\/em>, ou encore avec&nbsp;<em>Porus<\/em>, en 1999 et&nbsp;<em>Darboral<\/em>, en 2000, est tout \u00e0 fait exemplaire \u00e0 ce sujet. En mettant en sc\u00e8ne une \u00ab\u0153uvre\u00bb qui se concentre sur l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019incorporation alimentaire, ces diverses interventions stimulent la rencontre et le dialogue \u00e0 partir desquels la cuisine comme lieu de partage est centrale. Ici, pas de crainte, la faim est toujours rassasi\u00e9e et convertie en jouissance. Et cette jouissance esth\u00e9tique est loin de celle que recherche l\u2019esth\u00e9tique de la contemplation, puisqu\u2019elle s\u2019\u00e9labore dans le face \u00e0 face, comme le sugg\u00e8re cet extrait d\u2019un texte de 1998 accompagnant l\u2019exposition&nbsp;<em>Porus<\/em>&nbsp;: \u00abAu fait, je ne t\u2019ai pas demand\u00e9 si tu avais faim, viens on va partager un sandwich aux oeufs\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Contrairement \u00e0 l\u2019installation-vid\u00e9o de Batsry, la question de la faim chez Guerrera ne se r\u00e9duit pas \u00e0 des images. Elle est d\u2019abord ce qui rend possible une mise en relation des formes v\u00e9cues, laquelle d\u00e9bouche sur une \u00e9thique du dialogue. Par ailleurs, puisque la faim de l\u2019autre est prise en charge dans une forme artistique, cette faim partag\u00e9e s\u2019ins\u00e8re toujours dans un espace de jeu o\u00f9 l\u2019esth\u00e9tique s\u2019impose. Normal : l\u2019\u00e9thique dont il est question au sein de la modernit\u00e9 est n\u00e9cessairement confin\u00e9e \u00e0 des pratiques o\u00f9 le visage de l\u2019autre s\u2019expose, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, dans le processus artistique. On est alors loin de l\u2019\u00e9thique telle que la comprend L\u00e9vinas c&#8217;est-\u00e0-dire comme remise en question de mon \u00eatre sensible par le visage de l\u2019autre. Chez L\u00e9vinas, la nudit\u00e9 du visage \u00e9thique ne peut en effet se confondre au visage esth\u00e9tique. En voulant toucher au plus pr\u00e8s le r\u00e9el dans un rapport \u00e0 soi, la modernit\u00e9 artistique se voit donc contrainte de demeurer \u00e0 l\u2019\u00e9cart du visage d\u2019autrui, comme si le visage de la faim \u00e9tait toujours ailleurs. Par contre, cela ne signifie pas pour autant qu\u2019elle est d\u00e9gag\u00e9e de tout souci. Surtout pas lorsqu\u2019on en est soi-m\u00eame victime.<\/p>\n<div style='display: none;'>Andr\u00e9-Louis Par\u00e9<\/div><div style='display: none;'>Andr\u00e9-Louis Par\u00e9<\/div><div style='display: none;'>Andr\u00e9-Louis Par\u00e9<\/div><div style='display: none;'>Andr\u00e9-Louis Par\u00e9<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[4705],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[3482],"artistes":[],"thematiques":[],"type_post":[],"class_list":["post-179460","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archive","category-post","numeros-50-nourritures-en","statuts-archive","auteurs-andre-louis-pare-en"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179460","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=179460"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179460\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":256327,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179460\/revisions\/256327"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=179460"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=179460"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=179460"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=179460"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=179460"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=179460"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=179460"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=179460"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=179460"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=179460"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=179460"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}