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{"id":179475,"date":"2004-01-01T19:35:00","date_gmt":"2004-01-02T00:35:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/abreuver-la-communaute\/"},"modified":"2024-10-09T10:50:55","modified_gmt":"2024-10-09T15:50:55","slug":"abreuver-la-communaute","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/abreuver-la-communaute\/","title":{"rendered":"<strong>Abreuver la communaut\u00e9<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab<em>Heat Upstages Art at the Venice <\/em><span style=\"white-space: nowrap;\"><em>Biennale<\/em><a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Dans <em>The New York Times<\/em>, lundi 6 juin, 2003, p. B-1.<\/span>\u00bb : c\u2019\u00e9tait la manchette du <em>New York Times<\/em> au lendemain de la fin de semaine d\u2019ouverture de la derni\u00e8re \u00e9dition de la Biennale de Venise. La canicule mortelle qui a frapp\u00e9 une partie de l\u2019Europe n\u2019a pas \u00e9pargn\u00e9 Venise au moment o\u00f9 des milliers d\u2019amateurs et de professionnels de l\u2019art contemporain du monde entier r\u00e9alisaient leur p\u00e8lerinage biennal pour assister \u00e0 l\u2019ouverture de l\u2019une des plus importantes vitrines mondiales de l\u2019art qui se fait maintenant. \u00c0 un point tel, rapporte le journaliste du quotidien new-yorkais, que des mauvaises langues ont sugg\u00e9r\u00e9 que la couverture m\u00e9diatique des diff\u00e9rents pavillons nationaux du Giardini allait se transformer en loterie, selon que les b\u00e2timents profitaient ou non de l\u2019air climatis\u00e9. Dans un tel contexte, la pr\u00e9sence des artistes du collectif danois Superflex pouvait \u00eatre vu comme une d\u00e9livrance. Suite \u00e0 une \u00e9puisante travers\u00e9e des salles de l\u2019ancien Arsenale, le bar alternatif tenu par <span style=\"white-space: nowrap;\">Superflex<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Le collectif danois a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 \u00e0 Copenhague en 1997 par Bj\u00f8rnstjerne Christiansen, Jakob Fenger et Rasmus Nielsen. Leur projet place l\u2019art \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des murs des galeries, au ch\u0153ur de la r\u00e9alit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9, participant d\u2019un activisme politique (bien qu\u2019ils disent proposer des \u00aboutils\u00bb plus qu\u2019ils ne font de l\u2019art engag\u00e9 \u00e0 proprement parler). Leurs projets rencontrent une vari\u00e9t\u00e9 \u00e9tonnante de pratiques, passant de la production de pouding \u00e0 celle d\u2019unit\u00e9s de biogaz ou, encore, par la mise sur pied de r\u00e9seaux de t\u00e9l\u00e9vision mis \u00e0 la disposition des diff\u00e9rentes communaut\u00e9s.<\/span> proposait aux visiteurs une halte salutaire, afin de se d\u00e9salt\u00e9rer, tout simplement. Faisant de la production d\u2019une liqueur \u00e0 base de guaran\u00e1 (une baie \u00e0 haute teneur en caf\u00e9ine populaire au Br\u00e9sil) le principal objet de sa participation dans une Biennale de <span style=\"white-space: nowrap;\">Venise<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - Cette \u00e9dition anniversaire de la Biennale de Venise portait comme titre <em>Dreams and Conflicts : The Dictatorship of the Viewer<\/em>. Le commissaire g\u00e9n\u00e9ral Francesco Bonami, refusant une lecture unique, a partitionn\u00e9 le parcours de l\u2019Arsenale, remettant entre les mains de six commissaires ou collectifs de commissaires invit\u00e9s le soin d\u2019am\u00e9nager les expositions. C\u2019est dans ce cadre que le collectif Superflex a \u00e9t\u00e9 invit\u00e9.<\/span> fortement ax\u00e9e sur des questions d\u2019ordre politique, le collectif se positionnait doublement en dehors du terrain de l\u2019art.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9sistance <span style=\"white-space: nowrap;\">agricole<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - J\u2019emploie ce terme bien qu\u2019il ne colle pas tout \u00e0 fait \u00e0 l\u2019attitude d\u00e9ploy\u00e9e par Superflex. Comme un des membres du collectif me le faisait remarquer lors d\u2019un court \u00e9change de courriels, le terme \u00abr\u00e9sistance\u00bb r\u00e9sonne de m\u00e9lancoliques strat\u00e9gies gauchistes. Dans cet \u00e9change, Rasmus Nielsen, reprenant le terme d\u2019\u00aboutil\u00bb cher \u00e0 Superflex, pr\u00e9cisait : \u00ab<em>I would rather talk about tools, tools for empowerment, tools for production and in this case, tools for bouncing the economic and cultural power of global capitalism&#8230;<\/em>\u00bb<\/span><\/h2>\n\n\n\n<p>La liqueur baptis\u00e9e Guaran\u00e1 et les autres boissons contenant des extraits concentr\u00e9s de la plante du m\u00eame nom \u2013 presque toutes les boissons \u00e9nerg\u00e9tiques en contiennent \u2013 est faite \u00e0 partir d\u2019un fruit autrefois populaire chez les indig\u00e8nes et r\u00e9put\u00e9 pour ses vertus stimulantes. Ces fruits contiennent jusqu\u2019\u00e0 trois fois la quantit\u00e9 de caf\u00e9ine que contient le caf\u00e9. Ils sont devenus l\u2019enjeu d\u2019une importante concurrence visant le contr\u00f4le des parts d\u2019un march\u00e9 de plusieurs millions de dollars.<\/p>\n\n\n\n<p>Le commerce de la plante atteint une ampleur mondiale et participe d\u2019une \u00e9conomie florissante dont les fronti\u00e8res ont largement d\u00e9pass\u00e9 celles du Br\u00e9sil. Le projet de Superflex de produire un breuvage \u00e0 partir de cette plante s\u2019immisce au ch\u0153ur de cette \u00e9conomie pour laquelle se battent des corporations <span style=\"white-space: nowrap;\">nationales<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - Au Qu\u00e9bec, par exemple, la distribution de boissons \u00e9nerg\u00e9tiques fait l\u2019objet d\u2019une forte concurrence : Molson distribue la boisson Guru, alors que Labatt s\u2019est lanc\u00e9 dans le march\u00e9 depuis f\u00e9vrier 2003, en distribuant la boisson Base. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle internationale, Pepsi a achet\u00e9 SoBe pour lancer ensuite son&nbsp;<em>drink<\/em>&nbsp;\u00e9nerg\u00e9tique, A-Rush. Coca-Cola n\u2019est pas rest\u00e9 en plan, proposant sa propre potion, KMX.<\/span>. Le march\u00e9 canadien des boissons \u00e9nerg\u00e9tiques est d\u2019ailleurs nettement \u00e0 la hausse. Pour le seul march\u00e9 canadien, les ventes atteignent les 3 millions de dollars en 2001, compilation qui ne tient pas compte des ventes dans les bars et les \u00e9v\u00e9nements qui sont \u00abdes canaux tr\u00e8s importants pour ces <span style=\"white-space: nowrap;\">produits<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-6\" href=\"#footnote-6\"><sup>6<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-6\"><a href=\"#fn-ref-6\"> 6 <\/a> - Selon des chiffres d\u00e9voil\u00e9s par la firme Euromonitor International, publi\u00e9s dans La Presse du samedi 12 octobre 2002.<\/span>\u00bb. Superflex s\u2019immisce dans cette \u00e9conomie agroalimentaire de grande \u00e9chelle en aidant des fermiers br\u00e9siliens \u00e0 se r\u00e9approprier la production de la liqueur douce.<\/p>\n\n\n\n<p>La nature de l\u2019entreprise de Superflex est expliqu\u00e9e dans un court \u00e9nonc\u00e9 reproduit sur les bouteilles qui contiennent le liquide, texte qui tient lieu de manifeste. Le projet Guaran\u00e1 a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9 en collaboration entre les artistes de Superflex et des fermiers d\u2019une coop\u00e9rative Mau\u00e9s dans la for\u00eat d\u2019Amazonie. Les fermiers se sont ainsi organis\u00e9s pour r\u00e9pondre aux activit\u00e9s de corporations multinationales comme <span style=\"white-space: nowrap;\">AmBev<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-7\" href=\"#footnote-7\"><sup>7<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-7\"><a href=\"#fn-ref-7\"> 7 <\/a> - AmBev est le plus important brasseur du Br\u00e9sil. Son march\u00e9 atteint 68,4 % des parts.<\/span> et le g\u00e9ant PepsiCo.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon Superflex, AmBev et PepsiCo constituent un cartel dont le monopole sur l\u2019achat de la mati\u00e8re premi\u00e8re a fait chuter le prix des graines de guaran\u00e1 de 80 %, alors que le co\u00fbt \u00e0 la consommation de leur produit a augment\u00e9. Or, en plus de g\u00e9rer la production de bi\u00e8re, AmBev est le propri\u00e9taire de la marque la plus populaire de liqueur \u00e0 base de guaran\u00e1 au Br\u00e9sil, Guaran\u00e1 Antartica. Il faut savoir que la saveur de guaran\u00e1 est la seconde en termes de popularit\u00e9 au pays, correspondant \u00e0 28 % des ventes de liqueur douce, derri\u00e8re la saveur de <span style=\"white-space: nowrap;\">cola<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-8\" href=\"#footnote-8\"><sup>8<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-8\"><a href=\"#fn-ref-8\"> 8 <\/a> - <em>La Presse<\/em>, ibid.<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme il est encore \u00e9crit sur la bouteille dans laquelle est vendu le guaran\u00e1 de Superflex, les intentions derri\u00e8re le projet sont \u00abd\u2019utiliser des marques globales et leurs strat\u00e9gies comme mati\u00e8re premi\u00e8re pour \u00e9tablir les termes d\u2019une position contre-\u00e9conomique, et r\u00e9clamer l\u2019usage original de la plante de guaran\u00e1 Mau\u00e9s comme un puissant tonique naturel, non seulement comme <span style=\"white-space: nowrap;\">symbole<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-9\" href=\"#footnote-9\"><sup>9<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-9\"><a href=\"#fn-ref-9\"> 9 <\/a> - Notre traduction. Cette dimension symbolique a certainement trait \u00e0 la r\u00e9cup\u00e9ration par les producteurs des b\u00e9n\u00e9fices g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par leur travail, mais aussi pourrait concerner une l\u00e9gende expliquant la naissance du guaran\u00e1, source de sant\u00e9 et de bonheur pour les Mau\u00e9s. On raconte chez les Mau\u00e9s qu\u2019un petit enfant vivant dans les for\u00eats d\u2019Amazonie aurait \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9 dans les bois par Juruapari, l\u2019esprit du mal ayant pris la forme d\u2019un serpent venimeux. Pour se venger de Juruapari, Toupan, le dieu supr\u00eame des Indiens, a arros\u00e9 la tombe du jeune indien mort. Une tr\u00e8s belle plante, poursuit le r\u00e9cit de la l\u00e9gende, dont les petits fruits ressemblaient aux yeux du petit indien, poussa de sa tombe, le guaran\u00e1.<\/span>\u00bb. De plus, le texte de l\u2019\u00e9tiquette soutient que la marque Guaran\u00e1 mise sur pied par les fermiers et Superflex contient beaucoup plus de guaran\u00e1 Mau\u00e9s original que les autres marques. L\u2019argument peut sembler anodin, mais sa nature patriotique risque peut-\u00eatre de soulever un sentiment d\u2019appartenance envers ce produit sp\u00e9cifique dans certains cercles communautaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui est en jeu dans la pr\u00e9sence de Superflex et du projet Guaran\u00e1 \u00e0 la Biennale de Venise, on le comprendra, a peu \u00e0 voir avec l\u2019esth\u00e9tique. Mais l\u2019axe esth\u00e9tique est certainement activ\u00e9 par le souci apport\u00e9 au design de l\u2019emballage du produit et du kiosque Superflex \u00e0 la Biennale. Par ailleurs, bien que ce ne soit que pure sp\u00e9culation, il y a fort \u00e0 parier qu\u2019autour de ce projet, \u00e0 l\u2019avenir, les manifestations en galerie (la galerie demeure le lieu ultime de diffusion des efforts communautaires de Superflex) consisteront en des panneaux didactiques ou des forums de discussions afin d\u2019\u00e9claircir la port\u00e9e sociale d\u2019une telle entreprise, \u00e0 moins bien s\u00fbr que d\u2019autres occasions ne se pr\u00e9sentent de distribuer le produit, comme ce fut le cas \u00e0 Venise. C\u2019est sans doute dans cet esprit que l\u2019\u00e9tiquette de la bouteille de Guaran\u00e1 diffuse un court texte faisant acte de manifeste.<\/p>\n\n\n\n<p>Il importe donc que Superflex ait une audience dans la mesure o\u00f9 une partie de son travail prend la forme de l\u2019activisme social. Mais davantage, puisque les artistes eux-m\u00eames pr\u00e9f\u00e8rent discuter de leur travail en disant qu\u2019il sert \u00e0 fournir des outils \u00e0 des communaut\u00e9s dans le but direct de les renforcer, ils sont \u00e0 la recherche d\u2019usagers pour activer les m\u00e9canismes du changement, ici les fermiers br\u00e9siliens. Superflex justifie ses actions par le fait que le collectif fournit des ressources financi\u00e8res et organisationnelles r\u00e9pondant \u00e0 des besoins sp\u00e9cifiques d\u2019associations et de communaut\u00e9s dans le monde. Or, ces solutions, disent-ils, leur viennent selon une approche diff\u00e9rente de r\u00e9solution de probl\u00e8mes, nourrie celle-l\u00e0 par l\u2019espace d\u2019exp\u00e9rimentation qu\u2019alimente la pratique artistique. C\u2019est l\u00e0 le principal lien entre les sph\u00e8res d\u2019activit\u00e9s, artistique et \u00e9conomique, impliqu\u00e9es dans la d\u00e9marche du collectif.<\/p>\n\n\n\n<p>De la m\u00eame mani\u00e8re, une des premi\u00e8res interventions dans l\u2019histoire de Superflex,&nbsp;<em>Biogas in Africa<\/em>, consistait en un projet pilote pour la production d\u2019\u00e9nergie \u00e0 bon march\u00e9 dans un village rural de Tanzanie. Cette collaboration avec les gens du village a men\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un syst\u00e8me de r\u00e9cup\u00e9ration de d\u00e9chets humains et animaux. Chaque unit\u00e9 de Biogas produit suffisamment de m\u00e9thane pour la cuisine et le chauffage d\u2019une famille. Dans une entrevue, \u00e9galement disponible sur le site Web du collectif, les membres de Superflex pr\u00e9cisent que la solution (d\u00e9j\u00e0 existante et adapt\u00e9e par eux \u00e0 une nouvelle situation) allait permettre aux familles de faire autre chose que de passer la journ\u00e9e \u00e0 qu\u00e9rir du bois pour r\u00e9pondre \u00e0 des besoins basiques. Aussi, la productivit\u00e9 de cette communaut\u00e9 est-elle en quelque sorte augment\u00e9e par cette \u00e9conomie de temps, si l\u2019on accepte pour la Tanzanie ces termes tir\u00e9s du vocabulaire et des pratiques chers \u00e0 l\u2019Occident. Le projet Biogas prouve sa pertinence dans la mesure o\u00f9 le crit\u00e8re de la productivit\u00e9 soit op\u00e9ratoire pour les familles africaines et \u00e0 condition que soit repouss\u00e9e l\u2019id\u00e9e que l\u2019initiative corresponde \u00e0 la projection sur une culture donn\u00e9e d\u2019imp\u00e9ratifs valoris\u00e9s par une culture dominante.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019entrevue d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9e plus haut, Superflex d\u00e9clare que son approche diff\u00e8re de celle pr\u00f4n\u00e9e par l\u2019aide internationale. Selon ce qu\u2019ils ont entendu de la bouche des gens avec qui ils ont travaill\u00e9 en Afrique, cette aide rend la soci\u00e9t\u00e9 passive et d\u00e9pendante de la contribution des secouristes. Ces derniers \u00abminent la cr\u00e9ativit\u00e9 et l\u2019initiative et par cons\u00e9quent cr\u00e9ent des victimes\u00bb, estime le trio.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00c9change<\/h2>\n\n\n\n<p>Le projet tanzanien et celui implant\u00e9 au Br\u00e9sil autour de produits comestibles diff\u00e8rent d\u2019une autre initiative de coh\u00e9sion sociale connue ici, celle des artistes membres du groupe Free Food, qui organise des repas spontan\u00e9s dans les rues de Halifax, en Nouvelle-\u00c9cosse. Cette intervention mobilise la communaut\u00e9 en vue de nourrir les sans abris, les itin\u00e9rants, les \u00e9tudiants et d\u2019autres passants en n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un repas ou d\u2019une conversation <span style=\"white-space: nowrap;\">r\u00e9confortante<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-10\" href=\"#footnote-10\"><sup>10<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-10\"><a href=\"#fn-ref-10\"> 10 <\/a> - \u00c0 ce sujet, voir les lignes \u00e9clairantes de Bruce Barber et de Jeff Dayton-Johnson dans \u00abUne d\u00e9limitation : la micro\u00e9conomie des arts et son nouveau contexte\u00bb. Cf. :&nbsp;<em>Parachute<\/em>, avril-mai-juin 2002, num\u00e9ro sur les \u00c9conomies, p. 27-41. Voir p. 36 pour les commentaires sur Free Food.<\/span>. Parmi d\u2019autres alternatives aux mod\u00e8les \u00e9conomiques courants, le projet de Free Food \u00e9pouse la forme directe du don. Ce faisant, les artistes du groupe participent de mod\u00e8les de sociabilit\u00e9 encore peu usit\u00e9s, mais tout de m\u00eame graduellement de plus en plus explor\u00e9s dans le domaine artistique.<\/p>\n\n\n\n<p>Superflex travaille ainsi plut\u00f4t \u00e0 partir des m\u00e9canismes du capitalisme, ce en quoi le collectif se d\u00e9marque des entreprises artistiques de critique des valeurs pr\u00e9pond\u00e9rantes et du fonctionnement courant dans le monde de la finance. Le trio n\u2019offre une alternative que dans la mesure o\u00f9 il cherche des solutions durables \u00e0 des probl\u00e8mes ponctuels qu\u2019\u00e9prouve une communaut\u00e9 cibl\u00e9e. \u00c0 ce titre, il utilise la culture capitaliste pour redonner du pouvoir \u00e0 des familles ou encore aux petits producteurs agricoles.<\/p>\n\n\n\n<p>En termes \u00e9conomiques, le projet Guaran\u00e1 consiste en une int\u00e9gration verticale. Plut\u00f4t que de vendre le produit des r\u00e9coltes \u00e0 une corporation qui elle s\u2019occupe de la production d\u2019une marchandise pour vente directe au consommateur, les fermiers, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019action de Superflex, s\u2019emparent de l\u2019\u00e9chelon sup\u00e9rieur de la cha\u00eene de production plut\u00f4t que de s\u2019en remettre \u00e0 une entreprise de transformation qui, elle, engage des profits plus consid\u00e9rables. Superflex vise \u00e0 offrir aux fermiers des moyens suppl\u00e9mentaires pour leur donner des ressources plus int\u00e9ressantes que ce que leur permet d\u2019obtenir les ventes de la plante aux multinationales. Il en va d\u2019une forme de r\u00e9sistance qui, comme chez d\u2019autres groupes d\u2019action, se produit sur le terrain de la production agricole.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la Biennale de Venise le kiosque danois n\u2019\u00e9tait pas accessible avant la derni\u00e8re halte de l\u2019Arsenale, qui portait comme titre&nbsp;<em>Utopia Station<\/em>. Le kiosque Superflex \u00e9tait fort judicieusement situ\u00e9 \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des murs de l\u2019Arsenale, pour ainsi dire hors de la zone o\u00f9 le politique \u00e9tait exprim\u00e9 par les moyens reconnus de la production artistique et \u00e0 l\u2019\u00e9cart d\u2019un cadre strict affectant de l\u2019\u00e9tiquette \u00abart\u00bb les expressions individuelles, dans cette portion de l\u2019exposition, manifest\u00e9es comme le bruit d\u2019une conscience sociale relay\u00e9e par les artistes.<\/p>\n\n\n\n<p>Superflex semblait, du moins en apparence, r\u00e9pondre en tout premier lieu \u00e0 un besoin rendu critique par la chaleur et l\u2019humidit\u00e9 ambiantes : celui de d\u00e9salt\u00e9rer les visiteurs. En raison de la chaleur mais \u00e9galement en vertu d\u2019une boulimie que les organisateurs ont encourag\u00e9e, la visite \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 hiss\u00e9e au rang d\u2019\u00e9preuve. Ceux et celles qui avaient r\u00e9ussi la travers\u00e9e tombaient, gr\u00e2ce \u00e0 Superflex, sur une rare opportunit\u00e9 de s\u2019abreuver sur le site de l\u2019Arsenale. Le trio danois offrait \u00e0 la horde des visiteurs la possibilit\u00e9 de se d\u00e9salt\u00e9rer en leur proposant la liqueur produite sur <span style=\"white-space: nowrap;\">place<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-11\" href=\"#footnote-11\"><sup>11<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-11\"><a href=\"#fn-ref-11\"> 11 <\/a> - C\u2019est d\u2019ailleurs pour cette raison que je n\u2019ai pu go\u00fbter au produit. En effet, mon passage pr\u00e8s du kiosque a co\u00efncid\u00e9 avec une p\u00e9riode de production lors de laquelle le breuvage \u00e9tait indisponible.<\/span>. Les artistes se pr\u00e9sentaient plut\u00f4t comme des entrepreneurs, donnant l\u2019impression de renoncer \u00e0 leur r\u00f4le initial d\u2019artiste pour \u00e9pouser celui de commer\u00e7ant.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur place, il y avait tout \u00e0 parier que l\u2019effet du climat torride de la fin de semaine inaugurale de la Biennale de Venise ait d\u00e9vi\u00e9 l\u2019attention du public vers le produit offert, loin des implications sociales qu\u2019il sous-tend. Dans ce contexte, les vertus d\u00e9salt\u00e9rantes de la boisson produite par les artistes avaient toutes les chances de se voir attribuer une valeur, au d\u00e9triment des consid\u00e9rations politique, sociale, communautaire ou \u00e9conomique du projet. De ce fait, la dimension utilitaire du projet des Danois \u00e9tait certes activ\u00e9e. Dans le m\u00eame souffle, les circonstances institutionnelles dans lesquelles sont pr\u00e9sent\u00e9es les \u0153uvres \u00e0 la Biennale de Venise devenaient-elles secondaires. Toutefois, toute lecture de ce projet ne peut ignorer les consid\u00e9rations sociales inh\u00e9rentes \u00e0 l\u2019existence m\u00eame du collectif Superflex.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019il peut sembler aveugle aux v\u00e9ritables enjeux du projet de Superflex, le d\u00e9tour par des consid\u00e9rations m\u00e9t\u00e9orologiques permet de souligner la port\u00e9e de l\u2019entreprise. Le travail du collectif a plus d\u2019une fois \u00e9t\u00e9 rapproch\u00e9 de l\u2019esth\u00e9tique relationnelle d\u00e9fendue par le critique d\u2019art fran\u00e7ais Nicolas Bourriaud. Ce dernier a m\u00eame sign\u00e9 un article sur le travail de Superflex, article qui, comme quelques autres, s\u2019est retrouv\u00e9 retranscrit dans une des pages du site Web du <span style=\"white-space: nowrap;\">collectif<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-12\" href=\"#footnote-12\"><sup>12<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-12\"><a href=\"#fn-ref-12\"> 12 <\/a> - Cf. : Nicolas Bourriaud, \u00abMake sure that you are seen (Supercritique)\u00bb, sur le projet de r\u00e9seau de t\u00e9l\u00e9vision Superchannel de Superflex. R\u00e9f\u00e9rence :&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.superflex.dk\/text\/articles\/supecritique.shtml\"><em>www.superflex.dk\/text\/articles\/supecritique.shtml<\/em><\/a>.<\/span>. Comme le r\u00e9sume Bourriaud dans cet article, le sens d\u2019une \u0153uvre d\u2019art, pour que cette derni\u00e8re participe de la rubrique du relationnel, doit na\u00eetre d\u2019un mouvement qui lie toute la gamme des signes produits par les artistes \u00e0 la collaboration et \u00e0 la participation de diff\u00e9rents individus dans l\u2019espace d\u2019exposition. Or, dans le cas qui nous int\u00e9resse, la collaboration dont il est question est presque totalement ind\u00e9pendante du domaine artistique. C\u2019est la nature commerciale de l\u2019\u00e9change entre les artistes et les \u00abconsommateurs\u00bb qui ressort du contexte de la Biennale. En effet, l\u2019\u00e9change qui a lieu \u00abdans l\u2019espace d\u2019exposition\u00bb ne concerne que le commerce entre le visiteur, litt\u00e9ralement devenu un consommateur, qui se procure le breuvage, et le fournisseur dudit produit, Superflex flanqu\u00e9 de ses collaborateurs. Cette transaction boucle la cha\u00eene de production, mais elle peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme compl\u00e9mentaire (voire secondaire), dans la mesure o\u00f9 cet \u00e9change n\u2019est que l\u2019acte de diffusion d\u2019un \u00e9change pr\u00e9alable, autrement plus fondamental et de plus grande port\u00e9e, celui de la collaboration entre les artistes et les fermiers.<\/p>\n\n\n\n<p>La dimension transactionnelle \u00e0 l\u2019\u0153uvre ici consiste en le geste, effectu\u00e9 par le visiteur de l\u2019exposition, d\u2019acheter un rafra\u00eechissement. En cons\u00e9quence, la transaction se situe doublement en dehors du domaine de l\u2019art, se rapprochant du commerce. Premi\u00e8re strat\u00e9gie, le bar de Superflex \u00e9tait install\u00e9 dans une zone accessible \u00e0 condition que le visiteur franchisse la porte de sortie de l\u2019espace d\u2019exposition, dans les jardins de l\u2019Arsenale, qu\u2019il est utile dans ce cas d\u2019opposer \u00e0 l\u2019espace de galerie ou d\u2019exposition comme tel. Deuxi\u00e8mement, et de mani\u00e8re encore plus significative, plut\u00f4t que de se situer sur le terrain de l\u2019art, c\u2019est dans les sph\u00e8res du social et de l\u2019\u00e9conomie que cette intervention prend son importance, \u00e0 l\u2019\u00e9cart du monde de l\u2019art ou, du moins, refusant les termes d\u2019une quelconque \u00abexp\u00e9rience esth\u00e9tique\u00bb propre \u00e0 la rubrique si ch\u00e8re \u00e0 Nicolas Bourriaud.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, le travail de Superflex d\u00e9coule d\u2019un mouvement partant de la sph\u00e8re artistique vers celle dite du r\u00e9el. L\u2019arrimage au domaine de l\u2019art se fait d\u2019une mani\u00e8re traditionnelle, par l\u2019appel d\u2019un commissaire int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 diffuser un travail qu\u2019il juge d\u2019int\u00e9r\u00eat. Par contre, les r\u00e9percussions du projet Guaran\u00e1 ne se mesurent en aucun cas selon les crit\u00e8res d\u2019\u00e9valuation en vigueur dans le domaine de la critique d\u2019art ou de l\u2019esth\u00e9tique, relationnelle ou non. Plut\u00f4t, et bien que la r\u00e9sistance ne soit de toute \u00e9vidence pas \u00e9trang\u00e8re aux mani\u00e8res de travailler de maints artistes, c\u2019est la nouvelle donne dans le domaine agro-alimentaire, contre la puissance des multinationales, qui fournit dans ce cas l\u2019\u00e9chelle de mesure.<\/p>\n<div style='display: none;'>Bernard Lamarche<\/div><div style='display: none;'>Bernard Lamarche<\/div><div style='display: none;'>Bernard Lamarche<\/div><div style='display: none;'>Bernard Lamarche<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[4705],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[4291],"artistes":[],"thematiques":[],"type_post":[],"class_list":["post-179475","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archive","category-post","numeros-50-nourritures-en","statuts-archive","auteurs-bernard-lamarche-en"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179475","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=179475"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179475\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":256352,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179475\/revisions\/256352"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=179475"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=179475"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=179475"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=179475"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=179475"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=179475"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=179475"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=179475"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=179475"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=179475"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=179475"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}