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{"id":179846,"date":"2003-01-01T19:40:00","date_gmt":"2003-01-02T00:40:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/la-ville-vecue-entre-memoire-et-oubli-notes-sur-les-murs-du-feu-de-latsa\/"},"modified":"2022-11-17T09:40:42","modified_gmt":"2022-11-17T14:40:42","slug":"la-ville-vecue-entre-memoire-et-oubli-notes-sur-les-murs-du-feu-de-latsa","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/la-ville-vecue-entre-memoire-et-oubli-notes-sur-les-murs-du-feu-de-latsa\/","title":{"rendered":"<strong>La ville v\u00e9cue entre m\u00e9moire et oubli &#8211; Notes sur Les murs du feu de l&#8217;ATSA<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>Comment se repr\u00e9senter au juste <em>Les murs du feu<\/em>, titre de la r\u00e9cente intervention de l&#8217;Action terroriste socialement acceptable (ATSA) ? En principe, on imaginerait non pas les murs du feu, mais plut\u00f4t des murs abattus par le feu, parce que le feu, justement, se joue des murs qu&#8217;il rencontre &#8230; Gr\u00e2ce \u00e0 cet oxymore implicite qui, en lui, lie l&#8217;unit\u00e9 fondamentale de l&#8217;abri construit \u00e0 un \u00e9l\u00e9ment \u00e9minemment destructeur, la m\u00e9taphore de ce titre reste mouvante: on n&#8217;arrive pas \u00e0 la fixer dans une signification stable, \u00e0 la r\u00e9soudre par une interpr\u00e9tation certaine, ce qui n&#8217;est pas le cas, par exemple, d&#8217;un trope comme le \u00ab mur du son \u00bb, devenu expression consacr\u00e9e dans le langage courant, et auquel je ne peux m&#8217;emp\u00eacher de penser quand je lis les \u00ab murs du feu \u00bb. Les murs du feu\/le mur du son : l&#8217;association d&#8217;id\u00e9es para\u00eet insolite, puisque ce projet de l&#8217;ATSA regarde plut\u00f4t vers le pass\u00e9, cherchant moins \u00e0 percer une fronti\u00e8re technologique fantasm\u00e9e (la vitesse supersonique) qu&#8217;\u00e0 proposer un exercice de rem\u00e9moration de l&#8217;histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, l&#8217;\u00e9v\u00e9nement&nbsp;<em>M\u00e9moire vive<\/em>, dans lequel ce projet s&#8217;ins\u00e8re, a pr\u00e9cis\u00e9ment pour objectif de raviver la m\u00e9moire, de lui donner une actualit\u00e9 et une urgence qu&#8217;elle n&#8217;a pas d&#8217;ordinaire, et, \u00e0 cet \u00e9gard, les incendies dont l&#8217;ATSA a choisi de traiter sont un pr\u00e9texte heureux. Car pour leur participation \u00e0&nbsp;<em>M\u00e9moire vive<\/em>, Annie Roy et Pierre Allard se sont faits historiens : les petites boites vitr\u00e9es qu&#8217;ils ont diss\u00e9min\u00e9es le long du boulevard Saint-Laurent relatent, par le biais de textes, de photos, de coupures de journaux et d&#8217;objets d&#8217;\u00e9poque, une s\u00e9rie d&#8217;incendies ayant eu lieu du 19<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle \u00e0 nos jours sur la&nbsp;<em>Main<\/em>, depuis l&#8217;avenue du Mont-Royal jusqu&#8217;aux abords du quartier chinois, avec quelques arr\u00eats sur la rue Sainte-Catherine. Sous la forme d&#8217;un parcours urbain que le passant d\u00e9couvre \u00e0 la mani\u00e8re d&#8217;invites \u00e0 la digression, voil\u00e0 autant d&#8217;\u00e9chapp\u00e9es sur l&#8217;histoire locale de Montr\u00e9al o\u00f9 sont \u00e9voqu\u00e9s au passage le l\u00e9gendaire quartier du Red Light et des spectacles des ann\u00e9es 1930-1940, les manufactures de textiles au nord de Sherbrooke, les ravages successifs des incendies, le d\u00e9veloppement de l&#8217;infrastructure de la ville et des techniques de lutte contre le feu, entre autres <span style=\"white-space: nowrap;\">sujets<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - L&#8217;inauguration de ce parcours donnait lieu, le 9 ao\u00fbt 2002, \u00e0 une f\u00eate et \u00e0 des activit\u00e9s d&#8217;animation sur un vague de la rue Sainte-Catherine, avec visite d&#8217;un ancien camion de pompier, projection de vid\u00e9os et kiosques reconstituant l&#8217;ambiance de la belle \u00e9poque du&nbsp;<em>Red light<\/em>, et notamment l&#8217;incendie ayant d\u00e9truit l&#8217;American Spaghetti House en 1959. Bien que cet \u00e9v\u00e9nement soit partie int\u00e9grante du projet de l&#8217;ATSA, je me concentrerai ici sur la partie plus \u00ab permanente \u00bb des boites d&#8217;alarme comme telles.<\/span>. Tout en \u00e9tant des pr\u00e9sentoirs d&#8217;information, ces objets s&#8217;int\u00e8grent au paysage urbain par le biais d&#8217;une certaine mise en sc\u00e8ne : ils sont fix\u00e9s aux lampadaires et reprennent la forme des anciennes \u00ab boites d&#8217;alarme \u00bb qui parsemaient autrefois les rues de <span style=\"white-space: nowrap;\">Montr\u00e9al<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Par leur fonction documentaire et leur esth\u00e9tique de la reconstitution, elles peuvent aussi rappeler les caissons que Fran\u00e7oise Sullivan avait install\u00e9s le long de la rue Sherbrooke pour&nbsp;<em>Corridart<\/em>, tout juste avant le d\u00e9mant\u00e8lement des oeuvres.<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;incendie peut sembler un pr\u00e9texte surprenant, certes, mais il est tout \u00e0 fait heureux pour raconter une ville comme Montr\u00e9al, lorsqu&#8217;on sait le grand nombre de feux qui ont ponctu\u00e9 son <span style=\"white-space: nowrap;\">histoire<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - L&#8217;artiste Marc Cramer, dans un tout r\u00e9cent documentaire sur&nbsp;<em>L&#8217;affaire Corridart<\/em>, confie son d\u00e9sarroi d&#8217;Europ\u00e9en, lors de son arriv\u00e9e au Qu\u00e9bec, devant la fr\u00e9quence des incendies \u00e0 Montr\u00e9al.<\/span>. Et puis, comment oublier que le Centre d&#8217;histoire de Montr\u00e9al, quartier g\u00e9n\u00e9ral de l&#8217;\u00e9v\u00e9nement&nbsp;<em>M\u00e9moire vive<\/em>, est lui-m\u00eame une ancienne caserne de pompiers ? Mais, de fa\u00e7on plus profonde, ce th\u00e8me, dans un \u00e9v\u00e9nement comme&nbsp;<em>M\u00e9moire vive<\/em>, n&#8217;est pas fortuit. Le feu est en effet intimement li\u00e9 \u00e0 l&#8217;Histoire elle-m\u00eame : d\u00e9sastre majeur, il marque la m\u00e9moire collective par sa violence aveugle, sa force destructrice et aussi, justement, par la rapidit\u00e9 avec laquelle il est capable d&#8217;effacer ce qui rend possible l&#8217;histoire m\u00eame&nbsp;: la p\u00e9rennit\u00e9 des ouvrages humains, la pr\u00e9servation des documents qui en assurent la m\u00e9moire (pensons \u00e0 ces \u00ab traumas \u00bb de l&#8217;histoire universelle que furent l&#8217;an\u00e9antissement de la l\u00e9gendaire biblioth\u00e8que d&#8217;Alexandrie ou le grand incendie de Londres, qui ravagea la majeure partie de la ville en plein 17e si\u00e8cle). Curieux t\u00e9lescopage : si l&#8217;invention du feu marque une \u00e9tape inaugurale dans le r\u00e9cit des origines de l&#8217;humanit\u00e9, l&#8217;incendie, en tant que d\u00e9cha\u00eenement des \u00e9l\u00e9ments, est ce qui a de tout temps rappel\u00e9 \u00e0 l&#8217;humanit\u00e9 sa condition pr\u00e9caire.<\/p>\n\n\n\n<p>la d\u00e9couverte des&nbsp;<em>Murs du feu<\/em>&nbsp;a d&#8217;ailleurs pour effet de nuancer le sentiment de p\u00e9rennit\u00e9 avec lequel le citadin contemporain per\u00e7oit habituellement l&#8217;environnement urbain. Alors que celui-ci est v\u00e9cu comme l&#8217;assise stable de la quotidiennet\u00e9 de nos habitudes, de nos projets et de notre accoutumance \u00e0 la ville, le d\u00e9cor de la rue, consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 long terme, se r\u00e9v\u00e8le en fait sujet \u00e0 de constantes modifications d\u00e9cid\u00e9es par \u00e9diles et promoteurs, mais parfois aussi forc\u00e9es par les circonstances.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut \u00e0 cet \u00e9gard saluer la pertinence et l&#8217;efficacit\u00e9 d&#8217;une intervention qui donne beaucoup \u00e0 voir, \u00e0 lire et \u00e0 conna\u00eetre, de m\u00eame que la justesse des moyens utilis\u00e9s pour la r\u00e9aliser et de son int\u00e9gration dans le tissu urbain. S&#8217;adressant au passant, pour ainsi dire, \u00e0 m\u00eame l&#8217;imm\u00e9diatet\u00e9 de la rue, ces boites peuvent \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9es tant par le spectateur pr\u00e9venu que par le passant occasionnel ou le touriste (il y a fort \u00e0 parier que certains ont pu les prendre pour d&#8217;authentiques bornes didactiques &#8230;). \u00c0 l&#8217;instar de plusieurs autres travaux pr\u00e9sent\u00e9s lors de&nbsp;<em>M\u00e9moire vive<\/em>,&nbsp;<em>Les murs du feu<\/em>&nbsp;permettent au Montr\u00e9alais de visiter sa propre ville, de la d\u00e9couvrir comme un touriste peut le faire (par exemple, il faut bien se pr\u00eater au rite de la promenade en cal\u00e8che si on veut voir in situ les couvertures d&#8217;Ani Desch\u00eanes !).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Entre document et monument<\/h2>\n\n\n\n<p>Il peut \u00eatre int\u00e9ressant de remarquer que ces bo\u00eetes d&#8217;alarme impliquent un va-et-vient constant &#8211; et ambigu &#8211; entre la vocation didactique des documents reproduits et la dimension rh\u00e9torique des objets et d\u00e9bris divers qui, dispos\u00e9s sur le rebord int\u00e9rieur, participent \u00e0 la fois de la nature morte et de la reconstitution d&#8217;ambiance. Si les textes, les articles de quotidiens et les photographies expliquent et racontent le d\u00e9sastre, ces objets, eux &#8211; bouts de bois calcin\u00e9s, fils, chaussures, parures, etc. &#8211; , t\u00e9moignent de l&#8217;\u00e9v\u00e9nement, \u00e0 la mani\u00e8re de d\u00e9combres provenant de l&#8217;incendie (c&#8217;est d&#8217;ailleurs pourquoi ces bo\u00eetes, en donnant \u00e0 voir ces vestiges sous verre, \u00e9voquent des ch\u00e2sses). Ils compl\u00e8tent ainsi les documents en connotant le pass\u00e9 d\u00e9suet, la violence du feu, en sugg\u00e9rant aussi les activit\u00e9s caract\u00e9risant le quartier qui fut le th\u00e9\u00e2tre de l&#8217;incendie (bouteilles de bi\u00e8re, parures dans le&nbsp;<em>Red Light<\/em>, fils pour les manufactures de textiles,etc). Ces objets, \u00e0 la fois indices et \u00e9l\u00e9ments de mise en sc\u00e8ne, tout en attestant des \u00e9v\u00e9nements racont\u00e9s, comme des natures mortes poignantes ou d\u00e9risoires, appellent le regard affectif de la nostalgie face \u00e0 une \u00e9poque r\u00e9volue, \u00e0 des moeurs ou des activit\u00e9s \u00e9conomiques tomb\u00e9es en d\u00e9su\u00e9tude. On pourra d\u00e9plorer que ces compositions versent parfois dans une illustration assez litt\u00e9rale du th\u00e8me du pass\u00e9, avec ressort nostalgique \u00e0 la cl\u00e9, mais la justesse du dispositif l&#8217;emporte largement sur cet aspect plus faible qui, on doit le dire, peut \u00eatre motiv\u00e9 par la strat\u00e9gie d&#8217;adresse aussi large que possible de cette intervention inscrite dans l&#8217;espace public.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 vrai dire, cependant, la coupure entre document et illustration n&#8217;est pas si marqu\u00e9e: les photographies d&#8217;\u00e9poque ou m\u00eame les pages de quotidiens, d&#8217;autant plus si elles sont anciennes, apparaissent aussi comme des artefacts issus du monde m\u00eame dont elles racontent un \u00e9pisode. On aper\u00e7oit une page du d\u00e9funt Montreal Star, on s&#8217;\u00e9tonne devant la typographie d\u00e9su\u00e8te de la Gazette des ann\u00e9es 1870, devant les tournures idiomatiques du style journalistique d&#8217;avant-guerre, on remarque qu&#8217;autrefois, les conseillers municipaux s&#8217;appelaient des \u00ab \u00e9chevins \u00bb, ou bien on s&#8217;arr\u00eate aux enseignes commerciales, aux chevaux dans les rues, etc. : tous ces \u00e9l\u00e9ments mineurs ou p\u00e9riph\u00e9riques au propos se mettent \u00e0 faire signe, \u00e0 captiver, \u00e0 entretenir et \u00e0 relancer l&#8217;attention de l&#8217;observateur. Fascinant \u00e0 cet \u00e9gard est le leitmotiv de l&#8217;enchev\u00eatrement dramatique des boyaux courant sur la chauss\u00e9e que l&#8217;on remarque dans les photographies. Il en r\u00e9sulte le sentiment de regarder la ville dans le sens d&#8217;une \u00e9paisseur v\u00e9ritablement temporelle, d&#8217;une plong\u00e9e dans le pass\u00e9, d&#8217;autant que, parfois, un site a pu subir plus d&#8217;un incendie, si bien qu&#8217;on circule d&#8217;\u00e9poque en \u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout en flirtant, par la vocation documentaire et l&#8217;ancrage in situ de leur projet, avec la mise en valeur du patrimoine et les multiples dispositifs d&#8217;interpr\u00e9tation touristique (parions d&#8217;ailleurs que maint touriste a pu examiner ces bo\u00eetes), l&#8217;ATSA \u00e9vite de r\u00e9duire son discours \u00e0 la seule c\u00e9l\u00e9bration festive du pass\u00e9. Le ton est personnel, engag\u00e9, voire pol\u00e9mique; il ne pr\u00e9sente nullement la lisse neutralit\u00e9 didactique du panneau d&#8217;interpr\u00e9tation patrimoniale; il prend le spectateur \u00e0 t\u00e9moin d&#8217;observer, de s&#8217;informer, pour mieux appr\u00e9cier ou au contraire pour s&#8217;insurger contre telle aberration ou irrespect inflig\u00e9 au paysage urbain.<\/p>\n\n\n\n<p>On est loin d&#8217;une cons\u00e9cration&nbsp;<em>per se<\/em>&nbsp;du pass\u00e9 (et par l\u00e0 le pr\u00e9sumant r\u00e9par\u00e9, supposant le pr\u00e9sent indemne, \u00e9pargn\u00e9 de ses vicissitudes), encore moins de son enr\u00f4lement dans l&#8217;euphorie forc\u00e9e de ce que Philippe Muray appelle la civilisation \u00ab <span style=\"white-space: nowrap;\">hyperfestive<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Voir les textes parfois\u2026 incendiaires parus dans la&nbsp;<em>Revue des deux mondes<\/em>&nbsp;et rassembl\u00e9s dans son livre&nbsp;<em>Apr\u00e8s l&#8217;histoire<\/em>, Les Belles Lettres, Paris, 1999.<\/span> \u00bb, mais plus proche d&#8217;un \u00e9ditorial urbain, d&#8217;un vigilant exercice de m\u00e9moire. L&#8217;int\u00e9r\u00eat des&nbsp;<em>Murs du feu<\/em>&nbsp;va donc bien au-del\u00e0 du seul cours d&#8217;histoire livr\u00e9 in situ; non seulement l&#8217;ATSA prend-elle position \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de telle ou telle reconstruction jug\u00e9e de mauvais go\u00fbt et faisant fi du patrimoine et de la beaut\u00e9 du lieu, d\u00e9non\u00e7ant par exemple l&#8217;installation prochaine d&#8217;un Provigo, avenue du Mont-Royal, \u00e0 l&#8217;endroit m\u00eame o\u00f9 jou\u00e8rent les Canadiens dans un ancien ar\u00e9na, mais plus largement, elle incite le visiteur \u00e0 lever la t\u00eate vers les fa\u00e7ades et les \u00e9tages, \u00e0 s&#8217;approprier par le regard le paysage vertical, si on peut dire, de la ville, pour y appr\u00e9cier l&#8217;expression de styles, de modes de vie, de valeurs diverses; \u00e0 observer la ville v\u00e9cue, donc, comme un palimpseste o\u00f9 pointe la survivance d&#8217;\u00e9poques m\u00eal\u00e9es. Les textes pointent ainsi les d\u00e9fauts et tes asp\u00e9rit\u00e9s, ils accusent ou ils d\u00e9plorent autant qu&#8217;ils rel\u00e8vent les sites d&#8217;int\u00e9r\u00eat; ou prennent plaisir \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler tel ou tel aspect de la vie autrefois, au nom d&#8217;une sensibilit\u00e9 toujours personnelle &#8211; et la subjectivit\u00e9 assum\u00e9e du point de vue est pr\u00e9cis\u00e9ment ici ce qui donne sa r\u00e9sonance et son poids au propos.<\/p>\n\n\n\n<p>C&#8217;est que&nbsp;<em>Les murs du feu<\/em>&nbsp;ne racontent pas la ville \u00e0 partir d&#8217;un surplomb d\u00e9sincarn\u00e9, mais semblent plut\u00f4t en sourdre comme une des voix parmi d&#8217;autres qui en constituent l&#8217;\u00e9toffe, et s&#8217;adresser au passant dans un \u00e9change qui n&#8217;engage pas seulement son statut de sujet cognitif, mais aussi sa conscience \u00e9thique de citoyen. L&#8217;ATSA s&#8217;adresse \u00e0 lui comme \u00e0 un interlocuteur qui est partie prenante d&#8217;une communaut\u00e9 d&#8217;int\u00e9r\u00eats pressentie; elle ne relate pas au pass\u00e9 simple une histoire close, \u00e9crite pour de bon et inoffensive, mais prend \u00e0 t\u00e9moin le passant d&#8217;une histoire qui continue d&#8217;avoir lieu sous ses yeux, et continue de modeler le lieu actuel d&#8217;o\u00f9 on l&#8217;observe.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, consid\u00e9r\u00e9 du point de vue des pratiques d&#8217;interventions urbaines, leur projet a ceci de particulier qu&#8217;il oriente l&#8217;attention vers la ville pr\u00e9sente, l&#8217;\u00e9tat des lieux tel qu&#8217;il se donne \u00e0 voir au pr\u00e9sent; car la relation du pass\u00e9, donn\u00e9e \u00e0 voir et \u00e0 lire in situ, est toujours de quelque mani\u00e8re rapport\u00e9e au pr\u00e9sent, ne serait-ce que par les rep\u00e8res que constituent les carrefours ou les adresses o\u00f9 se sont d\u00e9roul\u00e9s les \u00e9v\u00e9nements racont\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;une des le\u00e7ons \u00e0 prime abord surprenante qu&#8217;on peut tirer de ce projet, est que le feu n&#8217;est peut-\u00eatre pas la pire violence faite \u00e0 la ville ou l&#8217;\u00e9l\u00e9ment le plus destructeur de son tissu humain : plus insidieuses paraissent la n\u00e9gligence, la myopie des pouvoirs publics, l&#8217;avidit\u00e9 des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s ou mercantiles. Rien qu&#8217;on ne savait d\u00e9j\u00e0, \u00e0 dire vrai : mais le m\u00e9rite des&nbsp;<em>Murs du feu<\/em>&nbsp;est de nous en fournir un t\u00e9moignage in\u00e9dit, de rappeler l&#8217;ancienne blessure sous la cicatrice.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une manoeuvre introvertie?<\/h2>\n\n\n\n<p>Le travail de documentation et d&#8217;interpr\u00e9tation r\u00e9alis\u00e9 par l&#8217;ATSA ne se r\u00e9duit pas au seul manich\u00e9isme de cette \u00e9quation. L&#8217; \u00ab acte d&#8217;accusation \u00bb coexiste avec la stimulation d&#8217;ordre esth\u00e9tique, et voisine avec la suggestivit\u00e9 po\u00e9tique de bien des rapprochements qui s&#8217;op\u00e8rent par l&#8217;information, les photographies, la narration. Il y a l\u00e0 une ouverture salutaire qui laisse toute la place \u00e0 l&#8217;autonomie du geste artistique.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cet \u00e9gard, ce qui \u00e9tonne dans ce projet est sa relative discr\u00e9tion par rapport aux interventions ant\u00e9rieures de l&#8217;ATSA (cela, en d\u00e9pit du fait que la soir\u00e9e d&#8217;inauguration du 9 ao\u00fbt fut l&#8217;un des moments les plus m\u00e9diatis\u00e9s de&nbsp;<em>M\u00e9moire vive<\/em>) . Plut\u00f4t qu&#8217;une place publique occup\u00e9e et transform\u00e9e de fa\u00e7on ostensible (la Place des arts pour la&nbsp;<em>Banque \u00e0 bas<\/em>&nbsp;ou le camp de r\u00e9fugi\u00e9s; le terrain vague coin Clark et Sherbrooke pour le&nbsp;<em>Parc industriel<\/em>) : un mobilier urbain relativement discret install\u00e9 dans la rue, plut\u00f4t qu&#8217;une activit\u00e9 communautaire dynamisant l&#8217;agora, donnant voix, feu et lieu \u00e0 un groupe victime (r\u00e9fugi\u00e9s, sans-abri, jeunes de la rue, etc.) ou abordant un probl\u00e8me comme la surconsommation et le gaspillage (<em>Parc industriel<\/em>); un dispositif didactique qui n&#8217;interpelle le passant qu&#8217;\u00e0 une \u00e9chelle prox\u00e9mique et quasi intime, plut\u00f4t qu&#8217;un message d\u00e9nonciateur et militant, une prise de parole ouverte \u00e0 de multiples enjeux. Cela montre, s&#8217;il en \u00e9tait besoin, la capacit\u00e9 d&#8217;adaptation du duo \u00e0 des contextes vari\u00e9s de production et d&#8217;intervention.<\/p>\n\n\n\n<p>Et pourtant, malgr\u00e9 ces diff\u00e9rences,&nbsp;<em>Les murs du feu<\/em>&nbsp;s&#8217;inscrivent dans le droit fil des pr\u00e9occupations de l&#8217;ATSA. Leur cause, car il en est une dans ce projet aussi, est bien la d\u00e9fense du patrimoine b\u00e2ti et, au-del\u00e0 de lui, l&#8217;\u00e9veil \u00e0 l&#8217;importance du tissu communautaire dont les incendies, par leur potentiel destructeur, montrent toute la vuln\u00e9rabilit\u00e9. Il s&#8217;agit encore d&#8217;interpeller le citoyen, de h\u00e9ler le citadin dans son espace de vie, de l&#8217;inciter \u00e0 regarder autour de lui, \u00e0 d\u00e9chiffrer, comme les auteurs l&#8217;ont fait avant lui, le sc\u00e9nario politique implicite des transformations de l&#8217;architecture et des m\u00e9tamorphoses de l&#8217;urbanit\u00e9; il s&#8217;agit encore de prendre position, de d\u00e9noncer, d&#8217;alerter (voil\u00e0 que la fonction des boites d&#8217;alarme retrouve donc une actualit\u00e9 nouvelle !) le citoyen des d\u00e9pr\u00e9dations aveugles ou de l&#8217;insensibilit\u00e9 de l&#8217;entreprise priv\u00e9e \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du patrimoine et des valeurs des communaut\u00e9s locales; de prendre \u00e0 t\u00e9moin, donc, le spectateur, le passant, le travailleur, le touriste ou le r\u00e9sidant, non seulement de l&#8217;importance de l&#8217;histoire et de la n\u00e9cessit\u00e9 de la faire n\u00f4tre, mais aussi du fait que celle-ci habite, aussi pr\u00e9cairement que nous, les lieux du pr\u00e9sent, et qu&#8217;elle est, elle aussi, \u00e0 prot\u00e9ger.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce sens, la dimension artistique de ces bo\u00eetes \u00e0 incendie, de m\u00eame que la fonction didactique du dispositif, demeurent, comme dans toutes les interventions du duo, au service d&#8217;une cause. La r\u00e9ussite des&nbsp;<em>Murs du feu<\/em>&nbsp;r\u00e9side, \u00e0 mon avis, dans la pertinence de cet engagement citoyen, mais aussi dans l&#8217;\u00e9quilibre f\u00e9cond avec lequel l&#8217;ATSA a concili\u00e9 ces deux aspects, donnant une autonomie respective partag\u00e9e au politique et \u00e0 l&#8217;esth\u00e9tique.<\/p>\n<div style='display: none;'>Ani Desch\u00eanes, Annie Roy, ATSA, Patrice Loubier, Pierre Allard<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[4790],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[958],"artistes":[4816,4817,2066,4818],"thematiques":[],"type_post":[319],"class_list":["post-179846","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archive","category-post","numeros-47-autour-de-memoire-vive-en","statuts-archive","auteurs-patrice-loubier-en","artistes-ani-deschenes-en","artistes-annie-roy-en","artistes-atsa-en","artistes-pierre-allard-en","type_post-principal"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179846","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=179846"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/179846\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=179846"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=179846"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=179846"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=179846"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=179846"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=179846"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=179846"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=179846"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=179846"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=179846"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=179846"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}