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{"id":180032,"date":"2002-05-01T19:40:00","date_gmt":"2002-05-02T00:40:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/it-takes-time-au-woodland-cultural-centre\/"},"modified":"2022-11-21T10:34:49","modified_gmt":"2022-11-21T15:34:49","slug":"it-takes-time-au-woodland-cultural-centre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/it-takes-time-au-woodland-cultural-centre\/","title":{"rendered":"<strong>IT TAKES TIME au Woodland Cultural Centre<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l&#8217;hiver 2001, la communaut\u00e9 Mohawk de la r\u00e9serve des Six Nations (Brantford, Ontario), ainsi que les visiteurs du Woodland Cultural Centre ont eu l&#8217;occasion de voir l&#8217;exposition <em>It Takes Time<\/em> de l&#8217;artiste Ojibwe Ron Noganosh, r\u00e9sidant de Hull. Constitu\u00e9e de dessins, d&#8217;installations et de sculptures mixtes cr\u00e9\u00e9s au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, cette exposition peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une r\u00e9trospective du parcours de l&#8217;artiste.<\/p>\n\n\n\n<p>La renomm\u00e9e du Centre, qui soutient le d\u00e9veloppement de l&#8217;art contemporain am\u00e9rindien avec un savoir-faire de calibre international, et ce, \u00e0 partir d&#8217;une communaut\u00e9 iroquoise, se v\u00e9rifie notamment par ses productions culturelles et la publication qui accompagne cette exposition.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L&#8217;exposition<\/h2>\n\n\n\n<p>It Takes Time est la premi\u00e8re exposition qui pose un regard analytique et critique sur l&#8217;\u00e9volution d&#8217;une pratique artistique depuis 20 ans. Le travail de Ron Noganosh aborde les multiples enjeux auxquels font face les communaut\u00e9s autochtones : environnement, ressources naturelles, territoire, culture, langue et autonomie. Son emploi d&#8217;objets trouv\u00e9s dans les assemblages et installations est particulier, car les niveaux implicites de sens, d&#8217;histoire et de m\u00e9moire imbriqu\u00e9s dans les objets rejet\u00e9s poss\u00e8dent une signification particuli\u00e8re pour un peuple qui a subi plus que sa part de mise \u00e0 l&#8217;\u00e9cart. Le titre est \u00e9vocateur : \u00ab \u00c7a prend du temps \u00bb. Cette id\u00e9e de temporalit\u00e9 coiffe l&#8217;\u00e9volution existentielle de Noganosh. Enrichie de nombreuses exp\u00e9riences et de nombreux voyages de par le vaste monde, une m\u00e9moire plurielle habite maintenant ses oeuvres.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L&#8217;inexorable destin\u00e9e<\/h2>\n\n\n\n<p>La plupart de ceux qui visitent la section historique et ethnographique du Woodland Cultural Centre terminent leur visite en entrant dans la plus grande des deux salles o\u00f9 ont lieu les expositions d&#8217;art contemporain, pour ensuite ressortir par le corridor. Ici, l&#8217;artiste a pris l&#8217;initiative d&#8217;occuper l&#8217;entr\u00e9e du corridor commun, investissant les murs du vestibule de dessins au fusain (dont un autoportrait de l&#8217;artiste mature) qui entourent son installation choc&nbsp;<em>Anon Among Us<\/em>&nbsp;(1999). Une grande croix de bois est plant\u00e9e dans un monticule de terre. On dirait une fosse fra\u00eechement creus\u00e9e comme on en voit dans tous les cimeti\u00e8res. Une projection vid\u00e9o affiche au mur une s\u00e9rie de d\u00e9c\u00e8s et leurs causes (maladies, suicides, alcoolisme, accidents, etc.). Toutes sont des membres de la famille ou de l&#8217;entourage de l&#8217;artiste. La vie, telle une fatalit\u00e9, \u00ab a fait son temps \u00bb. Ce dispositif fun\u00e9raire alourdit l&#8217;atmosph\u00e8re et porte \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur les conditions de mis\u00e8re qui engendrent une morbidit\u00e9 et une mortalit\u00e9 pr\u00e9coces chez bien des Am\u00e9rindiens, sur les r\u00e9serves comme \u00e0 la ville. On le sent &#8211; Noganosh en fait une affaire personnelle.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">P\u00e9ril en l&#8217;humanit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans la salle de droite, le propos prend l&#8217;allure d&#8217;une conscience historique universelle, collective, avec&nbsp;<em>Forget Me Not<\/em>. Sur le mur du fond, une grande image photographique en noir et blanc reproduit le champignon d&#8217;une puissante explosion nucl\u00e9aire. Devant, au sol, un alignement de petits socles supporte de petits parasols multicolores, comme ceux qui sont utilis\u00e9s dans les cocktails exotiques. Un mot d&#8217;alerte appara\u00eet. Il y a plus de cinquante ans d\u00e9j\u00e0, en 1945, \u00e0 Hiroshima et Nagasaki, l&#8217;Humanit\u00e9 entrait dans l&#8217;\u00e8re nucl\u00e9aire. Pendant plus de 30 ans, ce sera l&#8217;escalade de la guerre froide entre deux blocs : le monde capitaliste sous la coupe de l&#8217;imp\u00e9rialisme des \u00c9tats-Unis contre les pays socialistes sous la main de fer de l&#8217;h\u00e9g\u00e9monisme communiste de l&#8217;URSS. La catastrophe de la centrale nucl\u00e9aire de Tchernobyl en 1986 acc\u00e9l\u00e8re la faillite sovi\u00e9tique vers son effondrement peu apr\u00e8s la chute du Mur de Berlin en 1989. L&#8217;incident signale encore toutes ces exploitations d\u00e9vastatrices de la Terre-M\u00e8re au nom du progr\u00e8s et qui depuis, avec la mondialisation du capitalisme, menacent non seulement la plan\u00e8te mais l&#8217;univers. Je me suis souvenu de l&#8217;exposition&nbsp;<em>Fissions Singuli\u00e8res<\/em>&nbsp;au Diefenbunker (\u00e0 Carp, \u00e0 40 km d&#8217;Ottawa, \u00e9t\u00e9 2000), surtout de cet incroyable \u00e9difice souterrain construit \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950 pour abriter les \u00e9lites en cas de conflits <span style=\"white-space: nowrap;\">nucl\u00e9aires<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Guy Sioui Durand, \u00ab Fissures d&#8217;art dans l&#8217;hyperr\u00e9el politique \u00bb,&nbsp;<em>Espace sculpture<\/em>, n\u00b0 55 (printemps 2001), p. 30-36.<\/span>. Devant la facture imposante et le propos \u00e9vocateur de l&#8217;installation de Noganosh sur la R\u00e9serve des Six Nations, j&#8217;ai song\u00e9 combien sa pr\u00e9sence \u00e0 Carp aurait bonifi\u00e9 un \u00e9v\u00e9nement d\u00e9pourvu de pr\u00e9sence am\u00e9rindienne, d&#8217;autant plus que Noganosh vit dans la r\u00e9gion de la capitale f\u00e9d\u00e9rale. Bien des jonctions restent \u00e0 faire&#8230; Dans la deuxi\u00e8me grande salle, on retrouvait dans les sculptures et les installations un Ron Noganosh humoristique, sarcastique et critique. La circularit\u00e9 formelle des suspensions, qui ne sont pas que des accrochages, et l&#8217;emploi de mat\u00e9riaux cr\u00e9ant des tensions identitaires entre l&#8217;appartenance traditionaliste et la r\u00e9alit\u00e9 d&#8217;aujourd&#8217;hui, se retrouvent dans trois s\u00e9ries d&#8217;oeuvres.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les boucliers et casques<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans la foul\u00e9e de sa fameuse sculpture&nbsp;<em>Shield for a Modern Warrior, or Concession to Beads and Feathers in lndian Art&nbsp;<\/em>(1984), faite \u00e0 partir d&#8217;un enjoliveur de roue d&#8217;automobile qui est recouvert de canettes de bi\u00e8re aplaties, une s\u00e9rie de boucliers, de carquois et de masques, int\u00e9grant des plumes d&#8217;oiseaux, des peaux ou des fourrures \u00e0 divers mat\u00e9riaux industriels, couvre les murs. Chaque sculpture offre des variations sur la dualit\u00e9 entre attachement et arrachement identitaire que conna\u00eet tout Am\u00e9rindien.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les m\u00e9tissages technologiques<\/h2>\n\n\n\n<p>De l&#8217;esprit sculptural des masques se d\u00e9marque un deuxi\u00e8me type de constructions multim\u00e9dias. Ces oeuvres recyclent des m\u00e9canismes d&#8217;appareils \u00e9lectriques domestiques. Parmi elles, retenons cette surprenante fusion entre la figure faite d&#8217;un bo\u00eetier de guitare trafiqu\u00e9 (\u00e0 la mani\u00e8re des collages cubistes de Braque et de Picasso), coupl\u00e9 \u00e0 une radio syntonisant la radio communautaire de la R\u00e9serve. Alors que bien des artistes aborig\u00e8nes , des organismes autochtones et des Conseils de bande revendiquent l&#8217;autogestion des moyens de communication pour mousser les cultures am\u00e9rindiennes (p. ex. : les radios communautaires, le r\u00e9seau de t\u00e9l\u00e9vision APTN, l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 Internet et m\u00eame un Conseil des Arts Autochtones), le dispositif de Noganosh livrait en direct le contenu d&#8217;un de ces m\u00e9dias, en l&#8217;occurrence la bande de la radio des Six Nations. On y jouait de la musique de \u00ab Blancs \u00bb! Voil\u00e0 une mani\u00e8re directe de questionner l&#8217;acculturation. Comme dans ses sculptures multim\u00e9dias pr\u00e9sent\u00e9es lors de l&#8217;exposition collective&nbsp;<em>Urban Myths-Mythes urbains<\/em>. Art autochtone dans la ville (Galerie Karsh-Masson, H\u00f4tel de Ville d&#8217;Ottawa, ao\u00fbt 2000), ce sont les m\u00e9tissages multim\u00e9dias qui semblent orienter la plus r\u00e9cente s\u00e9rie de cr\u00e9ations de Noganosh.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des sculptures\/installations politiquement engag\u00e9es<\/h2>\n\n\n\n<p>Parmi les oeuvres aux murs et en suspension, trois sculptures\/installations se d\u00e9marquent \u00e0 la fois par leur d\u00e9ploiement dans l&#8217;espace et par leur caract\u00e8re politiquement engag\u00e9. Faisant \u00e9cho \u00e0 une plus petite sculpture fabriqu\u00e9e avec des cintres, pr\u00e8s de la porte d&#8217;arriv\u00e9e \u00e0 la section mus\u00e9ale, Noganosh a install\u00e9 au centre de la galerie une \u00ab for\u00eat de sapinage \u00bb faite avec du m\u00e9tal stri\u00e9, faisant penser aux lames des grands godendarts. Sur une des branches sont d\u00e9pos\u00e9es deux r\u00e9pliques-jouets d&#8217;avions supersoniques militaires. Symboliquement efficace, l&#8217;artiste place au c\u0153ur de l&#8217;exposition&nbsp;<em>It Takes Time<\/em>&nbsp;l&#8217;incessante lutte des lnnus du Labrador pour faire cesser les vols \u00e0 basse altitude des avions de combat de l&#8217;arm\u00e9e am\u00e9ricaine, en pratique dans le cadre de l&#8217;OTAN, donc avec la b\u00e9n\u00e9diction du gouvernement canadien. Les arbres\/scies \u00e9voquent de plus les nombreux conflits et revendications territoriales de la plupart des Premiers Peuples contre les droits de coupe accord\u00e9s aux grandes compagnies. Un dr\u00f4le de chariot rappelle la venue des colons dans les Prairies; sur son plancher, un petit train \u00e9lectrique en marche confirme la conqu\u00eate de l&#8217;Ouest pour former ce Canada&nbsp;<em>coast to coast<\/em>dont les publicit\u00e9s de Patrimoine canadien, les timbres comm\u00e9moratifs de Postes Canada ou les t\u00e9l\u00e9s\u00e9ries comme&nbsp;<em>Le Canada. Une histoire populaire<\/em>&nbsp;ne cessent de faire la propagande. En tapissant simplement la bordure du chariot avec des documents photographiques d&#8217;\u00e9poque montrant les massacres de tribus, de bisons, le confinement en terres de r\u00e9serves et autres mis\u00e8res que signifi\u00e8rent ces \u00e9pisodes pour les n\u00f4tres, Noganosh \u00e9tablit une critique, avec une \u0153uvre qui contraste avec les installations d&#8217;un Kim Adams, par exemple, qui utilise aussi des jouets mais qui se limite au ludisme.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un centre culturel autochtone de classe internationale<\/h2>\n\n\n\n<p>Le professionnalisme du Woodland Cultural Centre en fait une r\u00e9f\u00e9rence non seulement pour toutes les Nations am\u00e9rindiennes, mais aussi pour la plupart des institutions canadiennes et \u00e9tats-uniennes. Son expertise en langues am\u00e9rindiennes et en conservation de documents rares, dont des&nbsp;<em>wampum<\/em>* de trait\u00e9s diplomatiques, est reconnue. Le Woodland Cultural Centre rassemble des activit\u00e9s et des expertises qui dynamisent la communaut\u00e9 et dont la synergie en fait un mod\u00e8le qui propose une alternative aux mus\u00e9ologies officielles en tant que plateforme professionnelle de promotion et de diffusion d&#8217;un art am\u00e9rindien contemporain. Le Woodland fait la preuve de la n\u00e9cessit\u00e9 de telles infrastructures contr\u00f4l\u00e9es par les Am\u00e9rindiens dans un esprit d&#8217;ouverture et d&#8217;\u00e9changes interculturels. Cette pratique de vases communicants transhistoriques, interculturels entre Nations et interdisciplinaires d\u00e9montre que l&#8217;\u00e9volution et la cr\u00e9ation ne sont aucunement incompatibles avec le pass\u00e9 et les traditions. Dans le seul domaine des arts visuels, la section du Woodland Cultural Centre se divise en trois sections : la premi\u00e8re en est une de civilisation (ethnohistoire revisit\u00e9e de la pr\u00e9sence iroquoienne) qui ne se fige pas en une seule p\u00e9riode suppos\u00e9ment idyllique des Anciens Indiens. Il y a modifications, artefacts et \u00e9tudes \u00e0 l&#8217;appui, r\u00e9interpr\u00e9tation constante avec un r\u00e9el souci de montrer l&#8217;impact cumulatif des \u00ab contacts \u00bb jusqu&#8217;\u00e0 aujourd&#8217;hui. L&#8217;expression \u00ab peuple des Maisons longues \u00bb, pour une institution, n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 aussi pertinente. La deuxi\u00e8me section pr\u00e9sente divers secteurs de la soci\u00e9t\u00e9 moderne o\u00f9 les Mohawks se sont int\u00e9gr\u00e9s, souvent avec excellence, comme dans les constructions en hauteur de ponts et de gratte-ciel. C\u00f4t\u00e9 \u00e0 c\u00f4te, divers objets et images font voir les emprunts et les st\u00e9r\u00e9otypes affublant l&#8217;Am\u00e9rindien dans la soci\u00e9t\u00e9 nord-am\u00e9ricaine, notamment dans la culture cin\u00e9matographique, la publicit\u00e9. L&#8217;effet est inoubliable.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, deux salles et un petit hall sont consacr\u00e9s \u00e0 l&#8217;art contemporain am\u00e9rindien. Non seulement y accueille-t-on des expositions d&#8217;ailleurs, mais depuis plus d&#8217;une d\u00e9cennie, le Woodland Cultural Centre produit son exposition annuelle&nbsp;<em>Indian Art<\/em>, laquelle sert de tremplin ou confirme le talent de plusieurs artistes autochtones. Rien de comparable au Qu\u00e9bec. En 1992, l&#8217;historien d&#8217;art Yves Robillard s&#8217;\u00e9tait inspir\u00e9 du mod\u00e8le pour organiser l&#8217;exposition&nbsp;<em>Art Mohawk<\/em>&nbsp;<em>1992<\/em>&nbsp;au d\u00e9funt Centre Strathearn &#8211; \u00e0 Montr\u00e9al. Sept ans plus tard, une autre organisation non autochtone \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, le Centre d&#8217;art autochtone de Montr\u00e9al, produira&nbsp;<em>Art Autochtone-1999-Native Art<\/em>&nbsp;\u00e0 la nouvelle Galerie d&#8217;art de l&#8217;Universit\u00e9 de Montr\u00e9al. Un organisme comme&nbsp;<em>Terre en Vues<\/em>, ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e, dissout dans l&#8217;amateurisme et l&#8217;absence de conviction la pr\u00e9sence d&#8217;art visuel am\u00e9rindien dans ces programmations. La renomm\u00e9e du Woodland et de ses activit\u00e9s tient au g\u00e9nie et \u00e0 la persistance de Tom Hill. Artiste et historien, Tom Hill est porteur d&#8217;une (re) lecture historique de la gen\u00e8se (donc d&#8217;une d\u00e9finition autochtone des fondements de l&#8217;imaginaire am\u00e9rindien) et des jalons de son \u00e9mergence dans le champ nord-am\u00e9ricain de l&#8217;art. Dans ses essais (dont&nbsp;<em>Beyond History<\/em>&nbsp;et&nbsp;<em>Narval Morrisseau and the Emergence of the Image Makers<\/em>), il a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 rep\u00e9rer l&#8217;importance de Zacharie Vincent (<em>Tehariolin<\/em>), de l&#8217;\u00e9mergence de ce que l&#8217;on appel\u00e9 l&#8217;\u00c9cole de Manitoulin (autour des Nerval Morrisseau et Alex Janvier), en plus d&#8217;\u00eatre un des artistes ayant investi politiquement le Pavillon Indien d&#8217;Expo 1967 \u00e0 Montr\u00e9al. Il a \u00e9t\u00e9 co-commissaire de la grande exposition d&#8217;ouverture&nbsp;<em>Creation&#8217;s Journey. Native American ldentity and <\/em><span style=\"white-space: nowrap;\"><em>Belief<\/em><a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - <em>Creation&#8217;s Journey. Native American Identity and Belief<\/em>, sous la direction de Tom Hill et Richard W. Hill Sr., &nbsp;publi\u00e9 par la Smithsonian Institution Press, Washington et Londres, en collaboration avec la National Museum of the American Indian Smithsonian Institution, 1994.<\/span>&nbsp;au National Museum of the American Indian \u00e0 New York du Smithsonian Institute de 1994 \u00e0 1997. Conf\u00e9rencier r\u00e9put\u00e9, &#8211; Tom Hill a d&#8217;ailleurs livr\u00e9 une pr\u00e9sentation magistrale \u00e0 Kahnawake l&#8217;\u00e9t\u00e9 dernier &#8211; j&#8217;y reviendrai plus loin.<\/p>\n\n\n\n<p>Ayant eu le privil\u00e8ge de visiter l&#8217;exposition&nbsp;<em>It Takes Time<\/em>&nbsp;de Ron Noganosh, celui-ci me servant de guide, j&#8217;ai constat\u00e9 de visu la nouvelle \u00e9tape dans laquelle s&#8217;engage l&#8217;\u00e9volution actuelle de l&#8217;art autochtone&nbsp;: celle de l&#8217;\u00e9laboration d&#8217;une th\u00e9orie et d&#8217;une critique d&#8217;art am\u00e9rindiennes sur l&#8217;art produit par les artistes, non seulement am\u00e9rindiens mais de tout le champ de l&#8217;art. La d\u00e9monstration faite par Tom Hill que des jalons construisent une auto-histoire am\u00e9rindienne de l&#8217;art am\u00e9rindien n\u00e9cessaire dans l&#8217;art actuel et non en marge, rejoint l&#8217;horizon \u00e9nonc\u00e9 par George E. Sioui et influence plusieurs d&#8217;entre nous dont Gerald R. <span style=\"white-space: nowrap;\">McMaster<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - Gerald R.McMaster, \u00ab Toward an Aboriginal Art History \u00bb dans&nbsp;<em>Native American Art in the Twentieth Century<\/em>, sous la direction de W. Jackson Rushing III, Routledge, Londres et New York, 1999, p.81-96.<\/span>. D&#8217;o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 des complicit\u00e9s, des collaborations postmodernes, interculturelles et interdisciplinaires. La collaboration avec Lucy R. Lippard pour le catalogue concr\u00e9tise cet \u00e9tat de fait.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le catalogue : des plumes intellectuelles de grand calibre<\/h2>\n\n\n\n<p>Avec la publication bilingue du catalogue de l&#8217;exposition&nbsp;<em>It Take Times<\/em>, le Woodland Cultural Centre franchit une barri\u00e8re, \u00e9tablit une <span style=\"white-space: nowrap;\">norme<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Tom Hill et Lucy R.Lippard,&nbsp;<em>Ron Noganosh: It Takes Time<\/em>, co-\u00e9dit\u00e9 avec le Woodland Cultural Centre. En fran\u00e7ais et en anglais.<\/span>. La co-\u00e9dition de l&#8217;ouvrage assure une diffusion dans toute l&#8217;Am\u00e9rique du Nord et en Europe. M\u00eame en 1999, le catalogue d&#8217;une exposition d&#8217;importance comme&nbsp;<em>Reservation X<\/em>&nbsp;du Mus\u00e9e canadien des civilisations \u00e0 Hull au Qu\u00e9bec, avait \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en langue anglaise seulement. Autre signe de cet \u00e9clatement de la mise en r\u00e9serve : Tom Hill joint la plume de Lucy R. Lippard \u00e0 la sienne. Lippard est une des critiques d&#8217;art les plus r\u00e9put\u00e9es. Ses principaux essais (<em>Six Years: The Dematerialization of the Art Object; From the Center: Feminist Essays on Womens&#8217; Art; Overlay: Contemporary Art and the Art of Prehistory; Mixed Blessing: New Art in a Multicultural America; Partial Reca\/1: Photographs of Native North Americans<\/em>) ont red\u00e9fini, et continuent \u00e0 red\u00e9finir, les param\u00e8tres qui permettent de comprendre l&#8217;aventure de l&#8217;art \u00e0 notre \u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le regard per\u00e7ant<\/h2>\n\n\n\n<p>Avec le temps, l&#8217;\u0153il amus\u00e9, qu&#8217;a toujours sollicit\u00e9 l&#8217;art de Ron Noganosh, ne se transforme plus seulement en regard sur l&#8217;identit\u00e9 am\u00e9rindienne m\u00e9tiss\u00e9e par l&#8217;histoire politique et l&#8217;expansion de l&#8217;industrialisation-urbanisation des territoires et de la vie de tous les Am\u00e9rindiens. Le fil du temps de notre vieillissement individuel n&#8217;emp\u00eache pas, semblent dire l&#8217;artiste et les critiques, d&#8217;\u00e9largir notre regard per\u00e7ant \u00e0 la destin\u00e9e de l&#8217;humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">* Le&nbsp;<em>wampum<\/em>&nbsp;d\u00e9signait une bille fabriqu\u00e9e \u00e0 partir de coquillages marins et teinte avec des colorants naturels, particuli\u00e8rement dans les tons de rouge. Les billes de coquillage \u00e9taient enfil\u00e9es sur des nerfs d&#8217;animaux, de fa\u00e7on \u00e0 ce que leur agencement, leur couleur et la superposition des lani\u00e8res composent un ensemble de symboles faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement ou \u00e0 un personnage. Dans le cas d&#8217;une entente politique, commerciale ou militaire, l&#8217;\u00e9change des ceintures de wampum servait \u00e0 officialiser et \u00e0 sceller des engagements. Plus une nation avait de&nbsp;<em>wampum<\/em>, plus elle avait un pass\u00e9 riche.<\/p>\n<div style='display: none;'>Alex Morrisseau, Georges Braque, Guy Sioui Durand, Noganosh Norval, Ron Picasso, Tom Hill<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[4924],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[4494],"artistes":[4967,4968,4969,4970,4971],"thematiques":[],"type_post":[319],"class_list":["post-180032","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archive","category-post","numeros-45-amerindie-en","statuts-archive","auteurs-guy-sioui-durand-en","artistes-alex-morrisseau-en","artistes-georges-braque-en","artistes-noganosh-norval-en","artistes-ron-picasso-en","artistes-tom-hill-en","type_post-principal"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/180032","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=180032"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/180032\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=180032"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=180032"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=180032"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=180032"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=180032"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=180032"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=180032"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=180032"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=180032"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=180032"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=180032"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}