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{"id":180088,"date":"2002-05-01T19:05:00","date_gmt":"2002-05-02T00:05:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/nations-amerindiennes-une-comprehension-en-mouvance\/"},"modified":"2022-11-21T12:03:44","modified_gmt":"2022-11-21T17:03:44","slug":"nations-amerindiennes-une-comprehension-en-mouvance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/nations-amerindiennes-une-comprehension-en-mouvance\/","title":{"rendered":"<strong>Nations am\u00e9rindiennes | Une compr\u00e9hension en mouvance<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>Les revendications actuelles des Premi\u00e8res Nations nous obligent \u00e0 prendre conscience de la complexit\u00e9 des probl\u00e8mes que nous devrons r\u00e9soudre ensemble. La signature d&#8217;une entente entre le gouvernement du Qu\u00e9bec et les Cris, en 2002, fut l&#8217;aboutissement d&#8217;un processus difficile pour les parties en pr\u00e9sence. Cette entente, la derni\u00e8re en date, s&#8217;ajoute aux r\u00e9cents trait\u00e9s ratifi\u00e9s avec les nations am\u00e9rindiennes et inuites. Ces r\u00e9ussites, bien qu&#8217;encourageantes, ne peuvent faire oublier une histoire tumultueuse \u00e0 bien des \u00e9gards. Il serait pr\u00e9somptueux de pr\u00e9tendre expliquer les positions d\u00e9fendues par les uns ou les autres, depuis les premiers contacts. Dans le cadre d&#8217;un dossier portant sur l&#8217;art am\u00e9rindien contemporain, il me paraissait opportun de traiter de quelques \u00e9l\u00e9ments du contexte sociohistorique qui a forg\u00e9 nos rapports et du contexte actuel o\u00f9 l&#8217;art contemporain am\u00e9rindien prend racine.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cadre des festivit\u00e9s comm\u00e9moratives du 300<sup>e<\/sup>&nbsp;anniversaire de la Grande Paix de Montr\u00e9al, intervenue entre les Nations am\u00e9rindiennes et les Fran\u00e7ais de la Nouvelle-France, le Mus\u00e9e du Ch\u00e2teau Ramezay pr\u00e9sentait, en juin 2001, l&#8217;exposition&nbsp;<em>300 t\u00e9moins d&#8217;une culture. Regard sur la Salle indienne de 1930<\/em>. L&#8217;int\u00e9r\u00eat de cette exposition r\u00e9sidait principalement dans l&#8217;approche retenue par les concepteurs. Il s&#8217;agissait de reconstituer la salle indienne du mus\u00e9e telle que l&#8217;on pouvait la voir dans les ann\u00e9es 1930 afin de mettre en lumi\u00e8re les changements de perception qui se sont produits depuis.<\/p>\n\n\n\n<p>Les visiteurs d&#8217;aujourd&#8217;hui, p\u00e9n\u00e9trant dans la salle du mus\u00e9e, devaient \u00eatre frapp\u00e9s par la grande diff\u00e9rence de pr\u00e9sentation par rapport aux autres salles. La surench\u00e8re d&#8217;objets ainsi que leur disposition donnaient le ton. Des artefacts de la collection d&#8217;ethnologie am\u00e9rindienne furent expos\u00e9s, avec une approche similaire aux cabinets de curiosit\u00e9s que l&#8217;on pouvait voir au d\u00e9but du si\u00e8cle. Les objets \u00e9taient dispos\u00e9s par s\u00e9ries, sans distinction des p\u00e9riodes ou des lieux de production. Des artefacts inuits c\u00f4toyaient indiff\u00e9remment des artefacts am\u00e9rindiens des plaines ou de la for\u00eat bor\u00e9ale. Si la plupart des artefacts, de diverses p\u00e9riodes historiques, relevaient du domaine de l&#8217;ethnologie, une collection d&#8217;estampes et de tableaux y figurait aussi. Ce type de mise en espace contrastait fortement avec les crit\u00e8res contemporains de mus\u00e9ologie. Si la pr\u00e9sentation de l&#8217;exposition en 2001 laissait supposer un retour en arri\u00e8re, les textes, eux, expliquaient clairement les changements survenus depuis le d\u00e9but du si\u00e8cle. D&#8217;une vision r\u00e9ductrice, teint\u00e9e d&#8217;ethnocentrisme, nous sommes parvenus \u00e0 une ouverture sur la diff\u00e9rence culturelle. Les concepteurs de l&#8217;exposition souhaitaient, par cette pr\u00e9sentation archa\u00efsante, obliger les visiteurs \u00e0 une prise de conscience de la complexit\u00e9 et de la richesse des cultures autochtones.<\/p>\n\n\n\n<p>Notre connaissance de l&#8217;histoire am\u00e9rindienne demeure, encore aujourd&#8217;hui, tributaire d&#8217;une majorit\u00e9 de documents publi\u00e9s par des d&#8217;auteur(e)s non autochtones. Sans remettre en cause la qualit\u00e9 des ouvrages, il me semble important de souligner celui d&#8217;Olive Patricia <span style=\"white-space: nowrap;\">Dickason<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Olive Patricia Dickason,&nbsp;<em>Les Premi\u00e8res Nations du Canada<\/em>, \u00c9ditions du Septentrion, Qu\u00e9bec, 1996.<\/span>. Celle-ci pose un vaste regard sur l&#8217;histoire des nations am\u00e9rindiennes, depuis leur arriv\u00e9e sur le continent jusqu&#8217;\u00e0 la fin du XX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle. D&#8217;origine m\u00e9tis, l&#8217;auteure ne cache pas un parti pris \u00e9vident, mais sans jamais travestir les faits. C&#8217;est ce point de vue qui rend d&#8217;autant plus pertinent la recherche effectu\u00e9e. D&#8217;entr\u00e9e de jeu, l&#8217;auteur \u00e9voque l&#8217;approche historique bas\u00e9e sur des faits \u00e9crits, inscrits dans des documents et trait\u00e9s officiels sans \u00e9gard \u00e0 la tradition orale des Premi\u00e8res Nations. Selon ce principe, toute soci\u00e9t\u00e9 ne poss\u00e9dant pas l&#8217;\u00e9criture se trouvait exclue de l&#8217;histoire et rel\u00e9gu\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9histoire ou \u00e0 la <span style=\"white-space: nowrap;\">protohistoire<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Ibid, p. 11.<\/span>. De plus, les langues utilis\u00e9es par les divers peuples, r\u00e9partis sur l&#8217;ensemble du continent, limitent une reconstitution pr\u00e9cise de l&#8217;histoire. Nous devons alors accepter, en lieu et place des attestations officielles, de nous baser sur des hypoth\u00e8ses qui pourront devenir caduques ou se concr\u00e9tiser au fil des recherches.<\/p>\n\n\n\n<p>Arriv\u00e9s par vagues successives, les peuples autochtones ont peu \u00e0 peu occup\u00e9 les Am\u00e9riques. La diversit\u00e9 des peuples (chasseurs-cueilleurs, agriculteurs) et de leurs empires permit l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;une civilisation caract\u00e9ristique. Le rapport \u00e0 la nature de cette civilisation \u00e9tait et demeure fort diff\u00e9rent de celui des Europ\u00e9ens. Ces derniers voyaient la nature comme une cr\u00e9ation de Dieu, mise \u00e0 leur disposition pour leur usage et \u00e9ventuellement pour sa gloire. Dans la culture am\u00e9rindienne, d&#8217;un bout \u00e0 l&#8217;autre des Am\u00e9riques, la nature ou plut\u00f4t l&#8217;univers \u00e9tait r\u00e9gi par des forces, plus ou moins grandes, en symbiose. La mythologie de toutes ces nations reposait sur des ph\u00e9nom\u00e8nes naturels maintenant un \u00e9quilibre, une harmonie entre les <span style=\"white-space: nowrap;\">\u00eatres<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - L&#8217;astrophysicien Edwin C. Krupp a publi\u00e9 deux ouvrages sur les connaissances et les applications de l&#8217;astronomie par les anciennes civilisations :&nbsp;<em>Echoes of the ancient skies<\/em>, Oxford University Press et&nbsp;<em>Skywatchers, Shamans &amp; Kings<\/em>, John Wiiley &amp; Sons, Inc. On y trouve une somme d&#8217;information susceptible de nous aider \u00e0 mieux comprendre la complexit\u00e9 et la place du spirituel dans ces civilisations.<\/span>. Tous les \u00e9l\u00e9ments de la nature, anim\u00e9s ou non, se voyaient attribu\u00e9 un esprit. L&#8217;ordre spirituel demeurait donc intrins\u00e8quement li\u00e9 aux activit\u00e9s humaines. Ce concept, \u00e9tranger \u00e0 la pens\u00e9e jud\u00e9o-chr\u00e9tienne, intervenait continuellement, en filigrane, dans les rapports entre les deux civilisations.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, l&#8217;organisation du pouvoir rev\u00eatait des aspects forts diff\u00e9rents d&#8217;un territoire \u00e0 l&#8217;autre. La notion de chef avait peu de similitude avec notre conception, m\u00eame actuelle, du pouvoir. L&#8217;\u00e9galitarisme au sein du groupe pr\u00e9dominait, assurant un partage du produit de la chasse, de la cueillette, etc. En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, le choix d&#8217;un dirigeant se fondait sur sa valeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus pr\u00e8s de nous, des conf\u00e9d\u00e9rations s&#8217;\u00e9taient organis\u00e9es, telles la Huronie ou la Ligue des Cinq-Nations iroquoise, r\u00e9parties dans la zone nord-est du continent. La conf\u00e9d\u00e9ration iroquoise avait aussi une organisation sociale \u00e9labor\u00e9e. Un conseil, repr\u00e9sentatif des tribus constituantes, voyait au maintien de la paix entre elles, tout en coordonnant les relations ext\u00e9rieures. Ce conseil laissait, par ailleurs, une grande autonomie pour toute la gestion interne de chacune des tribus. Toutes les d\u00e9cisions du conseil conf\u00e9d\u00e9ratif requ\u00e9raient l&#8217;unanimit\u00e9 des repr\u00e9sentants des tribus. Les femmes, quant \u00e0 elles, exer\u00e7aient un v\u00e9ritable pouvoir dans cette soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien avant les premiers contacts avec les Europ\u00e9ens, tout un r\u00e9seau d&#8217;\u00e9changes commerciaux permettait une circulation impressionnante d&#8217;objets et de mati\u00e8res premi\u00e8res d&#8217;un bout \u00e0 l&#8217;autre du continent. Afin de pallier la difficult\u00e9 de communiquer, les Am\u00e9rindiens avaient d\u00e9j\u00e0 d\u00e9velopp\u00e9 des dialectes commerciaux. Toute une proc\u00e9dure d&#8217;\u00e9changes de cadeaux s&#8217;appliquait et les lois de l&#8217;hospitalit\u00e9 ne pouvaient \u00eatre viol\u00e9es sans punitions. C&#8217;est dans ce contexte, que les <span style=\"white-space: nowrap;\">Europ\u00e9ens<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Que ce soit avec les Vikings ou les Basques, on admet que les contacts \u00e9taient \u00e9tablis, bien avant l&#8217;arriv\u00e9e de Cartier.<\/span> \u00e9tablirent des liens.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne faut jamais perdre de vue que la traite des fourrures fut la principale motivation pour \u00e9tablir des liens avec les Am\u00e9rindiens. Pour complexifier encore un peu plus la situation, les nouveaux arrivants se croyaient investis d&#8217;une mission de conversion aupr\u00e8s de toutes ces \u00e2mes pa\u00efennes. Ces deux activit\u00e9s, l&#8217;une lucrative et l&#8217;autre r\u00e9demptrice, engendr\u00e8rent des situations g\u00e9n\u00e9ralement inconciliables entre les commer\u00e7ants et les missionnaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Inuits, pour leur part, \u00e9tabliront des contacts avec les Fran\u00e7ais, d\u00e8s le XVI<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, sur la c\u00f4te du Labrador. Les v\u00e9ritables \u00e9changes s&#8217;effectueront lorsque les imp\u00e9ratifs \u00e9conomiques deviendront incontournables. La Compagnie de la Baie-d &#8216;Hudson, cr\u00e9\u00e9e par les Anglais en 1670, demeure, jusqu&#8217;au XX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, un protagoniste majeur dans les rapports entre les Am\u00e9rindiens et les lnuits. Cette compagnie \u00e9tablira des postes de traite sur tout le territoire et en contr\u00f4lera toutes les activit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 les rapports cordiaux qui purent se d\u00e9velopper de part et d&#8217;autre, jamais les Europ\u00e9ens (toutes nations confondues) ne reconnaissent la propri\u00e9t\u00e9 du territoire aux premiers occupants. \u00ab Essentiellement, le droit europ\u00e9en ne les reconna\u00eet pas comme habitants puisque les Am\u00e9rindiens m\u00e8nent une vie nomade, sans domicile fixe, en parcourant le pays [\u2026] au lieu de <span style=\"white-space: nowrap;\">l&#8217;habiter<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - Olive Patricia Dickason, op. cit., p. 172.<\/span>. \u00bb De plus, les Europ\u00e9ens estiment que le droit des chr\u00e9tiens a pr\u00e9dominance sur celui des pa\u00efens, justifiant l&#8217;appropriation du territoire \u00e0 des fins de colonisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Les guerres coloniales entre les Anglais et les Fran\u00e7ais obligent les bellig\u00e9rants \u00e0 conclure des alliances strat\u00e9giques avec les nations autochtones. Mais ce sera toujours une guerre entre Europ\u00e9ens o\u00f9 les Am\u00e9rindiens ne r\u00e9aliseront pas que ce sont leur terres qui sont en jeu. Lorsque les Britanniques succ\u00e8dent aux Fran\u00e7ais, plusieurs chefs font observer que ce sont les Fran\u00e7ais qui ont perdu quelque chose et non pas eux, et qu&#8217;ils ont seulement autoris\u00e9 les Europ\u00e9ens \u00e0 venir s&#8217;installer sur leur territoire \u00e0 certaines conditions. La Couronne britannique se r\u00e9servera cependant le droit d&#8217;abolir des titres indiens gardant ainsi un pouvoir juridique sur tout le territoire. Dans les faits, cela signifie l&#8217;unique reconnaissance d&#8217;un droit d&#8217;occupation et d&#8217;utilisation et non de propri\u00e9t\u00e9. Les deux proclamations, le Trait\u00e9 de Paris (1763) et l&#8217;Acte de Qu\u00e9bec (1774), vont entra\u00eener un changement d&#8217;attitude dans la n\u00e9gociation des trait\u00e9s subs\u00e9quents.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00c9tats-Unis, obtenant leur ind\u00e9pendance en 1776, ne reconna\u00eetront pas la valeur des proclamations de 1763 et 1774. Apr\u00e8s la guerre anglo-am\u00e9ricaine pour annexer le Canada (termin\u00e9e en 1812), la priorit\u00e9 portera d\u00e9sormais sur les questions fonci\u00e8res et non sur le commerce ou la paix. Les autorit\u00e9s coloniales ne ressentent plus le besoin pressant de se concilier avec les Am\u00e9rindiens. Dans un long processus \u00e9chelonn\u00e9 sur plus de deux si\u00e8cles, les Autochtones sont pass\u00e9s d&#8217;un mode de vie autonome \u00e0 une interd\u00e9pendance avec les Europ\u00e9ens et leurs produits pour finalement en devenir d\u00e9pendants. Apr\u00e8s la r\u00e9bellion de 1837- 1838, les deux Canada sont r\u00e9unis. \u00c0 cette \u00e9poque, l&#8217;id\u00e9e dominante concernant les Am\u00e9rindiens est qu&#8217;ils sont en voie de disparition et qu&#8217;ils devraient rester \u00e0 l&#8217;\u00e9cart des Blancs. Toute une s\u00e9rie d&#8217;exp\u00e9riences de s\u00e9dentarisation sera tent\u00e9e. Le rachat des territoires am\u00e9rindiens se poursuit et l&#8217;argent de la revente (aux colons) sera r\u00e9investi par l&#8217;administration dans ces exp\u00e9riences. Situation ironique, ce seront donc les b\u00e9n\u00e9ficiaires qui paieront pour leur s\u00e9dentarisation. Des villages mod\u00e8les sont cr\u00e9\u00e9s \u00ab \u00e0 l&#8217;image des id\u00e9aux victoriens de vie <span style=\"white-space: nowrap;\">vertueuse<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-6\" href=\"#footnote-6\"><sup>6<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-6\"><a href=\"#fn-ref-6\"> 6 <\/a> - Ibid., p. 223.<\/span> \u00bb et l&#8217;\u00e9ducation confi\u00e9e aux missionnaires sera le plus s\u00fbr moyen d&#8217;y parvenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Inuvialuits de l&#8217;Arctique ne seront vraiment inqui\u00e9t\u00e9s qu&#8217;au milieu du XIX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle avec le d\u00e9veloppement de la chasse \u00e0 la baleine et au morse par les Am\u00e9ricains et les Europ\u00e9ens. Une chasse immod\u00e9r\u00e9e, comme celle du bison dans les plaines, d\u00e9cimera ces esp\u00e8ces avec pour r\u00e9sultat des famines g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es. \u00c0 la fin du XIX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, les premiers habitants du Grand Nord auront disparu et ce sont les actuels Inuits de l&#8217;Alaska qui occuperont tout l&#8217;Arctique. Aucun trait\u00e9 ne fut sign\u00e9 avant leur arriv\u00e9e (en 1984, un premier trait\u00e9 sera paraph\u00e9). Dans ces conditions, au cours de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, ils purent continuer \u00e0 vivre selon leurs us et coutumes sans v\u00e9ritable intrusion du sud.<\/p>\n\n\n\n<p>Au moment de la signature de la Conf\u00e9d\u00e9ration, plus d&#8217;une centaine de trait\u00e9s sont d\u00e9j\u00e0 conclus avec les Autochtones. Ces trait\u00e9s repr\u00e9sentent le plus s\u00fbr moyen, pour le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral, d&#8217;annuler leurs pr\u00e9tentions fonci\u00e8res. Malheureusement, ce type de proc\u00e9dure n&#8217;est pas per\u00e7u de la m\u00eame mani\u00e8re par les Am\u00e9rindiens. Ceux-ci ne concevaient pas une entente comme \u00e9tant immuable ou d\u00e9finitive. \u00ab \u00c0 leurs yeux, les trait\u00e9s \u00e9taient un moyen qui leur permettait de s&#8217;adapter aux exigences du monde contemporain sans quitter le cadre de leurs propres <span style=\"white-space: nowrap;\">traditions<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-7\" href=\"#footnote-7\"><sup>7<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-7\"><a href=\"#fn-ref-7\"> 7 <\/a> - Ibid., p.274.<\/span>. \u00bb La confusion quant au sens \u00e0 donner \u00e0 ce type d&#8217;entente explique les imbroglios dans lesquels nous pouvons nous trouver encore aujourd&#8217;hui. Un nouveau point de tension se d\u00e9clara avec la demande formelle de la reconnaissance de la Nation M\u00e9tis dans les ann\u00e9es 1860-1870. Plusieurs tentatives \u00e9choueront pour faire reconna\u00eetre leurs droits, jusqu&#8217;\u00e0 la r\u00e9bellion de Riel et sa pendaison en 1885.<\/p>\n\n\n\n<p>Un changement important aura lieu en 1876. La Loi sur les Indiens instaura une l\u00e9gislation nationale, relevant du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral, pour tout ce qui a trait aux Autochtones. L&#8217;objectif, non avou\u00e9, demeurait d&#8217;encourager l&#8217;assimilation sans la forcer. Cette l\u00e9gislation d\u00e9finit qui est reconnu Indien, ses droits et obligations, de m\u00eame que les termes \u00ab bande \u00bb, ou \u00ab r\u00e9serve \u00bb, et cette loi, toujours en vigueur, encadre donc l&#8217;existence des Am\u00e9rindiens. Au tournant du si\u00e8cle, les tentatives pour imposer un mode d&#8217;\u00e9lection des chefs, selon nos normes, envenima une situation passablement tendue. Le gouvernement imposera, \u00e0 toutes les bandes de l&#8217;Ontario et de l&#8217;Est du pays, la tenue d&#8217;\u00e9lections triennales. L&#8217;opposition \u00e0 ces changements perdurera encore au XX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle. Si les bandes de l&#8217;Est du Canada sont soumises \u00e0 ce type d&#8217;\u00e9lection, certaines bandes de l&#8217;Ouest peuvent encore choisir leurs chefs selon leurs traditions. Entre les ann\u00e9es 1900 et <span style=\"white-space: nowrap;\">1930<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-8\" href=\"#footnote-8\"><sup>8<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-8\"><a href=\"#fn-ref-8\"> 8 <\/a> - &nbsp;Ibid., p.325.<\/span>, toute une s\u00e9rie d&#8217;interdictions seront appliqu\u00e9es afin d&#8217;emp\u00eacher l&#8217;expression de la culture am\u00e9rindienne sous toutes ses formes, sans l&#8217;approbation pr\u00e9alable des autorit\u00e9s. Cette nouvelle phase d&#8217;infantilisation des Am\u00e9rindiens provoquera r\u00e9sistance et m\u00e9fiance.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la p\u00e9riode de l&#8217;entre-deux-guerres, Frederick Ogilvie <span style=\"white-space: nowrap;\">Loft<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-9\" href=\"#footnote-9\"><sup>9<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-9\"><a href=\"#fn-ref-9\"> 9 <\/a> - Ancien combattant mohawk de la guerre 1914-18, un volontaire &#8211; les Am\u00e9rindiens n&#8217;\u00e9taient pas oblig\u00e9s de s&#8217;engager.<\/span> tente de cr\u00e9er une premi\u00e8re association nationale pour les Am\u00e9rindiens. Le tout se soldera par un \u00e9chec. Une lutte pour l&#8217;autonomie et la reconnaissance des droits ancestraux marquera la seconde moiti\u00e9 du XX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle. La notion de droits ancestraux implique une reconnaissance de la propri\u00e9t\u00e9 des territoires traditionnellement occup\u00e9s mais aussi des ressources naturelles qui y sont rattach\u00e9es. Cette lutte, d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9e devant les tribunaux depuis plusieurs d\u00e9cennies, s&#8217;amplifiera, et les cons\u00e9quences ne seront pas toujours ce qu&#8217;on avait anticip\u00e9. Il faudra attendre en 1968 pour voir la cr\u00e9ation d&#8217;un organisme panam\u00e9rindien, la Fraternit\u00e9 des Indiens du Canada, repr\u00e9sentant tous les Am\u00e9rindiens. Puis, en 1982, l&#8217;Assembl\u00e9e des Premi\u00e8res Nations deviendra l&#8217;organisation repr\u00e9sentative des revendications autochtones.<\/p>\n\n\n\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 la cr\u00e9ation de ces organisations, le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral tentera de trouver des solutions viables pour tous en instituant des commissions et des enqu\u00eates de toutes sortes sur la situation des Am\u00e9rindiens. Le d\u00e9veloppement du Nord au Canada et au Qu\u00e9bec deviendra un enjeu d\u00e9terminant pour les Premi\u00e8res Nations. Le projet du d\u00e9veloppement des ressources hydro\u00e9lectriques de la Baie James repr\u00e9sente un cas type. Le gouvernement du Qu\u00e9bec, sous Robert Bourassa, d\u00e9cidera de passer outre aux revendications des Cris et entreprendra des travaux sans ententes pr\u00e9alables avec ceux-ci. Une injonction accord\u00e9e par le Juge Albert Malouf en 1972 fera cesser les travaux. Il faudra qu&#8217;une entente soit conclue avant toute reprise des travaux. La Convention de la Baie James et du Nord qu\u00e9b\u00e9cois sign\u00e9e en 1975 en sera la cons\u00e9quence. Malgr\u00e9 un droit de regard du gouvernement, la Convention accorde une autonomie consid\u00e9rable aux collectivit\u00e9s cries et inuites du Qu\u00e9bec sur les plans politique, social et \u00e9conomique. Cette Convention sera consid\u00e9r\u00e9e par plusieurs comme le premier trait\u00e9 moderne en mati\u00e8re de droits autochtones.<\/p>\n\n\n\n<p>Le rapatriement (unilat\u00e9ral) de la Constitution, par le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral en 1982 suscita des inqui\u00e9tudes aupr\u00e8s des Autochtones puisqu&#8217;ils seront exclus de celle-ci. Ces derniers r\u00e9ussiront \u00e0 faire ench\u00e2sser leurs droits ancestraux \u00ab existants \u00bb dans la nouvelle constitution sans que ces derniers soient clairement d\u00e9finis. Il faut comprendre que \u00ab d&#8217;expression droits ancestraux recouvre [\u2026] plus que les simples questions fonci\u00e8res; en ce qui concerne les Am\u00e9rindiens, elle inclut aussi l&#8217;autonomie <span style=\"white-space: nowrap;\">gouvernementale<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-10\" href=\"#footnote-10\"><sup>10<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-10\"><a href=\"#fn-ref-10\"> 10 <\/a> - Olive Patricia Dickason, op. cit., p. 408.<\/span> \u00bb. L&#8217;Accord du Lac Meech, en 1987, provoquera encore plus de d\u00e9sillusion. On pr\u00e9voit octroyer au Qu\u00e9bec un statut particulier en tant que soci\u00e9t\u00e9 distincte. Pour la majorit\u00e9 des Am\u00e9rindiens, cette attitude de deux poids deux mesures est inacceptable. On conna\u00eet la suite des \u00e9v\u00e9nements. L&#8217;\u00e9ch\u00e9ancier du 23 juin 1990 ne sera pas respect\u00e9. Helijah Harper, (d\u00e9put\u00e9 autochtone du Manitoba) portera l&#8217;odieux pour les uns, le m\u00e9rite pour les autres, de l&#8217;\u00e9chec de l&#8217;entente.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;\u00e9t\u00e9 1990, commenc\u00e9 avec le rejet de l&#8217;entente du lac Meech, se termine dans l&#8217;affrontement avec la Crise d&#8217;Oka. Cette crise marquera profond\u00e9ment les rapports entre, Autochtones et Blancs. L&#8217;incapacit\u00e9 de d\u00e9terminer l\u00e9galement les droits am\u00e9rindiens relatifs \u00e0 certaines parties du territoire vis\u00e9 stigmatisera les positions des deux camps. Ce ne sera malheureusement pas l&#8217;unique contentieux non r\u00e9solu qui \u00e9mergera au cours de cette d\u00e9cennie. A titre d&#8217;exemple, dans l&#8217;Est du pays, les vols d&#8217;entra\u00eenement militaire \u00e0 basse altitude feront l&#8217;objet de contestations par les Inuits du Labrador. La relance de projets hydro\u00e9lectriques dans le nord du Qu\u00e9bec ravivera les tensions avec les Cris, tandis que les Micmacs revendiqueront des droits de p\u00eache, etc. Dans ce climat tendu, l&#8217;entente ratifi\u00e9e le 7 f\u00e9vrier 2002 entre les Cris et le Gouvernement du Qu\u00e9bec indique qu&#8217;il reste possible de se comprendre. Mais rien n&#8217;est acquis. Ce serait faire preuve d&#8217;ang\u00e9lisme que de croire que toutes les divergences se r\u00e9gleront sans probl\u00e8mes. Ces longues fr\u00e9quentations tumultueuses ont fa\u00e7onn\u00e9 tant bien que mal nos rapports r\u00e9ciproques. Ce sont toutes ces transformations sociohistoriques qui, en toile de fond, impr\u00e8gnent la culture actuelle des Premi\u00e8res Nations et leur d\u00e9termination \u00e0 l&#8217;affirmation de leur identit\u00e9. Aujourd&#8217;hui encore, il demeure difficile pour plusieurs d&#8217;entre nous de comprendre la teneur ou les revendications des Am\u00e9rindiens. Une chose est certaine, on ne pourra plus prendre de d\u00e9cisions unilat\u00e9rales. Nos revendications comme celles des Autochtones, sont l\u00e9gitimes et indissociables. Le respect mutuel demeure l&#8217;unique solution.<\/p>\n<div style='display: none;'>Andr\u00e9 Greusard<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[4924],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[4434],"artistes":[],"thematiques":[],"type_post":[],"class_list":["post-180088","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archive","category-post","numeros-45-amerindie-en","statuts-archive","auteurs-andre-greusard-en"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/180088","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=180088"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/180088\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=180088"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=180088"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=180088"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=180088"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=180088"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=180088"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=180088"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=180088"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=180088"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=180088"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=180088"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}