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{"id":180097,"date":"2002-05-01T19:00:00","date_gmt":"2002-05-02T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/le-mal-culturel\/"},"modified":"2022-11-21T12:10:47","modified_gmt":"2022-11-21T17:10:47","slug":"le-mal-culturel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/le-mal-culturel\/","title":{"rendered":"<strong>Le mal culturel<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab C&#8217;est dans nos t\u00eates qu&#8217;il faut commencer \u00e0 proc\u00e9der \u00e0 une r\u00e9elle mutation. La publication aux \u00c9ditions Citadelles et Mazenod de L&#8217;Art du Grand Nord (2001) est un \u00e9v\u00e9nement. Avec ce livre, la complexit\u00e9 de la philosophie sauvage de ces hommes trouve un \u00e9loquent t\u00e9moignage. La beaut\u00e9 saisissante des masques, ivoires, costumes, la renaissance contemporaine de cette cr\u00e9ativit\u00e9 artistique, la sophistication des gravures sur ivoire relevant d&#8217;une intelligence \u00e9sot\u00e9rique des nombres sacr\u00e9s d&#8217;inspiration scytho-sib\u00e9rienne et peut-\u00eatre du Chinois Lao-Tseu, appara\u00eetront au lecteur stup\u00e9fiantes. Est-il possible qu&#8217;il ait fallu attendre l&#8217;aube de l&#8217;an 2000 pour qu&#8217;un illustre mus\u00e9e comme le Louvre veuille bien consacrer quelques salles \u00e0 cet art, et que l&#8217;Occident accepte de le sortir de ce que le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, inaugurant le mus\u00e9e Guimet renov\u00e9, a appel\u00e9 le &#8220;carcan ethnographique ou <span style=\"white-space: nowrap;\">exotique&#8221;<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Jean Malaurie : \u00ab Indignations \u00bb, <em>Le Nouvel Observateur<\/em> hors- s\u00e9rie, n\u00b0 45, octobre 2001.<\/span>. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Il n&#8217;existe pas de culture herm\u00e9tiquement ferm\u00e9e. Toutes les cultures sont influenc\u00e9es par d&#8217;autres cultures, sur lesquelles elles influent \u00e0 leur tour. Aucune n&#8217;est non plus immuable, fig\u00e9e ou statique. Toutes sont soumises \u00e0 d&#8217;incessantes fluctuations, mues par des forces tant int\u00e9rieures qu&#8217;ext\u00e9rieures, qui peuvent \u00eatre accommodantes, harmonieuses, bienfaisantes et librement consenties, ou impos\u00e9es par la <span style=\"white-space: nowrap;\">violence<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Javier P\u00e9rez de Cu\u00e9llar (dir.).&nbsp;<em>Notre diversit\u00e9 cr\u00e9atrice<\/em>, UNESCO, Paris, 1996, p.58.<\/span>. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Voir ou ne pas voir<\/h2>\n\n\n\n<p>Aucun pays (ou presque?) ne peut aujourd&#8217;hui se targuer de ne pas violer, de mani\u00e8re implicite ou explicite, faible ou substantielle, les droits culturels (tels qu&#8217;actuellement d\u00e9finis dans les instruments normatifs existants et ceux en cours d&#8217;\u00e9laboration). Chaque \u00c9tat a se minorit\u00e9 &#8211; plus ou moins minoritaires &#8211; et ses entorses. Les Fran\u00e7ais ont leurs Basques, leurs Bretons et leurs Corses, les Espagnols leurs Catalans, les Am\u00e9riques leurs Autochtones, les Australiens leurs Aborig\u00e8nes, les Finlandais leurs Lapons, les Indiens leurs Musulmans ou leurs&nbsp;<em>dalits<\/em>&nbsp;(intouchables), les Japonais leurs&nbsp;<em>burakumi<\/em>, les Turcs leurs Kurdes, les Russes leurs Tatars ou leurs Iakoutes, les Chinois leurs Ou\u00efgours (et que dire des Tib\u00e9tains?), les Sri Lankais leurs Tamoules, les Malais leurs Chinois, les Ukrainiens leurs Polonais, etc. Chaque \u00c9tat a aussi ses probl\u00e8mes de reconnaissance, de conflit, d&#8217;iniquit\u00e9 et d&#8217;int\u00e9gration. Les \u00c9tats multiculturels sont aujourd&#8217;hui une r\u00e9alit\u00e9 bien tangible avec lesquels les sph\u00e8res politiques, sociales, culturelles et m\u00eame artistiques n&#8217;ont d&#8217;autre choix que de composer.<\/p>\n\n\n\n<p>Les droits culturels sont donc l&#8217;affaire de tous. Ce sont nos cultures et notre cr\u00e9ation qui se trouvent en cause aujourd&#8217;hui. Pas uniquement celles des autres, \u00c9tats, peuples et habitants d&#8217;un lointain exotique et inconnu, ou encore celles des pays les plus pauvres ou en d\u00e9veloppement. Les d\u00e9clarations de Jean-Marie Messier, p.d.g. de Vivendi Universal, annon\u00e7ant en d\u00e9cembre 2001, et de mani\u00e8re \u00e0 peine voil\u00e9e, l&#8217;intention pour son groupe de mettre fin \u00e0 l&#8217;exception culturelle, sont malheureusement l\u00e0 pour nous le rappeler. Dur coup pour le cin\u00e9ma. Sans une conscientisation aigu\u00eb des \u00c9tats comme des institutions supranationales aux probl\u00e8mes des droits culturels, c&#8217;est tout un pan de la richesse culturelle et artistique plan\u00e9taire qui est en danger aujourd&#8217;hui, et avec elle, des millions d&#8217;individus. La survie des six mille langues constituant l&#8217;archipel langagier de notre plan\u00e8te en d\u00e9pend.<\/p>\n\n\n\n<p>Parce que les grandes compagnies transnationales pratiquent une globalisation sans limite et sans scrupule; parce que les g\u00e9ants des m\u00e9dias accaparent la pens\u00e9e et l&#8217;intimit\u00e9 du citoyen comme jamais auparavant en lui offrant un mod\u00e8le unique de culture, une forme \u00e0 peine d\u00e9guis\u00e9e d&#8217;imp\u00e9rialisme. Parce que la culture et les cultures, et que dire des arts et de la cr\u00e9ation artistique, ne sont pas consid\u00e9r\u00e9s dans les grandes transactions \u00e9conomiques mondiales; parce que le racisme n&#8217;est pas une esp\u00e8ce en voie d&#8217;extinction; parce que les guerres de toutes sortes profitent \u00e0 une poign\u00e9e d&#8217;individus tous plus influents les uns que les autres. Parce que l&#8217;OMC s&#8217;en fiche de la culture et du patrimoine; parce que c&#8217;est le cadet des soucis du FMI; parce que le non-respect des droits d&#8217;auteurs, le march\u00e9 illicite de l&#8217;art et la fraude dans le domaine ressemblent \u00e0 des \u00e9pid\u00e9mies sans cure, et que la censure face \u00e0 la cr\u00e9ation artistique est encore aujourd&#8217;hui une r\u00e9alit\u00e9 bien tangible, il est urgent de faire quelque chose.<\/p>\n\n\n\n<p>Urgent de prendre le probl\u00e8me en main avant qu&#8217;il ne devienne irr\u00e9versible. Urgent de conscientiser &#8211; ou du moins tenter de le faire nos d\u00e9cideurs nationaux et internationaux. On semble souvent oublier aujourd&#8217;hui que les \u00c9mile Zola, Oscar Wilde, Charlie Chaplin, James Joyce, Robert Musil, Nina Berberova, Vladimir Nabokov, Anna Akhmatova, Boris Pasternak, Jorge Luis Borges, Reinaldo Arenas, Tan Dunn (pour en nommer bien peu), de m\u00eame que nombre d&#8217;artistes allemands sous le r\u00e9gime nazi, ont tous souffert \u00e0 des degr\u00e9s divers de la censure et du non-respect de leur droit \u00e0 la libert\u00e9 d&#8217;expression. \u00ab La libert\u00e9 reste toujours \u00e0 conqu\u00e9rir et \u00e0 d\u00e9fendre \u00bb, nous rappelle Emmanuel Decaux, directeur du Centre de droit international de l&#8217;Universit\u00e9 de Paris-X Nanterre.<\/p>\n\n\n\n<p>En l&#8217;absence d&#8217;une volont\u00e9 r\u00e9elle des pouvoirs politiques en place, d&#8217;instruments internationaux solides, d&#8217;une l\u00e9gislation qui permette de punir la multitude de d\u00e9rapages et de violations dans le domaine, sans ce que Halina Nie\u0107, professeur adjoint de droit \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 Jagellon en Pologne appelle des \u00ab m\u00e9canismes de contr\u00f4le \u00bb, de m\u00eame que sans l&#8217;exigence du citoyen \u00e0 un respect et \u00e0 une conservation de sa (et des) culture(s), et son engagement dans l&#8217;application de ces m\u00eames exigences, il est fort peu probable qu&#8217;il y ait un quelconque changement dans le respect, l&#8217;application et la<\/p>\n\n\n\n<p>promotion des droits culturels. Bien qu&#8217;ils aient \u00e9t\u00e9 tous deux d&#8217;une complexit\u00e9 rare, le g\u00e9nocide du Rwanda et la destruction des grands Bouddhas de Bamiyan &#8211; \u00ab Un crime contre la culture \u00bb selon le directeur g\u00e9n\u00e9ral de l&#8217;UNESCO, K\u00f4\u00efchiro Matsuura &#8211; n&#8217;ont pu \u00eatre emp\u00each\u00e9s en partie \u00e0 cause de ces multiples lacunes. Bien s\u00fbr, dans le cas des grands Bouddhas, l&#8217;UNESCO et la communaut\u00e9 internationale se sont indign\u00e9s et ont tent\u00e9 d&#8217;intervenir. Mais comment pouvaient ils le faire r\u00e9ellement ? Le mollah Omar avait d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 la destruction de tous les monuments et \u0153uvres d&#8217;art figuratives sur le sol afghan, et rien, dans l&#8217;\u00e9tat actuel des choses, ne semblait pouvoir y faire quoi que ce soit. Il fallait agir tr\u00e8s vite, mais sans l&#8217;infrastructure et la l\u00e9gislation ad\u00e9quate, c&#8217;\u00e9tait peine perdue. Quant au Rwanda, que dire ? Mon Dieu, que dire ?<\/p>\n\n\n\n<p>Non seulement l&#8217;impunit\u00e9 est monnaie courante dans le champ des violations des droits en mati\u00e8re de culture, mais il semble que dans le domaine de l&#8217;art et de la culture, on confond encore trop souvent \u00ab droit \u00bb et \u00ab possibilit\u00e9 \u00bb. Si certains \u00c9tats &#8211; plusieurs m\u00eame, \u00e0 en juger par le nombre d&#8217;entre eux \u00e0 avoir sign\u00e9 le Pacte international relatif aux droits \u00e9conomiques, sociaux et culturels (129 \u00c9tats, soit 86% de l&#8217;ensemble des \u00c9tats \u00e0 la publication par l&#8217;UNESCO du World Culture Report <span style=\"white-space: nowrap;\">2000<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - Des pays comme l&#8217;Afghanistan, le Rwanda, l&#8217;Afrique du Sud, la Bosnie, le Mexique, l&#8217;Iraq, l&#8217;Alg\u00e9rie et le Cambodge ont notamment sign\u00e9 ce pacte.<\/span>) &#8211; reconnaissent la n\u00e9cessit\u00e9 de prot\u00e9ger et de promouvoir les droits culturels et la cr\u00e9ation artistique sous toutes ses formes, il est d\u00e9j\u00e0 moins certain que ces m\u00eames \u00c9tats s&#8217;impliquent r\u00e9ellement et de mani\u00e8re significative dans leur d\u00e9veloppement. Or, une cr\u00e9ation artistique et des droits culturels sans une possibilit\u00e9 v\u00e9ritable de d\u00e9veloppement, d&#8217;\u00e9volution et d&#8217;enrichissement demeurent des r\u00e9alit\u00e9s mortes pour une mati\u00e8re morte.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab \u00c9tant donn\u00e9 la nature intrins\u00e8quement positive des droits \u00e9conomiques, sociaux et culturels, leur mise en \u0153uvre implique, \u00e0 n&#8217;en pas douter, une obligation de r\u00e9sultat, en ce sens qu&#8217;un \u00c9tat ne saurait se contenter d&#8217;accepter ces droits et de les reconna\u00eetre. C&#8217;est la politique du gouvernement ainsi que ses programmes et l&#8217;impact qu&#8217;ils peuvent avoir pour le ou les b\u00e9n\u00e9ficiaires qui t\u00e9moignent de l&#8217;application effective desdits <span style=\"white-space: nowrap;\">droits<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Halina Nie\u0107, \u00ab Poser les fondements de la mise en \u0153uvre des droits culturels \u00bb,&nbsp;<em>Pour ou contre les droits culturels<\/em>, UNESCO, Paris, 2000, p.288.<\/span>. \u00bb Allez demander aux Polonais d&#8217;Ukraine ou aux Ou\u00efgours de Chine ce qu&#8217;ils pensent de l&#8217;appui de ces \u00c9tats au d\u00e9veloppement de leur culture et de leur cr\u00e9ation\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame avec une politique gouvernementale appropri\u00e9e, l&#8217;application effective desdits droits reste en partie tributaire de l&#8217;interpr\u00e9tation d&#8217;une sph\u00e8re politique donn\u00e9e de ces m\u00eames droits et du d\u00e9veloppement artistique et culturel qui l&#8217;accompagne- ou devrait l&#8217;accompagner. La dimension invariablement mercantile de l&#8217;art et A de la culture, comme l&#8217;\u00e9tablissement de plus en plus rapide d&#8217;un mod\u00e8le unique de culture \u00e0 travers une industrialisation sans limites ont incontestablement un impact sur la mani\u00e8re dont on peut penser l&#8217;art, la culture et les politiques qui s&#8217;y rattachent.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;exemple du film&nbsp;<em>Atanarjuat<\/em>&nbsp;de Zacharias Kunuk , premier long m\u00e9trage de fiction de l&#8217;histoire du cin\u00e9ma mondial \u00e0 \u00eatre tourn\u00e9 enti\u00e8rement en inuktitut, demeure en ce sens r\u00e9v\u00e9lateur. Avant la production d&#8217;Atanarjuat, les programmes d&#8217;aide et de financement de longs m\u00e9trages de fiction au Canada ne pr\u00e9voyaient aucun financement pour des films dans une langue autre que le fran\u00e7ais ou l&#8217;anglais. Les Autochtones et les Inuits, m\u00eame avec la reconnaissance de leurs droits ancestraux, ne pouvaient donc esp\u00e9rer financer (du moins d\u00e9cemment) un long m\u00e9trage de fiction dans leur propre langue. Pourtant, tout le monde sait qu&#8217;on accorderait peu de cr\u00e9dibilit\u00e9 \u00e0 un film bas\u00e9 sur une l\u00e9gende traditionnelle inuite, tourn\u00e9 au Nunavut et jou\u00e9 de surcro\u00eet par des Inuits, dont les protagonistes parleraient anglais ou fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p>Il semble que les institutions canadiennes en mati\u00e8re de financement cin\u00e9matographique aient malencontreusement confondu \u00ab droit \u00bb et \u00ab possibilit\u00e9 \u00bb. Bien s\u00fbr, le gouvernement canadien reconna\u00eet depuis d\u00e9j\u00e0 un bon moment le droit des Inuits \u00e0 leur culture. Cela ne fait aucun doute. Mais que vaut la reconnaissance d&#8217;une culture sans la possibilit\u00e9 de la maintenir vivante, de la promouvoir et de la d\u00e9velopper sous des formes diverses et pas uniquement sous son aspect traditionnel, dans le cas des peuples Autochtones ? Tout simplement rien. Le film de Zacharias Kunuk n&#8217;aurait jamais pu voir le jour avec la seule reconnaissance des droits des Inuits \u00e0 leur culture. C&#8217;est parce que Kunuk et son producteur ont pu renverser le r\u00e8glement selon lequel aucun long m\u00e9trage de fiction dans une langue autre que le fran\u00e7ais ou l&#8217;anglais ne pouvait \u00eatre financ\u00e9 au Canada, et qu&#8217;ils ont pu amasser le financement ad\u00e9quat pour la production du film (environ 2 millions de dollars canadiens, ce qui n&#8217;a rien d&#8217;une excentricit\u00e9 pour un long m\u00e9trage de fiction) qu&#8217;<em>Atanarjuat<\/em>&nbsp;a pu voir le jour et obtenir le succ\u00e8s mondial qu&#8217;on lui conna\u00eet <span style=\"white-space: nowrap;\">aujourd&#8217;hui<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - <em>Atanarjuat<\/em>&nbsp;a \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9 en octobre 2001 pour repr\u00e9senter le Canada aux Oscars, \u00e0 Hollywood.<\/span>. C&#8217;est cela la possibilit\u00e9 de d\u00e9velopper \u00e0 la fois son art et sa culture. La reconna\u00eetre n&#8217;est en rien suffisant. Il faut plus. Une volont\u00e9, des possibilit\u00e9s tangibles et les instruments qui permettent de rendre tout cela effectif.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cet oc\u00e9an de digressions et de violations, il arrive que les \u00c9tats, les sph\u00e8res politiques et juridiques, prennent des initiatives pour le moins audacieuses, prouvant clairement que beaucoup de choses sont possibles, faisables. Le Native American Graves Protection and Repatriation Act est probablement l&#8217;une des initiatives les plus avant-gardistes prises depuis des d\u00e9cennies. Cet acte donne aux Autochtones le droit de r\u00e9cup\u00e9rer les objets traditionnels et les restes humains qui leur ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9rob\u00e9s lors des multiples guerres et conqu\u00eates au cours de l&#8217;histoire, et qui font aujourd&#8217;hui partie des collections des petits et des grands mus\u00e9es aux \u00c9tats-Unis. Sign\u00e9e par George Bush p\u00e8re en novembre 1990, cette loi \u00ab tente de r\u00e9concilier deux syst\u00e8mes de valeurs radicalement diff\u00e9rents, l&#8217;un fond\u00e9 sur la primaut\u00e9 de la raison et de la science, et l&#8217;autre sur des valeurs spirituelles et religieuses. La loi impose \u00e0 tous les mus\u00e9es et organismes f\u00e9d\u00e9raux poss\u00e9dant des d\u00e9pouilles ou des objets indiens dans leurs collections d&#8217;en dresser un inventaire, d&#8217;identifier les tribus d&#8217;origine et de signaler ceux-ci aupr\u00e8s des tribus <span style=\"white-space: nowrap;\">descendantes<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-6\" href=\"#footnote-6\"><sup>6<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-6\"><a href=\"#fn-ref-6\"> 6 <\/a> - Kinzer Stephen, \u00ab Les totems rentrent \u00e0 la maison \u00bb,&nbsp;<em>Le Courrier de l&#8217;UNESCO<\/em>, avril 2001.<\/span>. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l&#8217;heure actuelle, on estime que les mus\u00e9es am\u00e9ricains d\u00e9tiendraient les restes humains d&#8217;environ 500 000 Indiens, de m\u00eame que des millions d&#8217;objets. Depuis la signature de cet acte, et selon les chiffres du National Park Service 20 000 lots de d\u00e9pouilles et quelque 385 000 objets ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 restitu\u00e9s. Le Museum of the American Indian du prestigieux Smithsonian lnstitute de New York dont le conservateur en chef Rick West est lui-m\u00eame un Indien Cheyenne, a \u00e0 lui seul restitu\u00e9 environ 2 000 objets \u00e0 des tribus indiennes des \u00c9tats-Unis, du Canada et d&#8217;Am\u00e9rique du Sud. Bien s\u00fbr, la restitution ne s&#8217;est pas faite toute seule. La loi a cr\u00e9\u00e9 des insatisfactions et soulev\u00e9 des r\u00e9ticences chez les directeurs de mus\u00e9es alors que certaines de ces pi\u00e8ces comptent parmi les plus belles de leurs institutions. Leur demander de s&#8217;en d\u00e9faire n&#8217;est pas facile.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque Will Kymlicka, professeur de philosophie \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 d&#8217;Ottawa, affirme que les questions des minorit\u00e9s et des droits culturels soul\u00e8vent des interrogations difficiles qui touchent les fondements m\u00eames de nos principes politiques, il va sans dire que le Native American Graves Protection and Repatriation Act constitue un exemple probant de cette remise en question des fondements de nos principes politiques, voire sociaux et culturels. Accepter qu&#8217;au nom d&#8217;une reconnaissance des droits ancestraux des tribus indiennes puissent r\u00e9cup\u00e9rer une partie des objets qui font la gloire d&#8217;un mus\u00e9e, c&#8217;est poser un geste \u00e0 la fois politique, l\u00e9gal, culturel et humain \u00e9branlant s\u00e9rieusement l&#8217;attitude imp\u00e9rialiste et colonialiste du Caucasien, le fameux Homme blanc.<\/p>\n\n\n\n<p>C&#8217;est aussi ouvrir la porte \u00e0 de nouveaux mod\u00e8les &#8211; dont on a tant besoin \u00b7 &#8211; , \u00e0 une nouvelle mani\u00e8re de penser notre relation \u00e0 la culture, aux biens culturels, comme \u00e0 l&#8217;art et \u00e0 l&#8217;objet (\u0153uvre) d&#8217;art, et de permettre enfin que les peuples aient droit \u00e0 leur culture, \u00e0 leur cr\u00e9ation et \u00e0 leur patrimoine dans le respect de leurs traditions et de leurs vis\u00e9es. Il n&#8217;y a, de prime abord, aucune raison pour qu&#8217;un peuple, aussi minoritaire soit-il, ne soit pas en mesure, lorsqu&#8217;il le d\u00e9sire, de prot\u00e9ger, promouvoir et d\u00e9velopper sa propre culture et son art; qu&#8217;il soit du Nord, du Sud, de l&#8217;Est ou de l&#8217;Ouest.<\/p>\n\n\n\n<p>C&#8217;est aussi cela conserver une culture vivante et un art dynamique.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Sans intervention de l&#8217;\u00c9tat, la tendance historique g\u00e9n\u00e9rale est en effet \u00e0 la destruction des cultures minoritaires par le jeu des rapports de pouvoir des soci\u00e9t\u00e9s modernes, du syst\u00e8me \u00e9conomique, du poids des m\u00e9dias et de la presse, ainsi que des politiques \u00e9ducatives courantes. Tant que les droits des minorit\u00e9s culturelles ne seront pas pris au s\u00e9rieux et que les \u00c9tats et les organisations internationales ne mettront pas en place des m\u00e9canismes pour promouvoir activement, prot\u00e9ger et renforcer les cultures minoritaires, des cultures seront perdues, m\u00eame hors de toute volont\u00e9 de les d\u00e9truire. Tant qu&#8217;on ne prendra pas des mesures appropri\u00e9es, on verra de plus en plus de &#8220;destructions nationales&#8221; camoufl\u00e9es en &#8220;constructions nationales&#8221; (en d&#8217;autres termes, les &#8220;nations&#8221; sociologiques fond\u00e9es sur des identit\u00e9s culturelles communes laisseront la place \u00e0 des &#8220;nations&#8221; politiques identifi\u00e9es \u00e0 un &#8220;\u00c9tat&#8221;). Ce processus [&#8230;] est aussi mondialement connu sous le terme <span style=\"white-space: nowrap;\">&#8220;d&#8217;ethnocide&#8221;<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-7\" href=\"#footnote-7\"><sup>7<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-7\"><a href=\"#fn-ref-7\"> 7 <\/a> - Stavenhagen Rodolfo, \u00ab Les droits culturels : Le point de vue des sciences sociales \u00bb,&nbsp;<em>Pour ou contre les droits culturel<\/em>, UNESCO, Paris, 2000, p.37.<\/span>. \u00bb<\/p>\n<div style='display: none;'>Andr\u00e9e Martin<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[4924],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[5025],"artistes":[],"thematiques":[],"type_post":[319],"class_list":["post-180097","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archive","category-post","numeros-45-amerindie-en","statuts-archive","auteurs-andree-martin-en","type_post-principal"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/180097","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=180097"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/180097\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=180097"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=180097"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=180097"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=180097"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=180097"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=180097"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=180097"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=180097"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=180097"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=180097"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=180097"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}