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{"id":180315,"date":"2001-05-01T19:40:00","date_gmt":"2001-05-02T00:40:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/de-la-ville-au-port\/"},"modified":"2022-11-24T12:10:35","modified_gmt":"2022-11-24T17:10:35","slug":"de-la-ville-au-port","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/de-la-ville-au-port\/","title":{"rendered":"<strong>De la ville\u2026 au port<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>De plus en plus d\u2019artistes refusent de se cantonner dans des lieux sp\u00e9cifiques pour pr\u00e9senter leurs cr\u00e9ations. Depuis longtemps, les artistes ont envahi des lieux, pris possession de locaux abandonn\u00e9s, d\u2019appartements, pour s\u2019approprier l\u2019espace priv\u00e9 ou public. Toutes ces tentatives \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, ponctuelles n\u2019ont pour but ultime que d\u2019\u00e9tablir un contact avec les gens, d\u2019aller au-devant d\u2019eux plut\u00f4t que d\u2019esp\u00e9rer les rencontrer dans les espaces traditionnels. Il ne s\u2019agit nullement ici d\u2019art public reconnu, choisi et con\u00e7u pour un lieu d\u00e9termin\u00e9 de mani\u00e8re permanente, nous en voyons r\u00e9guli\u00e8rement dans les parcs, devant des \u00e9difices publics, int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 l\u2019architecture, etc. Des contraintes de toutes sortes en compliquent leur implantation et le r\u00e9sultat n\u2019est pas toujours une r\u00e9ussite, comme nous devons malheureusement le constater. Face \u00e0 ces imp\u00e9ratifs, les artistes revendiquent le pouvoir de l\u2019expression imm\u00e9diate, sans avoir \u00e0 se soucier de l\u2019approbation d\u2019une autorit\u00e9 politique ou culturelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Les pratiques urbaines sont donc des tentatives de r\u00e9pondre aux besoins d\u2019extension et de r\u00e9appropriation.&nbsp;Parmi les exp\u00e9riences r\u00e9centes,&nbsp;<em>D\u2019un mill\u00e9naire&nbsp;<\/em><em>\u00e0&nbsp;<\/em><em>l\u2019autre&nbsp;<\/em>demandait aux visiteurs de v\u00e9ritablement parcourir la ville pour prendre connaissance de l\u2019ensemble de l\u2019exposition. Les&nbsp;<em>Galeries \u00e9ph\u00e9m\u00e8res&nbsp;<\/em>accaparaient une art\u00e8re commerciale, le boulevard Saint-Laurent. Quant au Silo n\u00b0 5, symbole de l\u2019architecture moderne, situ\u00e9 dans la zone portuaire, c\u2019est maintenant un b\u00e2timent transform\u00e9 en filtre int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 un syst\u00e8me de production sonore.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u2019un mill\u00e9naire \u00e0 l\u2019autre<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2000, la Ville de Montr\u00e9al et le r\u00e9seau des Maisons de la&nbsp;culture pr\u00e9sentaient&nbsp;<em>D\u2019un&nbsp;<\/em><em>mill\u00e9naire<\/em>&nbsp;<em>\u00e0&nbsp;<\/em><em>l\u2019autre.&nbsp;<\/em>Cet \u00e9v\u00e9nement comprenait deux volets&nbsp;: des \u0153uvres en salle et neuf \u0153uvres ext\u00e9rieures. Le d\u00e9nominateur commun de toutes les pi\u00e8ces ext\u00e9rieures \u00e9tait d\u2019abord et avant tout leur nature \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, temporaire. Cet aspect permettait aux artistes de s\u2019exprimer avec beaucoup plus de libert\u00e9 en s\u2019inscrivant de mani\u00e8re plus ou moins&nbsp;inusit\u00e9e dans le tissu&nbsp;urbain et ce, d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de la ville.<\/p>\n\n\n\n<p>Un premier groupe d\u2019artistes proposa des \u0153uvres con\u00e7ues comme une r\u00e9flexion sous forme de jeux et de questions pour le visiteur. Le trio BGL (Jasmin Bilodeau, S\u00e9bastien Gigu\u00e8re et Nicolas Laverdi\u00e8re) s\u2019installa au Parc du bois\u00e9 de Saint-Sulpice. Le constat troublant de la densit\u00e9 de la circulation routi\u00e8re et a\u00e9rienne environnant ce bois\u00e9 fut l\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur. Ils con\u00e7urent une s\u00e9rie de girouettes de grandes dimensions repr\u00e9sentant divers v\u00e9hicules tous plus polluants les uns que les autres. Pr\u00e9sentant l\u2019aspect typique des patenteux, ces \u0153uvres, sous leur apparence ludique, nous confrontaient&nbsp;\u00e0&nbsp;nos contradictions de soci\u00e9t\u00e9. On utilise les combustibles fossiles comme source d\u2019\u00e9nergie tout en fermant pudiquement les yeux sur les cons\u00e9quences&#8230; Et, dans un m\u00eame temps, nous prot\u00e9geons des espaces verts&#8230; Nous nageons en pleine contradiction. Dans une approche diff\u00e9rente, Michel Saulnier reprenait un th\u00e8me qui lui est propre depuis de nombreuses ann\u00e9es,&nbsp;<em>Sept&nbsp;<\/em>ours, pr\u00e9sent\u00e9 au Parc Benny, rappelait des jeux pour enfants. Une maison minimaliste servait de point de convergence&nbsp;\u00e0&nbsp;un groupe d\u2019ours en bois. Les \u00e9l\u00e9ments de grande taille laissaient flotter une ambivalence sur la possibilit\u00e9 ou non pour les adultes&nbsp;comme pour les enfants&nbsp;d\u2019aller jouer avec les sculptures.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019architecture ludique et critique fut \u00e9galement choisie comme&nbsp;approche par&nbsp;d\u2019autres artistes. Au Parc Gabriel-Sagard, Gilles Bissonnet r\u00e9alisa&nbsp;<em>Le&nbsp;<\/em><em>parc&nbsp;<\/em><em>des&nbsp;<\/em><em>cimes,&nbsp;<\/em>une terrasse suspendue aux arbres d\u2019o\u00f9 l\u2019on avait acc\u00e8s par deux escaliers autonomes. Par un jeu de r\u00e9f\u00e9rences architecturales et historiques, il questionnait le d\u00e9veloppement urbain actuel de la ville (1). Par le biais de la&nbsp;<em>Maison de&nbsp;<\/em><em>la Promenade Bellerive,&nbsp;<\/em>sise&nbsp;\u00e0&nbsp;la Promenade-Bellerive, Trevor Gould optait lui aussi pour une approche architecturale. Un couple de personnages, dans une maisonnette, \u00e9mergeait saluant lorsqu\u2019un visiteur en activait les manettes. Ces personnages sugg\u00e9raient ou faisaient r\u00e9f\u00e9rence&nbsp;\u00e0&nbsp;des couples c\u00e9l\u00e8bres tir\u00e9s de la litt\u00e9rature, du cin\u00e9ma ou encore de l\u2019actualit\u00e9.&nbsp;<em>Le poids des papillons&nbsp;<\/em>de Diane Landry (2), au Parc Doris-Lussier, \u00e9voquait \u00e0 la fois un observatoire astronomique et un kiosque de jardin avec, au sommet, un corsage de m\u00e9tal affubl\u00e9 de manches&nbsp;\u00e0&nbsp;air. L\u2019ancien pont-levis Wellington, quant&nbsp;\u00e0&nbsp;lui, int\u00e9grait deux gigantesques photos de Roberto Pellegrinuzzi. La structure&nbsp;<em>T\u00eate de pont&nbsp;<\/em>red\u00e9finissait la perception que nous avons de cette architecture, cr\u00e9ant ainsi un sentiment d\u2019oppression et d\u2019ins\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>De mani\u00e8re insidieuse, Rose-Marie Goulet opta pour le langage pictographique afin de communiquer avec les gens.&nbsp;<em>Passage prot\u00e9g\u00e9, droit de passage&nbsp;<\/em>\u00e9tait constitu\u00e9 d\u2019un amalgame de panneaux venant de sources diverses dans le monde. \u00c0 ceux-ci, l\u2019artiste avait int\u00e9gr\u00e9 ses propres panneaux associant une vision personnelle&nbsp;\u00e0&nbsp;l\u2019illustration du droit de passage et des valeurs culturelles sous-jacentes. Elle mettait en sc\u00e8ne une r\u00e9flexion, subtile mais efficace, des choix de soci\u00e9t\u00e9 que nous faisons et des pr\u00e9jug\u00e9s plus ou moins avou\u00e9s qui y r\u00e8gnent.<\/p>\n\n\n\n<p>Marc Larochelle et Devora Neumark opt\u00e8rent, quant&nbsp;\u00e0&nbsp;eux, pour une recherche jouant entre le priv\u00e9 et le public. Au Parc Beaubien,&nbsp;<em>Les aveux&nbsp;<\/em>de Marc Larochelle abordait la relation entre les gens d\u2019une fa\u00e7on tr\u00e8s particuli\u00e8re. Par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019une annonce, il avait recueilli divers secrets jamais r\u00e9v\u00e9l\u00e9s, des traumatismes aussi, pour en transcrire des bribes sur des ch\u00e2ssis de lits install\u00e9s tels des&nbsp;drapeaux, au bout de mats. Il confrontait les gens&nbsp;\u00e0&nbsp;leur isolement en soci\u00e9t\u00e9, en priv\u00e9, fr\u00f4lant la divulgation, l\u2019indiscr\u00e9tion.&nbsp;<em>L\u2019art de la conversation&nbsp;<\/em>de Devora Neumark proposait une toute autre forme de relation avec les visiteurs. Une fois par semaine, elle tenait salon. Pr\u00e8s de l\u2019\u00e9dicule de la station de m\u00e9tro Frontenac (face&nbsp;\u00e0&nbsp;la Maison de la culture), Devora Neumark conviait les passants&nbsp;\u00e0&nbsp;venir discuter avec elle des sujets qui les touchaient. Discuter avec une inconnue dans un endroit public, cr\u00e9er une intimit\u00e9, ne va pas de soi. Des gens de toutes sortes se sont pr\u00eat\u00e9s&nbsp;\u00e0&nbsp;ces \u00e9changes, nourrissant au fur et&nbsp;\u00e0&nbsp;mesure la m\u00e9moire de l\u2019artiste tout autant que celle de ses interlocuteurs. C\u2019est, il me semble, une des exp\u00e9riences les plus int\u00e9ressantes auxquelles les gens furent convi\u00e9s dans le cadre&nbsp;<em>D\u2019un mill\u00e9naire&nbsp;<\/em><em>\u00e0&nbsp;<\/em><em>l\u2019autre.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Par sa dimension g\u00e9ographique, l\u2019\u00e9v\u00e9nement pr\u00e9sentait une lecture diff\u00e9rente de la ville. Les \u0153uvres questionnaient nos valeurs collectives et personnelles. La pluralit\u00e9 des approches retenues par les artistes, se jouant de nous, tout comme nous jouions avec elles, laissaient le champ libre aux visiteurs pour y trouver ce qui les touchaient.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Galeries \u00e9ph\u00e9m\u00e8res<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cadre de&nbsp;<em>Montr\u00e9al aux 2000 et&nbsp;<\/em><em>un&nbsp;<\/em><em>visages,&nbsp;<\/em>le centre&nbsp;d\u2019artiste&nbsp;Observatoire 4 pr\u00e9sentait&nbsp;<em>Galeries \u00e9ph\u00e9m\u00e8res.&nbsp;<\/em>En investissant le boulevard Saint-Laurent, cette manifestation s\u2019inscrivait diff\u00e9remment dans le milieu&nbsp;urbain. On&nbsp;y pr\u00e9sentait \u00ab&nbsp;un panorama de toutes tendances et de tousles m\u00e9diums de l\u2019art contemporain (3)&nbsp;\u00bb. Une trentaine d\u2019artistes de diverses disciplines exposaient leurs \u0153uvres dans les vitrines des magasins en deux parcours le long de cette art\u00e8re commerciale, entre les rues Sherbrooke et Mont-Royal, et au nord de Saint-Zotique et Jean-Talon, soit le Plateau et la Petite Italie. La&nbsp;<em>main,&nbsp;<\/em>espace fronti\u00e8re entre l\u2019ouest et l\u2019est de Montr\u00e9al, ligne de partage des langues, comme nous dirions ligne de partage des eaux, c\u2019est le lieu de tous les mondes, de l\u2019Orient comme de l\u2019Occident.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9v\u00e9nement se voulait une relecture des vitrines par l\u2019adjonction d\u2019\u0153uvres aux commerces.&nbsp;L\u2019id\u00e9e d\u2019investir des vitrines commerciales ne fut pas&nbsp;chose simple.&nbsp;Il a fallu discuter, argumenter, convaincre les propri\u00e9taires de la pertinence de l\u2019exp\u00e9rience propos\u00e9e. De la peinture&nbsp;\u00e0&nbsp;la vid\u00e9o, de la sculpture&nbsp;\u00e0&nbsp;l\u2019installation, les passants furent convi\u00e9s&nbsp;\u00e0&nbsp;une prise de contact \u2014 souvent leur premi\u00e8re \u2014 avec l\u2019art actuel. Parmi les \u0153uvres pr\u00e9sent\u00e9es certaines s\u2019int\u00e9graient avec bonheur&nbsp;\u00e0&nbsp;la vitrine h\u00f4te tandis que d\u2019autres durent s\u2019accommoder de conditions moins favorables. Certaines \u0153uvres, telles celles de Christine Lebel ou d\u2019H\u00e9l\u00e8ne Pratt, furent tout simplement enlev\u00e9es, sans v\u00e9ritable justification. Ce geste de la part de certains commer\u00e7ants indique combien il est encore difficile pour l\u2019art d\u2019avoir pignon sur rue sans heurter les sensibilit\u00e9s, ou les imp\u00e9ratifs commerciaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Si certains eurent des exp\u00e9riences&nbsp;p\u00e9nibles, d\u2019autres&nbsp;s\u2019en sont fort bien tir\u00e9s. Parmi ceux-ci, notons&nbsp;l\u2019installation&nbsp;de Philippe Corriveau con\u00e7ue pour la vitrine de Levitt\u2019s, qui se r\u00e9f\u00e9rait&nbsp;\u00e0&nbsp;la collection d\u2019artefacts.&nbsp;<em>La&nbsp;<\/em><em>\u00ab&nbsp;Main&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/em>:&nbsp;<em>projet arch\u00e9ologique&nbsp;<\/em>pr\u00e9sentait un \u00e9chantillonnage d\u2019objets de toutes sortes laiss\u00e9s sur les trottoirs. Cette cueillette fut par la suite ordonn\u00e9e, class\u00e9e, refl\u00e9tant, par la disposition des objets, une perception singuli\u00e8re de la vie de cette rue. L\u2019installation photographique de&nbsp;Caroline Hayeur, chez Mosquito, abordait un th\u00e8me tr\u00e8s diff\u00e9rent, s\u2019int\u00e9ressant aux lieux de passages. Constitu\u00e9e d\u2019un assemblage photo d\u2019un corps f\u00e9minin sur un lit, cette \u0153uvre d\u00e9doublait l\u2019espace sugg\u00e9rant un lieu autonome et priv\u00e9&nbsp;\u00e0&nbsp;m\u00eame un lieu commercial.&nbsp;<em>H\u00f4tel-Motel,&nbsp;<\/em>comme son titre l\u2019indique, appartient&nbsp;\u00e0&nbsp;une s\u00e9rie de variations sur les chambres d\u2019h\u00f4tel o\u00f9 la notion d\u2019intimit\u00e9 varie au gr\u00e9 \u00ab&nbsp;des occupants dans un entre-deux (4)&nbsp;\u00bb. La librairie L\u2019androgyne accueillit&nbsp;<em>Danger (r\u00e9ponse&nbsp;<\/em><em>\u00ab&nbsp;drag&nbsp;\u00bb ou ready-made duchampien)&nbsp;<\/em>d\u2019Yvon Goulet. Des si\u00e8ges de&nbsp;toilette et des fragments de textes proposaient une r\u00e9flexion o\u00f9 le&nbsp;jeu, le cynisme s\u2019int\u00e9graient aux livres de la vitrine.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exp\u00e9rience en valait-elle le travail&nbsp;? \u00c9videmment. Toute tentative pour diffuser l\u2019art, le rendre accessible&nbsp;\u00e0&nbsp;tous ne devrait pas \u00eatre remise en question.&nbsp;Il&nbsp;faudrait poursuivre une telle exp\u00e9rience, d\u2019autant plus que le seul effort qui fut demand\u00e9 \u00e9tait un peu d\u2019ouverture d\u2019esprit pour prendre contact avec des \u0153uvres \u2014 ce n\u2019est pas&nbsp;dangereux, mais, oui, parfois, \u00e7a d\u00e9range les bien-pensants ou le&nbsp;commerce ou encore, les deux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Silophone<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans&nbsp;le Vieux-Montr\u00e9al,&nbsp;de plus en plus d\u2019activit\u00e9s socio-culturelles sont organis\u00e9es, comme des festivals, f\u00eates historiques, etc. Depuis d\u00e9j\u00e0 quelques ann\u00e9es, les symphonies portuaires du Mus\u00e9e de Pointe-\u00e0-Calli\u00e8re font partie du paysage culturel (5). Un nouvel \u00e9v\u00e9nement a vu le jour en juin 2000,&nbsp;<em>Silophone<\/em>, dont<em>&nbsp;<\/em>les activit\u00e9s se poursuivront jusqu\u2019en juin&nbsp;2001.&nbsp;Cet&nbsp;\u00e9v\u00e9nement,&nbsp;c\u2019est d\u2019abord un hommage rendu au Silo n\u00b0&nbsp;5 \u2014&nbsp;un monument&nbsp;industriel transform\u00e9 en instrument de musique \u2014, mais c\u2019est aussi une s\u00e9rie d\u2019\u00e9v\u00e9nements \u00e9chelonn\u00e9s sur une ann\u00e9e alliant tout autant la musique, le patrimoine, l\u2019architecture&nbsp;(6).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0&nbsp;Montr\u00e9al, au tournant du si\u00e8cle dernier, on construisait d\u2019\u00e9normes \u00e9l\u00e9vateurs&nbsp;\u00e0&nbsp;grains&nbsp;\u00e0&nbsp;proximit\u00e9 du port. Ces \u00e9quipements \u00e9taient importants, voire essentiels pour le commerce du grain. Durant plus de&nbsp;200&nbsp;ans, les c\u00e9r\u00e9ales emprunt\u00e8rent le fleuve pour \u00eatre export\u00e9es. Ces \u00e9l\u00e9vateurs furent donc fonctionnels jusqu\u2019\u00e0&nbsp;il&nbsp;y a une dizaine d\u2019ann\u00e9es. Parmi les six ensembles d\u2019\u00e9l\u00e9vateurs construits, seul le n\u00b0&nbsp;4&nbsp;demeure toujours en activit\u00e9; le n<sup>o<\/sup>&nbsp;5,&nbsp;\u00e9rig\u00e9 \u00e0 partir de&nbsp;1906,&nbsp;fut mis hors service en&nbsp;1996. Les autres \u00e9l\u00e9vateurs furent tout simplement d\u00e9molis. Situ\u00e9 le long du bassin de la Pointe-du-Moulin et&nbsp;\u00e0&nbsp;l\u2019embouchure du Canal Lachine, il est compos\u00e9 de trois parties distinctes reli\u00e9es entre elles par des galeries a\u00e9riennes. Les trois parties laissent voir les diverses phases de construction et l\u2019\u00e9volution des techniques de construction, sans que l\u2019ensemble paraisse disparate. Walter Gropius tout comme Le Corbusier furent fascin\u00e9s par la puret\u00e9 des formes de ces b\u00e2timents. \u00ab&nbsp;Pour&nbsp;l\u2019avant-garde architecturale&nbsp;europ\u00e9enne, dans les ann\u00e9es&nbsp;1920, l\u2019architecture industrielle am\u00e9ricaine est&nbsp;\u00e0&nbsp;la source d\u2019un nouveau langage formel, Par ailleurs, lors de l\u2019Exposition universelle de Paris en&nbsp;1937,&nbsp;le Canada, le grand grenier&nbsp;\u00e0&nbsp;bl\u00e9 nord-am\u00e9ricain, est repr\u00e9sent\u00e9 par un pavillon dont les formes imitent celles des Silos (7).&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le Silo n\u00b0&nbsp;5&nbsp;est constitu\u00e9 de gigantesques cylindres verticaux qui ont une acoustique hors du commun avec une r\u00e9verb\u00e9ration de plus de&nbsp;20&nbsp;secondes (8).&nbsp;Peu importe les sons produits&nbsp;\u00e0&nbsp;l\u2019int\u00e9rieur du silo, ils se m\u00e9tamorphosent, ils prennent une dimension totalement nouvelle. Tout auditeur qui a la chance d\u2019y p\u00e9n\u00e9trer pour go\u00fbter cette exp\u00e9rience sera transport\u00e9 par les qualit\u00e9s de cette enceinte acoustique. Ce sont donc ces qualit\u00e9s particuli\u00e8res qui sont mises&nbsp;\u00e0&nbsp;contribution pour r\u00e9aliser l\u2019exp\u00e9rience inusit\u00e9e du&nbsp;<em>Silophone&nbsp;<\/em>par Thomas Mclntosh, architecte, et Emmanuel Madan, compositeur, du collectif [The User].<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0&nbsp;partir d\u2019imprimantes informatiques mises en r\u00e9seau en&nbsp;1997,&nbsp;[The User] con\u00e7ut une \u0153uvre baptis\u00e9e&nbsp;<em>Symphonie pour imprimantes matricielles.&nbsp;<\/em>Cette \u0153uvre pr\u00e9sent\u00e9e&nbsp;\u00e0&nbsp;plusieurs reprises s\u2019est m\u00e9rit\u00e9e des \u00e9loges unanimes. Ce collectif opte dans sa pratique pour des approches alternatives de revitalisation de sites industriels d\u00e9saffect\u00e9s, pour les utiliser&nbsp;\u00e0&nbsp;des fins&nbsp;culturelles<em>. Silophone&nbsp;<\/em>constitue une suite logique de leur exploration acoustique de l\u2019environnement urbain, tout en questionnant la notion de d\u00e9su\u00e9tude. L\u2019\u0153uvre ainsi r\u00e9alis\u00e9e devient un outil de sensibilisation pour une prise de conscience collective, afin de trouver une solution durable pour la pr\u00e9servation de cet \u00e9l\u00e9vateur.<\/p>\n\n\n\n<p>Une combinaison de technologies de communication sert de cordon ombilical virtuel pour alimenter cet instrument. Tous peuvent participer en tout temps&nbsp;il&nbsp;l\u2019\u0153uvre. Par le biais de lignes t\u00e9l\u00e9phoniques ou du r\u00e9seau Internet (9),&nbsp;le son p\u00e9n\u00e8tre&nbsp;\u00e0&nbsp;l\u2019int\u00e9rieur du silo, en provenance des quatre coins de la plan\u00e8te, et r\u00e9sonne dans les imposants cylindres de b\u00e9ton. Transform\u00e9es, les mutations sonores sont capt\u00e9es par des microphones et rediffus\u00e9es simultan\u00e9ment vers l\u2019ext\u00e9rieur. L\u2019instrument produit une mati\u00e8re sonore en constante \u00e9volution par l\u2019apport des sources ext\u00e9rieures.&nbsp;Il&nbsp;offre la possibilit\u00e9 de faire voyager les sons en \u00e9tablissant une v\u00e9ritable interaction pour explorer les propri\u00e9t\u00e9s acoustiques du silo. Ce type d\u2019interaction n\u2019est pas sans rappeler&nbsp;<em>Earth to the unknown power (l\u2019Abbaye virtuel),&nbsp;<\/em>un concert en simultan\u00e9 entre New York et l\u2019Abbaye du Thoronet pr\u00e8s de Nice (France). L\u2019\u0153uvre, interpr\u00e9t\u00e9e depuis The Kitchen&nbsp;\u00e0&nbsp;New York, b\u00e9n\u00e9ficiait, en temps r\u00e9el, de l\u2019acoustique de l\u2019abbaye (10).&nbsp;Pour toute la p\u00e9riode d\u2019exploitation du silo, des artistes seront invit\u00e9s&nbsp;\u00e0&nbsp;composer des \u0153uvres originales destin\u00e9es&nbsp;\u00e0&nbsp;l\u2019instrument.<\/p>\n\n\n\n<p>Les caract\u00e9ristiques intrins\u00e8ques de conception du&nbsp;<em>Silophone&nbsp;<\/em>en abolissent les limites physiques. Par l\u2019adjonction d\u2019un r\u00e9seau informatique au Silo n\u00b0&nbsp;5,&nbsp;celui-ci devient un instrument&nbsp;il&nbsp;dimensions \u00ab&nbsp;variables&nbsp;\u00bb. Si nous sommes ouverts&nbsp;\u00e0&nbsp;l\u2019exp\u00e9rimentation, nous pouvons acc\u00e9der&nbsp;\u00e0&nbsp;un univers sonore en perp\u00e9tuelle \u00e9volution. Plus encore, nous nous int\u00e9grons&nbsp;\u00e0&nbsp;une \u0153uvre se jouant du temps et de l\u2019espace.<\/p>\n<div style='display: none;'>Andr\u00e9 Greusard, Caroline Hayeur, Christine Lebel, Devora Neumark, Emmanuel Madan, Gilles Bissonnet, Philippe Corriveau, Rose-Marie Goulet, The User, Thomas McIntosh, Trevor Gould, Yvon Goulet<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[5081],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[4434],"artistes":[5126,5127,4667,5128,5129,5130,5131,5132,5133,5134,5135],"thematiques":[],"type_post":[319],"class_list":["post-180315","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archive","category-post","numeros-42-pratiques-urbaines-en","statuts-archive","auteurs-andre-greusard-en","artistes-caroline-hayeur-en","artistes-christine-lebel-en","artistes-devora-neumark-en","artistes-emmanuel-madan-en","artistes-gilles-bissonnet-en","artistes-philippe-corriveau-en","artistes-rose-marie-goulet-en","artistes-the-user-en","artistes-thomas-mcintosh-en","artistes-trevor-gould-en","artistes-yvon-goulet-en","type_post-principal"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/180315","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=180315"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/180315\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=180315"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=180315"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=180315"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=180315"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=180315"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=180315"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=180315"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=180315"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=180315"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=180315"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=180315"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}