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{"id":180372,"date":"2001-01-01T19:50:00","date_gmt":"2001-01-02T00:50:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/regard-oblique\/"},"modified":"2022-11-24T15:37:18","modified_gmt":"2022-11-24T20:37:18","slug":"regard-oblique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/regard-oblique\/","title":{"rendered":"<strong>Regard\u00a0oblique<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ces ailleurs qui rapprochent<\/h2>\n\n\n\n<p>Deux saisons et la r\u00e9serve faunique des Laurentides me s\u00e9parent du Saguenay et du&nbsp;Lac-Saint-Jean.&nbsp;Pourtant,&nbsp;en ce d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, les d\u00e9bats d\u2019art et de soci\u00e9t\u00e9, qu&#8217;ils aient lieu&nbsp;\u00e0&nbsp;Vancouver, dans une salle surchauff\u00e9e de Port-au-Prince, dans une tente&nbsp;\u00e0&nbsp;Rouyn-Noranda, sous l&#8217;autoroute Dufferin-Montmorency&nbsp;\u00e0&nbsp;Qu\u00e9bec, dans un local b\u00e9tonn\u00e9 de l&#8217;universit\u00e9 Centre&nbsp;\u00e0&nbsp;Tokyo ou au Centre Wilfredo Lam&nbsp;\u00e0&nbsp;La Havane, s&#8217;inqui\u00e8tent tous du sort de nos appartenances identitaires dans l&#8217;actuelle mondialisation de l&#8217;\u00e9conomie et de la culture capitalistes. \u00c0 chaque fois, dans ces ailleurs, des&nbsp;gestes, des actions ou des paroles d&#8217;artistes ont fait converger vers cette r\u00e9gion qui est,&nbsp;un peu la mienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais pourquoi dans une telle conjoncture mettre l&#8217;accent sur le local, le communautaire&nbsp;? Qui plus est, comment porter un regard oblique vers ce creuset r\u00e9gional d&#8217;id\u00e9es et d&#8217;exp\u00e9rimentations dont je me suis fait complice il ya vingt ans maintenant&nbsp;? Loin de moi la nostalgie. Bien au contraire. Deux motifs structurent cet essai&nbsp;: le premier tient aux amiti\u00e9s et&nbsp;\u00e0&nbsp;la solidarit\u00e9 strat\u00e9gique nourries par la passion de l&#8217;art. Le second tient \u00e0 la proximit\u00e9 dans l&#8217;\u00e9loignement&nbsp;: jamais, comme ces derniers temps, la \u00ab&nbsp;diaspora&nbsp;\u00bb g\u00e9ographique du noyau de cr\u00e9ateurs vivaces du Saguenay ne m&#8217;a autant rapproch\u00e9 de l&#8217;esprit du temps qui y r\u00e8gne, de certains des enjeux d&#8217;art qui s&#8217;y trament.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces \u00ab&nbsp;ailleurs d&#8217;art&nbsp;\u00bb redessinent dans ma t\u00eate la complexit\u00e9 de cette r\u00e9gion. Une g\u00e9opolitique des \u00e9tendues et cours d&#8217;eau la compose. Ainsi le lac Saint-Jean des Qu\u00e9b\u00e9cois, c&#8217;est aussi le lac Piekuakami pour les IInuats (Montagnais); la Rivi\u00e8re Saguenay r\u00e9unit plus qu&#8217;elle ne divise (\u00e0 part un vieux fond de querelles de clochers) Jonqui\u00e8re et Chicoutimi; elle nous entra\u00eene aussi vers l&#8217;Anse-Saint-Jean et la Baie des Ha! Ha!. Ces quatre territorialit\u00e9s de la r\u00e9gion sont pourtant r\u00e9unies par la m\u00eame tension chaotique entre Nature et Culture, le d\u00e9luge de l&#8217;\u00e9t\u00e9&nbsp;1996&nbsp;s&#8217;\u00e9tant charg\u00e9 de le rappeler.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019art actuel qui en \u00e9mane met en branle trois&nbsp;trames significatives pour qui analyse les rapports entre l&#8217;art et la soci\u00e9t\u00e9 au Qu\u00e9bec&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>1) un strat\u00e9gie urbaine d&#8217;intervention dans le tissu socio-\u00e9conomique, politique et culturel;<\/p>\n\n\n\n<p>2) un m\u00e9tissage interculturel avec les communaut\u00e9s am\u00e9rindiennes;<\/p>\n\n\n\n<p>3) une logique r\u00e9seau de l&#8217;exp\u00e9rimentation in situ, de multim\u00e9dias et d&#8217;art social<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;inscription de l&#8217;art dans la vie sociale et les m\u00e9tissages interculturels reposent, et c&#8217;est l\u00e0 selon moi une force, sur l&#8217;esprit de communaut\u00e9 d&#8217;artistes qui font de l&#8217;art leur vie et sur la logique des r\u00e9seaux \u00e0 la grandeur du champ de l&#8217;art, donnant la densit\u00e9 artistique pertinente&nbsp;\u00e0&nbsp;l&#8217;art actuel de tous les territoires qui composent la r\u00e9gion. Bref, des artistes de talent participent et cr\u00e9ent des oeuvres&nbsp;<em>discutables,&nbsp;<\/em>c&#8217;est-\u00e0-dire \u00e0 impact, autant sur le plan de l&#8217;art que sur la r\u00e9alit\u00e9 dont il faut reparler, qu&#8217;il faut critiquer m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le Lac-Saint-Jean<\/h2>\n\n\n\n<p>La ville d&#8217;Alma est l&#8217;\u00e9picentre de l&#8217;art au Lac-SaintJean. Un des centres d&#8217;artistes&nbsp;autog\u00e9r\u00e9s, marquant&nbsp;au Qu\u00e9bec, sinon au Canada, Langage Plus, y&nbsp;fait figure de pilier depuis&nbsp;1979.&nbsp;En&nbsp;1985,&nbsp;ce dernier fut l&#8217;h\u00f4te de l&#8217;historique r\u00e9union du&nbsp;RACA, l\u2019association&nbsp;canadienne des galeries parall\u00e8les. La scission des collectifs qu\u00e9b\u00e9cois de l&#8217;association pan-canadienne s&#8217;y confirma, menant ensuite \u00e0 la cr\u00e9ation du Regroupement des centres d&#8217;artistes autog\u00e9r\u00e9s du&nbsp;Qu\u00e9bec, le RCAAQ que&nbsp;l&#8217;on conna\u00eet aujourd&#8217;hui.<\/p>\n\n\n\n<p>Langage Plus, en plus d&#8217;\u00eatre un maillon des \u00e9changes r\u00e9seaux et de la vie artistique r\u00e9gionale &#8211; lors des vernissages, il n&#8217;est pas rare de voir se d\u00e9placer la communaut\u00e9 des artistes du Saguenay vers Alma, et vice-versa &#8211; a notamment produit, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, des \u00e9v\u00e9nements d&#8217;art d&#8217;importance, dont <em>Paysages Inter Sites <\/em>en <span style=\"white-space: nowrap;\">1996<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Lors de <em>Paysages Inter Sites, <\/em>orchestr\u00e9 par les commissaires Alayn Ouellet et Madeleine Dor\u00e9, sur les rives de la Rivi\u00e8re Metabetchouane et du lac, les artistes ont \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s \u00e0 confronter de mani\u00e8re environnementale les trois \u00e2ges culturels et historiques du site. C&#8217;est sur le site premier des contacts entre les Ilnuat et les Blancs que sont revenus intervenir in situ les artistes am\u00e9rindiens Sonia Robertson (llnue de Mashteuiatsh) et Mike MacDonald (Mik&#8217;Mak), l\u00e0 o\u00f9 l&#8217;on retrouve le monument d\u00e9di\u00e9 au J\u00e9suite Jean Dequem (de qui les Fran\u00e7ais ont rebaptis\u00e9 le lac Piekuakami pour lac Saint-Jean); c&#8217;est l\u00e0 que des artistes comme Paxcal Bouchard, Dany\u00e8le Alain et Gilles Morissette ont fait surgir d&#8217;autres sens des lieux que ceux du centre d&#8217;interpr\u00e9tation ou des r\u00e9seaux ferroviaire, maritime et routier. Lire \u00e0 ce propos la belle publication <em>Paysages Inter Sites <\/em>(Langage Plus, 1997).<\/span> et <em>Au nom de la Terre <\/em>en <span style=\"white-space: nowrap;\">1997<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - <em>Au Nom de la Terre, <\/em>toujours sous la direction des Ouellet et Dor\u00e9 &#8211; dont l&#8217;apport \u00e0 Langage Plus, avant que ne viennent se joindre ces derni\u00e8res ann\u00e9es Bastien Gilbert etAgn\u00e8s Tremblay, forme le carr\u00e9 ind\u00e9fectible du centre- s&#8217;inscrivait de mani\u00e8re dynamique dans la logique du d\u00e9veloppement durable, un mod\u00e8le partag\u00e9 par les \u00e9diles urbaines et industrielles de la r\u00e9gion mais aussi par la communaut\u00e9 Ilnue de Mashteuiatsh. L&#8217;ouverture de l&#8217;\u00e9v\u00e9nement par le grand chef Clifford Moar de Mashteuiatsh, un des rares hommes politiques que j&#8217;ai rencontr\u00e9 qui laisse parler son coeur quand il parle d&#8217;art, fut un moment m\u00e9morable pour celles et ceux qui y \u00e9taient. Or cette dynamique \u00e9tait aussi une strat\u00e9gie critique d&#8217;insertion de l&#8217;art dans la ville. \u00c0 une p\u00e9riode o\u00f9 la Ville d&#8217;Alma et d&#8217;autres comme Jonqui\u00e8re (avant l&#8217;annonce des investissements de la multinationale Alcan pour la construction d&#8217;une nouvelle usine), <em>Au Nom de la Terre <\/em>a pris le parti d&#8217;investir certains locaux commerciaux vacants. En majorit\u00e9 dans la rue centrale d&#8217;Alma, en plus d&#8217;inoculer une exposition et des performances percutantes au coeur m\u00eame du congr\u00e8s NIKAN \u00e0 Jonqui\u00e8re o\u00f9 les participants internationaux se trouvaient. L&#8217;\u00e9nergie qui se d\u00e9gageait du local sur la rue principale d&#8217;Alma, rassemblant les installations de Guy Blackburn <em>(Qu\u00e9mander l&#8217;affection), <\/em>d&#8217;Edward Poitras <em>(Toi et mon fr\u00e8re) <\/em>et de Sonia Robertson <em>(Tshikauilnu-assi utehi, le coeur de notre Terre-M\u00e8re) <\/em>jouant sur les registres de l&#8217;identit\u00e9 trouble, de la m\u00e9moire \u00e9mascul\u00e9e et de la tension entre vie et mort, exprimait, tout autant que l&#8217;installation d&#8217;Interaction, l&#8217;environnement politique de Jean-Claude Saint\u00b7 Hilaire ou les performances de Chandrasekaran de Singapour, Ma Liu Mong de Beijin, Sang-lin Lee de Cor\u00e9e, Richard Martel de Qu\u00e9bec et Denis Simard de Ville de La Baie, ce climat d&#8217;art qui r\u00e9sulte des contacts, des \u00e9changes et surtout des partages des hypoth\u00e8ses, projets et oeuvres. (Lire Guy Sioui Durand, \u00ab Alma-Jonqui\u00e8re. Un d\u00e9ploiement artistique urbain \u00bb, dans <em>ETC Montr\u00e9a<\/em>l, revue d&#8217;art actuel, n<sup>o<\/sup> 41 (mars, avril, mai 1998), p. 47-49.)<\/span>. Son C\u00e9gep offre un des enseignements d&#8217;art les plus ouverts \u00e0 l&#8217;art actuel &#8211; ce qui explique en partie que la r\u00e9gion produise autant d&#8217;artistes de calibre.<\/p>\n\n\n\n<p>Faut dire qu&#8217;au lac comme au Saguenay, les gens sont familiers avec les interventions d&#8217;art environnemental et d&#8217;art sociologique depuis le fameux&nbsp;<em>Symposium international de sculpture environnementale de Chicoutimi&nbsp;<\/em>&#8211; avec des interventions locales spectaculaires comme le rituel \u00e9cologique&nbsp;<em>Intervention&nbsp;<\/em>58 (1980) de Jocelyn Maltais (d\u00e9p\u00f4t de toilettes chimiques par h\u00e9licopt\u00e8re sur la fontaine municipale, plantation d&#8217;arbres et m\u00e9nage collectif<\/p>\n\n\n\n<p>des d\u00e9chets dans la ville), et du collectif Interaction Qui. Le projet&nbsp;<em>in&nbsp;progress&nbsp;<\/em>depuis une d\u00e9cennie et nomm\u00e9&nbsp;<em>Ouananiche,&nbsp;<\/em>du collectif InterAction Qui, (dont une version installation \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0&nbsp;<em>Au&nbsp;Nom de la Terre),&nbsp;<\/em>rejoint non seulement la probl\u00e9matique de survie des villages et villes du Lac-Saint-Jean contre les politiques de centralisation dans les grands centres mais oeuvre aussi l&#8217;espace m\u00e9diatique (satellite et Internet).<\/p>\n\n\n\n<p>De tels rapports entre art et public d\u00e9velopp\u00e9s de fa\u00e7on constante ont des r\u00e9percussions non n\u00e9gligeables. Non seulement l&#8217;art s&#8217;inscrit-il dans la vie de la communaut\u00e9 de mani\u00e8re forte, mais encore rayonne-t-il dans toute la r\u00e9gion et au-del\u00e0. On n&#8217;a qu&#8217;\u00e0 penser au renom national des <em>Biennales du dessin, de l&#8217;estampe et du papier <\/em>d&#8217;Alma dont les deux derni\u00e8res \u00e9ditions (1997 et 1999), tout en maintenant les standards \u00e9lev\u00e9s quant \u00e0 ces disciplines, ont permis des ouvertures interdisciplinaires porteuses d&#8217;avenir et salu\u00e9es par la critique. Il en va de m\u00eame du r\u00f4le de l&#8217;Atelier d&#8217;estampe Sagamie \u00e0 Alma. L&#8217;hybridit\u00e9 des nouvelles technologies assist\u00e9es par ordinateur et l&#8217;exp\u00e9rience acquise ant\u00e9rieurement en mati\u00e8re d&#8217;estampe en font, depuis quelques ann\u00e9es, un v\u00e9ritable creuset de productions d&#8217;images qui se retrouvent dans plusieurs productions r\u00e9centes d&#8217;artistes de tous les coins du Qu\u00e9bec (ex. : Armand Vaillancourt). Tandis que l&#8217;\u00e9v\u00e9nement <em>Paysages InterSites<\/em> est devenu une exposition itin\u00e9rante au Canada, Saint-F\u00e9licien, petite ville c\u00e9l\u00e8bre pour son zoo, plus haut que Roberval au lac, accueille l&#8217;\u00e9v\u00e9nement <em>Deux jours brefs <\/em>qui prend d&#8217;assaut les art\u00e8res et sites de <span style=\"white-space: nowrap;\">l&#8217;endroit<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - Le jeune commissaire Jacques Blanchet a invit\u00e9 une huitaine d&#8217;artistes \u00e0 investir la rue principale (James Partaik, Sonia Pelletier), la c\u00e9l\u00e8bre fontaine face \u00e0 l&#8217;\u00e9glise (Martin Dufrasne), les \u00e9coles (Constanza Camelo, Martial Despr\u00e9s), un champ agricole (Natacha Gagn\u00e9) et m\u00eame la radio locale de Saint-F\u00e9licien, suivi d&#8217;un tour organis\u00e9 des oeuvres comment\u00e9 en direct par Guy Sioui Durand et ayant un \u00e9cho sur un site Internet (Michel Lemelin, Daniel Charlebois).<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Du lac Piekuakami<\/h2>\n\n\n\n<p>Depuis qu&#8217;ils sont l\u00e0, les Ilnuats (Montagnais) regardent le grand lac et en parlent comme d&#8217;une surface huileuse lorsqu&#8217;il est calme et que le soleil brille. Ils le nomment&nbsp;<em>Piekuakami.&nbsp;<\/em>l es arrivants fran\u00e7ais lui donneront le pr\u00e9nom du premier pr\u00eatre venu, Jean Dequem. Ce n&#8217;est donc pas un effet de mode, la pr\u00e9sence am\u00e9rindienne ici.<\/p>\n\n\n\n<p>Les m\u00e9tissages interculturels entre artistes qu\u00e9b\u00e9cois et artistes am\u00e9rindiens dans la r\u00e9gion rejoignent une probl\u00e9matique continentale. Langage Plus a \u00e9t\u00e9 le premier centre d&#8217;artistes qu\u00e9b\u00e9cois \u00e0 accueillir l&#8217;artiste autochtone Domingo Cisn\u00e9ros en 1981; en 1986, le <em>Symposium de la jeune peinture au Canada <\/em>\u00e0 Baie Saint-Paul, ayant pour th\u00e8me \u00ab L&#8217;art et la paix \u00bb, accueille avec \u00e9tonnement la peinture installation rituel <em>Kwuha.Pa Ckan (La facult\u00e9 de voir \u00e0 distance), <\/em>de Diane Robertson, repr\u00e9sentante de la Nation Ilnu de <span style=\"white-space: nowrap;\">Mashteuiatsh<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Lire <em>Sur les traces de Diane Robertson, <\/em>1960-1993, Paje \u00c9diteur (coll. Olive Noire), Sonia Pelletier \u00e9ditrice, 1994.<\/span>, la r\u00e9serve de Pointe-Bleue tout pr\u00e8s de Roberval. Tous actualisent la r\u00e9surgence socioculturelle autochtone qui a cours depuis, non seulement dans le nord-est de l&#8217;Am\u00e9rique mais sur tous les continents o\u00f9 r\u00e9sistent et persistent des Aborig\u00e8nes \u2013 la visibilit\u00e9 m\u00e9diatique de la r\u00e9conciliation nationale entre les Autochtones d&#8217;Australie et la majorit\u00e9 du pays autour de Cathy Freeman, et la fusion des drapeaux aborig\u00e8ne et australien lors des r\u00e9cents Jeux Olympiques en sont des exemples.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;inclusion des artistes autochtones dans les collectifs, programmation et \u00e9v\u00e9nements des r\u00e9seaux d&#8217;art parall\u00e8le est une dimension singuli\u00e8re au Qu\u00e9bec, consid\u00e9rant l&#8217;absence d&#8217;ouverture des institutions artistiques \u00e0 l&#8217;art autochtone contemporain, surtout lorsque l&#8217;on voit l&#8217;ouverture des institutions mus\u00e9ales et des galeries pour les artistes autochtones au Canada <span style=\"white-space: nowrap;\">anglais<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - \u00c0 part le ClAC qui invitait en 1990 les artistes Domingo Cisn\u00e9ros, Edward Poitras et Jimmie Durham \u00e0 son \u00e9dition <em>Les Cent Jours de l&#8217;Art Contemporain Savoir vivre, savoir faire, savoir \u00eatre, <\/em>et cette ann\u00e9e l&#8217;artiste Objibwa Robert Houle \u00e0 l&#8217;\u00e9dition 2000 de la <em>Biennale de Montr\u00e9al <\/em>avec sa peinture <em>Kahnesatake X, <\/em>il y aura eu Vision plan\u00e9taire et son \u00e9v\u00e9nement <em>Nouveaux territoires. 350-500 ans, <\/em>en 1992, tous hors institutions. Sinon, il faut se rabattre sur les Mus\u00e9es de la civilisation (Mc Cord, Qu\u00e9bec, Hull) pour voir de l&#8217;art am\u00e9rindien contemporain, c&#8217;est-\u00e0-dire dans une perspective toujours anthropologique.<\/span>. La communaut\u00e9 Ilnue de Mashteuiatsh est, avec celle de Wendake et de Kahnesatake, une des r\u00e9serves les plus pr\u00e8s de l&#8217;urbanit\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise. Elle s&#8217;est toujours caract\u00e9ris\u00e9e par une pr\u00e9sence notable d&#8217;\u00e9crivains, d&#8217;artisans, de musiciens et d&#8217;artistes en arts visuels. En 1994, l&#8217;\u00e9v\u00e9nement interculturel et interdisciplinaire <em>Nishk E Tshitapmuk. Sous le regard l&#8217;outarde <\/em>&#8211; <em>Hommage \u00e0 Diane Robertson, <\/em>tenu sur le terrain de camping, conviait artistes autochtones et qu\u00e9b\u00e9cois en territoire autochtone. C&#8217;\u00e9tait une premi\u00e8re de r\u00e9ciprocit\u00e9 dans les r\u00e9seaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00f4le jou\u00e9 dans la r\u00e9serve par&nbsp;le Mus\u00e9e am\u00e9rindien,&nbsp;\u00e0&nbsp;la fois comme r\u00e9servoir de la m\u00e9moire collective des Ilnuats et promoteur de cr\u00e9ations nouvelles, se compare, toute proportion gard\u00e9e, \u00e0 celui jou\u00e9 par le Woodland&nbsp;Center&nbsp;de la R\u00e9serve Mohawk des Six nations Brantford. En&nbsp;plus d&#8217;accueillir&nbsp;des expositions th\u00e9matiques,&nbsp;le Mus\u00e9e r\u00e9nov\u00e9&nbsp;ouvrait \u00e0 l&#8217;\u00e9t\u00e9 1998 sa salle d&#8217;exposition avec l&#8217;installation&nbsp;<em>Gardez les Beaux&nbsp;<\/em><em>II&nbsp;<\/em>de Sonia Robertson, un immense capteur de r\u00eaves multim\u00e9dias fusionnant l&#8217;esprit des animaux \u00e0 l&#8217;art audio, aux battements de coeur comme des tambours. Trois projets d&#8217;expositions, ayant n\u00e9cessit\u00e9 la collaboration des artistes et instances am\u00e9rindiennes locales, ont lieu successivement \u00e0 Chicoutimi, Jonqui\u00e8re et Mashteuiatsh \u00e0 l&#8217;automne 2000, organis\u00e9s par la Bo\u00eete rouge, un organisme mis sur pied par Elizabeth Kane, artiste et professeure Huronne-Wendat qui a d\u00e9velopp\u00e9 des projets de rencontres en design et cr\u00e9ation avec des jeunes Inuits du Nunavik, ce corpus se d\u00e9veloppant avec des volets sur la cr\u00e9ativit\u00e9 am\u00e9rindienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l&#8217;actualit\u00e9 retient surtout les n\u00e9gociations politiques d&#8217;appartenance et de gestion des territoires &#8211; des excessifs de droite comme l&#8217;historien Russel Bouchard en appelant \u00e0 la guerre civile entre gens du Lac et Ilnu -, la superposition am\u00e9rindienne et qu\u00e9b\u00e9coise autour du grand lac est une r\u00e9alit\u00e9 faite de m\u00e9tissages et de complicit\u00e9s dans la zone imaginaire \u00e0 travers les \u00e9v\u00e9nements, les collectifs et autres manifestations, et commencent aussi \u00e0 s&#8217;inscrire dans le contexte de la mondialisation des <span style=\"white-space: nowrap;\">\u00e9changes<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-6\" href=\"#footnote-6\"><sup>6<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-6\"><a href=\"#fn-ref-6\"> 6 <\/a> - Les nombreuses manifestations de l&#8217;artiste Sonia Robertson sont un bon indicateur de ce ph\u00e9nom\u00e8me en expansion. Apr\u00e8s avoir particip\u00e9 \u00e0 la <em>Premi\u00e8re rencontre multiculturelle d&#8217;art contemporain d&#8217;Ha\u00efti <\/em>en mai 2000, l&#8217;artiste a fait partie de la premi\u00e8re d\u00e9l\u00e9gation d&#8217;artistes am\u00e9rindiens du Qu\u00e9bec \u00e0 participer aux festivals d&#8217;art contemporain multim\u00e9dia <em>MMAC <\/em>\u00e0 Tokyo et \u00e0 Aizu-Mishima au Japon en septembre. Avec les Hurons-Wendats (Sylvie Par\u00e9, Yves Guy Sioui Durand), Robertson repr\u00e9sentait la Nation montagnaise au pays du soleil levant, celui des Aborig\u00e8nes Ainus du Japon.<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le Saguenay<\/h2>\n\n\n\n<p>L&#8217;essentiel du dynamisme artistique de ce que l&#8217;on peut consid\u00e9rer comme \u00e9tant le troisi\u00e8me p\u00f4le &#8211; apr\u00e8s la m\u00e9tropole et la capitale &#8211; de l&#8217;art actuel au Qu\u00e9bec, tient&nbsp;\u00e0&nbsp;cette persistance de centres d&#8217;artistes (Sequence, Espace Virtuel, L&#8217;\u0152uvre de l&#8217;autre, le Lobe) et de regroupements (L&#8217;Atelier Insertion, L&#8217;Oreille Coup\u00e9e,&nbsp;L&#8217;Atelier TouTTouT) qui non seulement se sont maintenus au fil des ans mais surtout qui ont r\u00e9ussi \u00e0 conserver et \u00e0 accueillir des cr\u00e9ateurs d&#8217;ailleurs&nbsp;\u00e0&nbsp;Chicoutimi et&nbsp;\u00e0&nbsp;Jonqui\u00e8re. Ceci permet une fluidit\u00e9 entre les g\u00e9n\u00e9rations, les formes de cr\u00e9ation et le milieu socio-culturel local. En outre, onze ans apr\u00e8s avoir pris le virage interdisciplinaire dans son enseignement des arts, d&#8217;abord au baccalaur\u00e9at (BIA) puis \u00e0 la ma\u00eetrise, le module des arts de l&#8217;Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Chicoutimi (UQAC) a, on l&#8217;observe dans les actuelles vogues multim\u00e9dias et d&#8217;internationalisation, fait un choix pertinent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Chicoutimi,&nbsp;il existe cette densit\u00e9 critique d&#8217;artistes et d&#8217;exp\u00e9rimentation venant de l&#8217;autod\u00e9termination communautaire que l&#8217;on ne retrouve gu\u00e8re dans les grands centres. Mieux, cette synergie se refl\u00e8te dans des strat\u00e9gies d&#8217;accueil, de r\u00e9sidences, de festivals et de manifestations locales, et de plus en plus dans cette expansion nationale et internationale des trajectoires singuli\u00e8res de plusieurs des artistes qui ont choisi de vivre et de cr\u00e9er au Saguenay sans oublier certains projets en collectifs.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur ce plan, l&#8217;av\u00e8nement du collectif&nbsp;l\u2019Atelier&nbsp;TouTTouT \u00e0 Chicoutimi en 1998-1999 d\u00e9finit une aventure qui oblige les analystes et les acteurs du champ de l&#8217;art \u00e0 examiner ce qui change et non le conservatisme du milieu. Trois faits socio-artistiques s&#8217;en d\u00e9gagent&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>1) L&#8217;Atelier TouTTouT a comme&nbsp;assise locale l&#8217;achat en commun d&#8217;une ancienne \u00e9cole. Cet achat signifie devenir artistes-citoyens dans la Ville de Chicoutimi. Ce parti pris de d\u00e9cider de vivre et d&#8217;investir dans son milieu de vie interroge de mani\u00e8re concr\u00e8te, \u00e9conomiquement et politiquement, les autorit\u00e9s de la ville sur leur volont\u00e9 de r\u00e9tention et de partenariat avec les artistes vou\u00e9s&nbsp;\u00e0&nbsp;l&#8217;art actuel dans le d\u00e9veloppement de leur politique culturelle. Les&nbsp;villes, on le sait, ont re\u00e7u un tel mandat au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 avec la nouvelle politique culturelle qu\u00e9b\u00e9coise.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce palier gouvernemental municipal s&#8217;ajoute aux organismes f\u00e9d\u00e9raux dont le Conseil des arts du Canada, et provinciaux dont le Conseil des arts et des lettres du Qu\u00e9bec et les conseils r\u00e9gionaux de la culture en sont les instance avec le minist\u00e8re de la Culture et des Communications. Les n\u00e9gociations entreprises par l&#8217;AtelierTouTTouT au sujet du d\u00e9gr\u00e8vement municipal des taxes d\u00e9finissent une variable aussi importante que l&#8217;appui symbolique des autorit\u00e9s de la ville aux projets d&#8217;art, dans la mesure o\u00f9 la vie m\u00eame de l&#8217;Atelier TouTTouT repose sur l&#8217;investissement personnel des membres, et que son mod\u00e8le associatif diff\u00e8re des normes d&#8217;admissibilit\u00e9 aux programmes de centres d&#8217;artistes subventionn\u00e9s &#8211; un pattern qui date, avouons-le, des ann\u00e9es 1970-1980. C&#8217;est l\u00e0 un autre sujet \u00e0 r\u00e9flexion pour les instances sup\u00e9rieures (CAC, CALQ).<\/p>\n\n\n\n<p>Pour l&#8217;instant, les projets soumis par TouTTouT sont des demandes de subventions pour financer des projets artistiques, des d\u00e9marches en commun et des demandes individuelles li\u00e9es \u00e0 la carri\u00e8re professionnelle et non aux loyers et \u00e0 l&#8217;administration &#8211; un secteur qui gruge de plus en plus la marge de manoeuvre des centres d&#8217;artistes. Ce point est important lorsque l&#8217;on se rem\u00e9more les \u00e9tudes sur la situation financi\u00e8re des artistes&nbsp;: sous le seuil de la pauvret\u00e9. L&#8217;Atelier TouTTouT, de concert avec la ville, d\u00e9m\u00e9nagera sous peu dans une autre \u00e9cole.<\/p>\n\n\n\n<p>2) L\u2019Atelier TouTTouT surgit donc comme un nouveau joueur dans la vie artistique de Chicoutimi. Ce n&#8217;est nullement un hasard. Ses acteurs ont un pass\u00e9 significatif. On y retrouve des membres de l&#8217;Atelier Insertion (Yves Tremblay, Guy Blackburn) fort actifs dans les ann\u00e9es 1980 avec une s\u00e9rie d&#8217;\u00e9v\u00e9nements marquants dans la r\u00e9gion et au Qu\u00e9bec (p. ex.&nbsp;<em>: All Dressed&nbsp;<\/em>[1982],<em>Art et \u00c9cologie. Un Temps.&nbsp;<\/em><em>Six&nbsp;<\/em><em>Lieux&nbsp;<\/em>[1983], les&nbsp;<em>Festins d&#8217;art mangeable&nbsp;<\/em>[1981 -1988],&nbsp;<em>Op\u00e9ration 50 000 berlingots&nbsp;<\/em>[1990]),<em>&nbsp;<\/em>le&nbsp;noyau des artistes du collectif l&#8217;Oreille coup\u00e9e (Madeleine Dor\u00e9, Claudine Cotton, Natasha Gagn\u00e9, Patrice Duchesne, Carl Bouchard et Martin Dufrasne) qui a repris les locaux d&#8217;Insertion dans, les ann\u00e9es 1989-1999 et auxquels se sont ajout\u00e9s les Sonia Robertson de Mashteuiatsh, Jacques Blanchet et \u00c9ric Bachand.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant cette p\u00e9riode, l&#8217;Oreille coup\u00e9e dirige d\u00e8s ses d\u00e9buts Le Lobe, un petit centre o\u00f9 des artistes sur invitation viennent livrer leur d\u00e9marche exp\u00e9rimentale, donnant lieu \u00e0 des vernissages m\u00e9morables. L&#8217;ouverture de l&#8217;Atelier TouTTouT en 1999 a d&#8217;ailleurs co\u00efncid\u00e9 avec l&#8217;\u00e9v\u00e9nement comm\u00e9moratif des dix ans de l&#8217;Oreille Coup\u00e9e: un d\u00e9bat sur les affinit\u00e9s, en bateau, sur le Saguenay, les ateliers ouverts, et un festin avec plus de trois cents personnes! Le Lobe fonctionne maintenant de mani\u00e8re int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 l&#8217;Atelier TouTTouT. De plus, une association heureuse du groupe avec les producteurs du couru&nbsp;<em>Festival du nouveau cin\u00e9ma et de la vid\u00e9o&nbsp;<\/em>a \u00e9largi le champ d&#8217;action, de moins en moins confin\u00e9 aux arts visuels, et le public.<\/p>\n\n\n\n<p>Une telle cohabitation de g\u00e9n\u00e9rations d&#8217;artistes est toujours int\u00e9ressante. Cette pr\u00e9occupation a donn\u00e9 lieu en 1998 \u00e0 <em>Cheval de 3 G\u00e9n\u00e9rations, <\/em>un projet d&#8217;exposition r\u00e9unissant trois g\u00e9n\u00e9rations d&#8217;artistes de la <span style=\"white-space: nowrap;\">r\u00e9gion<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-7\" href=\"#footnote-7\"><sup>7<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-7\"><a href=\"#fn-ref-7\"> 7 <\/a> - <em>Cheval de <\/em>3 <em>G\u00e9n\u00e9rations, <\/em>malgr\u00e9 sa r\u00e9alisation chaotique, incluait autant les Ronald Thibert, H\u00e9l\u00e8ne Roy, Paul Lussier, Denys Tremblay (tous li\u00e9s \u00e0 l&#8217;UQAC), les Yves Tremblay, Guy Blackburn, Jean-Jules Soucy de la deuxi\u00e8me vague, que les Claudine Cotton, Madeleine Dor\u00e9, Martin Dufrasne, Carl Bouchard, Jacques Blanchet etc. de la troisi\u00e8me vague.<\/span>. Au moment o\u00f9 le Qu\u00e9bec aborde le vieillissement de sa population comme une variable d\u00e9mographique et culturelle lourde, d\u00e9j\u00e0 le milieu artistique saguen\u00e9en fait preuve d&#8217;ouverture.<\/p>\n\n\n\n<p>3) Le dernier point concerne la synergie fonctionnelle entre les acteurs de l&#8217;art au Saguenay. Malgr\u00e9 des divergences id\u00e9ologiques, donnant lieu \u00e0 d\u00e9bats d&#8217;id\u00e9es et d&#8217;art, il n&#8217;en&nbsp;demeure&nbsp;pas moins&nbsp;que plusieurs \u00e9v\u00e9nements&nbsp;d&#8217;art ou projets&nbsp;voient le jour gr\u00e2ce \u00e0 des collaborations multiples,&nbsp;que&nbsp;ce soit entre&nbsp;l &#8216;Espace&nbsp;Virtuel, la galerie de&nbsp;l\u2019\u0152uvre de l&#8217;autre, S\u00e9quence,&nbsp;la Galerie d\u2019art&nbsp;de la biblioth\u00e8que de l&#8217;H\u00f4tel de ville de Chicoutimi, le Centre National des Arts de Jonqui\u00e8re, l&#8217;Atelier TouTTouT et d&#8217;autres instances&#8230; Ce mode de fonctionnement fluide aura permis la venue d&#8217;artistes et d&#8217;organismes&nbsp;comme&nbsp;<em>Folie\/Culture<\/em>&nbsp;<em>(Les meutes,&nbsp;<\/em>1995;&nbsp;<em>Qu\u00e9mander l&#8217;affection sur la route,&nbsp;<\/em>de Guy Blackburn, 1999) et assure un dynamisme r\u00e9el entre le monde universitaire, les artistes professionnels et les gens de la ville, habitu\u00e9s aux incursions des artistes. Ces strat\u00e9gies locales, interr\u00e9gionales et internationales sont notamment mises de l&#8217;avant et en&nbsp;pratiques&nbsp;par l&#8217;Atelier TouTTouT.<\/p>\n\n\n\n<p>C&#8217;est \u00e0 partir de la notion de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 que le collectif a entrepris des exp\u00e9ditions artistiques dans quatre villes abitibiennes en 1999 (Lasarre, Val-d&#8217;Or, Amos et Rouyn-Noranda). Une faction du collectif s&#8217;est retrouv\u00e9e \u00e0 la Fondation Dana\u00e9 en France mais aussi \u00e0 Qu\u00e9bec en manoeuvre d&#8217;ouverture&nbsp;<em>d&#8217;\u00c9mergence 2000&nbsp;<\/em>de l&#8217;\u00celot Fleurie sous l&#8217;autoroute Dufferin. D\u00e9but octobre, le collectif se d\u00e9place&nbsp;\u00e0&nbsp;Trois-Rivi\u00e8res en marge du&nbsp;<em>Festival international de po\u00e9sie.&nbsp;<\/em>Et&nbsp;chaque fois, se tissent des projets d&#8217;\u00e9changes et de renouvellement des r\u00e9seaux. D\u00e9j\u00e0, en 1996, un groupe d&#8217;artistes de Grimsby en Ontario et un groupe de Chicoutimi avaient cr\u00e9\u00e9 un aller-retour lors de l&#8217;\u00e9v\u00e9nement&nbsp;<em>CuestalTerre Commune.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui est int\u00e9ressant ici, c&#8217;est cette strat\u00e9gie collective de production et de circulation que met de l&#8217;avant l&#8217;Atelier TouTTouT de Chicoutimi comme logique de l&#8217;art r\u00e9seau qui d\u00e9borde le moule connu (et subventionn\u00e9) des s\u00e9lections individuelles dans des centres pour exposition et r\u00e9sidence ou de la participation \u00e0 un festival ou&nbsp;\u00e0&nbsp;un \u00e9v\u00e9nement. Faut-il y voir un des derniers bastions du communautaire dans l&#8217;actuelle dominante individualiste alors que la plupart des centres d&#8217;artistes autog\u00e9r\u00e9s sont des collectifs de cr\u00e9ateurs redevenus des galeries d&#8217;expositions g\u00e9r\u00e9s par des employ\u00e9s de moins en moins artistes&nbsp;? \u00c0 quand Montr\u00e9al&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La Baie<\/h2>\n\n\n\n<p>La surprise pass\u00e9e pour celles et ceux qui d\u00e9couvrent l&#8217;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des territoires culturels de la r\u00e9gion&nbsp;: aux Jeannois et Ilnuat autour du m\u00eame lac, aux Saguen\u00e9ens qui, entre eux, distinguent leur appartenance \u00e0 Jonqui\u00e8re ou&nbsp;\u00e0&nbsp;Chicoutimi, il faut ajouter l&#8217;univers fabuleux de Ville de La Baie quand on cause d&#8217;art actuel dans la r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n<p>Nonobstant la popularit\u00e9 du grand spectacle&nbsp;<em>La fabuleuse Histoire d&#8217;un Royaume&nbsp;<\/em>et certains d\u00e9cors qui ont servi au film&nbsp;<em>Robe Noire,&nbsp;<\/em>deux personnages artistiques hors normes, des m\u00e9gaprojets devrait-on dire, singularisent le monde imaginaire de la Baie des Ha! Ha! o\u00f9 se trouve le Mus\u00e9e du Fjord.<\/p>\n\n\n\n<p>On surnomme le premier \u00ab&nbsp;Le G\u00e9nie de la Baie&nbsp;\u00bb. Disciple infatigable de l&#8217;humour h\u00e9rit\u00e9 d&#8217;un Marcel Duchamp, Jean-Jules Soucy vit&nbsp;et con\u00e7oit une d\u00e9mesure g\u00e9n\u00e9reuse de&nbsp;l&#8217;art&nbsp;qui,&nbsp;\u00e0&nbsp;chaque fois que l&#8217;on pense \u00e0 lui, risque d&#8217;embraser des communaut\u00e9s enti\u00e8res. Que&nbsp;ce&nbsp;soit la confection de son c\u00e9l\u00e8bre&nbsp;<em>Tapis Stress\u00e9&nbsp;<\/em>qui a inocul\u00e9 le bonheur au Mus\u00e9e d&#8217;art contemporain en 1992, le film&nbsp;<em>L&#8217;art n&#8217;est point sans&nbsp;<\/em>Soucy qui a permis la t\u00e9l\u00e9diffusion de v\u00e9ritables rapports entre les gens et l&#8217;artiste&nbsp;\u00e0&nbsp;travers le quotidien cr\u00e9ateur de l&#8217;artiste, ou son projet des 350 000 \u00ab&nbsp;anti cristaux&nbsp;\u00bb construits avec les groupes communautaires d&#8217;Amos en 1997 et qui ont servi de signal\u00e9tique dans la ville, des sites du&nbsp;<em>Symposium 20 000 lieux\/lieues sur l\u2019Esker,&nbsp;<\/em>et&nbsp;dont le film de Fran\u00e7oise Dugr\u00e9,&nbsp;<em>La cit\u00e9 renvers\u00e9e&nbsp;<\/em>(1998) rend compte, le charisme du personnage transporte son art dans une trame luxuriante unique&nbsp;\u00e0&nbsp;la fronti\u00e8re de l&#8217;humour et de la lucidit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Casanier de son \u00e9tat, Jean-Jules Soucy, soucieux du besoin de bonheur&nbsp;\u00e0&nbsp;La Baie, a \u00e9t\u00e9 durement touch\u00e9 par la d\u00e9tresse de son monde et les d\u00e9g\u00e2ts environnementaux quand la Rivi\u00e8re des Ha! Ha! est sortie de son lit lors du d\u00e9luge de 1996. Son travail conceptuel, ce qu&#8217;il appelle le syst\u00e8me D HA HA, non seulement a servi&nbsp;\u00e0&nbsp;des expositions comme au Centre des Arts Contemporains de Montr\u00e9al en 1999, mais surtout est devenu l&#8217;assise du projet de pyramide r\u00e9fl\u00e9chissante mariant la m\u00e9moire environnementale du d\u00e9sastre&nbsp;\u00e0&nbsp;son syst\u00e8me conceptuel. La ville et m\u00eame les services de recherche en ing\u00e9nierie de l&#8217;Alcan, le gros employeur avec les papeti\u00e8res, ont ent\u00e9rin\u00e9 le projet de Soucy. Un site Internet et un concours invitant les gens&nbsp;\u00e0&nbsp;s&#8217;associer&nbsp;\u00e0&nbsp;l&#8217;oeuvre existent. La porte du logement de Jean-Jules Soucy est rarement ferm\u00e9e, lui qui vit dans son antre surcharg\u00e9e de projets et d&#8217;oeuvres.<\/p>\n\n\n\n<p>Les billets de mille dollars du Canada montrent le pont couvert situ\u00e9&nbsp;\u00e0&nbsp;l&#8217;Anse-saint-Jean, pr\u00e8s de la Baie des Ha! Ha!. \u00c0 la fin des ann\u00e9es 1980 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, un groupe de citoyens de l&#8217;endroit ont entrepris, malgr\u00e9 les avis gouvernementaux, de d\u00e9fricher leur montagne pour cr\u00e9er une station de ski cr\u00e9atrice d&#8217;emplois et une attraction, pensaient-ils. Puis ce mouvement populaire s&#8217;est tourn\u00e9 vers un professeur et artiste du baccalaur\u00e9at interdisciplinaire en art (BIA), Denys Tremblay, alias l&#8217;Illustre Inconnu et un des leaders du fameux&nbsp;<em>Symposium de sculpture environnementale de Chicoutimi&nbsp;<\/em>en 1980.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce dernier a non seulement con\u00e7u, selon sa logique th\u00e9orique du&nbsp;<em>really made&nbsp;<\/em>le plus grand projet de sculpture environnementale au monde, le&nbsp;<em>Saint Jean&nbsp;<\/em><em>du&nbsp;<\/em><em>Mill\u00e9naire,&nbsp;<\/em>il a aussi orchestr\u00e9, au cours des ann\u00e9es 1990, la naissance&nbsp;couronnement&nbsp;et la vie&nbsp;diplomatique du Roy de l&#8217;Anse Denys 1<sup>er<\/sup>, une suite d&#8217;initiatives entre le r\u00e9el et la fiction dans le but de financer le projet (2 M&nbsp;$)&nbsp;et, au fil des jours, de vraiment r\u00e9gner au village. Il a fini par abdiquer ce printemps, se lib\u00e9rant personnellement d&#8217;un cauchemar, mais laissant en plan l&#8217;utopie d&#8217;un changement de leur sort par l&#8217;art pour les gens de l&#8217;Anse Saint-Jean qui ont cru en lui.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">SANS CONCLURE<\/h2>\n\n\n\n<p>Plus qu&#8217;une vie, une \u00e9thique et une urgence de l&#8217;art \u00e0 faire, un sentiment flottent au Saguenay- Lac-Saint-Jean plus que dans nulle autre communaut\u00e9, quartier, ville ou r\u00e9gion du Qu\u00e9bec. J&#8217;y retournerai par int\u00e9r\u00eat, par plaisir. En fait, le travail de plusieurs de ces artistes du Saguenay-Lac-Saint-Jean, et que j&#8217;ai vu \u00e9voluer, que ce soit celui \u00ab&nbsp;d\u00e9territorialisant&nbsp;\u00bb sites, disciplines et espaces int\u00e9rieurs d&#8217;un Guy Blackburn; l&#8217;humour trop intelligent par sa d\u00e9mesure d&#8217;un Jean-Jules Soucy; le dynamisme des jumelages litt\u00e9raires et picturaux dans le travail continu d&#8217;une H\u00e9l\u00e8ne Roy; sensible et caustique \u00e0 la fois d&#8217;un Yves Tremblay dans ses installations; conviviaux et po\u00e9tiques \u00e0 chaque manoeuvre d&#8217;une Claudine Cotton; d\u00e9jouant la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 des contextes avec une telle lucidit\u00e9 chez Martin Dufrasne; modulant lumi\u00e8res et couleurs au rythme de cicatrices hantant sa peinture chez Natacha Gagn\u00e9; le parti-pris f\u00e9ministe d&#8217;une Madeleine Dor\u00e9; ou la polyvalence d&#8217;un Patrice Duchesne, pour ne nommer que ceux-l\u00e0, me fait r\u00e9fl\u00e9chir au fait (c&#8217;est une hypoth\u00e8se) que se d\u00e9veloppe au Saguenay un art dont les significations plurielles tiennent&nbsp;\u00e0&nbsp;la pr\u00e9carit\u00e9 de l&#8217;individu, \u00e0 une critique de la r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue et \u00e0 une po\u00e9tique des objets et instruments utilis\u00e9s chaque fois en fonction du contexte.<\/p>\n\n\n\n<p>ENCADR\u00c9<\/p>\n\n\n\n<p>Reprenant l&#8217;id\u00e9e du d\u00e9but de ce texte, j&#8217;ai pens\u00e9 int\u00e9ressant d&#8217;\u00e9voquer ce que j&#8217;ai appel\u00e9 ces \u00ab&nbsp;ailleurs d&#8217;art&nbsp;\u00bb o\u00f9 j&#8217;ai renou\u00e9 avec l&#8217;esprit de la r\u00e9gion sans m&#8217;y trouver au contact des artistes du Saguenay-Lac-Saint-jean ou de leurs oeuvres. Cette proximit\u00e9 paradoxalement \u00e9loign\u00e9e a pour lieux Baie Saint-Paul, Qu\u00e9bec, Ottawa, Rouyn-Noranda.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je vous livre ce sentiment&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Baie Saint-Paul<\/h2>\n\n\n\n<p>L&#8217;automne&nbsp;2000&nbsp;d\u00e9bute au Centre d&#8217;art de Baie Saint-Paul avec&nbsp;<em>Le cri muet,&nbsp;<\/em>une exposition qui revisite la collection des peintures grands formats produites au fil des symposiums estivaux. Le commissaire est Paul Lussier, artiste, professeur au BIA et depuis les d\u00e9buts un des mentors de la fameuse&nbsp;<em>Biennale du dessin, de l&#8217;estampe et du papier d&#8217;Alma.&nbsp;<\/em>On retrouvait d&#8217;ailleurs&nbsp;\u00e0&nbsp;<em>M\u00e9tis \u00c2ge,&nbsp;<\/em>l&#8217;\u00e9dition&nbsp;2000,&nbsp;deux jeunes peintres de Chicoutimi dont S\u00e9bastien Dion. En fait, le virage interdisciplinaire au Saguenay a cette particularit\u00e9 d&#8217;avoir inclus les pratiques disciplinaires dans un repositionnement face aux nouvelles technologies et autres pratiques hybrides.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Qu\u00e9bec<\/h2>\n\n\n\n<p>La rentr\u00e9e automnale&nbsp;\u00e0&nbsp;Qu\u00e9bec est marqu\u00e9e par&nbsp;<em>La manifestation internationale d&#8217;art de Qu\u00e9bec,&nbsp;<\/em>\u00e9v\u00e9nement d&#8217;envergure dans treize sites de la ville, organis\u00e9 par la commissaire Andr\u00e9e Daigle pour l&#8217;Oeil de Poisson; et par l&#8217;exposition&nbsp;<em>Chronique du portrait&nbsp;<\/em>du commissaire Guy Mercier \u00e0 la Maison Hamel-Bruneau de Sainte-Foy. Carl Bouchard figure dans les deux manifestations. Son environnement&nbsp;<em>Les pleureuses (oublier par don)&nbsp;<\/em>dans l&#8217;\u00e9glise Notre-Dame de Saint-Roch &#8211; o\u00f9 le culte est toujours vivant &#8211; atteint un tel degr\u00e9 de pertinence dans son occupation de l&#8217;espace architectural et sacr\u00e9, et une telle mise&nbsp;\u00e0&nbsp;nu de son \u00e2me, que personne ne peut rester indiff\u00e9rent, ne serait-ce qu&#8217;\u00e0&nbsp;<em>Trinit\u00e9 (autoportrait, prototype,&nbsp;<\/em>2000),&nbsp;suspendu au jub\u00e9 et suintant. Bouchard fait preuve d&#8217;une telle maturit\u00e9 interventionniste qu&#8217;il rehausse d&#8217;un cran cet \u00e9v\u00e9nement. Durant l&#8217;\u00e9t\u00e9,&nbsp;<em>ArTboretum,&nbsp;<\/em>l&#8217;\u00e9dition&nbsp;2000&nbsp;de la&nbsp;<em>Biennale d&#8217;art actuel&nbsp;<\/em>de la Maison Hamel-Bruneau de Sainte-Foy, accueillait quatre cr\u00e9ateurs d&#8217;oeuvres ext\u00e9rieures et une exposition int\u00e9rieure autour de la probl\u00e9matique des \u00ab&nbsp;grands arbres porteurs de civilisation&nbsp;\u00bb. Sonia Robertson de Mashteuiatsh y a cr\u00e9\u00e9&nbsp;<em>Pri\u00e8re (murmure),&nbsp;<\/em>un environnement multim\u00e9dia reliant un grand \u00e9rable&nbsp;\u00e0&nbsp;sa perception int\u00e9rieure en utilisant notamment&nbsp;40 000&nbsp;perles de bois aux couleurs traditionnelles de la spiritualit\u00e9 am\u00e9rindienne.&nbsp;<em>\u00c9mergence&nbsp;<\/em><em>2000,&nbsp;<\/em>un \u00e9v\u00e9nement d&#8217;art social organis\u00e9 par le groupe d&#8217;animation communautaire de l&#8217;\u00celot Fleurie, s&#8217;est d\u00e9roul\u00e9 en plein air dans une zone urbaine sous l&#8217;autoroute Dufferin dans l&#8217;espace Saint-Roch. F\u00eate communautaire de quartier o\u00f9 se rencontrent les acteurs sociaux et les acteurs artistiques, d\u00e9bats sur les enjeux du d\u00e9veloppement de la cit\u00e9 et du r\u00f4le de l&#8217;art, sculptures et art action furent au rendez-vous.&nbsp;Ce&nbsp;n&#8217;est nullement un hasard si l&#8217;ouverture de l&#8217;\u00e9v\u00e9nement incluait une intervention collective des douze artistes de&nbsp;1&#8217;atelier&nbsp;TouTTouT, au m\u00eame titre que le collectif d&#8217;artistes catalans (Espagne) et de la participation de Martin Dufrasne avec un bureau des&nbsp;plaintes&nbsp;comme sculpture sociale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ottawa<\/h2>\n\n\n\n<p>S&#8217;il&nbsp;y&nbsp;a un&nbsp;lieu architecturalement et politiquement connot\u00e9 o\u00f9 des artistes ont&nbsp;\u00e9t\u00e9&nbsp;<em>convi\u00e9s&nbsp;<\/em>\u00e0&nbsp;intervenir au cours de l&#8217;\u00e9t\u00e9&nbsp;2000,&nbsp;c&#8217;est bien le Diefenbunker&nbsp;\u00e0&nbsp;Garp pr\u00e8s d&#8217;Ottawa. Comble de mat\u00e9rialisation de cette p\u00e9riode parano\u00efaque dite de la Guerre froide avec la peur du feu nucl\u00e9aire entre Am\u00e9ricains et Sovi\u00e9tiques, le gouvernement du Canada a fait construire&nbsp;\u00e0&nbsp;la fin des ann\u00e9es 1950, dans le plus grand secret, un \u00e9difice blind\u00e9, sorte de cube 90 pieds sous terre et devant abriter le&nbsp;<em>gouvernement&nbsp;<\/em>en cas d&#8217;attaque nucl\u00e9aire.&nbsp;Les&nbsp;commissaires&nbsp;Jacques Doyon et Richard Gagnier&nbsp;de connivence avec le centre&nbsp;d&#8217;artistes Axe N\u00e9o 7&nbsp;et le Mus\u00e9e canadien de la guerrefroide qu&#8217;est devenu l&#8217;\u00e9difice depuis 1994, ont imagin\u00e9&nbsp;<em>Fissions singuli\u00e8res&nbsp;<\/em>et s\u00e9lectionn\u00e9 des&nbsp;artistes pour venir&nbsp;y&nbsp;cr\u00e9er des installations. Guy Blackburn&nbsp;y&nbsp;a r\u00e9alis\u00e9 pas moins&nbsp;de quatre installations&nbsp;<em>(La r\u00e9serve de beaut\u00e9, La r\u00e9colte du jeune soldat, Un abri nucl\u00e9aire, Protection politique)&nbsp;<\/em>dans diverses pi\u00e8ces et&nbsp;\u00e0&nbsp;divers \u00e9tages, rien de&nbsp;moins. R\u00e9utilisant des mat\u00e9riaux propres&nbsp;\u00e0&nbsp;ses strat\u00e9gies installatives, allant des m\u00e9dailles de guerre&nbsp;\u00e0&nbsp;la cr\u00e8me de soins pour b\u00e9b\u00e9s en passant par des \u00e9l\u00e9ments technologiques de l&#8217;\u00e9difice lui-m\u00eame, l&#8217;artiste de Chicoutimi est parvenu&nbsp;\u00e0&nbsp;fragiliser,&nbsp;\u00e0&nbsp;pr\u00e9cariser cet habitat hyperrationnel appartenant&nbsp;\u00e0&nbsp;une logique irr\u00e9elle, nous rapprochant en \u00e9motions de la possible pens\u00e9e d&#8217;un des fantassins reclus dans ce bunker.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Rouyn-Noranda<\/h2>\n\n\n\n<p>Durant la nuit\u00e9e des&nbsp;<em>Yeux Rouges,&nbsp;<\/em>ces 24 heures de performances dans le cadre de l&#8217;\u00e9v\u00e9nement&nbsp;<em>PassArt,&nbsp;<\/em>Madeleine Dor\u00e9 s&#8217;est permise une prestation toute svelte de son quotidien dans l&#8217;art, fait de rencontres, de s\u00e9jours, d&#8217;id\u00e9es et d&#8217;amiti\u00e9s tissant un long voyage au f\u00e9minin. Touchant. Simultan\u00e9ment, Dor\u00e9 signait comme commissaire une des rares manifestations coh\u00e9rentes de cet \u00e9v\u00e9nement qui se voulait un bilan sociologique de tout l&#8217;art qu\u00e9b\u00e9cois mais qui, dans la ville, avait pris&nbsp;<em>des&nbsp;<\/em>allures d&#8217;empilement chaotique. Elle y a s\u00e9lectionn\u00e9 des femmes artistes dont Natacha Gagn\u00e9 qui a r\u00e9alis\u00e9 une grande fresque picturale&nbsp;\u00e0&nbsp;l&#8217;a\u00e9roport. Claudine Cotton a cr\u00e9\u00e9, au Cabaret de la derni\u00e8re chance, une surr\u00e9aliste partie de billard lettriste avec un citoyen, brouillant ainsi&nbsp;\u00e0&nbsp;une \u00e9chelle humaine les fronti\u00e8res interdisciplinaires entre performance et installation. Elle est aussi intervenue en compagnie des participants des&nbsp;<em>Yeux Rouges&nbsp;<\/em>avec des lettres faites de pain (p\u00e9tri par L\u00e9andre&nbsp;Bergeron,&nbsp;r\u00e9dacteur d&#8217;un dictionnaire de la langue qu\u00e9b\u00e9coise et reconverti en boulanger abitibien). Un message urbain en plein air vivait. Autre invit\u00e9e, l&#8217;artiste Ilnue Sonia Robertson a continu\u00e9 sa s\u00e9rie d&#8217;interventions avec des arbres aux quatre points cardinaux du lac Osisko, utilisant du&nbsp;fil&nbsp;de cuivre pour contextualiser la dimension autochtone sacr\u00e9e dans cette ville dont la mine a \u00e9ventr\u00e9 la terre-M\u00e8re.<\/p>\n<div style='display: none;'>Armand Vaillancourt, Carl Bouchard, Claudine Cotton, Denys Tremblay, Domingo Cisneros, Elisabeth Kane, Eric Bachand, Guy Blackburn, Guy Sioui Durand, H\u00e9l\u00e8ne Roy, Jacques Blanchet, Jean-Jules Soucy, Jocelyne Maltais, Madeleine Dor\u00e9, Natasha Gagn\u00e9, Patrice Duchesne, Paul Lussier, S\u00e9bastien Dion, Yves Tremblay<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[5224],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[4494],"artistes":[5258,5237,4904,5260,4978,5261,5239,5240,5262,5241,5263,5264,5243,5265,5266,5267,5246,5268],"thematiques":[],"type_post":[319],"class_list":["post-180372","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archive","category-post","numeros-41-saguenay-lac-st-jean-en","statuts-archive","auteurs-guy-sioui-durand-en","artistes-armand-vaillancourt-en","artistes-carl-bouchard-en","artistes-claudine-cotton-en","artistes-denys-tremblay-en","artistes-domingo-cisneros-en","artistes-elisabeth-kane-en","artistes-eric-bachand-en","artistes-guy-blackburn-en","artistes-helene-roy-en","artistes-jacques-blanchet-en","artistes-jean-jules-soucy-en","artistes-jocelyne-maltais-en","artistes-madeleine-dore-en","artistes-natasha-gagne-en","artistes-patrice-duchesne-en","artistes-paul-lussier-en","artistes-sebastien-dion-en","artistes-yves-tremblay-en","type_post-principal"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/180372","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=180372"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/180372\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=180372"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=180372"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=180372"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=180372"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=180372"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=180372"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=180372"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=180372"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=180372"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=180372"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=180372"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}