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{"id":180392,"date":"2001-01-01T19:40:00","date_gmt":"2001-01-02T00:40:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/quand-la-riviere-nous-titille\/"},"modified":"2022-11-24T15:53:02","modified_gmt":"2022-11-24T20:53:02","slug":"quand-la-riviere-nous-titille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/quand-la-riviere-nous-titille\/","title":{"rendered":"<strong>Quand la rivi\u00e8re nous titille<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>Ce projet a vu le jour gr\u00e2ce \u00e0 la collaboration&nbsp;de deux organismes&nbsp;de Chicoutimi&nbsp;:&nbsp;le centre&nbsp;d\u2019artistes Espace Virtuel et le Comit\u00e9 de l\u2019environnement. Ce dernier a comme principal objectif la restauration et la&nbsp;valorisation des espaces de verdure aux abords des rivi\u00e8res de la ville. Afin d\u2019amener les Saguen\u00e9ens&nbsp;\u00e0&nbsp;d\u00e9couvrir ou&nbsp;\u00e0&nbsp;red\u00e9couvrir ces lieux privil\u00e9gi\u00e9s, il organise&nbsp;\u00e0&nbsp;tous les deux ans, en juillet, la&nbsp;<em>F\u00eate de la rivi\u00e8re.&nbsp;<\/em>Avec la contribution d\u2019Espace Virtuel, et de Martial Despr\u00e9s, commissaire, cette f\u00eate devient celte ann\u00e9e un \u00e9v\u00e9nement d\u00e9ploy\u00e9 sur une semaine pendant laquelle cinq artistes sont invit\u00e9s en r\u00e9sidence. Ces derniers avaient comme seule contrainte de choisir un lieu aux abords de la Rivi\u00e8re Saguenay ou de l\u2019un de ses affluents, dans le but de concevoir une \u0153uvre soulignant ou questionnant le rapport nature\/culture. Le Comit\u00e9 de l\u2019environnement, pour sa part, assumait l\u2019assistance technique et fournissait des donn\u00e9es historiques en regard des sites s\u00e9lectionn\u00e9s. Autour des in situ, cinq rencontres sous forme de 5&nbsp;\u00e0&nbsp;7 donnaient l\u2019occasion aux artistes d\u2019\u00e9changer sur leur travail avec le public.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Cinq&nbsp;artistes,&nbsp;cinq&nbsp;pratiques&nbsp;distinctes<\/h2>\n\n\n\n<p>Cette intention d\u2019utiliser la nature comme source d\u2019inspiration et lieu d\u2019intervention n\u2019est pas nouvelle, pensons notamment au&nbsp;<em>land a<\/em><em>rt.&nbsp;<\/em>Sans n\u00e9cessairement r\u00e9inventer la roue, c\u2019est dans le regard et la mani\u00e8re d\u2019interpr\u00e9ter les choses que se situe la nouveaut\u00e9. Avec des artistes provenant de champs d\u2019int\u00e9r\u00eats diff\u00e9rents comme&nbsp;: Ginette Saint-Amant avec l\u2019estampe; Julie Bacon en performance ; Kelly Lynne Wood qui fait g\u00e9n\u00e9ralement des installations; et les sculpteurs Marie-Jos\u00e9e Laframboisc et Pierre Dumont, le projet&nbsp;<em>Quand la&nbsp;<\/em><em>rivi\u00e8re nous titille,&nbsp;<\/em>permettait aux spectateurs de revisiter des lieux avec un regard nouveau, celui des artistes. Dans le cas d\u2019un in situ, est-ce le lieu qui dirige le processus de cr\u00e9ation ou est-ce l\u2019artiste qui habite le lieu&nbsp;? Lorsqu\u2019un \u00e9v\u00e9nement&nbsp;favorise&nbsp;<em>la&nbsp;<\/em><em>rencontre entre un site et un artiste,&nbsp;<\/em>qu\u2019un&nbsp;devient lieu d\u2019accueil et pr\u00e9texte&nbsp;\u00e0&nbsp;la cr\u00e9ation, nous ne pouvons tenir compte que de la seule intervention de l\u2019artiste. En effet, le site n\u2019est pas un lieu neutre. Il a sa propre \u00ab&nbsp;m\u00e9moire&nbsp;\u00bb qui transpara\u00eet sur les surfaces du b\u00e2ti, dans les&nbsp;strates du sol, dans les pierres qui le pars\u00e8ment, dans les mar\u00e9es qui transfigurent ses contours; il fait partie d\u2019une histoire, qu\u2019elle soit g\u00e9ographique, politique ou sociale. L\u2019artiste, quant&nbsp;\u00e0&nbsp;lui, arrive avec une d\u00e9marche personnelle, et ses pr\u00e9occupations tant intellectuelles qu\u2019esth\u00e9tiques sont des \u00e9l\u00e9ments qui prennent une place non n\u00e9gligeable lors de sa r\u00e9sidence. Sa pratique peut alors influencer le choix d\u2019un site qu\u2019il s\u2019approprie ensuite, pour le transformer en un lieu d\u2019exploration. Il est tout&nbsp;\u00e0&nbsp;fait plausible d\u2019avancer l\u2019id\u00e9e que l\u2019\u00e9nergie intrins\u00e8que au lieu et celle de l\u2019artiste s\u2019influencent mutuellement. M\u00eame si l\u2019artiste tente de se fondre au lieu, et paradoxalement d\u2019en sortir, l\u2019\u0153uvre doit mettre en \u00e9vidence une sp\u00e9cificit\u00e9 du lieu, tout en s\u2019arrimant \u00e0 celui-ci. Pour la plupart des artistes, la notion de territoire \u00e9tait sous-entendue dans leur projet et ce texte soulignera comment chacun d\u2019eux, consciemment ou non, s\u2019est appropri\u00e9 le lieu, afin d\u2019y poursuivre une recherche faisant d\u00e9j\u00e0 partie de ses pr\u00e9occupations.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Esth\u00e9tisme et temporalit\u00e9 dans le&nbsp;rituel du&nbsp;geste<\/h2>\n\n\n\n<p>Le temps revient fr\u00e9quemment dans le travail de Julie Bacon, cette jeune artiste anglaise vivant actuellement&nbsp;\u00e0&nbsp;Chicoutimi pour&nbsp;y&nbsp;terminer une ma\u00eetrise en art. Exploitant le domaine de la performance comme langage plastique, elle apprivoise une forme de lenteur pour conscientiser notre relation au temps. Aux accessoires qu\u2019elle utilise lors&nbsp;de ses actions\/performances, elle conf\u00e8re un certain symbolisme&nbsp;: ces objets qui renvoient parfois&nbsp;\u00e0&nbsp;des images st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es sont pour elle un moyen de d\u00e9velopper un codage personnel. Plusieurs niveaux de lecture se chevauchent dans ses performances, ajoutant une profusion de sens au discours th\u00e9orique, qui est,&nbsp;\u00e0&nbsp;mon sens, un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 dans son travail. Le champ d\u2019intervention de Bacon \u00e9tant tr\u00e8s li\u00e9 aux contextes sociaux des lieux qu\u2019elle visite ou encore&nbsp;\u00e0&nbsp;des \u00e9v\u00e9nements qui la touchent de pr\u00e8s ou de loin, les rapports identitaires, de m\u00eame que le territoire de l\u2019autre sont des assises autour desquelles gravitent ses interventions.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cet \u00e9v\u00e9nement, Julie Bacon occupait l\u2019espace entre les rives nord et sud du Saguenay soit le pont Sainte-Anne, exclusivement r\u00e9serv\u00e9 aux pi\u00e9tons et aux cyclistes. Elle avait pr\u00e9alablement sollicit\u00e9 la participation des riverains afin d\u2019amasser tant une collection d\u2019objets divers, de reliques comme m\u00e9moire du quotidien, que d\u2019histoires ou d\u2019anecdotes reli\u00e9es&nbsp;\u00e0&nbsp;l\u2019histoire du pont. Le pont devint alors plus qu\u2019un lieu de passage ou d\u2019union, puisque l\u2019artiste l\u2019a transform\u00e9 en un monument symbolique.<\/p>\n\n\n\n<p>Durant la semaine, elle suspendit les artefacts par intervalles, suivant les sept traverses principales de la structure sup\u00e9rieure du pont. Comme le pont, les objets flottaient dans l\u2019espace, entre le ciel et la terre. De par leurs formes, ces \u00e9l\u00e9ments r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s faisaient r\u00e9f\u00e9rence analogiquement&nbsp;\u00e0&nbsp;l\u2019ossature du pont&nbsp;: un cadre de v\u00e9lo, une planche&nbsp;\u00e0&nbsp;repasser, un vieux berceau, etc. Elle disposait m\u00e9thodiquement les artefacts de mani\u00e8re \u00e0 ce qu\u2019ils viennent scander la marche des pi\u00e9tons. Ces objets suspendus, tout en ajoutant une certaine po\u00e9sie&nbsp;\u00e0&nbsp;cet ouvrage d\u2019ing\u00e9nierie, \u00e9voquaient la vie \u00e9coul\u00e9e. Ce petit berceau bleu ballott\u00e9 par le vent ou encore cette t\u00eate et ce pied de lit, symboles de naissance et de mort, devenaient autant de murmures sur la fragilit\u00e9 des choses.<\/p>\n\n\n\n<p>Le pont \u00e9tant un lieu transitoire, de passage, de m\u00eame qu\u2019un entre-deux, l\u2019artiste est devenue, elle aussi, un pont&nbsp;: entrant en interaction avec les gens lorsqu\u2019elle r\u00e9coltait les objets, elle \u00e9coutait leurs histoires. Puis, pendant l\u2019accrochage, des passants la questionnaient sur son travail et sur la provenance de tel ou tel objet. Parfois, un promeneur s\u2019int\u00e9ressait&nbsp;\u00e0&nbsp;un objet et demandait s\u2019il pouvait le r\u00e9cup\u00e9rer plus tard. Il s\u2019est donc instaur\u00e9 un circuit d\u2019\u00e9change, non seulement autour des objets, mais \u00e9galement autour des r\u00e9cits, entre les r\u00e9sidents du lieu, l\u2019artiste et les spectateurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois l\u2019\u0153uvre achev\u00e9e, Julie Bacon s\u2019est transform\u00e9e en ma\u00eetre de c\u00e9r\u00e9monie afin de proc\u00e9der, le temps d\u2019une performance, \u00e0 l\u2019inauguration du pont <span style=\"white-space: nowrap;\">Sainte-Anne<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Lors de ses recherches, l\u2019artiste a&nbsp;d\u00e9couvert que le pont Sainte-Anne&nbsp;n\u2019a jamais&nbsp;\u00e9t\u00e9&nbsp;inaugur\u00e9 officiellement.<\/span>. Pour l\u2019occasion, elle distribuait au public des cartes postales illustrant des ponts, et sur lesquelles elle avait modifi\u00e9 les vignettes, jouant avec les mots, elle en d\u00e9tourne le sens, cr\u00e9ant un parall\u00e8le entre le poids des mots et celui des choses, soulignant, par le fait m\u00eame, la futilit\u00e9 relative qui leur est parfois accord\u00e9e. Les accessoires qu\u2019elle utilise servent une gestualit\u00e9 calcul\u00e9e, qu\u2019elle r\u00e9p\u00e8te comme un rituel selon un code et un temps d\u00e9termin\u00e9. Le temps devenant un de ses accessoires, elle en&nbsp;abuse, mettant&nbsp;l\u2019accent sur l\u2019importance et la port\u00e9e&nbsp;du geste, des mots et des choses, par cette lenteur, elle d\u00e9nonce la cadence effr\u00e9n\u00e9e de nos vies, demandant aux spectateurs de ralentir le rythme afin de red\u00e9couvrir les choses qui nous entourent.<\/p>\n\n\n\n<p>Il appara\u00eet de prime abord que les accessoires qu\u2019elle utilise ont plus ou moins de sens, par exemple, ce gilet de sauvetage rouge qu\u2019elle porte comme un manteau d\u2019apparat pendant la c\u00e9r\u00e9monie d\u2019inauguration. L\u2019id\u00e9e du gilet de sauvetage m\u2019am\u00e8ne \u00e0 associer le pont \u00e0 un navire, et l\u2019image du navire implique aussi le risque d\u2019un naufrage. En poussant plus loin cette th\u00e9orie,&nbsp;il&nbsp;est possible d\u2019entrevoir, dans la&nbsp;performance,&nbsp;cette notion de fragilit\u00e9, un risque de d\u00e9s\u00e9quilibre ou de chute, la performance \u00e9tant dans l\u2019instant, dans l\u2019imm\u00e9diat du geste, et le d\u00e9nouement n\u2019\u00e9tant pas toujours pr\u00e9visible,&nbsp;il&nbsp;peut y avoir ce danger de faire naufrage.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le chant de la chute<\/h2>\n\n\n\n<p>La nature n\u2019est pas \u00e9trang\u00e8re pour Pierre Dumont, artiste pluridisciplinaire originaire de la r\u00e9gion. Elle est, pour lui, une source d\u2019inspiration, de r\u00e9flexion constante, et il y puise la mati\u00e8re premi\u00e8re qu\u2019il ins\u00e8re dans ses sculptures et ses tableaux. Ses cr\u00e9ations deviennent des hybrides, alliant sculpture\/peinture, sculpture\/objets <span style=\"white-space: nowrap;\">sonores<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Il&nbsp;ne faut pas confondre ici d\u2019objet sonore tel qu\u2019utilis\u00e9 musique concr\u00e8te, avec l\u2019usage que Dumont en fait, soit des objets physiques produisant du son.<\/span>,&nbsp;qui int\u00e8grent l\u2019exploration et l\u2019improvisation&nbsp;\u00e0&nbsp;travers une th\u00e9matique emprunt\u00e9e \u00e0 la mythologie.<\/p>\n\n\n\n<p>Install\u00e9 au parc urbain de la Rivi\u00e8re Dumoulin, Dumont a construit une immense conque. Cet objet sculptural viendrait s\u2019ajouter&nbsp;\u00e0&nbsp;l\u2019ensemble d\u2019un th\u00e8me sur lequel&nbsp;il&nbsp;travaille depuis quelque temps&nbsp;: le territoire d\u2019Icare. La structure du coquillage fut con\u00e7ue avec des branches d\u2019arbres que l\u2019artiste a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es sur place et qu\u2019il a dispos\u00e9es en suivant le mod\u00e8le pr\u00e9cis et complexe d\u2019une spirale. Ensuite, Dumont l\u2019a recouverte presque enti\u00e8rement de papier&nbsp;\u00e0&nbsp;patron&nbsp;; seul un espace central est rest\u00e9 \u00e0 d\u00e9couvert, permettant d\u2019en voir l\u2019int\u00e9rieur. Une couche de polym\u00e8re apporte une certaine rigidit\u00e9 au papier, en m\u00eame temps que d\u2019en nuancer la couleur initiale. Cet objet m\u00e9tiss\u00e9, inspir\u00e9 de l\u2019eau, issu du bois, ressemble aussi \u00e0 un cornet, dont la fonction serait d\u2019amplifier le son de la rivi\u00e8re, ce qui nous rapproche des pr\u00e9occupations musicales de Dumont, puisque l\u2019objet allait \u00eatre plac\u00e9 sur un \u00eelot de pierre au centre de la rivi\u00e8re, l\u2019\u0153uvre, comme une \u00e9pave \u00e9chou\u00e9e, sera destin\u00e9e&nbsp;\u00e0&nbsp;se d\u00e9t\u00e9riorer lentement, pour enfin se fusionner enti\u00e8rement&nbsp;\u00e0&nbsp;la nature.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne pense pas que nous pouvons parler v\u00e9ritablement d\u2019\u0153uvre in situ ici, puisque l\u2019objet ne nous renseigne pas sur le lieu. Selon Bernard Guelton,&nbsp;l\u2019\u0153uvre in situ \u00ab&nbsp;pr\u00e9l\u00e8ve, d\u00e9signe ou indexe certaines caract\u00e9ristiques du site plut\u00f4t que d\u2019autres <span style=\"white-space: nowrap;\">(\u2026)<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - Voir&nbsp;\u00e0&nbsp;ce sujet le chapitre V \u00ab&nbsp;Site et sc\u00e9nographie de l\u2019exposition&nbsp;\u00bb, Guelton, Bernard,&nbsp;<em>L\u2019exposition, interpr\u00e9tation&nbsp;et&nbsp;r\u00e9interpr\u00e9tation<\/em>,&nbsp;L\u2019Harmattan, 1998, p.&nbsp;11.<\/span>.&nbsp;\u00bb&nbsp;Ici, le rapport au site est plut\u00f4t large, c\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019\u0153uvre n\u2019indique pas n\u00e9cessairement un trait sp\u00e9cifiquement reli\u00e9 au site du parc urbain, mais, par ses r\u00e9f\u00e9rents (le bois, la couleur, le th\u00e8me de l\u2019eau), elle renvoie&nbsp;\u00e0&nbsp;la nature en g\u00e9n\u00e9ral. Aussi, l\u2019objet aurait pu \u00eatre con\u00e7u sur un autre site naturel, voire m\u00eame sortir de l\u2019atelier pour ensuite \u00eatre import\u00e9 sur les lieux. Cependant, si j\u2019inverse l\u2019\u00e9nonc\u00e9 de Guelton, \u00e0 savoir que le site d\u00e9signerait une caract\u00e9ristique de l\u2019\u0153uvre, plut\u00f4t que l\u2019inverse,&nbsp;il&nbsp;serait alors possible de voir un lien. Celui-ci se retrouverait dans le th\u00e8me mythique de la Chute d\u2019Icare, car l\u2019objet, dans sa finitude, est destin\u00e9 \u00e0 se d\u00e9truire, \u00e0 chuter, emport\u00e9 par le courant de la rivi\u00e8re. C\u2019est donc le&nbsp;site qui influe sur le processus de transformation de l\u2019\u0153uvre, et non l\u2019\u0153uvre qui d\u00e9signe des particularit\u00e9s propres au site. Mais encore l\u00e0, ces m\u00eames crit\u00e8res peuvent se transposer ailleurs, dans une autre rivi\u00e8re, et le ph\u00e9nom\u00e8ne de destruction serait le m\u00eame qu\u2019ici, avec quelques nuances selon la force du courant. M\u00eame si ce ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019alt\u00e9ration de l\u2019\u0153uvre se retrouve \u00e9galement dans l\u2019installation de Ginette Saint-Amant, la notion de in situ y est cependant plus pr\u00e9sente.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des rhizomes ou la prolif\u00e9ration \u00e0 partir d\u2019un centre&nbsp;<\/h2>\n\n\n\n<p>Ginette Saint-Amant a, depuis quelques ann\u00e9es, ins\u00e9r\u00e9 dans son travail un questionnement sur la possibilit\u00e9 d\u2019unir art, science et nature dans un m\u00eame espace. Orient\u00e9e d\u2019abord vers l\u2019estampe, sa d\u00e9marche artistique tente aujourd\u2019hui de dissoudre de plus en plus les limites de cette technique, afin de l\u2019ins\u00e9rer dans d\u2019autres pratiques disciplinaires. Le th\u00e8me de la spirale fut pour elle une source importante d\u2019exp\u00e9rimentation, ce qui l\u2019a amen\u00e9e \u00e0 un autre concept issu de la nature, celui du rhizome. Cela lui permet de poursuivre ses recherches sur les rapports possibles entre art et science, en int\u00e9grant des notions philosophiques d\u00e9velopp\u00e9es par Gilles Deleuze. Le rhizome, cette racine horizontale parsem\u00e9e de n\u0153uds, qui cro\u00eet dans le sol jusqu\u2019\u00e0 envahir l\u2019espace comme de la mauvaise herbe, est aussi un symbole de plus en plus utilis\u00e9 tant en philosophie qu\u2019en litt\u00e9rature. Dans&nbsp;<em>Mille Plateaux,&nbsp;<\/em>Deleuz et Gattari d\u00e9veloppent autour de la notion de rhizome l\u2019id\u00e9e d\u2019une \u00e9criture \u00e9clat\u00e9e, d\u2019un texte n\u2019ayant ni d\u00e9but ni fin, dont la lecture peut commencer au centre. Le texte est alors constitu\u00e9 comme un rhizome, bifurquant dans tous les sens, parsem\u00e9 de n\u0153uds, comme des points d\u2019intersection, favorisant un nouveau trajet de lecture en se branchant \u00e0 un autre <span style=\"white-space: nowrap;\">rhizome<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Les auteurs associent&nbsp;le&nbsp;rhizome (ou bulbe)&nbsp;\u00e0&nbsp;un cha\u00eenon s\u00e9miotique qui&nbsp;ne cesserait de se connecter&nbsp;\u00e0&nbsp;d\u2019autres cha\u00eenons s\u00e9miotiques, renvoyant \u00e0 des syst\u00e8mes d\u2019id\u00e9es diversifi\u00e9s provenant des arts, des sciences, de la sociologie. etc. Voir l\u2019introduction portant sur le rhizome, p.&nbsp;9 \u00e0 37 dans&nbsp;: Gilles Deleuze et F\u00e9lix Guattari,&nbsp;<em>Mille Plateaux,(Capitalisme et schizophr\u00e9nie&nbsp;2),&nbsp;<\/em>Paris, \u00c9d. de&nbsp;Minuit,&nbsp;1994, 645 pages.<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour son intervention, Ginette Saint-Amant s\u2019\u00e9tait install\u00e9e au bassin, derri\u00e8re le Vieux Moulin \u00e0 farine situ\u00e9 aux abords de la Rivi\u00e8re Chicoutimi. La rive pierreuse devint, pour l\u2019artiste, un support sur lequel elle intervint en construisant un circuit en&nbsp;fibres naturelles de chanvre et de jute. Celles-ci, partant d\u2019une tige ma\u00eetresse, couraient sur le sol, \u00e9pousant les fissures, devenant des rhizomes de surface, fuyant de tous c\u00f4t\u00e9s. Des morceaux de toile de coton sur lesquels elle avait transcrit des r\u00e9flexions portant sur son travail, des extraits de textes philosophiques et d\u2019autres provenant de manuels de biologie, parsemaient le sol en partie. L\u2019artiste intervenait donc sur cette parcelle de terrain en donnant un caract\u00e8re d\u00e9construit \u00e0 son \u0153uvre par l\u2019ajout et le d\u00e9placement d\u2019\u00e9l\u00e9ments naturels telles de la tourbe renvers\u00e9e, des souches et de la mousse. Sur la pierre, des empreintes de mains peintes en noir et en blanc dirigeaient la lecture, menant notre regard au-del\u00e0 de la rivi\u00e8re, jusqu\u2019\u00e0 ce monticule rocheux sur lequel prenait fin l\u2019intervention. Ces marques imprim\u00e9es sur le sol, qui ne sont pas sans rappeler certaines composantes de l\u2019art rupestre, sugg\u00e9raient une appropriation, une pr\u00e9hension de l\u2019espace, comme si l\u2019artiste voulait d\u00e9limiter son territoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette tentative d\u2019imiter un d\u00e9sordre naturel, nous sentons malgr\u00e9 tout une forme d\u2019organisation humaine, celle du travail de l\u2019artiste. Elle tente&nbsp;ici&nbsp;un parall\u00e8le entre force et fragilit\u00e9, inspir\u00e9 du rhizome&nbsp;: initialement d\u2019une grande vuln\u00e9rabilit\u00e9, c\u2019est dans la multiplication que celui-ci puise sa force. Dans cette zone qui a subi la puissance des <span style=\"white-space: nowrap;\">\u00e9l\u00e9ments<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - Des traces du d\u00e9luge de 1996 demeurent encore visibles \u00e0 cet endroit.<\/span>,&nbsp;elle avait l\u2019opportunit\u00e9 de r\u00e9fl\u00e9chir sur la notion d\u2019interaction entre diff\u00e9rents intervenants. En s\u2019installant sur le site, elle prenait r\u00e9ellement contact avec la force brute contenue dans la nature, ce qui l\u2019a amen\u00e9e \u00e0 mettre de c\u00f4t\u00e9 certains \u00e9l\u00e9ments de son travail pr\u00e9paratoire en atelier puisqu\u2019ils ne cadraient plus avec le lieu. Par exemple, le matin, lorsqu\u2019elle revenait sur les lieux, elle constatait que le vent et le courant de la rivi\u00e8re avaient d\u00e9plac\u00e9 certaines parties de l\u2019installation. Ce qui aurait pu devenir une contrainte s\u2019est transform\u00e9 en un moteur de cr\u00e9ation, car elle allait se servir de ces forces ext\u00e9rieures qu\u2019elle ne pouvait contr\u00f4ler pour donner une nouvelle orientation au processus entam\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>En tenant compte d\u2019une forme de mise en ab\u00eeme de l\u2019acte de cr\u00e9ation par la nature, cette exp\u00e9rience rappelle le constat selon lequel l\u2019artiste ne contr\u00f4le pas toujours totalement les \u00e9tapes de production de l\u2019\u0153uvre. Aussi, la composition de Saint-Amant symbolise, par une facture \u00e0 la fois construite et <span style=\"white-space: nowrap;\">primitive<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-6\" href=\"#footnote-6\"><sup>6<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-6\"><a href=\"#fn-ref-6\"> 6 <\/a> - Ici, le terme primitif n\u2019est pas utilis\u00e9 selon un sens p\u00e9joratif mais se r\u00e9f\u00e8re plut\u00f4t&nbsp;\u00e0 l\u2019ensemble de la composition, et \u00e0 ses \u00e9l\u00e9ments constituants&nbsp;: les empreintes, la toile d\u00e9chir\u00e9e, la corde de chanvre.<\/span>,&nbsp;l\u2019\u00e9ternel recommencement. Ici, la fin et le d\u00e9but s\u2019entrem\u00ealent, ne signifiant pas n\u00e9cessairement vie et mort mais plut\u00f4t temps de transition. Ce travail s\u2019approche donc d\u2019un principe essentiel, \u00e0 savoir que l\u2019homme, dans son d\u00e9sir utopique de contr\u00f4ler et d\u2019imiter la nature, ne fait que la traduire, et qu\u2019il demeure encore d\u00e9pendant de celle-ci.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;II ne s\u2019agit&nbsp;<\/strong><strong>plus&nbsp;<\/strong><strong>de parler de l\u2019espace et de la lumi\u00e8re, mais de faire parler l\u2019espace et la lumi\u00e8re&nbsp;<\/strong><strong>qui&nbsp;<\/strong><strong>sont l\u00e0.<\/strong><strong>*&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019origine albertaine, Kelly Lynne Wood vit pr\u00e9sentement \u00e0 Montr\u00e9al, o\u00f9 elle termine une ma\u00eetrise en art \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Concordia. Son travail touche de tr\u00e8s pr\u00e8s l\u2019installation, bien qu\u2019\u00e0 l\u2019occasion il chevauche les voies de la performance. Dans ses installations, elle tente de redonner une seconde vie \u00e0 des lieux inhabit\u00e9s, isol\u00e9s ou encore \u00e0 des lieux de passage comme des corridors ou des escaliers. Ces interventions deviennent pour elle une fa\u00e7on de revisiter un espace, de l\u2019habiter autrement, afin d\u2019amener le regard du spectateur \u00e0 se poser diff\u00e9remment sur son environnement. Elle recherche des lieux qui paraissent sans histoires, plut\u00f4t obscurs, des lieux que l\u2019on entrevoit au hasard d\u2019une promenade et o\u00f9 l\u2019on n\u2019ose p\u00e9n\u00e9trer mais qui, pourtant, s\u2019insinuent dans notre imaginaire. Dans ces espaces, elle invente un sc\u00e9nario avec, comme acteurs, le son et la lumi\u00e8re. De ces lieux, il en existe partout. Dans la coul\u00e9e Val Lomberette, Wood a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019investir les vestiges d\u2019un ancien r\u00e9servoir d\u2019eau. Ce p\u00e9rim\u00e8tre carr\u00e9, en pierre, d\u2019une hauteur d\u2019environ trois m\u00e8tres, o\u00f9 une br\u00e8che nous permet d\u2019entrer, est devenu l\u2019enceinte \u00e0 ciel ouvert d\u2019un jardin sauvage.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors de cette r\u00e9sidence, elle poursuit son travail exploratoire sur la lumi\u00e8re, en utilisant comme mati\u00e8re premi\u00e8re du&nbsp;fil&nbsp;d\u2019argent avec lequel elle tisse une sorte de toile qui traverse les fondations de part en part. Cette composition tram\u00e9e forme d\u2019innombrables lignes de fuite, propulsant notre regard au-del\u00e0 des apparences, l\u2019amenant \u00e0 parcourir l\u2019espace autrement. Les fils meublent le vide, le rendent visible, et mettent en \u00e9vidence la compl\u00e9mentarit\u00e9 qui existe entre le vide et le plein puisque le vide a toujours cette potentialit\u00e9 de contenir quelque chose.<\/p>\n\n\n\n<p>Une <span style=\"white-space: nowrap;\">passerelle<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-7\" href=\"#footnote-7\"><sup>7<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-7\"><a href=\"#fn-ref-7\"> 7 <\/a> - Cette passerelle fut construite par le Comit\u00e9 de l\u2019environnement qui a fait un gros travail de restauration et de valorisation dans la coul\u00e9e Val Lomberette afin de prot\u00e9ger la faune et la flore de cet endroit.<\/span>&nbsp;longe les parois internes des ruines, permettant au visiteur de voir l\u2019\u0153uvre selon plusieurs points de vue. C\u2019est en parcourant les soubassements que l\u2019on d\u00e9couvre tout le raffinement du travail de Wood. Subtilement, les fils d\u2019argent captent la lumi\u00e8re \u00e0 travers le feuillage, offrant \u00e0 la vue du randonneur perdu, un ballet po\u00e9tique et scintillant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Sans n\u00e9cessairement faire ressortir certains aspects du site, cette installation a ce pendant la caract\u00e9ristique d\u2019utiliser le lieu efficacement, les ruines devenant le support de l\u2019\u0153uvre, en plus d\u2019int\u00e9grer la lumi\u00e8re naturelle comme une de ses composantes&nbsp;: la couleur du b\u00e9ton s\u2019apparente \u00e0 celle du gris des fils et ceux-ci deviennent plus ou moins apparents selon la position du soleil. Dans un monde o\u00f9 l\u2019on ne jure plus que par la technologie, la simplicit\u00e9 des moyens utilis\u00e9s ici d\u00e9montre qu\u2019il est encore possible de rendre des effets int\u00e9ressants en se servant d\u2019un mat\u00e9riel plus modeste, mais tout aussi fort quant au rendu.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019artiste tente de s\u2019approprier le territoire en d\u00e9ployant sa toile au-del\u00e0 du p\u00e9rim\u00e8tre de b\u00e9ton. Cela pourrait correspondre&nbsp;\u00e0&nbsp;un regard critique face \u00e0 l\u2019ambition qu\u2019a l\u2019homme d\u2019envahir et de contr\u00f4ler son environnement, tout en faisant r\u00e9f\u00e9rence aux fils \u00e9lectriques, signe de pr\u00e9sence humaine, m\u00eame dans les horizons les plus lointains.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Au gr\u00e9 des mar\u00e9es<\/h2>\n\n\n\n<p>Ayant entam\u00e9 une pratique artistique&nbsp;\u00e0&nbsp;partir de la sculpture, Marie-Jos\u00e9e Laframboise, artiste montr\u00e9alaise, utilise la mati\u00e8re afin de cr\u00e9er des \u0153uvres o\u00f9 se joue l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 entre, forme et&nbsp;fonction. Ses sculptures&nbsp;utilisent tant\u00f4t l\u2019espace&nbsp;comme support, tant\u00f4t le corps humain, qui se transforment en objets portables selon les manipulations du spectateur.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Chicoutimi, ce sont les battures de la rive nord du Saguenay, plus pr\u00e9cis\u00e9ment une petite pointe de terre qui s\u2019avance vers la rivi\u00e8re, qui servent de lieu d\u2019accueil&nbsp;\u00e0&nbsp;l\u2019\u0153uvre. En prenant en consid\u00e9ration les sp\u00e9cificit\u00e9s du lieu, le temps et l\u2019espace devenaient des imp\u00e9ratifs avec lesquels elle devait n\u00e9gocier, puisque le cycle des mar\u00e9es rend l\u2019endroit inaccessible&nbsp;\u00e0&nbsp;intervalles r\u00e9guliers. Les \u00e9l\u00e9ments sur place&nbsp;: pierres, sable, herbe, composent la mati\u00e8re premi\u00e8re de l\u2019\u0153uvre, avec lesquels elle a cr\u00e9\u00e9 une zone circulaire en pierre, tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement sur\u00e9lev\u00e9e, inspir\u00e9e de la topographie du site. Des bouquets d\u2019herbe, dispos\u00e9s&nbsp;selon un axe directionnel, orientaient le d\u00e9placement du visiteur, de l\u2019installation vers la rivi\u00e8re. Ce montage de roches, d\u2019apparence chaotique, \u00e9tait mis en parall\u00e8le avec le paysage \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan&nbsp;: d\u2019un c\u00f4t\u00e9, un muret de pierre bien ordonn\u00e9; de l\u2019autre, la muraille naturelle du Cap Saint-Fran\u00e7ois. Il s\u2019op\u00e9rait alors un rapprochement entre ordre et d\u00e9sordre, entre nature et culture, rappelant que m\u00eame dans l\u2019aspect chaotique d\u2019un tas de pierres, ou encore d\u2019un rhizome, se trouve une forme d\u2019organisation propre&nbsp;\u00e0&nbsp;ces syst\u00e8mes de formation naturelle.<\/p>\n\n\n\n<p>En tant que sculpteure, Laframboise travaille avec diff\u00e9rents mat\u00e9riaux, en outre, des \u00e9l\u00e9ments issus du monde industrialis\u00e9. Ici, elle a enfoui, en plein centre de l\u2019installation, une poubelle remplie d\u2019eau dans laquelle elle avait d\u00e9pos\u00e9 un miroir. Comme la mar\u00e9e envahit et se retire des battures, l\u2019eau contenue dans ce r\u00e9cipient d\u2019aluminium avait donc une couleur terreuse, comme un miroir sans tain. Le visiteur s\u2019y penchait, tel Narcisse, comme s\u2019il d\u00e9sirait en mesurer les profondeurs. Plut\u00f4t que de nous renvoyer notre reflet, cette surface d\u2019eau trouble semblait aussi insondable qu\u2019un puits sans fond. Contrairement au mythe de Narcisse,&nbsp;il&nbsp;n\u2019\u00e9tait pas question ici de beaut\u00e9, car cet \u00e9l\u00e9ment artificiel pouvait symboliser le nombril de la terre et agissait comme un renvoi de cause \u00e0 effet&nbsp;: la nature comme poubelle de l\u2019industrialisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout comme l\u2019installation de Saint-Amant, celle de Marie-Jos\u00e9e Laframboise se d\u00e9marquait, puisqu\u2019elle tenait compte des composantes morphologiques du lieu.&nbsp;\u00c0&nbsp;plus petite \u00e9chelle, elle en&nbsp;reprenait la configuration. \u00c9tant entour\u00e9e par le site, elle devenait un site dans le site. Elle mettait en \u00e9vidence le r\u00f4le des mar\u00e9es sur l\u2019environnement c\u00f4tier et, en disparaissant totalement sous son effet, elle relevait les notions de temporalit\u00e9 (p\u00e9rennit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre) et d\u2019accessibilit\u00e9 en regard de l\u2019art actuel. Il est possible de transposer ces notions du c\u00f4t\u00e9 du spectateur,&nbsp;\u00e0&nbsp;savoir&nbsp;: combien de temps ce dernier accorde-t-il \u00e0 la lecture d\u2019une \u0153uvre, cela n\u2019est-il pour lui qu\u2019une simple distraction ne demandant que peu d\u2019effort, ou est-il dispos\u00e9 \u00e0 s\u2019investir afin de d\u00e9velopper une opinion personnelle? Enfin, par l\u2019ajout d\u2019\u00e9l\u00e9ments industrialis\u00e9s, l\u2019\u0153uvre apporte une r\u00e9flexion critique quant aux effets sur la nature de la surconsommation et&nbsp;de la pollution.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un<em>&nbsp;<\/em>retour critique<\/h2>\n\n\n\n<p>Autant il n\u2019existe pas de site neutre, autant&nbsp;il&nbsp;est difficile de mesurer les motivations de chacun des intervenants. \u00c0 travers la th\u00e9matique de la rivi\u00e8re, les responsables d\u2019Espace Virtuel\u00b7 d\u00e9siraient amener les spectateurs \u00e0 d\u00e9couvrir des pratiques en art actuel sur des lieux qu\u2019ils connaissent ou qu\u2019ils fr\u00e9quentent.<\/p>\n\n\n\n<p>Les rencontres publiques \u00e9tal\u00e9es sur cinq jours eurent un certain succ\u00e8s et cela a permis aux visiteurs d\u2019\u00e9changer avec les artistes. Cependant, ces communications sont demeur\u00e9es au niveau de l\u2019information g\u00e9n\u00e9rale, c\u2019est-\u00e0-dire, pr\u00e9sentation d\u2019un corpus d\u2019\u0153uvres et des d\u00e9marches artistiques de chacun des participants. L\u2019objectif du centre d\u2019artistes ou du commissaire n\u2019\u00e9tait probablement pas de soulever des questionnements et un d\u00e9bat autour de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Cependant, un lieu public n\u2019est pas l\u2019atelier, et choisir un site implique de prendre en consid\u00e9ration le rapport&nbsp;\u00e0&nbsp;l\u2019environnement, tant humain que physique. Des \u0153uvres comme celles de Laframboise, Saint-Amant et Bacon favorisaient une r\u00e9flexion plus approfondie autour de certains points, \u00e0 savoir&nbsp;: quels param\u00e8tres entrent en jeu lors de la cr\u00e9ation d\u2019un in situ dans des lieux publics; qu\u2019en est-il de la notion de territoire; quel est le discours qui g\u00e9n\u00e8re ou qui d\u00e9coule de l\u2019\u0153uvre; et enfin, doit-on absolument tenir compte de l\u2019histoire du lieu?<\/p>\n\n\n\n<p>Il est souvent in\u00e9vitable qu\u2019une telle exp\u00e9rience s\u2019ins\u00e8re dans une probl\u00e9matique de recherche d\u00e9j\u00e0 entam\u00e9e par l\u2019artiste, le site devenant un atelier ouvert en m\u00eame temps que le support de l\u2019\u0153uvre. Certaines cr\u00e9ations, notamment celles mentionn\u00e9es ci-dessus, renvoient&nbsp;\u00e0&nbsp;des concepts tant sociaux qu\u2019\u00e9cologiques et scientifiques, et&nbsp;il&nbsp;en a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s peu question lors des communications publiques. Que reste-t \u2014 il, par exemple, du travail sur le pont de Julie Bacon, travail reli\u00e9&nbsp;\u00e0&nbsp;des pr\u00e9occupations sociales et historiques? Qu\u2019est-ce que l\u2019interaction avec les passants et (es r\u00e9sidents des deux rives a apport\u00e9 de plus \u00e0 sa d\u00e9marche, \u00e0 son&nbsp;rapport&nbsp;\u00e0&nbsp;l\u2019autre? Finalement, son installation devenait le pr\u00e9texte&nbsp;\u00e0&nbsp;la sc\u00e9nographie d\u2019une performance dont&nbsp;il&nbsp;ne reste aucune trace sur le pont. En fait, cette exp\u00e9rience lui a permis de d\u00e9velopper et de nourrir un discours th\u00e9orique s\u2019adressant \u00e0 un auditoire averti, laissant peu de place au spectateur.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien qu\u2019ici le projet ne correspondait pas \u00e0 une id\u00e9ologie pr\u00e9cise, il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019une \u0153uvre in situ doit mettre en \u00e9vidence certaines caract\u00e9ristiques du site et faire conna\u00eetre des composantes contextuelles propres \u00e0 l\u2019environnement du site, sinon l\u2019\u0153uvre demeure vide de sens. Je ne pense pas que les cr\u00e9ations de Dumont et de Wood viennent interroger ou changer la perception des promeneurs en regard des lieux, et cela m\u00eame si l\u2019\u0153uvre ajoute un \u00e9l\u00e9ment de diversion esth\u00e9tique au d\u00e9cor naturel du site. Par contre, l\u2019utilisation de l\u2019aluminium par Laframboise renvoyait in\u00e9vitablement \u00e0 l\u2019omnipr\u00e9sence de la compagnie Alcan dans la r\u00e9gion, ce qui aurait pu soulever une discussion sur les enjeux sociaux, politiques, \u00e9conomiques et \u00e9cologiques g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par les multinationales dans ce milieu. Malgr\u00e9 la force des installations, tous les points mentionn\u00e9s ci-haut sont pass\u00e9s inaper\u00e7us lors des rencontres publiques. C\u2019est pourquoi les installations, en demeurant au niveau de la f\u00eate et des rencontres, n\u2019ont \u00e0 mon avis que tr\u00e8s peu apport\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Cette absence de prise de position, tant du c\u00f4t\u00e9 des artistes que de celui des spectateurs, me laisse perplexe.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Comme si l\u2019art devenait un produit de consommation quelconque, meublant nos loisirs,&nbsp;<\/strong><strong>et&nbsp;<\/strong><strong>qu\u2019il n\u2019est plus possible de se demander si l\u2019acte cr\u00e9ateur doit&nbsp;<\/strong><strong>et&nbsp;<\/strong><strong>peut participer&nbsp;<\/strong><strong>au<\/strong><strong>changement de valeurs dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/strong><\/p>\n<div style='display: none;'>Ginette Saint-Amant, Julie Bacon, Kelly Lynne Wood, Marie-Jos\u00e9e Laframboise, Martial Despr\u00e9s, Pierre Dumont, V\u00e9ronique Villeneuve<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Cinq artistes en r\u00e9sidence aux abords de la Rivi\u00e8re Saguenay, Chicoutimi, du 16 au 22 juillet 2000<\/br>","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[5224],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[5280],"artistes":[5281,5282,5283,5180,5244,5284],"thematiques":[],"type_post":[319],"class_list":["post-180392","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archive","category-post","numeros-41-saguenay-lac-st-jean-en","statuts-archive","auteurs-veronique-villeneuve-en","artistes-ginette-saint-amant-en","artistes-julie-bacon-en","artistes-kelly-lynne-wood-en","artistes-marie-josee-laframboise-en","artistes-martial-despres-en","artistes-pierre-dumont-en","type_post-principal"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/180392","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=180392"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/180392\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=180392"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=180392"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=180392"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=180392"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=180392"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=180392"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=180392"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=180392"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=180392"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=180392"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=180392"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}