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{"id":256215,"date":"2006-05-01T19:45:00","date_gmt":"2006-05-02T00:45:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/lart-de-la-signature-la-signature-de-lart-2\/"},"modified":"2024-10-07T15:14:19","modified_gmt":"2024-10-07T20:14:19","slug":"lart-de-la-signature-la-signature-de-lart-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/lart-de-la-signature-la-signature-de-lart-2\/","title":{"rendered":"L\u2019art de la signature \/ la signature de l\u2019art"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>La signature a toujours l\u2019art de nous parler de la mort, c\u2019est son secret, elle scelle tout ce qui se dit de cet \u00e9pitaphe monumental.<\/p>\n<cite>\u2013 Jacques <span style=\"white-space: nowrap;\">Derrida<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Jacques Derrida, \u00ab Comme s\u2019il y avait un art de la signature \u00bb, dans Le sujet de l\u2019art de Michel Servi\u00e8re, Paris, L\u2019Harmattan, 1997, p. 11.<\/span><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Le portrait est moins le rappel d\u2019une identit\u00e9 (m\u00e9morable) qu\u2019il n\u2019est un rappel d\u2019une intimit\u00e9 (imm\u00e9moriale).<\/p>\n<cite>\u2013 Jean-Luc <span style=\"white-space: nowrap;\">Nancy<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Jean-Luc Nancy, Le regard du portrait, Paris, Galil\u00e9e, 2000, p. 62.<\/span><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Depuis plusieurs ann\u00e9es, l\u2019\u0153uvre peinte de Marie-Claude Bouthillier a pour souci l\u2019\u00e9criture, la question de l\u2019\u00e9criture. C\u2019est dans l\u2019horizon de ce travail sur la lettre, et la notion de langage qui s\u2019y trouve associ\u00e9e, que l\u2019artiste produira des tableaux ayant pour motif ses initiales mcb. Ainsi, \u00e0 partir de ces trois lettres attach\u00e9es, trac\u00e9es en minuscule, seront produites sur la toile ou sur tout autre support des formes courb\u00e9es, ovales, voire tout \u00e0 fait rondes, sugg\u00e9rant des champs d\u2019herbes au vent, des tresses de cheveux, des immenses lunes ou des soleils noirs, enfin toutes sortes d\u2019images qui tendent toutefois \u00e0 dispara\u00eetre d\u00e8s lors que l\u2019on s\u2019avise de s\u2019en approcher et qu\u2019apparaissent soudain ces lignes de peinture produites par la r\u00e9p\u00e9tition de ces trois lettres. Or, cette r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 son nom va \u00e9galement sugg\u00e9rer, dans des \u0153uvres plus r\u00e9centes, des visages sinon des corps tout entiers, comme si l\u2019inscription de ces lettres initiales devait s\u2019acheminer vers des autoportraits.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Signature : au nom de (la) personne<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019acte de signer son nom, ou m\u00eame ses initiales, a bien s\u00fbr une <span style=\"white-space: nowrap;\">histoire<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - Gr\u00e9goire Bouillier, \u00ab L\u2019homme qui signe \u00bb, paru dans Nom, pr\u00e9nom. La r\u00e8gle et le jeu, Revue Autrement, no 147, Paris, 1994, p. 134 \u00e0 152. Mais surtout, B\u00e9atrice Fraenkel, La signature, gen\u00e8se d\u2019un signe, Paris, Gallimard, 1992.<\/span>. Celle-ci r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l\u2019identit\u00e9 de la personne qui signe, laquelle \u00e9tait souvent associ\u00e9e \u00e0 son statut. D\u00e8s lors, signer de son nom, c\u2019est signifier son \u00eatre social, son lien avec la soci\u00e9t\u00e9. C\u2019est aussi une authentification de mon existence en tant que sujet moral et responsable. Quand je signe, je r\u00e9ponds de mon nom. De sorte que toute signature est en quelque sorte le signe d\u2019un gage. Elle est la marque de notre engagement au sein d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 de droit. Sa fonction est, en effet, de garantir l\u2019ordre des \u00e9changes sociaux m\u00eame si, comme je l\u2019indiquerai plus bas, cette signature annonce aussi en sa qualit\u00e9 de signe \u00e9crit l\u2019absence du signataire. Il en est ainsi pour tout individu, m\u00eame pour celui qui exercera le m\u00e9tier d\u2019artiste. M\u00e9tier pour qui signer de son nom deviendra, avec l\u2019av\u00e8nement du sujet moderne, un moment important en vue de sa reconnaissance sociale.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, pour Raymonde Moulin et Nathalie Heinich, la signature des \u0153uvres, lorsqu\u2019elle appara\u00eet \u00e0 la Renaissance, est contemporaine d\u2019un changement de statut pour <span style=\"white-space: nowrap;\">l\u2019artiste<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Raymonde Moulin, \u00ab L\u2019artiste : de l\u2019\u0153uvre \u00e0 la signature \u00bb dans Encyclop\u00e6dia Universalis, vol. \u00ab Les enjeux \u00bb, p. 465 \u00e0 472. Nathalie Heinich \u00ab La mus\u00e9ologie face aux transformations du statut de l\u2019artiste \u00bb, Les cahiers du Mus\u00e9e national d\u2019art moderne, no hors-s\u00e9rie, Centre Georges Pompidou, Paris, 1989. Mais surtout, \u00catre artiste. Les transformations du statut des peintres et des sculpteurs, Paris, \u00c9d. Klincksieck, 1996.<\/span>. Pour ces sociologues de l\u2019art, la signature s\u2019inscrit dans un processus d\u2019appropriation du talent du peintre. Processus qui sera corr\u00e9latif d\u2019une autonomie de l\u2019\u0153uvre par rapport \u00e0 l\u2019ancien pouvoir de cr\u00e9ation associ\u00e9 \u00e0 un r\u00e9gime esth\u00e9tique dont les r\u00e8gles ne proviennent pas de l\u2019artiste lui-m\u00eame. Or, d\u00e9sormais, l\u2019\u0153uvre artistique sera consid\u00e9r\u00e9e comme le produit d\u2019un seul talent, d\u2019une seule signature, celle que l\u2019on va bient\u00f4t identifier au g\u00e9nie. En somme, la signature symbolise la naissance de l\u2019artiste cr\u00e9ateur. Pour Moulin et Heinich, c\u2019est ce processus de personnalisation de la production artistique qui importe lorsqu\u2019il s\u2019agit de parler de signature d\u2019artiste. En effet, le devenir signature de l\u2019\u0153uvre passe par l\u2019identit\u00e9 de l\u2019artiste comme auteur de l\u2019\u0153uvre. Il fait signe vers l\u2019affirmation de sa personne. De plus, pour Heinich, ce processus de personnalisation va peu \u00e0 peu se d\u00e9placer vers un \u00ab r\u00e9gime de singularit\u00e9s \u00bb. Ce r\u00e9gime permettra un nouveau statut artistique bas\u00e9 non seulement sur l\u2019\u0153uvre produite, mais sur la valeur accord\u00e9e \u00e0 la signature de l\u2019artiste.<\/p>\n\n\n\n<p>En somme, lorsque cette forme de sociologie s\u2019int\u00e9resse de la sorte \u00e0 la signature, il s\u2019agit avant tout de celle qui repr\u00e9sente la personne de l\u2019artiste. Gage d\u2019authenticit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre, cette valorisation de la signature impose donc une personnalisation de son statut qui aboutira, au cours du 20e si\u00e8cle, \u00e0 un d\u00e9placement des \u0153uvres vers l\u2019individu artiste. D\u00e9placement qui profitera \u00e9galement au march\u00e9 de l\u2019art puisque, d\u00e9sormais, c\u2019est la signature que l\u2019on expose. La valeur marchande d\u2019une \u0153uvre repose, entre autres, sur la renomm\u00e9e de l\u2019artiste. Toutefois, remarquons-le, ces conditions pr\u00e9supposent une s\u00e9paration entre la signature et l\u2019\u0153uvre. Elles obligent \u00e0 une distinction de l\u2019auteur \u2013 de son statut en tant que personne \u2013 par rapport aux questions reli\u00e9es \u00e0 la cr\u00e9ation <span style=\"white-space: nowrap;\">artistique<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - \u00ab Notre objet n\u2019est pas les \u0153uvres d\u2019art, mais leurs auteurs \u00bb, \u00e9crit Nathalie Heinich dans l\u2019introduction \u00e0 l\u2019ouvrage \u00catre artiste, op. cit., p. 9. Cette indication d\u2019ordre m\u00e9thodologique est d\u2019ailleurs reprise dans l\u2019avant-propos de son r\u00e9cent livre L\u2019\u00e9lite artiste. Excellence et singularit\u00e9 en r\u00e9gime d\u00e9mocratique, Paris, Gallimard, 2005, p. 11.<\/span>. Ce faisant, on s\u2019emp\u00eache de consid\u00e9rer la signature en art comme strat\u00e9gie cr\u00e9atrice. On confond, comme le remarquent Ferrari et Nancy, la signature avec le signataire de <span style=\"white-space: nowrap;\">l\u2019\u0153uvre<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-6\" href=\"#footnote-6\"><sup>6<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-6\"><a href=\"#fn-ref-6\"> 6 <\/a> - Jean-Luc Nancy et Federico Ferrari, L\u2019iconographie de l\u2019auteur, Paris, Galil\u00e9e, 2005. Principalement le pr\u00e9ambule \u00e0 cet ouvrage, p. 9 \u00e0 14.<\/span>. En effet, mise \u00e0 distance du nom propre, la signature peut s\u2019\u00e9laborer du c\u00f4t\u00e9 de la cr\u00e9ation et se mettre, pourrait-on dire, en \u0153uvre dans l\u2019\u0153uvre. Et m\u00eame si, depuis l\u2019av\u00e8nement du statut professionnel des artistes, cette signature a tendance \u00e0 se confondre avec celle qu\u2019appose de sa main le producteur afin de signifier qu\u2019il est le signataire de l\u2019\u0153uvre, il ne s\u2019agit pas dans ce d\u00e9doublement, entre signature et signataire, d\u2019un simple reflet auquel on peut associer une m\u00eame destin\u00e9e. De fait, il ne s\u2019agit plus du paraphe d\u2019une personne qui produit en tant qu\u2019auteur une \u0153uvre, bien au contraire, il s\u2019agit de la signature qui annonce par son caract\u00e8re, son \u00ab originalit\u00e9 \u00bb, l\u2019auteur d\u2019une \u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Initialement : \u00e9crire, peindre<\/h2>\n\n\n\n<p>M\u00eame si la signature de l\u2019\u0153uvre a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 \u2013 comme le sugg\u00e8re Heinich \u2013 du statut de l\u2019artiste cr\u00e9ateur apparu au cours de la <span style=\"white-space: nowrap;\">modernit\u00e9<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-7\" href=\"#footnote-7\"><sup>7<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-7\"><a href=\"#fn-ref-7\"> 7 <\/a> - \u00ab La signature appara\u00eet ainsi comme l\u2019un des plus visibles sympt\u00f4mes d\u2019une identit\u00e9 d\u2019artiste \u00bb, \u00catre artiste, op. cit., p. 85.<\/span>, il n\u2019emp\u00eache que la question \u00ab comment devient-on artiste\u2009?\u202f\u00bb exige \u00e9galement une strat\u00e9gie, une mani\u00e8re de faire, \u00e0 partir de laquelle s\u2019\u00e9labore une <span style=\"white-space: nowrap;\">signature<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-8\" href=\"#footnote-8\"><sup>8<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-8\"><a href=\"#fn-ref-8\"> 8 <\/a> - Rappelons que Comment on devient artiste fut le titre d\u2019une exposition collective \u00e0 laquelle participait Bouthillier, pr\u00e9sent\u00e9e en 2004 \u00e0 la Maison de la culture du Plateau Mont-Royal (Montr\u00e9al) et au Mus\u00e9e des Ma\u00eetres Anciens (Montr\u00e9al). Elle avait pour commissaire Nicolas Mavrikakis.<\/span>. Et puisque, dans le cas de Marie-Claude Bouthillier, cette question s\u2019impose toujours dans l\u2019horizon de l\u2019espace pictural, celle-ci appara\u00eet doublement pertinente. C\u2019est qu\u2019il fut un temps o\u00f9 l\u2019histoire de la signature en art semblait confin\u00e9e \u00e0 l\u2019histoire de la peinture\u2009; que le \u00ab devenir artiste \u00bb passait principalement par sa cons\u00e9cration en tant que peintre et que c\u2019est \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de cette histoire qu\u2019il fallait avancer un nom transpos\u00e9 en signature. Or, depuis que le peintre Marcel Duchamp a d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment abandonn\u00e9 l\u2019activit\u00e9 picturale, la peinture est devenue un m\u00e9dium d\u2019exp\u00e9rimentation parmi <span style=\"white-space: nowrap;\">d\u2019autres<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-9\" href=\"#footnote-9\"><sup>9<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-9\"><a href=\"#fn-ref-9\"> 9 <\/a> - Sur l\u2019abandon de la peinture par Duchamp comme strat\u00e9gie menant au \u00ab nominalisme pictural \u00bb, voir de Thierry de Duve Nominalisme pictural, la peinture et la modernit\u00e9, Paris, Minuit, 1984.<\/span>. L\u2019\u00ab an-artiste \u00bb Duchamp devait lib\u00e9rer le processus artistique de son destin en peinture. C\u2019est aussi par cet abandon qu\u2019il sera, au dire de Heinich, un \u00ab cr\u00e9ateur de statut\u202f\u00bb. Un statut d\u2019ailleurs in\u00e9dit puisqu\u2019il se construira \u00e0 partir d\u2019une \u00ab d\u00e9personnalisation de <span style=\"white-space: nowrap;\">l\u2019\u0153uvre<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-10\" href=\"#footnote-10\"><sup>10<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-10\"><a href=\"#fn-ref-10\"> 10 <\/a> - \u00catre artiste, op. cit., p. 59.<\/span> \u00bb. Mais, j\u2019ajouterai \u00e0 cela que c\u2019est aussi gr\u00e2ce \u00e0 cette \u00ab d\u00e9personnalisation \u00bb que M.D. a multipli\u00e9 sa signature\u2009; qu\u2019il s\u2019est mis \u00e0 op\u00e9rer un travestissement de sa signature en R. Mutt et autres Rrose S\u00e9lavy. De sorte que si l\u2019\u0153uvre devait se d\u00e9personnaliser, cela s\u2019est effectu\u00e9 simultan\u00e9ment \u00e0 la d\u00e9personnalisation de l\u2019artiste, processus qui apr\u00e8s Duchamp devait offrir, au nom de l\u2019art et non plus uniquement au nom de la peinture, diverses dispositions \u00e0 devenir artiste.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela dit, il n\u2019en demeure pas moins que la question de la signature en art a longtemps \u00e9t\u00e9 intimement li\u00e9e \u00e0 la peinture. C\u2019est sur la toile que la signature a trouv\u00e9 en premier lieu son support et qu\u2019elle rejoignait ainsi, par son geste, l\u2019acte d\u2019\u00e9crire. En persistant \u00e0 peindre \u00e0 la lettre, Bouthillier est donc demeur\u00e9e fid\u00e8le \u00e0 cette exp\u00e9rience inaugurale du geste pictural, o\u00f9 la trace, la marque, le trait, fait image. C\u2019est pourquoi, dans sa d\u00e9marche personnelle, et \u00e0 partir de sa pratique en peinture, elle a t\u00f4t fait aussi d\u2019interroger les origines du langage. Deux expositions, pr\u00e9sent\u00e9es en 1994 et intitul\u00e9es respectivement Au commencement, comme en ce moment et <span style=\"white-space: nowrap;\">Babel<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-11\" href=\"#footnote-11\"><sup>11<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-11\"><a href=\"#fn-ref-11\"> 11 <\/a> - L\u2019exposition Au commencement a \u00e9t\u00e9 montr\u00e9e \u00e0 la Maison de la culture du Plateau Mont-Royal, et Babel \u00e0 la Galerie Trois Points.<\/span>, auront pour toile de fond la question de l\u2019origine mise en sc\u00e8ne par l\u2019\u00e9criture. En effet, le premier titre rappelle une anagramme, une transposition de lettre donnant \u00e0 lire un autre mot, alors que Babel r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la question du langage \u00e0 partir du r\u00e9cit biblique expliquant le pourquoi de la multiplication des langues. Ainsi, la fable de l\u2019origine est toujours affili\u00e9e \u00e0 l\u2019inscription de la lettre. Elle d\u00e9truit par le fait m\u00eame toute vell\u00e9it\u00e9 d\u2019une origine sans \u00e9criture, d\u2019une puret\u00e9 sans nom, c\u2019est-\u00e0-dire sans r\u00e9p\u00e9tition. Par cons\u00e9quent, la demande que fait Bouthillier \u00e0 la peinture mise essentiellement sur des questions entourant l\u2019acte d\u2019\u00e9crire comme possibilit\u00e9 d\u2019une origine qui s\u2019ab\u00eeme pourtant \u00e0 travers le nom, la non-origine. Et ce, m\u00eame lorsque le nom se dit propre ou qu\u2019il tente de s\u2019approprier, par la signature, son propre nom.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, lorsque Bouthillier en vient \u00e0 inscrire ses lettres initiales appliqu\u00e9es sur la toile avec un pinceau balinais \u2013 le tjanting \u2013, il semble clair que cette interrogation face \u00e0 la peinture se pr\u00e9sente d\u00e9sormais sous un mode biographique. En r\u00e9f\u00e9rant au commencement, ses lettres initiales rappellent \u00e9galement l\u2019impossible puret\u00e9 d\u2019une voix sans \u00e9criture. \u00c9crire son nom pour la premi\u00e8re fois est sans doute consid\u00e9r\u00e9 comme un geste d\u2019appropriation de soi\u2009; il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019il est aussi \u00e0 l\u2019instant m\u00eame un exercice de distanciation face \u00e0 soi. En effet, en tant que signe \u00e9crit, la signature du nom propre porte la mort de celui qui signe, le signataire. La possibilit\u00e9 de l\u2019absence du signataire est incluse dans la signature. C\u2019est pourquoi la signature, quant \u00e0 elle, est marqu\u00e9e par l\u2019id\u00e9e d\u2019une survie, d\u2019une possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre autre chose que soi. Signer c\u2019est se d\u00e9tacher, c\u2019est se s\u00e9parer de ce qu\u2019on signe, de sa signature. Comme marque d\u2019\u00e9criture, la signature est structur\u00e9e par ce que Jacques Derrida a appel\u00e9 l\u2019it\u00e9rabilit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire la possibilit\u00e9 de se r\u00e9p\u00e9ter dans <span style=\"white-space: nowrap;\">l\u2019alt\u00e9rit\u00e9<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-12\" href=\"#footnote-12\"><sup>12<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-12\"><a href=\"#fn-ref-12\"> 12 <\/a> - \u00ab Une \u00e9criture qui ne serait pas structurellement lisible \u2013 it\u00e9rable \u2013 par-del\u00e0 la mort du destinataire ne serait pas une \u00e9criture. \u00bb Voir la th\u00e8se de Jacques Derrida \u00e0 propos de la signature d\u00e9velopp\u00e9e notamment dans \u00ab Signature, \u00e9v\u00e9nement, contexte \u00bb, paru dans Marges de la philosophie, Paris, Minuit, 1968, p. 365 \u00e0 393.<\/span>. Ainsi, toute signature peut signifier autre chose que ce qu\u2019elle signifie, de sorte que le nom propre est toujours d\u00e9j\u00e0 impropre. Il g\u00e9n\u00e8re par lui-m\u00eame sa propre d\u00e9personnalisation. Par cons\u00e9quent, les lettres mcb qu\u2019appose l\u2019artiste sur plusieurs de ses toiles agissent moins comme les initiales de son nom propre qu\u2019en tant qu\u2019outil visuel marqu\u00e9 par l\u2019\u00e9criture d\u2019une impossible origine. On comprend alors pourquoi cette mise en \u0153uvre de la signature n\u2019emp\u00eache aucunement l\u2019artiste de signer \u00e9galement \u00ab Marie-Claude Bouthillier \u00bb \u00e0 l\u2019endos de ses \u0153uvres. Comme s\u2019il importait de s\u00e9parer la signature de l\u2019\u0153uvre de celle du signataire, ce qui nous invite \u00e9galement \u00e0 saisir d\u2019une toute autre mani\u00e8re la nature de ses autoportraits.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De l\u2019autoportrait et de son auteur<\/h2>\n\n\n\n<p>On l\u2019a dit, l\u2019apparition de la signature en art est contemporaine de l\u2019affirmation d\u2019un nouveau statut pour les artistes peintres. Cette affirmation va \u00e9galement s\u2019exprimer au moment o\u00f9 les artistes se pr\u00e9senteront eux-m\u00eames en peinture. Sur le plan de l\u2019histoire de l\u2019art, l\u2019autoportrait sera \u2013 au dire de Ren\u00e9 Payant \u2013 un genre pour lequel les femmes artistes se trouvaient r\u00e9guli\u00e8rement <span style=\"white-space: nowrap;\">associ\u00e9es<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-13\" href=\"#footnote-13\"><sup>13<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-13\"><a href=\"#fn-ref-13\"> 13 <\/a> - Ren\u00e9 Payant, \u00ab Picturalit\u00e9 et autoportrait : la fiction de l\u2019autobiographie \u00bb, Vedute, Montr\u00e9al, \u00c9ditions Trois, 1987, p. 88.<\/span>. Il en a pour preuve Sophonisba Anguissola, peintre du 16e si\u00e8cle, qui devait incorporer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un autoportrait son nom inscrit dans un livre et que la jeune femme, personnifiant l\u2019artiste, tient dans l\u2019une de ses mains. En somme, puisque l\u2019autoportrait donne \u00e0 voir une image de la personne en son absence et que la signature nous donne \u00e0 lire son nom, l\u2019un et l\u2019autre correspondent au caract\u00e8re autobiographique de l\u2019\u0153uvre, \u00e0 ce d\u00e9sir de pr\u00e9sentation de soi \u00e0 travers l\u2019inscription du geste pictural. Pr\u00e9sentation qui n\u2019est plus une repr\u00e9sentation, mais une pr\u00e9sentation de soi hors de soi. C\u2019est pourquoi, comme le rappelle Payant, l\u2019autobiographie est toujours travers\u00e9e par la fiction. La personnification de l\u2019artiste en peinture ne r\u00e9f\u00e8re jamais \u00e0 l\u2019identit\u00e9 de l\u2019artiste en personne. C\u2019est en ce sens que tout autoportrait nous parle d\u2019une intimit\u00e9, d\u2019une intimit\u00e9 difficile \u00e0 nommer.<\/p>\n\n\n\n<p>En mettant en sc\u00e8ne plusieurs autoportraits, la plus r\u00e9cente exposition de Bouthillier, intitul\u00e9e R\u00e9sister, se <span style=\"white-space: nowrap;\">dissoudre<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-14\" href=\"#footnote-14\"><sup>14<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-14\"><a href=\"#fn-ref-14\"> 14 <\/a> - L\u2019exposition R\u00e9sister, se dissoudre a \u00e9t\u00e9 vue en 2003 \u00e0 la Galerie Occurrence (Montr\u00e9al), en 2004 \u00e0 la Galerie L\u2019\u00e9cart (Rouyn-Noranda) et en 2005 \u00e0 la Galerie Espace virtuel (Chicoutimi).<\/span>, fait signe sans doute vers cette intimit\u00e9. S\u2019y trouvaient pr\u00e9sent\u00e9es des silhouettes de quelques visages dessin\u00e9s simplement de lignes noires, d\u2019autres bien fournies par une \u00e9paisse chevelure et puis d\u2019autres encore dessin\u00e9es avec des pigments qui recouvrent la surface du visage. \u00c0 ces autoportraits o\u00f9 seul le visage est visible, s\u2019ajoutent plusieurs peintures o\u00f9 sont montr\u00e9s des corps \u00ab longiformes \u00bb rappelant certaines statuettes hi\u00e9ratiques, mais dont le rituel n\u2019a rien \u00e0 voir avec une quelconque tradition. Produite \u00e0 partir d\u2019impression de v\u00eatements de l\u2019artiste servant de gabarit pour le corps, cette s\u00e9rie d\u2019autoportraits s\u2019inscrit plut\u00f4t dans l\u2019horizon du questionnement o\u00f9 la peinture et l\u2019\u00e9criture ont le \u00ab soi \u00bb en partage. Or, comme geste d\u2019\u00e9criture, la signature n\u2019est pas d\u2019abord purement m\u00e9canique, elle implique la pr\u00e9sence du corps, elle est l\u2019empreinte d\u2019un corps. Cela dit, \u00e0 titre d\u2019autoportrait, ces peintures ont beau souligner les traces du corps de l\u2019artiste, celles-ci ne r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 personne. Le soi qui rappelle la pr\u00e9sence du corps de l\u2019artiste signe en peinture \u00e0 la fois son absence. Comme pour la signature, la question de l\u2019identit\u00e9 est compromise par l\u2019alt\u00e9ration du geste pictural. Ainsi, l\u2019autoportrait tout comme la signature parlent le m\u00eame langage, celui de la disparition possible, de la mort envisageable, et nous rappelle \u00e0 une intimit\u00e9 imm\u00e9moriale.<\/p>\n\n\n\n<p>Bref, contrairement \u00e0 Duchamp qui abandonna la peinture au profit d\u2019un \u00ab nominalisme pictural \u00bb, au nom de quoi la notion d\u2019auteur sera n\u00e9cessairement questionn\u00e9e par la mise en sc\u00e8ne de diverses signatures, Bouthillier persiste \u00e0 inscrire secr\u00e8tement ce questionnement au nom de quelques lettres en peinture. Dans l\u2019exercice de la cr\u00e9ation, \u00e0 chacun la responsabilit\u00e9 d\u2019\u00eatre soi.<\/p>\n\n\n<div style='display: none;'>Andr\u00e9-Louis Par\u00e9, Marie-Claude Bouthillier<\/div><div style='display: none;'>Andr\u00e9-Louis Par\u00e9, Marie-Claude Bouthillier<\/div><div style='display: none;'>Andr\u00e9-Louis Par\u00e9, Marie-Claude Bouthillier<\/div><div style='display: none;'>Andr\u00e9-Louis Par\u00e9, Marie-Claude Bouthillier<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":272446,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[281,882],"tags":[],"numeros":[4257],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[3482],"artistes":[2821],"thematiques":[],"type_post":[],"class_list":["post-256215","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archive","category-post","numeros-57-signatures-en","statuts-archive","auteurs-andre-louis-pare-en","artistes-marie-claude-bouthillier-en"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/256215","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=256215"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/256215\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":256220,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/256215\/revisions\/256220"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/272446"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=256215"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=256215"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=256215"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=256215"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=256215"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=256215"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=256215"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=256215"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=256215"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=256215"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=256215"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}