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{"id":274854,"date":"2000-09-01T17:40:00","date_gmt":"2000-09-01T22:40:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/entrevue-avec-esther-ferrer\/"},"modified":"2026-02-26T13:57:08","modified_gmt":"2026-02-26T18:57:08","slug":"entrevue-avec-esther-ferrer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/entrevue-avec-esther-ferrer\/","title":{"rendered":"Entrevue avec Esther Ferrer"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00abMon travail est un minimalisme tr\u00e8s particulier bas\u00e9 sur la rigueur de l\u2019absurde.\u00bb<\/em> \nEsther Ferrer<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019artiste performeure espagnole Esther Ferrer, dont nous avons pu remarquer la pr\u00e9sence \u00e0 quelques reprises au Lieu \u00e0 <span style=\"white-space: nowrap;\">Qu\u00e9bec<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - 1990, 1<sup>e<\/sup> Biennale de l\u2019art actuel; 1993, Las Cosas, installation et performance; 1998, Art Action \u2014 rencontre internationale et colloque interactif.<\/span>, a r\u00e9cemment \u00e9t\u00e9 invit\u00e9e aux Ateliers convertibles de Joliette. Elle y a anim\u00e9 un workshop sur la performance o\u00f9 ont particip\u00e9 une douzaine d\u2019artistes de Montr\u00e9al et de Joliette. J\u2019ai profit\u00e9 de l\u2019occasion pour m\u2019entretenir avec elle sur la performance.<\/p>\n\n\n\n<p>Esther Ferrer a d\u00e9but\u00e9 sa pratique de l\u2019art action \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960 avec le groupe ZAJ, consid\u00e9r\u00e9 comme le cousin de FLUXUS. ZAJ a \u00e9t\u00e9 actif pendant une trentaine d\u2019ann\u00e9es. Ferrer a, en parall\u00e8le, pr\u00e9sent\u00e9 ses propres performances et installations \u00e0 travers le monde et a repr\u00e9sent\u00e9 l\u2019Espagne \u00e0 la derni\u00e8re Biennale de Venise. Elle vit et travaille actuellement \u00e0 Paris.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sylvette Babin :&nbsp;<\/strong>Parle-moi de l\u2019\u00e9poque ZAJ.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Esther Ferrer :<\/strong>&nbsp;Le groupe ZAJ, dont le nom ne veut rien dire, a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Madrid en 1964 par Raymond Barc\u00e8, Walter Marchetti et Juan Hidalgo. Presque tous les membres \u00e9taient des compositeurs car Hidalgo et Marchetti, qui \u00e9taient id\u00e9ologiquement \u00e0 l\u2019origine du groupe, avaient travaill\u00e9 avec John Cage en Italie. Dans le monde de l\u2019action, Cage \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 une figure, il \u00e9tait en quelque sorte le grand-p\u00e8re de tout le monde. Malgr\u00e9 le Franquisme pur et dur qui r\u00e9gnait en Espagne, ZAJ a d\u00e9cid\u00e9 de poursuivre sa pratique parce qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque, du point de vue avant-gardiste, il n\u2019y avait pratiquement rien. Au d\u00e9but, les membres composaient des textes qu\u2019ils envoyaient par la poste, un peu comme du mail art ou des \u00ab\u0153uvres\u00bb port\u00e9es sur l\u2019\u00e9criture. \u00c0 l\u2019origine, ZAJ comptait six ou sept personnes, mais \u00e0 partir des 25 derni\u00e8res ann\u00e9es il n\u2019y avait que Walter, Juan et moi. Faire ZAJ dans l\u2019Espagne franquiste n\u2019\u00e9tait pas \u00e9vident, nous avions l\u2019air un peu ridicule; on pouvait facilement se moquer de nous; ce n\u2019\u00e9tait pas une bonne image pour quelqu\u2019un qui, par exemple, est prof dans un coll\u00e8ge. Il y a des gens qui font des choses parce qu\u2019ils sont tr\u00e8s jeunes, parce qu\u2019ils ont un \u00e9lan de r\u00e9volte ou pour sortir des sentiers battus, mais cela dure tr\u00e8s peu et ils retournent dans ce qu\u2019ils ont toujours fait. Walter, Juan et moi \u00e9tions radicaux dans notre travail et nous ne faisions pas de concession. Les autres membres du groupe \u00e9taient beaucoup plus structur\u00e9s du point de vue social donc ils avaient des obligations familiales ou professionnelles ce qui leur enlevait la libert\u00e9 que nous avions. Peut-\u00eatre aussi ont-ils \u00e9volu\u00e9 diff\u00e9remment du point de vue artistique et leur participation au groupe fut comme une aventure passag\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SB :&nbsp;<\/strong>Quand tu parles de radicalisme, est-ce au niveau artistique ou politique?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>EF :<\/strong>&nbsp;Je parle \u00e0 tous les niveaux. Au niveau artistique, bien s\u00fbr, mais aussi de la fa\u00e7on de vivre, de comprendre l\u2019art, pas seulement la pratique de l\u2019art mais ce qu\u2019est l\u2019art. Nous \u00e9tions tr\u00e8s radicaux sur la position de l\u2019artiste dans la soci\u00e9t\u00e9. Les d\u00e9lires artistiques, messianiques, proph\u00e9tiques, nous \u00e9taient \u00e9trangers, nous \u00e9tions des artistes tr\u00e8s simples. Plus tu es simple, plus tu dis ce que tu penses le plus simplement possible, mais c\u2019est plus difficile pour les autres de l\u2019accepter.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SB :&nbsp;<\/strong>C\u2019est donc par la performance que vous aviez choisi d\u2019exprimer cette simplicit\u00e9?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>EF :<\/strong>&nbsp;Oui. Je tiens d\u2019abord \u00e0 mentionner que ce que je dis est ma propre perception de notre pratique et ne concerne que moi. Notre travail \u00e9tait vraiment le d\u00e9pouillement, l\u2019\u00e9limination de tout ce qui est th\u00e9\u00e2tral, d\u00e9cors, de tout ce qui est superflu et qui ne sert qu\u2019\u00e0 gratifier un public en faisant les choses plus jolies. C\u2019\u00e9tait l\u2019action point \u00e0 la ligne. C\u2019\u00e9tait une n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019\u00e9poque. Aujourd\u2019hui on ne peut pas s\u2019attendre \u00e0 ce que les gens fassent le m\u00eame genre de performances. Il y a d\u2019autres ruptures \u00e0 faire, d\u2019autres chats \u00e0 fouetter dans une soci\u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment technologique qui pose d\u2019autres questionnements. Nous avons r\u00e9pondu aux probl\u00e8mes et aux situations politico-sociales de l\u2019\u00e9poque, vous devez r\u00e9pondre aux v\u00f4tres.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque, lorsque je m\u2019asseyais et que je regardais le pu-blic sans rien faire, il y avait beaucoup de sens \u00e0 tout \u00e7a : le d\u00e9sir de casser le spectaculaire, le c\u00f4t\u00e9 th\u00e9\u00e2tral, le d\u00e9sir de laisser les gens comprendre la situation, de chercher qui \u00e9tait le spectateur de qui car si tu me regardes et que je te regarde, nous sommes toutes les deux dans la m\u00eame situation; j\u2019\u00e9tais leur spectacle et ils \u00e9taient mon spectacle. Il fallait confondre les choses, foutre le bordel pour faire \u00e9voluer le monde de l\u2019action, le monde du th\u00e9\u00e2tre. Aujourd\u2019hui c\u2019est vraiment un autre pari.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SB :&nbsp;<\/strong>Comment s\u2019actualisent les performeurs des ann\u00e9es 60-70 et comment la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration requestionne-t-elle la performance?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>EF :<\/strong>&nbsp;Je ne peux r\u00e9pondre pour les autres. Pour ma part, il ne s\u2019a-git pas de m\u2019actualiser. Mon pari est de faire ce que je veux, quand je le veux et comme je le veux. Quand je fais une performance ou une installation, je ne regarde pas si c\u2019est actuel, si \u00e7a correspond \u00e0 ce que les gens font dans le milieu artistique actuel. En art, je ne fais absolument aucun compromis. Si tu es plus ou moins engag\u00e9e dans le monde o\u00f9 tu vis, tu as les compromis que tu choisis, ceux que tu veux et pas d\u2019autres. Quand tu fais quelque chose qui te sort des tripes, quelque chose que tu veux r\u00e9aliser parce que \u00e7a t\u2019int\u00e9resse, parce que \u00e7a correspond \u00e0 ta dynamique mentale, quelque part, m\u00eame si tu ne veux pas pr\u00e9tendre \u00e0 un art social, politique ou engag\u00e9, \u00e7a d\u00e9teint sur ton travail. Avec ZAJ \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Franco, tout le monde savait qu\u2019on n\u2019\u00e9tait pas franquiste, donc il y avait une fa\u00e7on d\u2019agir qui n\u2019\u00e9tait pas celle de la norme impos\u00e9e. Quand je pr\u00e9sente une performance, il arrive souvent qu\u2019on me demande, en g\u00e9n\u00e9ral ce sont des femmes, si je suis f\u00e9ministe. Je le suis effectivement, mais consciemment, je n\u2019ai jamais fait une performance f\u00e9ministe. Si les gens per\u00e7oivent \u00e7a c\u2019est parce que d\u2019une fa\u00e7on ou une autre \u00ab\u00e7a\u00bb \u00e9tait l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SB :&nbsp;<\/strong>Et les nouveaux performeurs?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>EF :<\/strong>&nbsp;Aujourd\u2019hui il y a autant de performeurs qu\u2019il y a de voies ou de fa\u00e7ons de faire. Certains jeunes performeurs, une minorit\u00e9, s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 la voie du d\u00e9but avec son c\u00f4t\u00e9 ludique et minimal. Pour ces jeunes performeurs \u2014 quand tu es vieux c\u2019est autre chose, tu es d\u00e9j\u00e0 une sorte de classique\/historique \u2014 c\u2019est beaucoup plus difficile. Pourquoi? Parce que les festivals n\u2019en veulent pas. La plupart des festivals recherchent du spectacle, le c\u00f4t\u00e9 spectaculaire et plusieurs performeurs le savent, mais en plus plusieurs d\u2019entre eux aiment \u00e7a. Je le dis sans aucun sens p\u00e9joratif. Pourquoi ce retour \u00e0 l\u2019expressionnisme, au spectaculaire, \u00e0 la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9, au symbolisme des choses, \u00e0 cette accumulation de messages? Maintenant la performance t\u2019envoie des messages de tous les c\u00f4t\u00e9s, par tous les sens, les oreilles, le go\u00fbt, etc., un peu comme les concerts rock. Certains de ma g\u00e9n\u00e9ration sont tr\u00e8s r\u00e9ticents envers cette approche, mais je dis que si cette r\u00e9alit\u00e9 existe, c\u2019est qu\u2019il y a une raison et il faut la conna\u00eetre. Tous les gens ne sont pas des idiots ou des arrivistes loin de l\u00e0. Donc c\u2019est peut-\u00eatre la soci\u00e9t\u00e9 qui exige cette attitude et la question est de savoir quelles ruptures les jeunes sont en train de r\u00e9aliser avec ces performances qui, \u00e0 nous vieux, nous \u00e9chappent ou, par exemple, nous d\u00e9rangent parce qu\u2019elles sont trop bruyantes. Les neurones vieillissent : quand j\u2019avais trente ans, le bruit ne me d\u00e9rangeait pas comme aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela me rappelle une pi\u00e8ce de Walter Marchetti \u00e0 Pamplona en 1972. Pour \u00e9viter que les Espagnols entendent une radio qui \u00e9tait faite pour des r\u00e9publicains espagnols de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re, Marchetti avait enregistr\u00e9 le son qu\u2019\u00e9mettait la Radio Nationale d\u2019Espagne. Alors quand Radio Espa\u00f1a Independiente ou Pirinaica \u2014 c\u2019\u00e9tait la radio des Espagnols r\u00e9publicains exil\u00e9s \u2014 \u00e9mettait pour les Espagnols, Radio Nacional \u00e9mettait, \u00e0 la m\u00eame fr\u00e9quence, un bruit absolument \u00e9pouvantable.<br>Walter a enregistr\u00e9 ce son horrible, l\u2019a mont\u00e9 sur une radio \u00e0 cinq bandes et l\u2019a pr\u00e9sent\u00e9 pendant les Encuentros de Pamplona. Durant cette pi\u00e8ce, on a \u00e9teint toutes les lumi\u00e8res du th\u00e9\u00e2tre, on a plac\u00e9 une petite bougie sur la sc\u00e8ne et on a mis \u00e7a \u00e0 fond la caisse. John Cage \u00e9tait dans la salle, au premier rang, tout pr\u00e8s des haut-parleurs. Il a re\u00e7u tout \u00e7a dans les oreilles, c\u2019\u00e9tait absolument \u00e9pouvantable. Donc l\u2019utilisation des sons tr\u00e8s forts ou autres choses du genre qu\u2019on pouvait cr\u00e9er avait un sens pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9, politique. M\u00eame si la forme, la perception \u00e9taient ambigu\u00ebs, les gens comprenaient imm\u00e9diatement et je trouve que dans cette ambigu\u00eft\u00e9, cette subtilit\u00e9 \u00e9taient peut-\u00eatre la richesse des actions de l\u2019\u00e9poque, autant pour Fluxus que pour les autres groupes. Il fallait penser. Il fallait r\u00e9fl\u00e9chir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SB :&nbsp;<\/strong>Mais le spectaculaire n\u2019existe pas seulement dans les effets sp\u00e9ciaux, on le retrouve aussi dans des performances tr\u00e8s minimales, par exemple \u00e0 travers la distanciation entre le performeur et le public.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>EF :<\/strong>&nbsp;On a restructur\u00e9 les hi\u00e9rarchies du pouvoir. Il y a un retour vers des positions politiquement terribles, on le voit en Autriche par exemple. Il y a un retour vers l\u2019ordre \u00e9tabli, la droite. Cela structure des formes de pouvoirs, des qualit\u00e9s, des hi\u00e9rarchies qui d\u00e9teignent sur tout, donc sur l\u2019art, m\u00eame inconsciemment. On respire \u00e7a, on mange \u00e7a, et quelque part \u00e7a sort, c\u2019est comme la transpiration. Donc il y a un retour \u00e0 des positions politico-sociales que je ne pensais pas que nous allions retrouver si t\u00f4t. Le d\u00e9veloppement de positions n\u00e9o-fascistes n\u2019est certes pas comparable \u00e0 celles d\u2019Hitler, de Mussolini ou de Franco parce que nous sommes tout de m\u00eame 40 ans apr\u00e8s, mais elles prennent d\u2019autres formes et s\u2019adaptent aux situations d\u2019aujourd\u2019hui. Et puis il y a toutes ces histoires d\u2019\u00e9conomie qui cr\u00e9ent une ins\u00e9curit\u00e9. Il y a ceux qui travaillent dans la fili\u00e8re de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et de l\u2019angoisse, et d\u2019autres qui ont besoin d\u2019\u00eatre rassur\u00e9s. Il n\u2019y a rien de plus rassurant qu\u2019un spectacle o\u00f9 chaque chose est \u00e0 sa place, o\u00f9 tout le monde conna\u00eet les codes et les respecte. Je suis le spectateur, donc je m\u2019assieds, je la ferme et je regarde; je suis l\u2019acteur, donc je joue. C\u2019est tr\u00e8s facile, tout le monde conna\u00eet la musique. Au fond certains artistes r\u00e9pondent \u00e0 un code beaucoup plus facile \u00e0 saisir et \u00e0 interpr\u00e9ter que le type qui apparemment ne fait pratiquement rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans notre soci\u00e9t\u00e9 vou\u00e9e \u00e0 la vitesse et \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9, o\u00f9 tout le monde a 56 r\u00f4les \u00e0 jouer, quand tu trouves un artiste qui arr\u00eate le temps, qui dit les choses dans un langage pur, simple, \u00e9l\u00e9mentaire, cela peut sembler simpliste. Et de fait il y a de jeunes artistes qui travaillent sur ce terrain et c\u2019est tr\u00e8s bien. Plusieurs artistes chevronn\u00e9s trouvent qu\u2019ils font n\u2019importe quoi, ce qui est peut-\u00eatre vrai pour certains, mais pour d\u2019autres il y a une position vitale qui est quand m\u00eame int\u00e9ressante. Passer pour un idiot dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 il faut absolument \u00eatre performant, intelligent, beau, avoir des dents parfaites et de la m\u00eame couleur, c\u2019est quand m\u00eame pas mal. Nous, ZAJ, passions involontairement pour des imb\u00e9ciles, on nous appelait les vagos del arte, les fain\u00e9ants de l\u2019art, nous nous en foutions, \u00e7a nous faisait rire mais nous ne le cherchions pas. Aujourd\u2019hui, dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 il faut \u00eatre \u00e0 l\u2019image d\u2019Hollywood, c\u2019est quand m\u00eame un cr\u00e9neau int\u00e9ressant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SB :&nbsp;<\/strong>L\u2019essence de la performance est de briser les codes. Pourquoi se confinerait-on \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ceux-ci?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>EF :&nbsp;<\/strong>Parce qu\u2019on a besoin de s\u00e9curit\u00e9. Les gens avalent n\u2019importe quoi si c\u2019est au nom de la s\u00e9curit\u00e9. La s\u00e9curit\u00e9 est vraiment un truc merveilleux qu\u2019on a trouv\u00e9 pour mettre les gens au pas. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 on vit dans le risque et de l\u2019autre il y a tous ces discours s\u00e9curitaires pour compenser et qui, certainement, d\u00e9teignent sur tout. Les gens recherchent la s\u00e9curit\u00e9 m\u00eame dans l\u2019art.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SB :&nbsp;<\/strong>Tu crois vraiment qu\u2019il y a des performeurs qui cherchent cette s\u00e9curit\u00e9?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>EF :<\/strong>&nbsp;Je ne sais pas, je ne connais pas assez les motivations des gens. Je sais par exemple qu\u2019on retrouve ce sentiment de s\u00e9curit\u00e9 chez certains performeurs qui viennent de la musique rock ou du th\u00e9\u00e2tre et qui am\u00e8nent ce qu\u2019ils ont dans les tripes. Quand les gens de th\u00e9\u00e2tre font de la performance, ils jouent, peut-\u00eatre pas tous, mais 90 % de ceux que je connais oui, ils ne peuvent pas s\u2019en emp\u00eacher, comme les musiciens ou les danseurs. Depuis un certain temps, il y a une affluence de toutes les pratiques vers la performance. Parfois ces pratiques ne suffisent pas, alors il arrive que les jeunes acteurs soient plus \u00e9volu\u00e9s que les formes th\u00e9\u00e2trales, ce qui cr\u00e9\u00e9 un d\u00e9calage. Ces jeunes veulent quand m\u00eame avoir le droit de faire du th\u00e9\u00e2tre, mais d\u2019une autre fa\u00e7on. Donc, le monde de la performance les lib\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SB :&nbsp;<\/strong>Quand tu fais une performance, est ce que tu t\u2019attaches plus \u00e0 une id\u00e9e ou a un travail de r\u00e9flexion sur la forme, sur les objets que tu utilises?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>EF :<\/strong>&nbsp;Je m\u2019attache plus \u00e0 l\u2019id\u00e9e et surtout \u00e0 la fa\u00e7on de faire plus qu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on fait. Pour moi la performance est beaucoup plus importante dans la fa\u00e7on que tu la fais, comment tu te situes, comment tu \u00e9tabliras la relation avec l\u2019autre. Ce que tu fais est accessoire, \u00e7a peut-\u00eatre plus joli, moins joli, plus violent, moins violent, rempli de contenu \u2014 J\u2019essaie de faire le vide pour que tout le monde puisse y mettre son propre contenu. Normalement je ne fais pas attention \u00e0 l\u2019aspect esth\u00e9tique d\u2019un objet. Par exemple j\u2019aime bien travailler avec l\u2019id\u00e9e du quotidien. Parfois je peux trouver un objet que j\u2019aime pour sa forme parce qu\u2019elle est plus jolie, parce qu\u2019il m\u2019int\u00e9resse, ou parce qu\u2019il est plus curieux ou plus ridicule qu\u2019un autre, mais j\u2019essaie toujours de rester dans le quotidien. C\u2019est \u00e0 partir du quotidien que l\u2019on va vers un autre lieu.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SB :&nbsp;<\/strong>Qu\u2019elle est cette fa\u00e7on de faire?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>EF :<\/strong>&nbsp;C\u2019est la pr\u00e9sence. C\u2019est moi. La fa\u00e7on c\u2019est comment tu es l\u00e0-dedans, tout simplement. Ce n\u2019est ni la forme, ni le parcours \u2014 parfois je m\u2019amuse \u00e0 \u00e9laborer des parcours dans des performances, mais ce n\u2019est qu\u2019un amusement pur et dur. Je fais un parcours g\u00e9om\u00e9trique et les gens ne se rendent pas compte imm\u00e9diatement que je suis en train de faire des chemins qui font une figure. Dans Las Cosas, le parcours est le dessin d\u2019un infini g\u00e9om\u00e9trique, mais \u00e7a m\u2019est compl\u00e8tement \u00e9gal que les gens le per\u00e7oivent ou ne le per\u00e7oivent pas. Ce parcours \u00e9merge parce qu\u2019\u00e0 ce moment-l\u00e0 l\u2019id\u00e9e des infinis qui se croisent m\u2019amuse. C\u2019est de la forme pure. Ce qui compte c\u2019est comment je parcours ces deux infinis, o\u00f9 je suis quand je les parcours.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SB :&nbsp;<\/strong>Tu parles parfois d\u2019\u00e9l\u00e9ments superflus dans la performance, comment les d\u00e9termines-tu?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>EF :<\/strong>&nbsp;Quand j\u2019ai une id\u00e9e pour une performance, il y a plusieurs choses qui viennent avec. Mon premier r\u00e9flexe est de me demander ce qui n\u2019est pas essentiel. Par exemple, dans Le cadre de l\u2019art, je pose un cadre et un objet sur ma t\u00eate, je pourrais les orner mais cela ne m\u2019int\u00e9resse pas du tout, je m\u2019en tiens au sujet, si je puis dire. Un jour je pourrai faire des choses super baroques mais il faudra que j\u2019aie une id\u00e9e qui y corresponde et l\u00e0 je serai la plus baroque des baroques. Pour le moment ce qui m\u2019int\u00e9resse c\u2019est un fait clair, direct, un point \u00e0 partir duquel les gens qui sont pr\u00e9sents dans ma proposition peuvent construire un monde ou le refuser. Je ne donne pas dans le spectaculaire, je n\u2019aime pas les spectacles pour les spectacles, m\u00eame si j\u2019adore les f\u00eates foraines et les f\u00eates populaires. Je ne veux pas ajouter des \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9cors, des ornements, ou des choses qui peuvent faire jolies de la m\u00eame fa\u00e7on que je ne veux pas faire des gestes th\u00e9\u00e2traux ou d\u2019\u00eatre debout comme si j\u2019\u00e9tais en train de recevoir l\u2019inspiration divine, non, c\u2019est la vie qui passe, si je prends le verre, je le prends, si je dois monter un escalier, je le monte, si je dois regarder les gens, j\u2019essaie de les regarder de la fa\u00e7on la plus naturelle possible, comme si j\u2019\u00e9tais dans un caf\u00e9 et que je regardais les gens. Mon travail est un minimalisme bas\u00e9 sur la rigueur de l\u2019absurde.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SB :&nbsp;<\/strong>Est-ce que ton approche s\u2019est transform\u00e9e depuis le d\u00e9but?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>EF :<\/strong>&nbsp;Non, l\u2019id\u00e9e de mes performances est exactement la m\u00eame qu\u2019au d\u00e9but. Ce qui a chang\u00e9 c\u2019est que je vois que les gens de la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration font autre chose et je me pose des questions sur leur travail, mais pas sur le mien. Je m\u2019excuse si \u00e7a para\u00eet pr\u00e9tentieux. Je me questionne sur mon travail \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de moi-m\u00eame mais pas par rapport \u00e0 ce que les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations font : qu\u2019est-ce que j\u2019ai besoin de faire maintenant, qu\u2019est-ce qui m\u2019int\u00e9resse, comment vais-je le faire, est-ce que je ne suis pas en train de m\u2019incruster dans une ligne parce que je ne peux pas m\u2019en sortir? Les premi\u00e8res questions que je me pose tous les jours : \u00abest-ce que je vais continuer \u00e0 faire de l\u2019art, o\u00f9 est-ce que je vais, est-ce que la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 besoin de \u00e7a, est-ce que moi j\u2019ai besoin de \u00e7a, est-ce qu\u2019on est en train de faire l\u2019art qu\u2019on doit vraiment faire?\u00bb J\u2019essaie de penser un art tr\u00e8s immat\u00e9riel mais plus efficace du point de vue social.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SB :<\/strong>&nbsp;Il semble y avoir un rapport entre la performance et l\u2019installation dans ton travail.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>EF :<\/strong>&nbsp;Il y a un rapport \u00e9vident. Je suis arriv\u00e9e \u00e0 l\u2019installation \u00e0 travers la performance. Je n\u2019avais aucune intention de faire de l\u2019installation. C\u2019est la performance qui m\u2019y a amen\u00e9e. Pourquoi? Il y a simplement des performances o\u00f9 les \u00e9l\u00e9ments qui restent me donnent envie d\u2019en faire une installation. Donc c\u2019est une performance qui devient une installation mais celle-ci peut exister s\u00e9par\u00e9ment; la performance et l\u2019installation ont des vies ind\u00e9pendantes. Parfois c\u2019est l\u2019inverse, il y a une pi\u00e8ce plastique que je vois comme une performance. C\u2019est le cas, par exemple, de Parcourir un carr\u00e9. J\u2019avais \u00e9labor\u00e9 toutes les fa\u00e7ons possibles de parcourir un carr\u00e9, au mur, par terre ou sur papier. C\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9poque o\u00f9 je travaillais avec les nombres premiers \u00e0 la fin des ann\u00e9es 70 et je me suis dit que j\u2019aimerais reproduire \u00e7a en performance. J\u2019ai structur\u00e9 une performance d\u2019une pi\u00e8ce qui \u00e9tait une installation au sol. Dans un article pour&nbsp;<span style=\"white-space: nowrap;\">Inter<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Esther Ferrer, \u00abSimilitudes et diff\u00e9rences\u00bb, Inter art actuel, no 74 (1999), pp. 26-28.<\/span>, j\u2019ai not\u00e9 que ce sont les m\u00eames \u00e9l\u00e9ments mais travaill\u00e9s diff\u00e9remment; il y a le m\u00eame contenu, il y a le temps, la pr\u00e9sence et l\u2019espace.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SB :&nbsp;<\/strong>Mais la diff\u00e9rence se retrouve dans la pr\u00e9sence du public qui n\u2019est pas l\u00e0 durant la production de l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>EF :<\/strong>&nbsp;Oui parfois, mais j\u2019ai, par exemple, une installation con\u00e7ue \u00e0 partir de la silhouette d\u2019une personne, d\u2019un animal ou d\u2019une chose, o\u00f9 la performance est de reproduire sur le mur le contour de cette silhouette, puis le contour du contour et ainsi de suite jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on envahisse compl\u00e8tement l\u2019espace, et le public peut \u00eatre ou ne pas \u00eatre pr\u00e9sent. Cela peut durer des jours. \u00c0 la Fondation Miro, par exemple, le public pouvait venir, rester et parler ou simplement passer dans une autre salle.<br>J\u2019essaie de donner un aspect performatif \u00e0 mes installations. Par exemple dans Regarde-moi et regarde-toi avec d\u2019autres yeux, c\u2019est le public qui performe. Il y a une photo de moi juxtapos\u00e9e \u00e0 un miroir et plusieurs paires de lunettes de forces vari\u00e9es ayant appartenues \u00e0 diff\u00e9rentes personnes, et les gens regardent l\u2019\u0153uvre \u00e0 travers ces lunettes. L\u2019installation de la biennale de Venise, Dans le cadre de l\u2019art, \u00e9tait aussi une proposition. Je voulais faire une \u0153uvre qui ait un aspect performatif. Les visiteurs devaient passer \u00e0 travers un immense cadre et un miroir sur le mur du fond cr\u00e9ait un effet de trompe l\u2019\u0153il. Ce que j\u2019aime de l\u2019installation c\u2019est ce cot\u00e9 sugg\u00e9rant que \u00e7a peut \u00eatre tout et rien, \u00e7a peut prendre des formes compl\u00e8tement diff\u00e9rentes. Techniquement, je savais que cette installation allait fonctionner mais je ne pouvais pas imaginer le public. C\u2019\u00e9tait vivant, il y avait toujours quelque chose d\u2019inou\u00ef, les gens h\u00e9sitaient \u00e0 traverser le cadre pensant se heurter sur quelque chose.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SB :&nbsp;<\/strong>Tu as fait aussi des conf\u00e9rences\/performances.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>EF :<\/strong>&nbsp;Vous avez peut-\u00eatre entendu parler d\u2019Arthur Cravan, un Anglais de la famille d\u2019Oscar Wilde, venu \u00e0 Paris, et qui \u00e9tait dada avant que les dadas existent. Il \u00e9tait po\u00e8te, boxeur, il \u00e9ditait une revue de po\u00e9sie, il faisait des lectures et des conf\u00e9rences. Il avait particip\u00e9 \u00e0 une conf\u00e9rence organis\u00e9e par Duchamp et Picabia \u00e0 New York, et tout le monde savait que \u00e7a allait se passer tr\u00e8s mal car il se so\u00fblait la gueule, insultait les gens, se d\u00e9shabillait, faisait n\u2019importe quoi. Ce n\u2019est pas du tout ce que j\u2019essaie de faire mais le genre est int\u00e9ressant. En fait, ce qui m\u2019int\u00e9resse est de parler de la performance en faisant de la performance, th\u00e9oriser sur la performance en m\u00e9langeant la pratique et la th\u00e9orie. Mes conf\u00e9rences sont toujours un peu ironiques vis-\u00e0-vis de toutes les th\u00e9ories qui circulent sur la performance et tous les discours savants, mais c\u2019est comme les deux c\u00f4t\u00e9s d\u2019une monnaie, la th\u00e9orie et la pratique sont ins\u00e9parables.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma premi\u00e8re conf\u00e9rence a eu lieu dans les ann\u00e9es 80. On m\u2019avait demand\u00e9 d\u2019\u00e9crire un article sur Fluxus et ZAJ dans une revue de performance. ZAJ ne s\u2019explique jamais et je ne voulais absolument pas l\u2019expliquer. Alors j\u2019ai fait un texte en deux parties, la premi\u00e8re sur Fluxus et ensuite j\u2019ai parl\u00e9 de ZAJ mais pour que les gens puissent comprendre, accepter ou refuser ZAJ sans rien expliquer. \u00c0 partir de ce texte j\u2019ai structur\u00e9 ma premi\u00e8re conf\u00e9rence, ZAJ th\u00e9orie et pratique, qui, malgr\u00e9 son statut de conf\u00e9rence, \u00e9tait une performance plus vraie que les pr\u00e9c\u00e9dentes. Les deux autres qui suivirent, Performance art : th\u00e9orie et pratique, ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 plusieurs endroits mais elles \u00e9taient diff\u00e9rentes les unes des autres. Les conf\u00e9rences doivent s\u2019adapter au lieu o\u00f9 elles se font pour que les gens puissent les d\u00e9coder. Je ne parlerais pas d\u2019un fait historique espagnol si le public ne pouvait pas l\u2019interpr\u00e9ter selon ses propres codes. La conf\u00e9rence doit forc\u00e9ment faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des habitudes et a des faits historiques ou \u00e0 de la po\u00e9sie que tout le monde conna\u00eet dans le pays.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SB :&nbsp;<\/strong>Qu\u2019elle est ta r\u00e9action lorsqu\u2019on dit que la performance est un art des ann\u00e9es 70 et n\u2019a plus lieu d\u2019\u00eatre?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>EF :<\/strong>&nbsp;Les dinosaures ont bien disparu, alors je ne vois pas pourquoi la performance ne pourrait pas dispara\u00eetre. Cependant, m\u00eame si on a des techniques toujours plus \u00e9labor\u00e9es pour cr\u00e9er des images ou autre \u2014 en autant que dans l\u2019\u00e9volution l\u2019on n\u2019ait pas perdu les mains \u2014 il y aura toujours un adulte ou un enfant qui, \u00e0 un moment donn\u00e9, voudra repr\u00e9senter le monde. C\u2019est comme respirer ou manger. On ne perdra jamais le d\u00e9sir et je crois que la performance est une question de d\u00e9sir. L\u2019essentiel, c\u2019est que si vous voulez faire de la performance, faites le. Point \u00e0 la ligne. C\u2019est merveilleux, c\u2019est le plus libre et le plus d\u00e9mocratique de tous les arts, tu n\u2019as besoin d\u2019aucune discipline, tu n\u2019as besoin de rien, tu n\u2019as besoin que de toi-m\u00eame, tout sort de toi, tout le monde a \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>La performance \u00e9volue, bien s\u00fbr, mais on pourrait la nommer autrement. Quand j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 faire de la performance, personne ne l\u2019appelait performance. C\u2019\u00e9tait merveilleux, \u00e7a n\u2019avait m\u00eame pas de nom, c\u2019\u00e9tait quelque chose que l\u2019on faisait. Personnellement je dis que je fais des actions. Pour les puristes qui consid\u00e8rent qu\u2019il faut classer, construire des tiroirs \u00e9tiquet\u00e9s pour qu\u2019il n\u2019y ait pas d\u2019\u00e9quivoque, d\u2019accord, maintenant il n\u2019y a plus de performance, cherchons un autre terme. Moi je n\u2019en ai pas besoin. La meilleure chose qui puisse arriver c\u2019est que les gens aient des id\u00e9es diff\u00e9rentes. L\u2019unique probl\u00e8me, \u00e0 mon avis, c\u2019est ce retour en arri\u00e8re que fait l\u2019art tr\u00e8s souvent pour pouvoir continuer \u00e0 se transformer, et maintenant c\u2019est un retour \u00e0 des positions dont on voulait se d\u00e9barrasser lorsque l\u2019art action \u00e0 commencer. Ce n\u2019est pas seulement dans la th\u00e9\u00e2tralisation de la performance, c\u2019est aussi dans le concept, dans l\u2019id\u00e9e que la performance doit v\u00e9hiculer. Il y a beaucoup de lourdeur. Pourtant, la performance, c\u2019est comme un oiseau qui vole, qui s\u2019arr\u00eate picoter ici et l\u00e0 et qui reprend son vol, comme un nomade, comme un gitan qui n\u2019a m\u00eame pas de charrette. Et c\u2019est \u00e7a qui me chante dans la performance \u2014 c\u2019est un art sans domicile fixe qui peut s\u2019installer partout.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":15,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[157,281,99,882],"tags":[],"numeros":[5286],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[900],"artistes":[5178],"thematiques":[],"type_post":[319],"class_list":{"0":"post-274854","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"hentry","6":"category-archive","8":"category-post","10":"numeros-40-performance-en","11":"statuts-archive","12":"auteurs-sylvette-babin-en","13":"artistes-esther-ferrer-en","14":"type_post-principal"},"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/274854","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/15"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=274854"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/274854\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":274856,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/274854\/revisions\/274856"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=274854"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=274854"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=274854"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=274854"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=274854"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=274854"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=274854"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=274854"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=274854"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=274854"},{"taxonomy":"type_post","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_post?post=274854"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}