André-Louis Paré : Vous avez jusqu'à ce jour publié plusieurs ouvrages et articles ayant pour sujet l'art contemporain, et la plupart du temps vous semblez avoir une prédilection pour le travail artistique qui s'élabore dans les marges du système institutionnel et que vous qualifiez « d'inorganique », concept que vous élaborez dans certains textes de L'art dans son moment politique (La lettre volée, 1999) en liaison avec ceux de « micropolitique » et de « périphérie ». Or, les pratiques artistiques présentées dans Un Art contextuel - Création artistique en milieu urbain, en situation d'intervention, de participation (Flammarion, 2002) ne prennent-elles pas justement leurs sens à l'intérieur de ces trois notions ?
Paul Ardenne : Mon approche est double. Celle de l’historien de l’art, d’abord, avec une obligation pour ainsi dire morale : remettre un peu d’ordre dans l’histoire de l’art récent, appuyer sur des types d’expression artistique qui ont pu être importants à un moment donné, ou qui le sont tout simplement, quoiqu’ils demeurent largement occultés. Celle du critique d’art, aussi, cette fois à travers un investissement plus militant (l’organisation d’expositions, notamment). Un investissement dirigé, en effet, vers les formes d’art qui récusent l’autonomie et engagent un processus de travail en « situation », de participation directe avec le « spectateur » ou d’intégration par l’artiste de la sphère de la réalité immédiate (travail avec des entreprises, des médias, etc). Cette double approche n’est pas contradictoire. La seconde continue la première sur un mode actif, et non plus mémorial. Le tout avec cet arrière-plan : la question de la dimension politique de l’art, d’une actualité cruciale. Le développement de l’industrie culturelle, comme vous le savez, n’est pas sans signifier le déclassement de l’art vivant, à qui un territoire infime est laissé, sauf à relever du divertissement (pensons, par comparaison, au champ culturel que recouvre le cinéma). Cette relégation des artistes a sa conséquence : générer justement cet art « micropolitique » que vous évoquez, un travail artistique en périphérie valorisant la dimension locale de l’expression, contre l’universel.
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