Parmi les évènements prévus à l’ouverture de la Biennale de Venise cette année (du 6 au 8 mai), une attention particulière doit être accordée aux interventions en direct de l’artiste québécois Jean-Pierre Aubé. Piloté par la Galerie de l’UQAM et sa directrice Louise Déry, ce projet vise à mettre en lumière la singularité d’une pratique artistique qui, du fait qu’elle aborde des sujets brulants d’actualité tels que la pollution électromagnétique et la cybersurveillance, mérite davantage de reconnaissance au Québec, ainsi qu’à l’étranger. Outre la présentation à Venise, Déry a organisé une exposition plus substantielle du travail de Jean-Pierre Aubé dans les espaces de RAM radioartemobile, une institution phare de l’art sonore basée à Rome où sont passés dernièrement des artistes majeurs comme Jannis Kounellis, Michelangelo Pistoletto et Jan Fabre. Cette exposition, débutant le 14 mai, regroupe quelques-uns des projets les plus ambitieux produits par Aubé dans les quinze dernières années, dont V.L.F. Natural Radio (2000-2004) et les étonnants paysages de la série Electrosmogs (2009–), auxquels s’ajoutent deux pièces inédites créées à partir de matériel collecté en Italie, soit l’Electrosmog Venezia et Radio Vaticano. Le texte qui suit rapporte quelques bribes d’une discussion au cours de laquelle l’artiste et la commissaire m’ont entretenue des réflexions suscitées par la mise en œuvre de ce double projet.

Electrosmog Venezia, 2015, capture vidéo.
Photo : permission de l’artiste

Electrosmog Venezia, 2015, capture vidéo.
Photo : permission de l’artiste
À la suite de sa présentation remarquée du travail de David Altmejd au pavillon canadien en 2007, Louise Déry a reçu l’appui du Conseil des arts et des lettres du Québec afin de mettre sur pied ce qu’elle nomme des « expositions-chantiers » dans le cadre de la Biennale de Venise. La performance de Raphaëlle de Groot En exercice à Venise lors de l’édition 2013 fut le premier de ces projets à caractère expérimental, dont l’objectif au départ était d’accroitre la présence des artistes québécois sur la scène internationale. Conçu indépendamment de toute infrastructure, et avec des moyens matériels et financiers très limités, ce « banc d’essai » a permis d’explorer des possibilités d’action différentes et de nouvelles stratégies visant à mobiliser l’attention, dans un contexte artistique mondialisé et branché qui s’avère de plus en plus monopolisé par le marché, au profit d’une conception glamour de l’art contemporain. À contrecourant de cette tendance dominante, la commissaire a cherché, ces dernières années, à « recentrer [son] travail sur des démarches extrêmement ciblées, extrêmement réservées, pour ne pas dire délibérément restreintes : en budget, en durée, à tous égards ». De fait, il est devenu primordial pour elle d’adopter une posture qui tienne compte non seulement des conditions particulières dans lesquelles le travail des artistes peut être montré à Venise, mais aussi des implications esthétiques, logistiques, éthiques, écologiques et politiques inhérentes à ce type de projet.
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