Thomas Teurlai, Jambes de bottes (Bootleg), 2013.
Thomas Teurlai Jambes de bottes (Bootleg), 2013, vue d’installation, Villa Arson, Nice, 2015.
© ADAGP, Paris / CARCC, Ottawa (2025)
Photo : permission de l’artiste

Fabuler avec les mécaniques viscérales

Caroline Déodat
« La défiguration apporte un surcroît de vie et arrive à humaniser ce qu’elle défigure. La défiguration augmente l’énergie vitale, mais d’une manière quelque peu perverse, en animant ce qu’elle détruit, en multipliant les connectivités parallèlement à la mort et à l’amputation, y compris, bien entendu, à travers l’acte d’écrire à leur sujet. »
— Michael Taussig, Palma africana

Comment figurer un monde qui se défait ? Comment représenter les effets de l’immense et irréversible destruction qui est en cours – celle des corps, des écosystèmes et des récits collectifs ? Et si, suivant l’anthropologue Michael Taussig, il était possible de penser la défiguration, non pas comme un acte destructeur, mais comme une intensification paradoxale de la présence ? Ces questions, l’artiste Thomas Teurlai les aborde avec une sincérité brutale dans des œuvres qui manifestent une vitalité survivante, un foisonnement organique et technique où la violence ne supprime pas la vie, mais en réinvente les formes. C’est dans ces interstices que je propose de réfléchir aux potentiels esthétiques d’une biopolitique de la défiguration dans son œuvre : partir de la façon dont les dispositifs de pouvoir inscrivent la mort dans les formes de vie et, inversement, penser à certaines esthétiques contemporaines qui déploient une réponse sensible et critique à cette réduction de la vie. Car dans l’œuvre de Teurlai, il ne s’agit pas de sauver ou de réparer ni de dénoncer frontalement, mais de fabuler avec la défiguration, d’habiter ou de réactiver des zones de ruine pour que s’inventent des connectivités disparates.

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Image de la couverture du numéro Esse 115 décomposition.
Cet article parait également dans le numéro 115 - Décomposition
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