(M)imosa, Twenty Looks or Paris is Burning at the Judson Church, 2011.
Photo : Paula Court
Aujourd’hui, le voguing a la cote à mille lieues de son lieu d’incubation, ces théâtres underground de Harlem où, au cœur des années 601 1 - Certains spécialistes font remonter l’origine du voguing aux années 30, quand des théâtres de Harlem comme le Elks Lodge ou le Rockland Palace accueillaient des fêtes aux allures décadentes. Voir Chantal Regnault, Voguing and the House Ballroom Scene of New York City 1989-92, Soul Jazz Books, New York, 2011. , les « reines » et autres performeurs LGBT (lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres) exhibaient leurs performances fardées, inspirées des poses du magazine Vogue. Au cœur de ces « bals », où fleurissaient ensemble danse, défilé de mode et musique pop2 2 - La musique house définit le style à partir des années 80., les petites stars locales rêvaient de briller au sein de la grande machine lustrée de la mode internationale. Or, si au fil des ans certaines d’entre elles ont gagné leur place au soleil grâce à la culture du vidéoclip, un plus grand nombre encore a été emporté par le virus du sida avant même d’avoir vu le voguing s’émanciper.
Pas une seule drag de l’époque n’aurait imaginé le succès étincelant, sur les plus grandes scènes du monde, d’un spectacle de danse-performance contemporain inspiré du voguing. La pièce Paris is Burning at the Judson Church, du chorégraphe new-yorkais Trajal Harrell, a récemment réussi cette prouesse atypique. L’œuvre, conçue en plusieurs versions, a enflammé de larges publics, de la Place des Arts à Montréal (avec la version de longueur moyenne (M)imosa3 3 - Présenté en 2012 à la Cinquième salle de la Places des Arts dans le cadre du Festival TransAmériques (FTA).) au Théâtre national de Chaillot à Paris. Le chorégraphe peut se féliciter d’avoir réalisé le rêve ultime des légendes du voguing : faire « brûler » la Ville lumière, lieu culte de la haute couture, en l’éblouissant de talent et d’excentricité. Devant cette œuvre androgyne excessive et carnavalesque, le public s’étonne, s’essouffle, rit aux éclats, voudrait parfois hurler, mais conserve la bienséance que lui imposent ces bastions de l’establishment culturel. Dans une enfilade de one-(wo)man show, les incroyables Cecilia Bengolea, François Chaignaud, Marlene Monteiro Freitas et Trajal Harrell tâchent, avec une ardeur désopilante tant elle est acharnée, de convaincre le public qu’ils/elles sont le/la vrai(e) Mimosa. En faisant alterner danses histrioniques, chansons romantiques, témoignages larmoyants, et parades, ils s’arrogent l’identité d’un personnage inconnu. Le zèle est le seul baromètre de leur authenticité.
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