Photo : Yann Peucat / Atelier Puzzle
Une des premières « œuvres » que le visiteur rencontrait dans l’espace principal de l’exposition requérait de sa part une certaine adresse. S’il choisissait d’emprunter le parcours suggéré, il lui fallait marcher sur des planches à roulettes déposées par centaines sur le sol. Intitulée What You Want Is What We Want, cette installation du duo Barking Dogs United demandait en effet d’avancer avec précaution. Puisque de petites secousses pouvaient se produire, elle donnait physiquement au spectateur une impression d’instabilité. Cette façon d’aborder la deuxième édition de la biennale de Rennes, ayant pour titre Ce qui vient et mise en scène par la commissaire Raphaële Jeune, ouvrait déjà une piste de réflexion. Empruntée à Jacques Derrida, l’expression « ce qui vient » s’accorde avec la situation du monde quant à son avenir1 1 - Jacques Derrida, « Penser ce qui vient », dans Derrida pour les temps à venir, sous la direction de René Major, Paris, Stock (L’autre pensée), 2007, p. 17-62. . Et c’est dans un monument historique, le couvent des Jacobins, destiné à devenir un centre des congrès, que se trouvaient exposées la plupart des œuvres2 2 - En plus de l’exposition centrale qui regroupait les œuvres de 34 artistes, les œuvres choisies s’étalaient dans l’espace public et chez divers partenaires, tels La Criée centre d’art contemporain et l’École des beaux-arts de Rennes..
Directrice de l’association Art to be, Jeune s’est vu confier l’organisation de la première biennale, présentée au printemps 20083 3 - La biennale de Rennes, présentée par les ateliers de Rennes, est organisée par Art Norac, une association créée en 2005 par le groupe Norac.. Ayant pour titre Valeurs croisées, celle-ci suscitait un questionnement sur la notion de valeur en lien avec le travail de l’artiste. Il s’agissait surtout de faire interagir l’art, comme activité de production, avec l’économie4 4 - Pour une compréhension approfondie de cette exposition, voir le catalogue Valeurs croisées, Dijon, Les presses du réel, 2008, 447 p.. Or, tel que présenté dans le cadre de Ce qui vient, le thème du futur a aussi pour ancrage la crise financière causée par un marché capitaliste vacillant. Devenu une affaire planétaire, notre être-au-monde est foncièrement économique. Et puisque l’économie est structurellement en lien avec notre façon d’habiter le monde, nous sommes constamment interpellés sur nos possibilités – ou non – d’agir, sur nos capacités de faire en sorte que « ce qui vient » puisse s’offrir un avenir. Dans cette optique, l’histoire est toujours à écrire. Mais comment, et par qui ? Pour enrichir ce questionnement, la commissaire a ajouté à l’expression « ce qui vient » quelques précisions, telles que : « ce qui vient à nous » ; « ce qui devient » ; « ce qui revient » ; « ce qui survient » ; et « ce qui vient de nous ». C’est à travers ces déclinaisons que le public était donc invité à regarder les diverses propositions d’artistes5 5 - Raphaële Jeune, Questions de sens. De ce qui vient à nous à ce qui vient de nous, publié dans l’opuscule 1 du catalogue d’exposition, Dijon, Les presses du réel, 2010..
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