Bertille Bak
Bertille BakÔ Quatrième, capture vidéo, 2012.
Photo : © Bertille Bak
Les deux projets de Bertille Bak proposés par le MAMVP, Transports à dos d’hommes et Ô quatrième, nous emmènent dans des univers très différents. Le premier est le travail issu d’un séjour de plusieurs mois dans un campement tsigane à Ivry-sur-Seine, en banlieue parisienne. Le second nous conduit au cœur de Paris, dans le lieu de résidence des sœurs les plus âgées de la compagnie des Filles de la Charité de saint Vincent de Paul.

Aussi différents soient-ils, les individus de ces deux communautés partagent une inquiétude : le déplacement territorial qui les menace. Bertille Bak cherche ici, comme dans d’autres projets, à définir ce que peut être un espace vécu, en quoi il diffère du territoire que la société nous réserve. Comment se superposent espaces vécus, lieux de vie et territoires assignés dans la construction de l’identité de ces communautés minoritaires ? Le film Transports à dos d’hommes ne nous montre pas seulement les activités quotidiennes d’une communauté tsigane, mais les stratégies qu’elle doit élaborer sans cesse pour continuer d’exister. Le travail de l’artiste consiste en partie à proposer des outils pour faire apparaître ces stratégies. L’installation Notes englouties présente par exemple des plans indicateurs lumineux d’itinéraires (PILI) des métros de plusieurs villes européennes, celles dans lesquelles les Tsiganes gagnent leur vie – en partie – en jouant de la musique. L’artiste a enregistré le fond sonore des itinéraires possibles et les a confrontés au répertoire musical de la musique tsigane. Une analyse spectrale permet de visualiser les notes devenues inaudibles à cause des bruits ambiants. On y découvre qu’il est préférable de faire de la musique à Berlin plutôt qu’à Madrid si l’on veut être entendu. Ces plans, qui servent habituellement à trouver son trajet en l’indiquant par des points lumineux, deviennent des indicateurs du meilleur chemin à prendre pour ne pas disparaître. On peut se demander aussi s’ils ne peuvent pas contribuer à établir une stratégie inverse,qui consisterait alors à se faire remarquer le moins possible. Car le camouflage est un autre aspect de la résistance et de l’inscription dans le territoire. Dans cet esprit, Bertille Bak a réalisé avec les enfants des ateliers de peinture, qui ont consisté à peindre des draps aux couleurs de l’environnement. Ceux-ci permettent en deux minutes de recouvrir totalement une caravane afin de la dissimuler dans le paysage (Dorohoï-Paris via Bucarest et Nuremberg).

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Cet article parait également dans le numéro 77 - Indignation
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