Photo : collection permanente, Iziko South African National Gallery, Cape Town
L’Iziko South African National Gallery (ISANG), située au Cap, présentait du 15 avril au 3 octobre 2010 une ambitieuse rétrospective sur l’art sud-africain intitulée 1910-2010: From Pierneef to Gugulective. Le but de l’exposition était de présenter à travers une trame historique la richesse et la diversité de l’art moderne et contemporain du pays de manière à offrir « une incursion dans l’âme de cette nation complexe, des sommets des Bâtiments de l’Union il y a cent ans aux townships du Cap aujourd’hui1 1 - Riason Naidoo, Texte de présentation de l’exposition 1910-2010: From Pierneef to Gugulective. [En ligne] http://www.iziko.org.za/sang/exhib/2010/1910-2010_pierneef_gugulective/curatorial_statement.html [Trad. libre] ». Composée à partir de la collection du musée et de pièces empruntées à d’autres institutions, l’exposition montrait un nombre fort imposant d’œuvres allant des paysages idylliques du peintre d’origine hollandaise Jacob Hendrik Pierneef (1886-1957) à une installation sonore de Gugulective, un collectif d’artistes dont les membres vivent à Gugulethu, un township noir des environs du Cap. Si l’art est parfois politique, les expositions, qu’on le veuille ou non, le sont sans doute toujours. Un retour sur l’exposition From Pierneef to Gugulective offre à ce titre l’occasion de sonder les rapports de force qui ont façonné le monde de l’art sud-africain et ses institutions.
Organiser une rétrospective nationale intelligente et cohérente de la production artistique des cent dernières années est certes un défi colossal qui suppose, outre une vision d’ensemble, un dosage adéquat de la diversité des approches plastiques et des voix. Or, dans un pays comme l’Afrique du Sud qui a mis fin, il y a seulement un peu plus de quinze ans, à un système politique prônant la suprématie blanche, ce pari est sans nul doute encore plus grand. Et pour cause, le monde de l’art a lui aussi participé activement à la ségrégation raciale – mis à part, bien sûr, quelques poches de résistance comme le centre d’art Polly Street à Johannesburg où artistes noirs et blancs œuvraient côte à côte. Hormis le fait que les grandes institutions artistiques du pays ont mis de côté l’art qui ne répondait pas aux canons européens, elles ont aussi systématiquement écarté la population noire de leurs murs en suivant le régime raciste de l’apartheid. L’accès aux musées était étroitement contrôlé, conformément aux règles associées à la « barre de couleur2 2 - Labarre de couleur (colour bar) étaitla loi sud-africaine sur la classification raciale hiérarchique imposée par le gouvernement de l’apartheid. » ; à certaines époques, il était limité, voire interdit aux Noirs. L’éducation artistique était également réservée aux blancs, les seuls soi-disant capables de s’élever au-delà des tâches manuelles, et les institutions – faut-il le spécifier ? –, étaient dirigées par ces derniers.
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