Pour quiconque s’intéresse aux retombées du minimalisme en art contemporain, la récente exposition d’Erika Kierulf, intitulée « Retiens mon souffle » (La Centrale Galerie Powerhouse, 10-12 octobre 2007), constituera une véritable bouffée d’air frais. Selon moi, Kierulf réexamine, au moyen de deux installations vidéo, le débat critique dorénavant historique entourant l’art minimaliste en présentant ses deux positions antagonistes – à savoir le type de modernisme de Michael Fried par opposition à ce que celui-ci appelle le « théâtre » postmoderne – d’une manière hautement subtile et éclairante. En fait, les œuvres de Kierulf sont un prisme à travers lequel on arrive à mieux comprendre une tendance rétro répandue dans l’art contemporain récent (consistant à porter un regard en arrière, plus particulièrement aux années 1960 et 1970) ; au bout du compte, elles fournissent l’occasion d’effectuer une réévaluation critique des enjeux du minimalisme dans notre contexte contemporain, d’autant plus que ces enjeux sont dorénavant entre les mains d’une nouvelle génération d’artistes.
Quand nous pénétrons dans La Centrale, la première œuvre exposée, Breathe (2007), pourrait presque être perçue comme un mur nous empêchant d’aller plus loin dans la galerie, tant visuellement que physiquement. Breathe est une installation vidéo constituée de trois écrans rectangulaires équidistants encastrés dans un grand polyèdre blanc (plus précisément, un parallélépipède ou une forme cuboïde rectangulaire). Ce seul fait suffit pour voir l’œuvre comme une référence explicite à l’univers géométrique des « objets spécifiques » typiques du minimalisme. Toutefois, contrairement à ce que prescrivent les paramètres esthétiques du minimalisme (selon lesquels la présence même des objets doit servir à débarrasser l’œuvre de tout effet illusionniste), un élément de représentation est inclus dans l’entité sculpturale de Kierulf : sur chacun des trois écrans figure l’image d’un « espace » délimité uniquement par un mur cadré de face. Ces murs inégalement éclairés présentent chacun – en raison de leur représentation par le truchement de la vidéo – une teinte légèrement différente (l’un est bleuâtre, l’autre tend vers le violet et le dernier semble gris). Ces images d’absence de lieu évoquent autant la Trinité (les motifs chrétiens abondent dans cette exposition) que les répétitions de séries associées à l’art de Donald Judd, de Robert Morris et de Dan Flavin. Les images apparaissant sur les trois écrans sont coordonnées de façon à relayer les actions montrées sur les écrans situés à l’extrême gauche et à l’extrême droite vers l’écran central, ce qui met en relief le fait que ces trois images distinctes constituent en fait une seule et même entité – quoique morcelée. Tout comme une « sculpture » minimaliste dont le spectateur ne peut jamais faire l’expérience de la totalité, ne serait-ce que parce qu’en raison de sa finitude, ce spectateur évolue dans le temps et doit appréhender chacune des faces de la sculpture indépendamment pour ensuite les synthétiser dans son imagination, l’image projetée dans l’œuvre de Kierulf présente trois « faces » indépendantes d’une même scène, de trois manières distinctes (quoique très peu) sur le plan formel.
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