Fabien Verschaere
Fabien Verschaerevue de l’exposition Seven Days Hotel, Musée d’art contemporain de Lyon, 2007.
Photo : © Blaise Adilon, courtoisie de la galerie Michel Rein, Paris
Héritier à la fois d’une histoire de l’art fantastique et ­surréaliste, de la ­culture populaire underground et classique, le travail de Fabien Verschaere, bien qu’en partie autobiographique, renouvelle les ­interrogations de ses aînés, celles qui sont liées à la condition humaine, à la valeur des symboles, au fondement des mythes et des ­croyances. Puisant à la source du réel, son réel en particulier, il met en scène ­l’univers intime du rêve et du cauchemar, un scénario où les héros – enfermés dans un inconscient aux prises entre la mémoire et le ­fantasme – se déforment, se métamorphosent au gré de la matière et de la couleur.

L’atmosphère de cet univers est oppressante et met à l’épreuve chacun des sens par une musique souvent omniprésente1 1 - Une collaboration avec Liquid Architecture (Audrey Mascina et Jérôme Sans) initiée en 2005 avec Magic Travel Take Away, Biennale d’art contemporain de Lyon et Once Upon No Time, galerie Michel Rein à Paris et en 2007 avec Seven Days Hotel au Musée d’art contemporain de Lyon., un éclairage ­stroboscopique ou alternent d’un lieu à l’autre semi-­obscurité et lumière rouge ou bleue, enfin une prolifération d’images qui hantent littéralement ses installations. L’œuvre de Verschaere est avant tout un espace sensible dans lequel l’artiste brouille les formes établies, change les règles du jeu, suscite le chaos dans les certitudes. C’est l’envers ­imaginaire, le négatif du corps à deux titres : l’évocation du corps de l’artiste déformé par une maladie de croissance, meurtri par les actes ­chirurgicaux et les soins intensifs, privé de cette mobilité à laquelle ­chaque enfant aspire ; et l’image du double, de cette altérité qui désigne la différence. De ce jeu de rôles, qu’une importante galerie de ­personnages suggère, naît un sentiment ambigu : c’est la peur qui nous regarde, et dans cet espace négatif, hors limite, nous touchons à cette douleur. L’œuvre de Verschaere se nourrit de la mort de moments douloureux qui lui ont permis d’advenir et qui continuent en lui de vivre et de manifester leur présence. C’est un art tourné vers une existence à saisir dans sa précarité même, exprimant ­l’inquiétude face à ­l’incommunicabilité et à la séparation, mais ­jouissant de la conciliation des opposés : la vie et la mort, le bien et le mal, le plein et le vide, la consonance et la dissonance. L’exposition que lui a consacrée le Musée d’art contemporain de Lyon (France) du 16 février au 29 avril 2007 et pour laquelle l’artiste a conçu Seven Days Hotel – un ­dispositif qui nous conduit du hall dudit hôtel, où nous sommes accueillis par une sculpture à l’effigie du diable, au corridor distribuant de par et d’autre sept ­chambres – est révélatrice des thèmes et des stratégies utilisées par l’artiste dans ses travaux antérieurs : des installations dans lesquelles sculptures en céramique, fresques, dessins aquarellés ou encore vidéo évoquent les héros de bandes dessinées comme Batman ou Mickey, les lieux mythiques de l’enfer et du paradis ; des personnages de contes comme des fées et une princesse ; le clown ; enfin l’image de Fabien représentée enfant ou adulte, mais au visage toujours barbu.

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Cet article parait également dans le numéro 61 - Peur
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