À la Biennale de Venise, pour la 50e édition de l’histoire de la manifestation, la participation canadienne au cœur des pavillons nationaux officiels était assurée par l’artiste montréalaise d’origine tchèque Jana Sterbak. Le Musée d’art contemporain de Montréal et l’un de ses conservateurs, Gilles Godmer, étaient chargés de défendre avec l’artiste l’installation vidéo ambitieuse From Here to There. Dans ce partage du regard que théâtralisait l’installation, des questions d’altérité étaient finement abordées.
Une fois le seuil du pavillon franchi, le visiteur constatait que l’espace interne avait été entièrement habillé pour recevoir six écrans vidéo. Ces derniers reprenaient la courbure des murs mais en heurtant leur relative régularité par une configuration en zigzag dont la principale fonction semblait être de confronter l’espace difficile du pavillon canadien1 1 - Fait intéressant, parmi les pavillons officiels des Giardini di Castello, la pièce de Sterbak était l’une de celles qui prenaient le plus en charge les données physiques du bâtiment dans lequel était présentée l’œuvre. Ailleurs, les pavillons semblaient accueillir les œuvres à l’instar des musées traditionnels, c’est-à-dire à titre d’enveloppe, de coquille dans laquelle, la plupart du temps, les œuvres donnaient l’impression d’avoir été déposées sans que soient donnés les signes singuliers d’une véritable réflexion sur la manière de présenter les œuvres. Certains diront que l’esprit d’aventure de la pièce de Sterbak se mesurait non seulement par la trame que la vidéo déployait, mais aussi par l’utilisation de l’architecture ingrate du pavillon.. Les images diffusées sur ces écrans n’avaient pas été filmées par l’artiste. Cette dernière avait imaginé un dispositif permettant au chien Stanley, un terrier Jack Russell2 2 - Le Jack Russell a été choisi parce que cette race possède un instinct de chasseur encore développé, une donnée importante pour le rendu du projet., de filmer des images permettant de représenter le monde à 35 centimètres de hauteur. Une caméra miniature avait été adaptée pour que le chien puisse la porter sur sa tête, le transformant, par le truchement de la caméra vidéo, en un cyclope3 3 - L’appareil qui transmettait les images reposait sur le dos de l’animal, tel un gilet..
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